Brise longue point d'orgue
Par Christian le dimanche 24 octobre 2010, 13:42 - Journal - Lien permanent

Arrêter ? Après tout pourquoi pas.
Agiter la nouveauté comme un hochet relève souvent d'un trépignement sénile. L'agacement que les années procurent.
Et puis quoi, il n'est pas beau le « catalogue » des penchants ?
Ce Souvenir de personne de Cécile Fargue, un des textes les plus intenses qu'il m'ait été donné de lire . L'estran poétique de Jean-François Joubert en son troublant Bleu Terre où cabriole une Chèvre jaune au son des fifres conardiens. Oui, je pourrais m'arrêter là, soigner leur distribution, tenter de créer brèche dans ce mur impressionnant de grégarité-mortier des librairies « indépendantes » (1) et bibliothèques budgétisées (2).
Et pourtant, non. Je vais les soigner ces quatre, redonner de la vigueur aux Conards de Rouen (3), tenter de sortir du bouillon la jaune chèvre (4) et accompagner le Souvenir & la balade insulaire jusqu'à leurs lecteurs, mais continuer à dénicher des textes que j'aimerais palper, corner, effeuiller. Seulement voilà, un regard sur l'année écoulée et je m'aperçois qu'il ne m'est pas possible de publier plus de trois ou quatre livres par an grand maximum si je ne veux baisser la garde ni dans le choix, ni dans la préparation ni dans leur façonnage et leur présentation. Ces trois ou quatre de 2011 sont presque choisis, en cours d'écriture pour l'un, en attente pour l'autre et des hésitations là. Sauf surprise, la prochaine publication ne se fera pas avant la fin de l'hiver.
En ce début d'automne, une volée de cailloux est venue fouetter mon marigot, rides, ondes, abrégeant ce point d'orgue : une idée ni neuve ni originale ; juste d'une singulière banalité. L'idée : il m'arrive de promener les livres que je fabrique, leur faire prendre l'air. Oh ! Je ne le fais pas souvent, je n'aime pas trop les salons ou les choses de ce genre. Je préfère le plein air ou le bref passage ici ou là. Les livres sont gros, ils demandent beaucoup de temps de préparation puis de fabrication. Pourtant il y a une foule de textes que j'aimerais bien publier, des textes courts, des très longs à fractionner comme l'alphabet et ses lettres-tomes. Les additionner dans un grand recueil ne me semble pas une bonne idée, l'assemblage est souvent mal ajusté, il risque d'être bancal ou du moins artificiel. Par contre publier des petits livrets de 20 à 50 pages, sans dos avec une simple couverture me paraît un bon compromis. Un petit livre, léger, peu de travail éditorial, mais soigné (je choisis ou non, une ou deux suggestions, une pincée de corrections et mets en forme) ; assez rapide à fabriquer, portable, que je peux facilement donner ou vendre à petit prix sans que je me crée une trop grosse ardoise (celle que j'ai en ce moment a pris de trop grandes proportions, comme le fameux camembert coulant...). De plus, j'ai des propositions de publication plaisantes, étonnantes, grinçantes...
Bref, l'idée est de lancer une collection qui pourrait s'appeler « les petits penchants » de livrets tirés à très peu d'exemplaires (maximum 100), couplés à leur présentation web (image pdf du livret) librement consultable. Concernant les auteurs, je pensais à une formule simple : ils m'accordent l'autorisation provisoire de publier (sur papier et sur le web) pour disons un an (renouvelable) en échange de... rien du tout... à part que je leur envoie plusieurs exemplaires, par exemple. Sinon tout serait fait dans les règles comme pour un « vrai » livre : dépôt légal, etc. Mais je ne démarcherai aucune librairie ou bibliothèque (mais les laisserai venir s'ils franchissent le pas)... J'aimerais bien en annoncer une première série mi-novembre et les sortir, peu à peu, vers la fin novembre.
Les quelques premiers auteurs contactés semblent intéressés par l'idée, par celle d'être aussi publiés de cette « sans » façon.
Et vous ? Que vous soyez auteur, lecteur ou garde-champêtre, qu'en pensez-vous ?
Christian Domec, apprenti garde-champêtre libraire.
(1) à suivre...
(2) à suivre encore...
(3) à suivre aussi, un appel à textes sera bientôt lancé.
(4) quinze fois moins de succès que l'Hyrok de
notre ami Nicolaï ; mais cela ne m'étonne pas. Qui peut être intéressé par
une chèvre au surplus jaune, par un Paul ou un Jean ; par l'existence d'un
ordinateur et de ses méfaits au milieu du XIXe siècle ?
(photo d'Olibac, licence creative common)
Commentaires
Pour le hochet, j'aurais pu y penser. La sénilité, après tout, n'a pas d'âge :
(Jules Chevrier, eau-forte)
l'idée des "petits livrets" me parait excellente, elle nous permettra de découvrir de nouveaux textes en attendant les prochaines parutions l'année prochaine.
Votre billet sent bon l'automne et incite à la rêverie...
Très jolie photo ..
Merci, Ariane & de votre passage.
L'idée me paraît excellente aussi, même si, bien évidemment, nous savons tous et toutes que Monsieur du Roseau n'en fera qu'à sa tête. PS : l'image m'amuse de plus en plus. Il n'empêche que nous sommes nombreux - surtout nombreuses - à nous demander quel genre de bébé vous étiez. Déjà que les réverbères vous cognent et cognaient. NB : je les ai connus aussi ! §(*_°)§
N'arrêtez surtout pas ! Je suis en train de lire C. Fargue, et c'est l'évidence même que vous éditez des auteurs de talents.
En réponse à votre proposition, je dirai que l'idée doit certainement faire un heureux (Eric M). A moi, elle plaît également. Elle est d'autant plus intéressante qu'elle se déroule dans le cadre d'une maison d'édition qui commence à assurer. Donc ... GO !
Savina, merci, il ne me reste plus qu'à trouver une bonne assurance ;-)
(le talent de Cécile Fargue, je n'en doute pas)
Vous savez quoi, cher camarade Christian ? Voulez-vous que je vous dise ? Votre site ou votre blog - peu me chaut le vocable - est en soi tout un vrai roman-fleuve ! NB : Je ne voudrais point m'égarer, mais qu'en est-il de ce mystérieux "policier" annoncé depuis belle lurette ?
Cher Dourak, votre camarade - ça lui rappelle les carambars et mieux encore les bêtises de Cambrai - a appris que ce policier s'était fait kidnapper. Comme il détient le relevé provisoire de ses investigations dûment annotées par votre serviteur, il ne reste plus qu'à attendre ce que rançon sera, d'où ce point d'interrogation qui parle à ceux qui ont commis ce méfait.
Vous devez savoir, cher Cri, que je puis être une tombe quand cela me sied. Je présume que vous ne lâcherez du lest à votre discrétion légendaire. Mais ne pourriez-vous nous lâcher un indice ? Il me semble que j'ai ma petite idée pour le titre. Si je vous disais pain amour et jalousie ou Notre-Dame de Paris, brûlerais-je?
Bonjour Christian.
C'est une belle idée, elle a tout du moins tout pour me séduire. Elle est dans l'air du temps, qui en fait n'a rien à voir avec le temps, si ce n'est le présent.
Je pense que la limite temporelle de l'autorisation de l'auteur est une difficulté majeure du projet. Et s'il la retire que faire des exemplaires papier ? Pour la version web, le temps n'a absolument aucune importance. À ce niveau, il serait plus adapté, je pense, d'envisager pour le papier, un contrat de cession sur un nombre déterminé d'exemplaires et ce ad vitam aeternam.
De toute façon, ce ne sont que des détails et vous avez mon respect et mon admiration pour cette initiative MODERNE et généreuse, en effet, ne s'agit-il pas de partager ?
Je crains que mes humbles contributions ne puissent vous intéresser mais qu'importe ! Sourire.
Amitié
THierry
Merci Thierry,
L'idée est en route, j'y travaille en ce moment ; j'ai tout de même loupé une livraison de papier, bon pour aller le chercher samedi matin. Mais sur les textes il faut que je trouve un temps raisonnable pour les apprécier bien afin qu'ils glissent dans ces petits livrets pour qu'ils éclatent.
Oh pour la limitation dans le temps, c'est, en quelque sorte un garde-fou pour l'auteur. Il existe des sirènes puissantes qui « l'oblige » à effacer un texte ici pour qu'il soit publié ailleurs. Nous sommes dans un monde où l'enclosure est dominante même si les frontières sont perméables. Donc oui, le temps a son importance, c'est celui d'un éventuel regret.
Thierry, pour vos contributions, n'hésitez pas. Juste, prenons le temps. Dans quelques jours, je parlerai mieux de ces « petits penchants ».
Amitiés.
Thierry,
J'y repense, du moins je pense à vous le dire parce que pour moi c'est une évidence. Je ne me soucie guère du nombre d'exemplaires qui pourraient me rester sur les bras. Ma manière de fabriquer les livres un par un évite cette déconvenue. Et quand bien même par une frénésie collante j'en aurais une trentaine à vitement disperser, cela m'étonnerais que je ne trouve pas soixante yeux avides à les dévorer.
Et puis, là comme pour toute chose importante, je fais le pari de la confiance. Ce pari-là déçoit rarement, et je n'imagine guère une relation auteur/apprenti libraire sans ce rapport, celui qui permet, du coup, toute licence.