Vers Combourg sous les nuées soufflées percées
Par Christian le samedi 13 novembre 2010, 07:57 - Journal - Lien permanent

« Les voyages me tentaient, mais je sentais que je ne les aimerais que seul, en suivant ma volonté. Enfin, donnant la première preuve de mon inconstance, sans en avertir mon oncle Ravenel, sans écrire à mes parens, sans en demander permission à personne, sans attendre mon brevet d'aspirant, je partis un matin pour Combourg où je tombai comme des nues. »
François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.
Les nuées de Chateaubriand sont soufflées percées ce matin. Je n'ai trouvé fleur de tournesol à glisser en ma boutonnière, des mésanges gourmandes en picorant les graines ont fané ses pétales ; la voracité de ce passereau agrippé penché, bec acéré, est si charmante à zieuter qu'elle enlève le regret d'un jaune éclatant. Alors, bottes, pardessus ? Non tenue plus légère, le carrosse métallique me protègera, juste éviter de glisser. Le fossé.
Qu'emmener à Combourg pour ces Confidentiels ?
Une main pour en serrer quelques-unes, un peu d'oseille pour lever le coude avec Cyrille Audebert ou joli damoiseau ou donzelle, et choisir deux trois livres : une présentation de mes penchants en douze exemplaires et ceux, les miens, déjà usés du Souvenir de personne, de Bleu Terre, de La Chèvre jaune et des Conards de Rouen, ils pourraient appuyer un propos, une esquisse ou un rire.
PS : j'ai appris par Denis qu'il était trop tard pour serrer la main de ce monsieur. Nous n'y pourrons jamais rien.
(photo de Bruno Bord, licence creative common)
Commentaires
Cher Christian,
Mon Dieu que tout cela est beau !
Depuis deux jours quelques mots de Renaud Camus me hantent. Si ma mémoire est bonne, ils disent que "Celui qui n'a pas écrit, n'a jamais vécu". Merci d'exister. V.
Il y avait des amoureux. Cela fait toujours plaisir à vivre. Le "pavé si rompu" était glissant des flaques affleurant l'enrobage macadam. Mes pas étaient accompagnées d'un splatch régulier, chaussures gorgées d'eau. Grog du soir, café du matin. J'ai eu la surprise à l'instant de retirer une chenille de ma dernière lampée, elle a dû s'échapper d'un bouquet de chrysanthèmes pour se précipiter mug. Je ne l'ai pas avalée, mais sa vie s'est éteinte à la chaleur de son bain noir.
Renaud Camus ? Sa phrase, lue comme ça, détachée, est bien trop définitive, je ne serais né si mes lointains ancêtres n'avaient vécu, leurs contes pourtant nous poursuivent encore. Leur souffle particulier est l'essentiel de la vie, sauf si nous ramenons tout (1) à l'écrit, ce qui serait bien réducteur et totalisant.
(1) quid de la mémoire, du chant, de la musique, de la peinture, du modelage... du silence.
Camus ?
Je me souviens de la Vendange, tableau de M. Palizzi, exposé en 1855, Théophile Gautier décrit ainsi ce dernier ouvrage : « Un troupeau de chèvres est entré dans une vigne et s'en donne à cœur joie ; les vendangeuses au nez camus, de la dent, de la lèvre, du pied, mordent, arrachent, détruisent grappes, brindilles, pampres, et font comprendre pourquoi les anciens sacrifiaient le bouc à Bacchus. M. Palizzi rend à merveille la maigreur lascive, l'air mièvre, les allures pétulantes de ces demoiselles cornues et barbues. »
Nul écrit dans ce qui est écrit !
Merci pour ces belles paroles réconfortantes ! Mais comment pouvez-vous garder votre sang-froid tout sérieux en de circonstances aussi dramatiques ? Faillir avaler une chenille !
Notez qu'un joli papillon aurait pu éclore et s'envoler de votre bouche au printemps prochain ? J'imagine le tableau d'ici. Pinceaux et crayons (Carandache) à vos marques !