Du nord au sud, la pluie d’automne étonne les oiseaux. Sur un sentier, peu clair, ce solitaire n’a pas peur du nuage monstrueux qui déverse son chagrin. Sa marche est tranquille, sous le couvert de ses pas qui narrent ses habitudes, des flic floc sur les flaques.

Qui est cet homme qui balade son haut de forme, sa canne ?

De la ville à la campagne, cette personne, au costume sombre, cherche son chemin : celui de demain, et celui à venir. Les marins qui volent, inondent de cris stridents sa route. Celle qui éloigne des doutes, avenir !

L’homme innocent promène l’insolence de son imperméable, aucun ciel en colère ne perce ce costume increvable. Incroyables ces êtres qui maîtrisent les vents contraires, et peu importe leurs provenances : que les vents soient d’est ou d’ouest, les oiseaux marins circulent et planent sans effort apparent, juste les squelettes trempés.

Cette silhouette au passé composé cherche au cœur de cette trouble atmosphère, son flot de lumière. Sa raison d’être !

Il se parle de ses îles, celles que l’on devine derrière les maisons. Horizon incertain, il pense à ce voile aperçu, à elle, qui a fui, ce cruel abandon. Son soleil est lointain et, ce matin, il exprime sa peine à se lever, sortir du vide absolu de ce gris, au teint vieux.

La pluie traverse sa route. Lui, son bleu est ailleurs, dans cette partie sombre assassine qui conduit sa peine.

Par son absence, elle a violé son innocence, et lui, il s’en balance. La ballade de sa voix amuse le ciel qui, en reconnaissance, pleure pour lui.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.