[cet avis fait suite à ma demande, j'en remercie Bernard]

En préambule, je dois dire que mon intérêt pour les Penchants du Roseau vient de deux choses :

  • de la personnalité de son fondateur
  • du coté atypique des Penchants du Roseau

Pour ce qui concerne son fondateur, je n'oublie pas qu'il a été l'un des premiers à venir au berceau du bébé « brumerge » en lui portant un regard bienveillant mais aussi pour inciter à la vigilance sur certains points que nous avions alors négligés. Je n'oublie pas non plus qu'il m'a consacré un entretien sensible sur le site du Roseau autour de mon roman Camille... cet entretien reste toujours unique sur le net.

  • Mon intérêt s'est porté sur les « Penchants du Roseau », comme sur les « M@nuscrits » de Léo Scheer car ils étaient concomitants à notre propre expérience brumerge. Un peu comme des gamins du même âge qui auraient poussé ensemble et qui ont partagé des expériences voisines... dans le cas particulier des « Penchants du Roseau » ce qui me fascine, c'est le côté artisanal, la fabrication des livres... c'est je crois le point crucial qui permet une totale liberté. Il faut voir les galères que nous avons traversées avec nos différents imprimeurs depuis deux ans. En plus de la liberté de la fabrication, il y a celle du choix des matériaux: qualité du papier, de la couverture, du pelliculage. Tous ces choix sont très réduits avec un imprimeur car ils majorent considérablement le prix final.

Trois livres de publiés aujourd'hui – trois genres complètement différents !

Les Conards de Rouen :

Avis sur le texte : j'ai bien accroché sur les 44 premières pages, par contre arrivé au « Triomphe de l'Abbaye des Conards » j'ai eu un peu plus de mal avec le « vieux françois ». Je pense qu'habitant la ville de Rouen j'aurais été plus motivé à continuer à lire ce texte. J'ai tout de même parcouru et survolé le livre jusqu'à la fin. C'est tout de même un aspect de notre patrimoine et sur la partie que j'ai lue, j'ai pu apprendre des choses sur le clergé et la société de l'époque.

Avis sur son enveloppe : j'ai été surpris par la qualité de l'ensemble: souplesse du livre, qualité du papier. Seul soucis le « rainage » (le pli pour ouvrir plus facilement la couverture... et le livre). Enfin cerise sur le gâteau : la dédicace personnalisée, l'exemplaire unique. C'est la première fois que je vois ça.

Avis sur le déroulement de la commande et de sa livraison : prévenu de la réception de la commande, du délai et de l'envoi effectif, tout a été impeccable.

Bleu Terre de Jean François Joubert :

Avis sur le texte : j'ai connu Jean François sur un site de correction où j'ai pu lire plusieurs de ses textes. J'ai été fasciné par cet auteur, sa personnalité à la fois fragile et attachante et sa capacité à écrire dans plusieurs genres. Il s'agit ici d'un recueil de poèmes où plutôt d'une balade poétique magnifiquement illustré par Georges Briot. Je n'ai pas encore fini de lire ce livre mais, bien que n'étant pas très passionné par la poésie, je pense en faire un commentaire prochainement sur Babelio.

Avis sur son enveloppe : les illustrations couleurs donnent à ce livre un cachet certain.

Avis sur le déroulement de la commande et de sa livraison : rien à redire tout à été impeccable.

La Chèvre Jaune :

Avis sur le texte : Je n'ai lu que les 15 premières pages de ce texte qui est assez dense. Ça se lit sans difficultés et je pense aussi en arriver à bout prochainement.

Avis sur son enveloppe : je pense que le passage du pelliculage brillant à un pelliculage satiné donne plus de classe au livre. Le problème de rainage semble maintenait résolu.

Avis sur le déroulement de la commande et de sa livraison : toujours sans soucis

« Me dire si votre réaction peut être publiée sur le Journal des penchants du roseau »

pas de problème pour moi.

« De plus, j’aimerais récolter les articles qui ont pu chroniquer tel ou tel ouvrage, sur le net ou sur le papier, si vous avez des références à m’indiquer, n’hésitez pas – même si la récolte est maigre, il m’est impossible de veiller à tout ça. »

Je ne connais pas de commentaires sur les livres des Penchants du Roseau pour le moment mais, comme dit plus haut, je vais essayer de faire au moins un commentaire pour Bleu Terre.

Bernard Fauren.

Note : Bernard entretient un fil à propos des penchants du roseau sur le forum L’Huître perlière.

__

Copie de notre entretien paru sur Roseau.org :

Camille, Pierre et Bernard

« Je suis la jeune femme timide qui habite en dessous de chez vous, ou ce vieux monsieur qui nourrit en cachette les chats au fond d'un square, ou encore ce collègue taquin qui vous tyrannise quotidiennement à votre travail. J'ai travaillé dans des opéras désertés après les spectacles, mais j'ai aussi vécu des années dans une chambre sordide au fond du couloir d'un hôtel meublé. Il m'arrive encore de dîner le soir au China Moon, et là, près du radiateur, tapis dans l'ombre, je vous observe, je vous hume, je vous respire. Parfois vous arrivez en couple et lorsque assis, l'un en face de l'autre vos mains se touchent et que vos regards se cherchent, vite, je guette la petite lumière qui danse au fond de vos yeux, et là, mon âme s'envole… »

Bernard Fauren, 2003.

Camille et Pierre

Bernard Fauren est l'auteur de Camille, roman sensible ; rencontre entre deux êtres dans un lieu qui isole ; leur fuite vers le réel. Son écriture classique et fluide décrit des personnages de « l'intérieur » avec finesse. L'univers dans lequel ils évoluent est assez précisément transcrit – Bernard a dû bien se documenter, y compris pour ce pavillon improbable qui pourtant a existé. Quelques blancs dans la narration offrent respiration et incitent au vagabondage onirique.

Bernard a vu sa vie bouleversée par Camille, son roman.

« Certaines personnes disent avoir eu leur vie changée après avoir lu un livre. Moi, c'est d'avoir écrit Camille qui a changé la mienne. Ça reste, encore aujourd'hui, un grand mystère. Ce roman m'a permis de faire des rencontres, de voyager et de goûter à des moments d'intense bonheur qui me laissent encore un parfum d'une immense nostalgie : celui d'un paradis perdu. Il m'arrive aussi de regretter de ne pas être mon personnage, celui de Pierrot, pour connaître Camille.

Voici maintenant plusieurs années que ce roman existe, accessible sur le net, et je me rends bien compte de toutes ses imperfections, mais il reste pour moi un espace sacré, à l'image de cette minuscule chapelle de la Vierge Noire, qui existe vraiment, et où je me rends encore souvent.

Camille n'est pas mon premier roman, ni mon dernier, mais je ne suis jamais arrivé « à faire mieux ». Je suis aujourd'hui persuadé que nous sommes l'auteur que d'un seul roman, et que pour moi, malgré tous ses défauts, ce roman restera Camille. »

Pierre, personnage de Camille, avant de la rencontrer dans le pavillon d'un asile d'« aliénés » nous confie :

« J'avoue que si j'écris depuis si longtemps c'est en partie pour ce sentiment de gagner comme une liberté et un tout petit pouvoir sur ceux qui me dominent sans cesse(...). Parfois, je regrette de déchirer systématiquement tout ce que j'écris, mais ne pas le faire m'enlèverait tous les bénéfices. »
« Retour à la chambre, choisir du papier, prendre le bon crayon… enfin tout le rituel.
« … Ici même, c'est le jour, un autre jour où si le conflit fait mal, il y a lieu de ne rien faire. Attention à la pensée, à la fatigue et aux rites… donc nous en sommes là. Écran de la réalité, le calme, le lointain des bruits, le calme de ce qui ne se passe rien. Paroles de couloir de ce qui se passe ailleurs. Oubli du noir et pire. Mots posés sur de petites feuilles minuscules et perdues… donc il ne reste plus rien à faire ni à dire. Donc on ne dira plus rien. Alors on reste assis à attendre, toujours à attendre et ne rien dire... ne plus rien dire... »
— Monsieur, il faut sortir, je dois faire la chambre !
— Un instant j'écris, je dois finir ! »

Entretien avec Bernard Fauren

Roseau : Bernard, Pierre est un personnage de fiction, pourtant, il me semble que ces deux aspects :
— écrire et surtout ne pas en garder trace,
— écrire comme moment de liberté et de « désaliénation », ne te sont pas étrangers. À quel moment as-tu décidé de garder trace de tes écrits et de les livrer en les publiant ?

Bernard : Il n'était pas prévu que l'on découvre que le compagnon de Camille porte le même prénom que moi (rire). Je me suis amusé à lui donner mon prénom sachant que je signais Bernard Fauren. Le fait est, que lorsque j'ai commencé à rencontrer pour de vrai les gens du net, j'ai dû donner ma véritable identité ce qui explique que certains m'appellent indifféremment sur le net Pierre ou Bernard. Le passage du monde virtuel au monde réel engendre ce genre de surprises que je ne pouvais pas prévoir (sourire).

Ceci dit, il n'y a pas vraiment une relation entre le Pierrot de Camille et moi. J'ai commencé à écrire après mon divorce (c'est une cause de passage à l'acte assez fréquente – rire) et effectivement, j'ai écrit des centaines de pages en écriture automatique. Elles n'avaient pour but que de me soulager psychiquement : je déchirais aussitôt les pages… de peur qu'on ne les découvre. J'ai ensuite trouvé sur le net une « méthode » américaine pour écrire une fiction en dix semaines… qui insiste beaucoup sur la gestion du temps par la prise de rendez-vous avec soi-même, ce qui est très important pour mener à terme un projet de longue haleine. C'est ainsi que j'ai écrit L'En Secret, que l'on peut aussi trouver sur le net. C'est un texte très noir, également à vocation thérapeutique, que je n'ai jamais eu le courage de relire et de corriger. Comme pour beaucoup de personnes qui écrivent un premier roman on peut y trouver tous les germes de ce que j'écrirai plus tard.

Roseau : Quelles impressions as-tu eues de la métamorphose d'un texte écrit, travaillé, puis publié sur internet à sa présentation sous forme de livre palpable ?

Bernard : Écrire pour soi, et écrire pour être lu, c'est bien différent. Écrire pour le net ou pour être publié sur papier oblige à se conformer à certaines règles : écrire une histoire censée qui ait un début et une fin, respecter l'orthographe, éviter les répétitions… c'est beaucoup de travail. Je me souviens de la première fois où j'ai mis en ligne L'En Secret sur Olympio (site qui a disparu aujourd'hui) : je n'en revenais pas que l'on puisse me lire à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, en France comme à l'autre bout du monde. Avant de m'endormir, j'imaginais qu'un lointain lecteur français vivant au Japon était plongé dans la lecture de mon texte (rire). En fait, c'est un peu une lune de miel car après on découvre qu'il y a très peu de lecteurs même s'il y a beaucoup de téléchargements. Trouver des lecteurs demande autant, sinon plus d'énergie, que pour écrire un roman. Quand j'ai fait imprimer « à la demande » Camille c'est une autre impression. J'ai commencé avec In Libro Veritas (ILV) qui essuyait les plâtres à l'époque et mon premier exemplaire était affreux. J'en ai fait une critique complète sur le forum d'ILV ce qui m'a valu des déboires avec son gérant… qui ne se sont pas arrangés par la suite (rire). Je suis passé après à lulu.com, et là, l'objet livre était nettement plus présentable. Le format était déjà plus grand et ça ressemblait vraiment à un livre. Nouvelle lune de miel… et puis nouvelle déception… une fois épuisé le cercle des proches, plus personne pour acheter notre bouquin.

Roseau : Existe-t-il une relation entre la marche (les longues balades) et l'écriture ou, du moins, la construction d'éléments du récit ; le rythme des pas et celui de la phrase, la caresse du vent et le sourire d'un personnage, une pluie battante et un accident stylistique ?

Bernard : Je ne fais pas de relations conscientes entre la marche et l'écriture. Je viens de faire six mois de marche et de voyage entre le chemin de Compostelle et mon voyage en Inde et je constate un écart douloureux entre la réalité et la fiction. Je planche actuellement sur une préface pour un recueil de poèmes sur Compostelle, d'un ami, et je vérifie combien nos « voyages » ont été différents… alors que nous avons parcouru le même chemin ! C'est très déroutant. Marcher c'est avoir une présence au réel et pour le moment je n'arrive pas à utiliser « ce vécu » pour écrire. Juste un exemple : avant de partir en Inde, j'écrivais déjà un texte de fiction ayant pour décor Bénarès… lorsque je me relis aujourd'hui, mon Bénarès de fiction me parait plus « crédible » que le Bénarès que j'ai redécouvert avec mes pieds (j'y étais allé une première fois, il y a plus de trente ans). Je pense que pour écrire une fiction il faut une sorte de « filtrage » du réel pour le restituer vraiment. Je constate que pour les photos c'est un peu la même chose : les meilleures images de Bénarès, et notamment celles prises sur les ghâts, sont celles qui donnent une impression « d'hors du temps »…un peu à la manière des peintures de la renaissance…

Roseau : Quels sont les ouvrages que tu as déjà publiés ? Planches-tu sur une nouvelle œuvre ?

Bernard : Tous mes textes se trouvent sur mon site minimaliste (une seule page – rire) :

L'En Secret (2001),
Camille (2003),
La Cascade d'Enora (2005),

Ces textes se trouvent en l'état : L'En Secret mériterait une sérieuse relecture et La Cascade d'Enora se trouve en correction sur l'excellent site TNN & Cie. Je les laisse à disposition… justement pour ne pas avoir la tentation de les faire disparaître. Ce qui est intéressant avec le net, c'est qu'une fois un texte lâché, on ne peut plus le reprendre (rire).

J'écris en ce moment Kali la Noire depuis plus de deux ans. Ça se passe à la fois en Inde mais aussi sous nos contrées. C'est justement un récit « sorti de mon vécu » qui me donne beaucoup de mal. Une histoire que je continue à vivre qui est une source de souffrance mais aussi une motivation à « sublimer le réel »…

Propos recueillis courant janvier 2008.