Un alezan et une robe marron, aux crinières de feu, circulaient autour d’une cabane aux tuiles ocre-jaune. Ces deux chevaux avaient la mer à perte de vue, bloqués sur un îlot, un presque rien de terre. Leur petit trot n’avait point de sens. Les vents avaient tué la moindre feuille de ces vieux arbres centenaires, mais les animaux savent rester fiers. Perdus, sur cette drôle de parcelle entre terre et ciel, leurs pas créaient des chemins, mille fois empruntés, et me montraient l’illusion de la liberté.

Dans ce jardin d’Éden, seule la pierre résistait au traitement, lent, du temps sur la matière, le reste n’étant que poussière. Les bêtes attendaient l’homme ou la marée inverse pour trouver de l’espace, des étoiles filantes et du foin. Pourtant, ils brillaient d’élégance sur cette place réservée aux oiseaux. Sans cris, leur cercle autour de la maison donnait de l’espoir, de la vie à la mémoire du regard. Ces chevaux savaient si bien limer les barreaux de leur cage. Le temps passait sur leur peau, comme une goutte d’eau glisse sous une paupière, lentement ; et ils n’y prêtaient guère attention...

Rien ne semblait pouvoir briser leur joie de vivre !

Demain, ils seront au galop dans un vaste champ. Le savent-ils déjà ?

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.