Un regard de bord de mer, le crépuscule en toile de fond, je navigue sur ce calme vague. L’œil fixe, le phaéton en pâture donne son dernier concert, quelques rayons sur l’estran. La vase isole des coques brunes et je voyage au milieu des vers sur un limon grisâtre. Les arbres sont sous la brume et le toit du monde tombe, si vite qu’il ne reste bientôt plus aucune lueur d’espoir dans le ciel.

Solitaire, je plane en pansant mes plaies.

Ici, pas d’îles, mais un long serpentin entre une rivière et l’Iroise. Un sablier au repos ne donne pas l’heure, il tourne sur son mouillage, cherchant le vent. La cale est vide, nulle âme de promeneurs en ce soir prometteur. J’aimerais apercevoir un phare qui scintille et des poissons-chiens, or il n’en est rien. Plus personne ne regarde ce pays sage.

L’horizon n’a pas de voile et je le vis comme un drame.

L’ardoise bleue du village fait renaître des souvenirs de nages et la peur des algues-serpents qui s’étirent sur mes chevilles, les enlacent. Elles se collent, s’agrippent et m’attirent dans leur monde sous-marin, vers ces lutins au féminin qui m’encharment, belles bêtes ensorcelantes sur leurs selles d’hippocampes. Une valse imaginaire d’une rive à l’autre, sans musique.

J’aime ces maisons, doux reflets de secrets perdus depuis des millénaires, qui dorment au chaud, et le soleil qui s’échappe, déposant une ombre jaune planant et des reflets mandarine.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.