L’enfant nage dans ce bain d’étoile, il tisse sa toile et devient une lumière. Sur la Terre, sa maman regarde le désastre, la lune se cache et l’ange devient gardien du troupeau : chèvres, lions, licornes ou chats. Du coin de l’œil, le petit surveille les anciens, ceux qui croient savoir où se cache l’âme des défunts. Dès l’aube, le chérubin s’amuse à crayonner le ciel, c’est lui qui tire les ficelles et donne, selon l’humeur, des gris ou de la couleur. Parfois son cœur se fâche, alors sa colère tonne et l’orage s’abat sur les flingueurs d’innocence, ceux qui nomment argent la chance. Lui, sa vitesse-soleil l’entraîne sur des couloirs d’ivresse, qui caressent son esprit et le plongent dans les ténèbres d’un trou noir pour parfaire son œuvre. D’alizarine, de prune et de pourpre mandarine, le jeune artiste peint des nuages, il imagine des villes sans poison.

Regardez cette lueur qui flotte dans la nuit !

C’est le petit prince qu’elle habille, habile. Il dessine des fleurs, ôtant toutes les distances. Le garnement joue entre les mondes et allume les cieux, son désir de vie est un flot qui brûle d’espoir les yeux de sa mère, elle qui se sent perdue sans la musique de sa voix.

Si la mémoire est là, il vit... Beau, il vole mieux que l’oiseau.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.