Ne voilà-t-il pas qu'un Masson me fait remuer tiroir
Par Christian le jeudi 27 mai 2010, 22:45 - Anecdotes - Lien permanent
Nos propos n'ont jamais été aussi sûrement tracés qu'aujourd'hui. Les masques — notre personne — que nous pouvons arborer n'anomysent rien, ils expriment. Ils offrent aussi l'avantage de protéger notre épiderme de fâcheux postillons.
Un certain Masson, illustre inconnu — enfin pour moi, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, je mets sa photo officielle au cas où —, sénateur de surcroît, tente notoriété trouver en proposant que tout blog soit accompagné du patronyme et de l'adresse électronique de celui qui l'anime.
Ajouter à la trace sa soumission et sa manifestation.
Rien de neuf sous le soleil de ceux qui veulent à tout moment guetter, surveiller, punir (1).
Dans un tiroir j'ai retrouvé cette lettre envoyée à la représentation nationale en juin 2000, la collecte des noms était déjà un souci majeur ! Ce mot n'a malheureusement pas pris poussière et me fait sourire, alors je vous le recopie :
Le 27 et 28 juin, il est encore temps de faire amende honorable
Madame, Monsieur,
C'est en relisant « le » poème d'Eugène Grindel, qui n'a pas perdu de sa verdeur, malgré son instrumentalisation académique, qu'un songe m'a habité :
Il me semblait qu'une cohorte de personnages aux noms communs m'accompagnait pour vous exhorter à repousser les amendements liberticides (46-3) de la loi sur la communication audiovisuelle que vous veniez à quelques-uns, au nom de tous, de voter dans la nuit du 15 au 16 juin.
J'y retrouvais, pour ne citer qu'eux, Jean Clopinel et Pierre Carlet, l'étrange Michel de Nostre-Dame se gaussant des facéties de Jean-Baptiste Poquelin. Pierre de la Ramée cultivait le jardin de François-Marie Arouet. Florent Carton était échauffé par les saillies de Nicolas-Sébastien Roch. Pierre Dumarchey dansait avec Elsa Kagan sous l'œil suspicieux de Louis Andrieux. Gérard Labrunie enchantait Marie Rouget ; elle resta confuse. Paul Bernard dont l'originalité du nom passa à la postérité égayait Émile Chartier à la mine si grave. Louis-Ferdinand Destouches haïssait toujours la campagne ainsi que la compagnie D'Isidore Ducasse. Roger Cretin goûtait le parfum exotique d'Alexis Saint-Léger. Wilhem de Kostrowizky jouait un impromptu à Aurore Dupin qui regardait dans la direction de Marie de Flavigny. François de Salignac de la Mothe proposait une chartreuse à son voisin Marie-Henri Bayle. Georges Colomb et Georges Moineaux riaient comme larrons en foire. Mais quel malaise atteint Anatole-François Thibault lorsqu'il s'entretint avec Louis Farigoule ?
Un peu confus, près de la commode aux tiroirs marbrés (escamotés ?), Émile Ajar regardait cette procession.
Le 27 et 28 juin prochain, songez-y !
Christian Domec, juin 2000.
(1) c'est un peu faiblard, dire que j'appris par cœur cet extrait de Idée générale de la révolution au XIXe siècle de Proudhon, extrait qui n'a ni queue ni tête, mais qu'il me plaisait de clamer :
Ô personnalité humaine ! se peut-il que pendant soixante siècles tu aies croupi dans cette abjection ! Tu te dis sainte et sacrée, et tu n'es que la prostituée, infatigable, gratuite, de tes valets, de tes moines et de tes soudards. Tu le sais, et tu le souffres ! Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu.
Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Commentaires
Et aussi être "assuré" ?
PS : Pourquoi Paul Eluard, et sur quel poème faut-il se pencher ? Navrée de mon ignorance, je suis.
Amor, celui-ci :
Liberté
Sur mes cahiers d'écolierSur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Merci !
Je me dis que c'est fort "étrange", la différence qu'il peut y avoir, quelquefois, entre un homme et une femme. Dans ce poème extraordinaire, Paul Eluard chante la Liberté, alors que j'imagine très bien qu'une femme "trop" aimante, ou un poète tel que l'auteur de Bleu Terre, par exemple, le transposerait sur l'être aimé qui l'habite. Je crois me souvenir que c'est Olivier Clément qui pensait que l'amor, ou l'éros, je ne sais plus, serait une "quête de Dieu, inversée". Donc, rien de commun avec toutes les niaiseries et balivernes qui sont lancées sur le symdrôme dit du "Prince charmant" et autres "besoins" de béquilles etc.
Mais je m'éloigne encore une fois du sujet !
Oui, et c'est bien une femme qui, sur l'échafaud, a crié un jour : "Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom !" Qui-que-quoi et comment croire ?
N'est-il pas normal en ces temps où l'anonymat vestimentaire est interdit de penser à supprimer l'anonymat sur le web, en francois : sur la toile. J'y trouve une délicieuse analogie.
C'est déjà le cas en Allemagne alors qu'ils laissent les burqas burquiser en rond.
Et gare au malheureux qui n'affiche pas correctement son "Impressum", il se verra ranconner par un avocat, certains s'étant spécialisés dans la recherche des sites ayant omis l'Impressum.
Pour preuve : http://www.tby-liber.com/?page_id=7...
N'est-ce pas la liberté que nous accordons à ceux qui nous dirigent qui est liberticide ?
Bonne journée.
Thierry
Mais qui ça "nous" ? N'est-ce pas injuste de généraliser ? Je ne peux m'empêcher de penser que le reproche, s'il en est, ressemble à un raccourci. Oui pour l'anonymat vestimentaire, mais a-t-il seulement jamais existé ? L'histoire du costume, par exemple, nous apprend que l'habit a toujours voulu faire son moine... Sinon, comment expliquer, par exemple, que sous la période Empire, ou du Directoire, je ne sais plus, les Incroyables et les Merveilleuses, si généreusement décolletées, n'étaient souvent vêtus que de voiles légers, même en hiver ? Puisque être gouverné donne si peu de place à la Liberté telle que le Poète la vit et la propose, que faire d'autre que de se résigner tout en restant lucide et désabusé ?
Fatima Oasis, le chant est très beau - néanmoins - il y manque un je-ne-sais-quoi qui est loin d'être petit. Curieusement, car je ne suis d'ici, le chant du pays des Conards - faites un clic sur ma fleur - fut celui qui longtemps berça ma toute première enfance, au siècle dernier... (Je suppose que le vieux grand-père qui la chantait avaient encore en mémoire le souvenir tout frais du grand Débarquement ?)
Thierry, Fatima, Il me semble que l'habit montre et souvent désigne et le nom aussi - ils ne révèlent que peu. Mais le nom n'est pas nécessairement le patronyme ni l'habit celui de nos parents. Il y a glissement. Il est réducteur de penser que l'habit puisse remplir des commodités, comme il l'est du nom qui ne serait que désigner l'identité. Lorsqu'il y a eu fossilisation des noms - l'état civil - sous François Ier, il n'était pas rare, pour se gausser d'un homme particulièrement petit de l'appeler Legrand et de l'enregistrer comme tel. Le pseudonymat crée des Legrand minuscules et c'est bien ainsi.
Quand à la responsabilité de ce que l'on écrit : je suis pour qu'elle soit pleine et entière quitte à subir les foudres d'untel ou untel. Responsabilité ne veut pas dire arborer sur son front l'empreinte de son identité, la tatouer, la rendre indélébile. Bien au contraire, il s'agit de celle de la personne et de ses facettes infinies.
Si ici je signe Christian et ailleurs Barnabé, je suis également responsable de ce que je dis. Comme au comptoir du zinc lorsque je décide de m'esclaffer, il ne me viendrait pas à l'idée de le faire en présentant au préalable ma sinistre carte d'identité.
PS : sinon, comme dit dans mon billet, il est si facile sur internet de "serrer" une personne que toute demande ou imposition d'identification préalable est pour rendre cette servitude volontaire, l'intégrer, l'incorporer.
Christian, que de nous très peu l'habit révèle et le patronyme aussi, vous prêchez une convaincue et, personnellement, j'en suis ravie. (J'espère que vous n'en doutez). Une pièce d'identité ne sera jamais qu'un tout petit bout de papier sans grande importance. Lequel papel, au demeurant, si mes informations sont exactes, est inexistant chez l'insulaire et verte Albion, par exemple. Si FB - je n'aime plus guère faire l'honneur de lui attribuer l'onomatopée caprine - s'obstine à "serrer" ou à "imposer", ne pensez-vous qu'un asile en Conardie pourrait être envisageable ? Ce monsieur cravaté me semble bien trop poli pour être honnête, comme dirait feue ma grand'mère...
Christian, en naviguant chez le bec, charmée par ses tendres et fidèles penchants pour les mantras et les chèvres sacrées, je me disais que la Liberté devait sans doute avoir les parfums des quatre saisons du lien (inoubliable) déposé sur ma tête ?