Lumière irréelle et beauté d’un voyage immobile. Le ciel gris épris de ce vert mystère donne son reflet au lac bleuté. Melon attend ses cygnes, et la mer, ce matin, est partie loin. Un bateau promène son sourire, cyan, sur les bords de son flanc. Son ancre posée sur la grève a des airs de Chine, cette marque du temps immuable : vérité et silence.

Presqu’île et sujet de cette ombre Océan, un voile de brume nous cacherait presque la vision de ce four. Le phare cache ses reins. Éteint, il attend la prochaine marée, la caresse dorée d’une raie ou les crocs acérés d’un chien de mer.

Sur la plage, nulle projection de déjection, une clarté marron rose éclaire nos envies de découvrir une étoile de mer : coussins, astéries, couronne d’épines ou le sublime crachat d’amiral. Ce dernier, peu royal mais léger, s’entête. L’animal digère ses mollusques, loin de nous offrir un râle ou un rot. Soulevez un caillou, vous verrez : bernard-l’ermite, petits crabes et porcelaines. Des laitues ou des algues queue-de-poulain cachent sous leurs ailes des mysis, tandis que des poux et des oiseaux survolent le tout...

Étranges nuages qui scellent les clefs de la nature, illusion de réel ou épines dans le pousse-pied, un plat de forme que j’aimerais un jour goûter...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.