Je me baladais seul sur la plage, la mer s’était retirée et je pensais à l’été. Sur l’estran, de drôles de coquillages prenaient le soleil, je les ramassais, un à un. J’allais chasser la crevette rose, le bouquet, elle se cachait en famille sous des rochers. Les algues avaient de l’odeur, le ciel annonçait l’orage, ma toile cirée allait prendre l’eau. Tranquille et heureux, j’occultais ma souffrance. Un jour, tu m’avais dit que ton bonheur serait là, sur une plage remplie de coquillages, alors je pensais à toi, souvenir d’une nostalgie fleuve. Les oiseaux avaient les nerfs à fleur de peau, je le voyais à leur façon de voler, et mon cœur suivait la cadence de leurs battements d’ailes.

Comment t’oublier ?

Mon chien avait quitté le plancher des vaches, une crise cardiaque dans mes bras. Je n’avais plus que l’espoir illusoire de te revoir, toi qui t’étais cachée sur la mappemonde. Le silence de l’absence est si difficile à combler, ce sentiment d’être rien sans ton reflet. J’avançais cependant au milieu de mes rêves, irréels, en te sachant belle à croquer sur ton navire de grande classe, moi qui marchais sur le temps passé...

J’avais cette soif d’aventure à partager. L’eau tombait, je me noyais sous ce déluge d’idées, simplement prêt à te revoir.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.