Manuscrits
Par Christian le samedi 26 mars 2011, 16:34 - Journal - Lien permanent

Je viens d'écrire en page d'accueil (rubrique « vous », à l'intention des auteurs voulant envoyer aux penchants du roseau leur manuscrit, cet ajout :
« Ajout du 26 mars 2011 : attention, vu l'afflux du nombre de manuscrits reçus et en attente de lecture, le vôtre, envoyé aujourd'hui, ne sera vraisemblablement pas lu avant 2012. Les projets de publication pour l'année 2011 sont clos. »
Il fait suite à :
« Vous êtes auteur
Vous avez un texte à nous proposer ? Vous pouvez nous le présenter et l'envoyer à l'adresse : roseau.penchant@orange.fr. Sachez cependant que du côté des penchants du roseau, une diffusion à 100 exemplaires est déjà une réussite ! »
Pour vous donner une idée, ce mois-ci, j'ai reçu sept fois plus de manuscrits que de commandes. Ils sont venus s'ajouter à tous ceux que je n'ai pas eu le temps de lire : je dois avoir aujourd'hui près de 150 manuscrits en attente de lecture.
Je réfléchis un peu à cette question là, j'ai plusieurs pistes possibles, je vous en ferai part. En attendant, à tout nouvel envoi de manuscrit ma réponse sera - sauf exception : « veuillez, si vous le jugez encore utile, me renvoyer cette proposition de manuscrit au printemps 2012. »
Ceci me permettra d'avancer sur les publications en cours, celles prévues avec les uns et les autres et lire tranquillement deux à trois manuscrits par semaine, ce qui me semble être un maximum.
Christian, apprenti lecteur.
(photo de Patrick Carpentier, licence creative common)
Commentaires
Oui, c'est fou hein ? Mais qu'entends-tu par "sauf exception" ? Là je crois que tu prends des risques...
A le dire.
A le dire.
Ce "sauf exception" est une faiblesse du propos. Mais la faiblesse ne nous est-elle pas propre ? Pourquoi vouloir toujours la masquer ? Autant l'exprimer pour mieux coller à ce que nous sommes.
(le jamais et le toujours ne trompent personne : la preuve ? Ils prennent toujour un s et ceci à jamai)
Et puis, je ne voulais pas alourdir le propos, mais il est évident que les manuscrits de certains auteurs dont j'ai pu entrevoir et apprécier un poème ici, un court texte là, m'intéresseront a priori.
Et toc ! J'ai envie de rebondir pour rétorquer à Jean-Pierre que si jamais et toujours prennent un s, c'est peut-être parce qu'il y en a eu beaucoup ? Je dis ça comme je ne dis... §(*_°)§
Je voulais proposer mes services de lectrice (totalement amatrice) au Diable Vauvert mais en te lisant, je me dis que je serais drôlement bien ici, à tenter de t'écrire d'objectives (et courtes) fiches de lecture !...
Si votre exception, cher Christian, pouvait y trouver un peu de force... sourire du dimanche.
Une preuve s'il en était besoin que l'écrivailleur a toujours besoin d'une instance de légitimation autre que celle, directe mais qui ne mange pas de pain, du lecteur qui "adore ce que t'écris" . Car objectivement, une publication dans les "penchants du roseau" amène moins de lecteurs que n'importe quel blog.
Alors, pourquoi ? Le fait d'être acheté sûrement. Le cash comme caution du plaisir à lire. Et le mal que se donne l'éditeur sûrement aussi. Tu aimes. Prouve-le.
En fait, c'est une des pistes que j'envisage sur cette question, mais il y en a d'autres... en citer une ? Celle-ci : je l'ai un peu énoncée ici ; mais elle dépend de l'avancée de ce projet, et à lire les réactions suite à mon interrogation, je sais que parmi les participants certains ne sont pas du tout sur ma longueur d'onde.
Je reviendrai sur tout ça dans quelques temps.
Le un avec la multitude implique souvent une relation comptable : par exemple celle du nombre de lecteurs. Relation frustrante parce que l'horizon de comment c'est lu n'est guère visible. Relation pauvre.
Mais ce débat est très long, parce qu'il touche des intimes fort différents. Je ne m'y engagerai pas au bas de ce billet. Il est trop mal introduit par ce que j'ai pu écrire plus haut, c'était un constat : je suis débordé et une décision provisoire : je ne reçois plus de manuscrits avant... (ceci dit, j'en ai reçu par mail deux aujourd'hui;-)
Sinon, Edouard, la lecture, sa qualité, son intensité, sa profondeur sont intimement liés au texte et à son support. J'en ai la preuve tous les jours, y compris par ma propre lecture des manuscrits lorsqu'ils se métamorphosent en livre.
je considère qu'écrire est aussi une forme d'artisanat... que sans cesse sur le métier, il faut remettre l'ouvrage!
S'entendre dire ou lire "j'adore ce que tu écris" est effectivement plaisant mais je suis d'accord avec Edouard K pour dire que ça ne suffit pas...
Ecrire, c'est un acte solitaire absolu et en lancer le fruit sans en recevoir écho n'a pas vraiment de sens. je suis foncièrement convaincue que pour progresser, avancer, il faut lire les autres et se faire lire, être curieux de tout , apprendre, découvrir ailleurs, se nourrir ... puis digérer pour aller plus avant dans l'intime de notre propre écriture!
Ecrire, ça n'est pas anodin. C'est un acte très sérieux que l'on pose. A ce titre comme tout acte , il y a des contreparties et je pense que la seule manière d'en percevoir l'essence est de demander aux lecteurs ce qu'ils pensent de nos écrits et inversement!
Il y a quelque chose d'un éternel apprentissage, d'un incessant échange aussi, qui non seulement abreuve mais aussi pose un sens, un but, une raison d'être plus palpable à notre propre engagement littéraire.
Prendre plaisir à lire, à dire, à commenter, à donner ses impressions à propos d'un autre auteur, se faire lecteur donc, et réciproquement accepter de se faire "disséquer" est comme le dirait Yasmina Téterel, un don qui fait boomerang, et qui évidemment n'est pas vain de part et d'autre.
Il est vrai qu'il est regrettable que ce sur ce site où bon nombre "d'écrivailleurs" dont je suis, déposent leurs manuscrits, il n'y ait pas plus de vrais échanges et de commentaires objectifs et sans complaisance mais respectueux que cela! Avec le temps... peut-être!
je ne crache pas évidemment sur le fait de se faire commander ou acheter, mais ça n'est pas l'ultime caution ou garantie qui me portera à croire que ce que j'écris a de la valeur ou pas.
j'attache en effet davantage d'importance aux ressentis, aux avis constructifs d'un lecteur qu'il soit auteur ou non du reste.
Oui l’écriture est une forme d’artisanat. On taille les mots, on sculpte les émotions, on échafaude les histoires. Et comme tout artisanat, il y a l’apprentissage. Ce dernier est nécessaire et si l’on désire progresser, il nous faut accepter d’apprendre sans cesse. Je suis une écrivante. Je me définis comme telle car je suis en perpétuel apprentissage. J’écris et je lis aussi car lire est une source inépuisable de connaissances.
Ecrire, comme l’a souligné Cécile Delalandre, n’est pas un acte anodin. Ecrire c’est se donner, écrire c’est se dévêtir et s’offrir au regard de l’autre. Une exhibition qui demande une attention. Ecrire pour soi, moi je veux bien, mais n’est-ce pas se parler à soi-même ?
J’écris parce que je ne sais pas dire. Je ne sais pas dire à l’autre et écrire me permet d’être entendue et je veux que l’on me le fasse savoir, quelle que soit la critique. Je rejoins une fois de plus Cécile sur ce point : même si lire ou entendre « j’aime ce que tu écris » fait plaisir, il n’y a rien de constructif. Où sont les faiblesses ? Car, ne nous cachons pas la vérité, il y en a toujours…
Mais l’écrivant, écrivailleur ou tout autre terme doit apprendre de son côté à recevoir ces attentions, en tirer profit pour progresser, défendre son travail, accepter de le corriger s’il le faut. Cela fait partie de son apprentissage. Il doit rester humble.
Bien entendu, savoir que nos écrits sont achetés fait plaisir, donne un coup de chaud au cœur mais ne doit pas nous détourner de l’essentiel. Pour moi, c’est le partage.
Cécile et Yasmina,
Je suis, bien évidement, d'accord avec vous, autant sur la réalité artisanale de l'écriture - celle dont on parle, celle qui n'est pas communication, mais qui exprime – que pour ce souhait d'exigence que vous affirmez vis-à-vis des lecteurs.
L'artisanat ? Il n'y a guère d'auteurs qui ne vivent l'écriture comme tel – je parle bien de ceux qui ont publié tant et tant. Parce que la grâce, le talent ou l'inspiration ne suffisent pas. Ils offrent des fulgurances, mais n'évitent l'apprentissage encore et encore. Il y a certainement quelques fats ou des amuseurs publics pour s'exclamer autrement, le pensent-t-ils vraiment ?
Les lecteurs ? C'est bien plus complexe. On peut rêver, certes : le lecteur non seulement lirait, vibrerait, en parlerait même autour de lui, mais subitement écrirait des billets à l'auteur, des lettres critiques, fines et attentives. C'est dormir un peu que d'y croire ou même le souhaiter. Il n'y a pas un lecteur, mais des lecteurs avec leurs propres envies, faiblesses, assurances, timidités... et un lecteur n'écrit pas forcément, non parce qu'il ne saurait le faire, mais parce qu'il préfère – parfois – contempler, être discret, se taire. Je sais, par exemple, qu'ici, parmi ceux qui parcourent les penchants du roseau régulièrement, nombreux sont ceux qui ont lu un de vos écrits et jamais n'en écriront le moindre mot. Est-ce à dire qu'ils n'ont pas apprécié, ou qu'ils n'auraient pas une remarque pertinente à faire ou que... Non, tout simplement, ils ne préfèrent pas... pas ici, pour le moins. Ont-ils tort ? Non, ils sont.
Maintenant la question pourrait être : le web, un blog ou même précisément les penchants du roseau sont-ils des lieux favorables à ce retour critique ? Eh bien, je pense que non. Ce ne sont pas les meilleurs lieux, parce qu'il y manque ce temps, celui d'un longue conversation, celle qui peut se renouveler. Alors oui, internet ne l'empêche pas et peut même la favoriser lorsque les distances obligent cette voie. Mais la forme blog, ouverte à tous, favorise vitement les échanges courts, superficiels, même s'ils peuvent être parfois passionnants (les réseaux dits sociaux, je n'en parle même pas). En utilisant l'outil internet, il y a, je pense, d'autres possibilités ouvertes, celles qui se font plus intimes et protègent du tout venant ; il est utilisé comme tel par beaucoup de personnes – dont moi, un temps –. Il n'empêche que j'aime bien cette forme ouverte qui certes ne répond pas à toutes les attentes, mais ne laisse personne à la porte.
Et, malgré tout, il y a déjà eu de belles critiques en ces lieux.
Christian, vous dites exactement ce que je m'apprétais à écrire!je pense également que cette page ouverte n'est pas assez intime pour une critique approfondie;
le lecteur a besoin de place pour éparpiller ses idées notées au fil des pages, de temps pour les formuler.. d'autre part je sais qu'un écrivain a besoin de ces critiques, anxieux, inquièt presque chronique,il est en demande permanente, il faut donc à ses lecteurs une certaine forme d'abnégation pour s'y consacrer, aimer lire avec passion ne suffit pas , il faut de la fougue, de la générosité que peut-être tous n'ont pas, et puis beaucoup n'osent pas se livrer, et de ce fait donnent l'impression d'abandonner un peu l'auteur..
mais j'ai pu lire ici des critiques radieuses, généreuses ou parfois un peu virulentes, mais n'est-ce pas le charme de cet exercice?
Ariane,
Merci, c'est ça que je voulais dire, mais ne savais l'exprimer.
Bien entendu, il y a eu en ces lieux de belles critiques, de superbes interventions et les auteurs en sont remerciés.
C'est vrai Ariane, l'écrivain est en demande permanente, a ce fichu besoin de retours sur ce qu'il écrit. Il en devient tyrannique ! Et je suis bien consciente que le lecteur se trouve alors dans une position délicate. Car commenter, donner ses impressions est comme vous le soulignez, se livrer.