Boule de feuilles

Arrêter ? Après tout pourquoi pas.

Agiter la nouveauté comme un hochet relève souvent d'un trépignement sénile. L'agacement que les années procurent.

Et puis quoi, il n'est pas beau le « catalogue » des penchants ?

Ce Souvenir de personne de Cécile Fargue, un des textes les plus intenses qu'il m'ait été donné de lire . L'estran poétique de Jean-François Joubert en son troublant Bleu Terre où cabriole une Chèvre jaune au son des fifres conardiens. Oui, je pourrais m'arrêter là, soigner leur distribution, tenter de créer brèche dans ce mur impressionnant de grégarité-mortier des librairies « indépendantes » (1) et bibliothèques budgétisées (2).

Et pourtant, non. Je vais les soigner ces quatre, redonner de la vigueur aux Conards de Rouen (3), tenter de sortir du bouillon la jaune chèvre (4) et accompagner le Souvenir & la balade insulaire jusqu'à leurs lecteurs, mais continuer à dénicher des textes que j'aimerais palper, corner, effeuiller. Seulement voilà, un regard sur l'année écoulée et je m'aperçois qu'il ne m'est pas possible de publier plus de trois ou quatre livres par an grand maximum si je ne veux baisser la garde ni dans le choix, ni dans la préparation ni dans leur façonnage et leur présentation. Ces trois ou quatre de 2011 sont presque choisis, en cours d'écriture pour l'un, en attente pour l'autre et des hésitations là. Sauf surprise, la prochaine publication ne se fera pas avant la fin de l'hiver.

En ce début d'automne, une volée de cailloux est venue fouetter mon marigot, rides, ondes, abrégeant ce point d'orgue : une idée ni neuve ni originale ; juste d'une singulière banalité. L'idée : il m'arrive de promener les livres que je fabrique, leur faire prendre l'air. Oh ! Je ne le fais pas souvent, je n'aime pas trop les salons ou les choses de ce genre. Je préfère le plein air ou le bref passage ici ou là. Les livres sont gros, ils demandent beaucoup de temps de préparation puis de fabrication. Pourtant il y a une foule de textes que j'aimerais bien publier, des textes courts, des très longs à fractionner comme l'alphabet et ses lettres-tomes. Les additionner dans un grand recueil ne me semble pas une bonne idée, l'assemblage est souvent mal ajusté, il risque d'être bancal ou du moins artificiel. Par contre publier des petits livrets de 20 à 50 pages, sans dos avec une simple couverture me paraît un bon compromis. Un petit livre, léger, peu de travail éditorial, mais soigné (je choisis ou non, une ou deux suggestions, une pincée de corrections et mets en forme) ; assez rapide à fabriquer, portable, que je peux facilement donner ou vendre à petit prix sans que je me crée une trop grosse ardoise (celle que j'ai en ce moment a pris de trop grandes proportions, comme le fameux camembert coulant...). De plus, j'ai des propositions de publication plaisantes, étonnantes, grinçantes...

Bref, l'idée est de lancer une collection qui pourrait s'appeler « les petits penchants » de livrets tirés à très peu d'exemplaires (maximum 100), couplés à leur présentation web (image pdf du livret) librement consultable. Concernant les auteurs, je pensais à une formule simple : ils m'accordent l'autorisation provisoire de publier (sur papier et sur le web) pour disons un an (renouvelable) en échange de... rien du tout... à part que je leur envoie plusieurs exemplaires, par exemple. Sinon tout serait fait dans les règles comme pour un « vrai » livre : dépôt légal, etc. Mais je ne démarcherai aucune librairie ou bibliothèque (mais les laisserai venir s'ils franchissent le pas)... J'aimerais bien en annoncer une première série mi-novembre et les sortir, peu à peu, vers la fin novembre.

Les quelques premiers auteurs contactés semblent intéressés par l'idée, par celle d'être aussi publiés de cette « sans » façon.

Et vous ? Que vous soyez auteur, lecteur ou garde-champêtre, qu'en pensez-vous ?

Christian Domec, apprenti garde-champêtre libraire.

(1) à suivre...
(2) à suivre encore...
(3) à suivre aussi, un appel à textes sera bientôt lancé.
(4) quinze fois moins de succès que l'Hyrok de notre ami Nicolaï ; mais cela ne m'étonne pas. Qui peut être intéressé par une chèvre au surplus jaune, par un Paul ou un Jean ; par l'existence d'un ordinateur et de ses méfaits au milieu du XIXe siècle ?

(photo d'Olibac, licence creative common)