Une odeur d’absence rôde autour de mes murs, des tourbillons de questions arpentent cette forêt inconsciente, ma conscience. Le public contemple ma dégringolade vers des rues amères où, esseulé, je traîne les pieds. Je respire, donc je vis, quand le miroir ignore ton portrait. As-tu grandi ?

Parfois je pêche une réponse. Je sais que le vent te promène sur cette côte d’azur aux couleurs de propagande pour une nouvelle rencontre, sur un banc. Parler de tout et surtout de rien du tout, sentir la flamme du cœur, l’arôme d’une fleur des sables et se croire innocent sur la carte du monde. Oublier un temps que le bonheur se construit à plusieurs, me sentir libre à en pleurer. Écouter la nature, la voile en fausse panne, avoir tes yeux comme horizon, ne pas me méfier des dangers, me laisser porter par Éole, sur une route claire, sans naufrage... Plus aucune peur de nos âges, accepter de vieillir, nous construire à deux, créer !

Quoi ?

Des étoiles dans l’iris de nos fils et filles. Une famille. Un tableau, un bateau...

Puis oublier le supplice du présent, oublier que je suis loin de ta robe qui glisse sur tes hanches. Penser au futur invisible, y croire encore et encore, croire que nous sommes nés l’un pour l’autre, et en délire fuir pour une balade vers l’océan pacifique, nous arrêter afin de construire un nid, une ruche, jouer à l’autruche sur cet îlot étranger, nous amuser au son des cornemuses.

Ici, le soleil est trop triste.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.