Tandis que la belle Angélica et le jeune chevrier conversaient ensemble par le regard, les sourcils courroucés de Mast’André avaient pris l’aspect effrayant d’une grosse accolade renversée. Le notaire tira de sa poche une pièce de deux sous, qu’il déposa dans la main de Cicio, en lui disant d’un ton brusque :

– Le service que tu m’as rendu et le verre de lait sont payés. Tu peux t’en aller.

–  Je n’ai point envie de rester ici plus longtemps, répondit Cicio, car mes pratiques m’attendent.

Cependant, je ferai volontiers voir à la signorina quelques-unes des gentillesses de ma chèvre jaune.

– Au diable la chèvre jaune ! je me soucie fort peu de ses gentillesses.

– C’est que vous ne la connaissez pas, reprit le chevrier. On vient de quatre lieues à Floridia pour la voir danser, et elle fait la joie de mon village.

– Si tu ne sors, je te vais mettre à la porte, interrompit Mast’André.

– Excellence, quand j’ai le bonheur d’acquérir une pratique nouvelle, je considère comme un devoir de lui donner une petite représentation gratis. Le spectacle curieux que je vais vous offrir ne vous coûtera rien.

– Il faudra donc que je prenne un bâton pour te faire sortir ?

Comme s’il n’eût pas même entendu les menaces de Mast’André, Cicio appela sa chèvre jaune par un cri guttural. La chèvre accourut en secouant ses cornes, et se dressa sur ses pieds de derrière. – Allons, Gheta, lui dit son maître, dansons pour réjouir le seigneur notaire et sa divine fille.

précédent - suivant

in La Chèvre Jaune, 2010.