Un dimanche sans fin ne sert à rien si l’on pense au divin. Ce matin-là, mon cendrier était plein de mégots et l’idée de me rendre à la messe était absente. Je rêvais à ce bateau qui arpente les flots...

Comme un jeune sot, je n’avais en unique bagage que mes maux. Pas un journal ne parlait de ce vide qui m’attriste, de cette main si lointaine, unique fruit de l’hirondelle. La radio chantait le soleil ; au-dehors, la pluie. Mes rides qui s’effacent, pas de menace à l’horizon, je me sentais pris au piège, un pigeon en voyage statique presque aussi apprivoisé qu’une île. Sans image, je ne pouvais plus rien acheter. Le vide, sans peur de se perdre, ancré à sa dernière pensée sauvage. Le lion se balade dans sa campagne, solitaire et avide d’une compagne, son cœur saignant. Lui aussi voudrait voguer vers une belle lettre, un point d’interrogation, mais reste en suspension...

Que donner de plus quand on n’a rien d’autre qu’une vie à donner ?

Son partage pour un bal en attente d’une balle, afin d’oublier le temps qui passe. Croire en son étoile, à la belle lune de passage, ou en rien. Ne plus rien attendre d’autre qu’un billet d’amour en seconde classe et ce visage que mes doigts ne reconnaissent plus, cette voix perdue, et fuir dans l’illusion de son pardon, et fuir dans ce désir fou de comprendre la cause de l’abandon, de l’exclusion. Ce songe se métamorphose en cafard, cauchemar, et la triste solitude en toute gratitude pour service rendu.

Pas un lapin ne coure à la foire, et j’ai faim de nuages de tendresse. Ce serait dommage de mourir, encore fort d’une jeunesse qui pourtant peu à peu s’évanouit en nuit noire...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.