absinthe

[Ce couvert est dédié à Edmonde Charles-Roux et ses quelques rois maudits]

Décidément dans ce bistro vous n'en faites qu'à votre convenance, et c'est tant mieux. La flûte ne se joue bien que si elle se vide.

Ça me fait penser à cette histoire idiote à propos de picole. Oui, vous le savez forcément, l'ancien animateur d'une des émissions de divertissement télévisuel les plus regardées vient de se faire pincer : il emploierait des nègres peu scrupuleux, un peu fainéants avant d'être maudits. Pensez, cette émission s'appelait le 20 heures et commençait pile poil à... vingt heures entre la poire et le fromage, avec ces recettes classiques : l'accommodement du reste d'un frisson avec l'éclatant sourire d'un pipeul, véhèrpé d'un produit culturel et quelconque.

De cette histoire on ne va pas en faire un fromage, ici. Qui peut encore croire qu'un animateur, même sur le retour, va s'occuper d'écrire alors qu'il a quelques rampes et feux à brûler ? Il mérite une médaille, une place dans une quelconque académie. Tiens Dutour a quitté la sienne ? Qu'il y repose, en paix, et n'en parlons plus.

Non, c'est cette citation qui à l'occasion retrouve quelque vigueur. Elle est attribuée à Ernest Hemingway, et circule à une vitesse grand V : « Quand on a du succès, c’est toujours pour les mauvaises raisons. Quand on devient populaire, c’est toujours dû au pire aspect du travail effectué. » Elle est bien vue, pas franchement originale et de circonstance. Il y a pourtant un hic. De quelle œuvre d'Hemingway est-elle issue ?... Nulle trace... Nulle référence. Mince, cherchons un peu...

Le web est magnifique, en quelques secondes – si l'on veut bien chercher – on retrouve des documents dont nous ne pourrions avoir connaissance ou souvenance. C'est page 89 de That Summer in Paris de Morley Callaghan, publié en 1963 pour des souvenirs vieux de trente ans, que nous la retrouvons : « (…) If you have a success, you have it for the wrong reasons. If you become popular it is always because of the worst aspects of your work. », elle aurait été dite à Morley par Ernest.

Qui peut affirmer que Morley Callaghan n'use pas de quelque licence si ce n'est avec les mots d'Hemingway du moins avec sa mémoire ?

Mais l'envie de copicole – picoler à plusieurs – est trop forte, nous sommes tous de mauvais nègres.

Allez, je vous offre la tournée.