Une lune écarlate éclaire quelques voiliers. Moi, je promène chien et nostalgie sur l’écran de ma mémoire. Des couleurs s’invitent. Ivre de dunes, je m’absente dans ce tableau. Les blés sont ocre jaune, la lavande respire le vert, le blanc. La terre s’inhale, de vieilles pierres de taille comptent les ans. Enfant, je courais sous les bois ; maintenant, j’attends les vents d’ouest, pour me sentir vivant. Mille fois je suis mort, pris en otage de ton absence. Alors je m’aère l’esprit en regardant Ouessant, et la mer translucide me transcende, quand je ne suis que la cendre de notre histoire d’amour. Je patiente face à la roue qui tourne. Sans montre, j’ai le temps de compter les éclats du Stiff et de mon cœur. Les nuages pourpres inventent la joie de te savoir heureuse.

Tu es ma source de jouvence et quand je pense au charme des bateaux fantômes, je sais que j’ai raison de croire à cette histoire. L’horizon me bouscule, sensible charme de l’être lumière, lui qui dessine le monde en éclairs de génie. Cette poussière qui pense me hante. Déguisé en plaie ouverte, ce paysage me transporte vers l’œil-porte de l’univers.

Demain, ta robe volera sur mon dessein...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.