La rose du désert arrose d’une larme ce sol bleu mer et je m’isole de la nuit, des ennuis. J’ai froid en été et chaud sous le couvert de ce vent d’hiver. De l’est au noroît, j’ai cette indicible peur que l’invincible invisible me torde le cou, si peur que je m’envole vers un autre sentier que celui de tes bras. Tous les jours, je traîne ma peine de cette absence quotidienne. Ton charme reste en moi, tu danses dans un état de transe, la décadence sur tes reins se balance. Je manque parfois de voix, de cadence quand je parle de déroute, d’un signe de la main, d’une lance en plein cœur. J’ai faim et tu ignores ma route de fantôme. Étranger ou solitaire, ce morceau de peau indivisible me supporte depuis que je suis né. Sans tes doigts apprivoisés, mon corps a des doutes. Je suis l’ombre du silence et toi ce diamant silex qui fond sous la chaleur torride des tonneaux de rhum ingurgités. Et mes rides saignent, quand j’attends ce cygne, cible magique d’une glace sans tain. J’ai aussi froid que la Pologne en automne et je rêve de croiser le fer, rouge sang, sur un terrain de jeu, si haut que même les adieux n’ont aucune chance de nous priver de la joie de nous revoir.

Sur cette croix, tranquille, le regard posé sur la flambée de bois qui brûle ma carte géographique, je t’offre un pique-nique, une montagne de soupirs, et trois étoiles de verre.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.