Bleu Terre - Oh calme
Par Christian le jeudi 6 mai 2010, 22:33 - Bleu Terre - Lien permanent
Lueur d’aquarelle, une brume de quiétude, personne ne bougeait sur ce bateau aux voiles ferlées. Le vent absent était totalement atone, et derrière ce silence, la mer se plaisait à mimer le lac. Espace miroir aux effets trompeurs de l’apparence, aucun signe du lendemain, de cette tempête qui allait creuser les reins de l’Atlantique Nord. Rien.
Cet élément maîtrise le double jeu et sa silhouette assassine, aussi insidieuse que les sirènes. Dans ce matin aux gris rosés, les vents n’avaient point de refrains. L’ombre de basse mer se projetait en privé et provoquait un mirage sur et sous l’eau. L’air était faux, l’air était fou, la mort patientait, elle attendait son quart d’heure, ailleurs.
La nature vivait à l’ombre de ses couleurs. Tout sommeillait, sauf les araignées qui, sereines, glissaient sous l’eau, guettant, tristes fossoyeuses impatientes et grinçantes, leur butin.
Écoutez leurs appels, à ces femmes Océan !
Entendez leurs appels, le chant dévastateur de ces dangereuses six reines, légendes de nos mers, oasis de plaisirs. L’Océan est leur voix, leur domaine, et il rugit de désirs en s’effaçant face à leurs corps, méfiance.
Ne soyez pas stupide, n’écoutez pas les complaintes de ces femmes-poissons. C’est votre corps qu’elles fiancent !
Si vous étiez éveillé ce jour-là, ou si vous étiez né, peut-être auriez-vous pris peur du son de l’absence.
Fragiles et innocents, des poissons jouaient. Ils guettaient, paisibles, la présence d’une main, triste aumône du marin poète à ses heures, glissant des vers sur son hameçon. Le fond de la faim, ce gouffre entre vie et mort… Si le poisson souffre, c’est qu’il aura eu le tort, goinfre, d’ouvrir la bouche.
Silence, et force du calme. La mer dort.
Peut-être ?
in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.
Commentaires
Le syntagme dernier aurait pu devenir un ultime supplice. Or, à présent, le goinfre ne gobera plus jamais de mouches.
Tant les vers sont délectables. La mer ne dort jamais.
Christian,
Navrée d'être HS, mais je me demandais pourquoi dans le Roman de Renart, logé au hérisson supra, la chèvre ne s'y trouve pas ? J'aime à m'imaginer que c'était de bon augure.
§(°.°)§
Iris,
Oh ! Le Roman de Renart évoque aussi la chèvre, mais c'est un personnage très secondaire, il me semble qu'elle a pu prendre au moins deux noms : la Barbue et Bertiliana - à vérifier -, mais de ce roman - qui n'en était pas un dans le sens moderne, pourtant bien écrit en roman - il est difficile d'en définir les contours : il embrasse des histoires multiples colportées ici et là et rassemblées par différents libraires, scribes et compilateurs. La période était certainement moins prétentieuse, il n'y avait guère d'autor et encore moins d'editor. Je n'ai pourtant jamais été tant attiré par ces histoires souvent faussement irrévérencieuses.
Christian,
Pour la Barbue et Bertiliana, ai cherché chez rapminot, mais rien trouvé. En revanche, sur le moteur de recherches G, http://www.larousse.fr/encyclopédi...
Bertiliana apparaît, grâce à Pierre Larousse. Malgré les apprences, du goupil et de sa ribambelle "irrévérencieuse", je constate que le garde-manger du neurone, fort curieusement, a éprouvé même attirance.
Depuis deux ans, la Conardie et ses insolences ont dû quelque peu le remuer sans qu'il le sache. En effet, d'un premier vrai prof de français, dans une école cependant pas très grande, il lui souvient d'un penchant spontané pour les premiers humanistes, ceci, dès la découverte de la chanson de geste aux origines des mystères du théâtre. Du retour aux sources enchanteresses il ne sera pas dit.
Chèvrement,