Étonnez-vous ! Étonnez-les !
Par Christian le mercredi 2 février 2011, 07:06 - Journal - Lien permanent

Camille, Hyrok, Le Souvenir de personne.
Trois titres, trois auteurs : Bernard Fauren, Nicolaï Lo Russo, Cécile Fargue.
Deux éditeurs et les penchants d’un apprenti libraire : Brumerge, Léo Scheer, les penchants du roseau.
Un point commun : j’ai lu les trois et ils m’ont plu.
Un second point commun : ils sont récents, Camille, la doyenne, n’a pas quatre ans et tète encore.
Un troisième point partagé sous forme de deux questions : nommez trente librairies, en France, qui ont en rayon l’un d’entre eux (1). Désignez trente bibliothèques publiques, en France, qui en proposent un au prêt (2). Vous y parvenez – avec photo reportage non bidonné à la clef ? Je vous envoie illico une des publications des penchants du roseau en exprès (3).
Un texte, un livre ne vit que par ses lectures : où les lecteurs peuvent-ils être surpris par une découverte si ce n’est précisément dans une librairie ou une bibliothèque ?
Alors j’aimerais vous dire – parce qu’on s’en fiche un peu si le libraire ou le bibliothécaire se gondole de P. Pd’A –, j’aimerais que vous vous étonniez pour ces livres ou pour d’autres que vous aimez.
Étonnez-vous chez vote libraire de leur absence ; étonnez-le en en parlant sans même le commander.
Étonnez-vous de ne pas les trouver en votre bibliothèque, remplissez les fiches qui sont à votre disposition pour des suggestions d’acquisition, elles sont lues même si elles étonnent.
Étonnez-vous non de la présence oppressante de quelques titres estampillés « vus à la télé » ou « prix négocié », mais de l’absence de ceux qui vous sont chers.
Et… « ♪ ♫ Étonnez-moi, Benoît ♪ ♫ ».
Ajout suite au commentaire de « Fan de Gab la Rafale »,
ci-dessous : Étonnez-vous aussi de ne pouvoir
« feuilleter » dans les échoppes numériques des éditeurs ou des
libraires, l'intégralité des livres proposés. Quoi ? Il y aurait quelque
chose à cacher ou du beurre à barrater ? Étonnez-les en le demandant tout
simplement, comme on le fait dans n'importe quelle librairie ou bibliothèque
lorsqu'un livre est recouvert d'un curieux mystère blister.
(1) Pour Le Souvenir de personne c’est simple, il y en a, au maximum,
quatre : Les librairies Gargan’mots à Betton, Le Failler à Rennes,
Lectures vagabondes à Liffré et Page 5 à Bruz.
(2) Toujours pour Le Souvenir de personne, je n’en connais que trois : La
Bibliothèque nationale de France à Paris, La bibliothèque de Rennes métropole,
La médiathèque de Saint-Aubin-du-Cormier.
(1)(2) Il y avait 4 318 établissements publics (hors bibliothèques scolaires et
universitaires) en 2008 et plus de 15 000 librairies.
(3) Offre valable jusqu’au 22 février 2011 inclus. Après je prépare le
gras.
(Photo, Michael Gäbler, licence creative common)
Commentaires
Voilà une levée de boucliers qui fera exploser le thermomètre de la haute estime que vous porte la famille. Enfin une armada qui clouera le bec aux ilotes séduits par le livre numérique et la télé. Mais à quand une grande "grève générale" pour sensibiliser les "autorités" qu'il y a de la menace et gros danger ?
Tout a été lavé, le raton est passé. J'ai vu, quand même, que HYROK était en prêt à la BCU de Lausanne (Bibliothèque Cantonale Universitaire). Quelle fierté ! ;)
Merci à vous Christian, et à Vera qui m'a signalé la chose.
PS : Léo Scheer ? Comment ça ?
Fan de Gab la Rafale, je ne vois pas trop comment un étonnement pourrait se transformer en bouclier. Ça me fait penser à la poésie de Desnos :
Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas, ça n’existe pas
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas, ça n’existe pas
Une fourmi parlant français
Parlant latin et le javanais
Ça n’existe pas, ça n’existe pas
Et pourquoi, pourquoi pas ?
Concernant les « autorités », je ne vois pas trop desquelles vous voulez parler. Si je suppute bien, elles sont si peu naturelles qu'elles ne peuvent être sensibles, du moins à ça.
Enfin, je n'ai pas parlé de livre numérique... mais vous me tendez la perche à un ajout que je vais m'empresser de faire avec illico et son compagnon presto.
Pour Léo Scheer, qui fut l'éditeur, même si la situation a évolué, je ne voulais pas trop - du moins sous ce billet - rentrer dans ce débat. En l'écrivant, tôt ce matin, je cherchais des livres m'ayant plu, récents et... confidentiels : j'ai choisi ces trois là comme une évidence.
Cet ajout sur le libre feuilletage numérique me fait songer qu'à défaut de le proposer, le livre est - de fait - vendu sous le manteau. Ça me fait tout drôle d'y penser.
Que la pluie divine abreuve le Roseau mon cher. Et que le camphre soit à portée de manteaux.
Bon vent sur la plaine.
J'aime bien que les trois "expériences" M@nuscrits, Les Penchants du roseau et brumerge se trouvent réunies ici... ils sont le reflet d'une époque, celle qui a précédé l'arrivée des "majors compagny" de tous bords et de leurs miroirs aux alouettes... Merci Christian !
bec'
Il ne reste donc plus qu'à nous étonner et les étonner !
(étonner n'a pas été breveté par le pharmacien Coué ;-)
Tonnerre de Brest ! Le jurement viendrait-il donc du verbe étonner ? Ou que nenni ? Toujours est-il qu'il en ramène - invariablement - à la poésie, le bougre. http://www.youtube.com/watch?v=3Wne...
Je reviens rapidement sur les bibliothèques. La présence de livres, de fait, confidentiels dans ces lieux est importante, comme pour tous les autres livres, parce qu'ils peuvent rencontrer de nombreux lecteurs : les habitués fouillent pas mal et ne se précipitent pas nécessairement vers le dernier ceci ou cela. Je le constate de loin, pour la médiathèque de St Aubin. Les livres des penchants présents sont très rapidement empruntés dès qu'ils sont rendus.
Alors oui, je sais, des éditeurs ou des auteurs n'ont que faire des bibliothèques, ce n'est pas le meilleurs endroit pour remplir le tiroir-caisse. D'une part ils ont une vue bien courte : la lecture amène toujours la lecture ; un livre apprécié pourra être un jour acheté ; d'autre part il feraient mieux de faire autre chose que de s'occuper d'écrire ou de présenter des livres s'ils sont si hostiles aux lecteurs et à leurs lectures.
Pour les éditeurs j'ignore s'ils n'en ont que faire, mais pour ce qui concerne les auteurs sans doute existe-t-il des exceptions ? Je me souviens que j'avais prétexté un travail scolaire sur un écrivain, devenu plus tard un ami, parce qu'il me plaisait de le voir figurer dans les fichiers de la Bibliothèque Royale de Belgique. Et bien il en fut très touché et je reçu un courrier de remerciements extrêmement courtois qui prouve que tous ne sont pas nécessairement que préoccupés par le tiroir-caisse.
Je pense que la démarche des Penchants du roseau, dans la mesure où elle se situe à contre-courant de l'édition traditionnelle, a parfaitement sa place dans les bibliothèques ne serait-ce que pour servir de référence à l'étudiant qui ferait une maîtrise sur le sujet. Si vous le souhaitez, je peux m'en charger, ne serait-ce que pour un exercice de mémoire. J'y avais, du reste, songé pour Les Conard de Rouen. Celle de Bruxelles est assez prestigieuse. http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblio...
Je reçu ? Hi han ! c'est je reçus ou j'ai reçu, voyons... Etc ! ;)
Véra,
Si je dis « des » c'est pour ne pas dire « les », il est évident que de nombreux éditeurs et de nombreux auteurs aiment savoir leurs livres présents dans des bibliothèques. J'ai juste pensé à un certain nombre de phrases entendues et lues (si vous voulez des références, je vous en trouverai, mais est-ce vraiment la peine, vous avez dû en lire aussi), à commencer par la levée de bouclier de Lindon (éditions de minuit) contre le prêt gratuit en bibliothèque (1).
Sinon, oui, toute démarche vis-à-vis d'une bibliothèque m'intéresse, bien entendu... « Benoît... ».
(1) Ils ont gagné la création d'une vraie usine à gaz bureaucratique pour collecter et « répartir (suivez mon regard) » une taxe sur les prêts.
Cher ami,
Ma foi vous supputez bien... ;-) Toutefois, on peut rêver. Une "petite" grève (*) des artisans du livre sensibiliserait peur-être les médias souvent plus aptes à nous bassiner de performances d'un ballon rond. Par exemple.
(*) Quand je dis grève, ce serait plus exactement une mobilisation créative similaire au mouvement généreux auquel, par le plus grand des hasards, participa bibi en 1977. AÏDA ont eu les gardiens de la prison à l'usure... http://archives.lesechos.fr/archive... Il me semble que Les Penchants sont peut-être ce chaînon manquant qui produit l'étincelle. Je dis ça comme je ne dis... :-)