À l’heure des premières amours, beaucoup se construisent de petites chapelles à taille humaine où apprendre à croire. Nous, nous nous sommes édifié une cathédrale où il a fallu se battre des ailes pour professer nos miracles. Aujourd’hui dépliées, elles traînent au sol et menacent de ne jamais trouver la prochaine marche assez haute, assez infranchis­sable. Nous nous sommes condamnés aux victoires sur l’impossible et tout le reste semble du coup insipide…

Mais même si en une seule saison nos terres ont don­né leurs plus beaux fruits, éventré leur ventre de la plus monstrueuse des moissons. Même s’ils sont diffi­ciles à dessiner les prochains sillons et que l’on se dit surtout à quoi bon puisque nos greniers débordent encore, et qu’on n’aura jamais assez de dents pour mordre dedans…

Même si tout cela existe, je continue pourtant de creuser cette terre, de vivre de miracles… et sans lâ­cher la tienne garder mes demains libres. La mort n’a pas fait de moi ta veuve. Je ne le serai jamais. Je suis notre descendance.

in Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, 2010.

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