Il faut tout d'abord féliciter Cécile pour la cohérence de son style. Mis à part quelques « manies » ou facilités d'écrivain en devenir (l'excès de phrases non verbales, l'usage abusif des points de suspension, etc...), on lit quelque chose de travaillé et d'abouti.

C'est plein d'émotion bien sûr, on pourrait recevoir ce récit comme un beau désir de mémoire, et c'est sans doute le but (atteint) du livre. Il y a un dosage assez juste dans les descriptions de cette misère (ni trop hard, ni trop éthérées), mais le malaise que j'ai ressenti vient d'un autre déséquilibre que je détaillerai un peu plus loin. Cécile laisse parler son cœur, et on le sent battre au travers de ces lignes. On ne peut reprocher à l'auteure son manque de sincérité; elle est communicative. Il y a des réflexions et des phrases simples, magnifiques, qui illuminent de nombreuses pages.

Pourtant, la cohérence tenue entre réalisme descriptif et échappées poétiques de la structure narrative fait la singularité, et peut-être, les limites de l'œuvre. On est souvent circonspect devant le choix réitéré de trouver de l'angélisme poétique dans des réflexions ou des dialogues beaucoup moins crédibles (le passage de l'arbre par exemple, bien inopportun à mon goût). J'ai eu également du mal à croire, finalement, aux « escapades » de ces 2 jeunes, sans un minimum de repères concrets à la vie « extérieure ».

Ce qui m'a le plus gêné, c'est l'absence de révolte, de volonté de s'en sortir, et l'accompagnement muet de la jeune fille fait parfois penser à un peu de voyeurisme. Elle assiste, consciente, au naufrage du jeune homme, suit ses malheurs sans émettre un soupçon de révolte ou de réaction (conséquence aussi du jeune âge sans doute). Ce parti pris du recul pour mieux décrire jette finalement un regard étrangement complaisant sur cette misère. Bien sûr, le propos du livre n'était pas d'expliquer, de justifier, de solutionner, mais à trop vouloir ainsi toucher la corde sensible, on peut parfois verser dans le pathos de description, à l'issue fatale, à l'image de « La petite fille aux allumettes » d'Andersen.

Pour résumer, c'est pour moi un bien beau livre dans son style et son dessein, mais l'absence de soutien et de révolte donne un étrange sentiment de complaisance.

Stanislas Fleury (reçu par mail avec la mention : « Rien n'est privé dans la critique que j'ai faite du livre, tu en fais ce que tu veux », dont acte).