On lit les Mémoires du cargo comme on feuillette un album photos. Ce fut ma première impression à la lecture de ce recueil, le sentiment que Padrig Moazon a cherché, avant tout, à fixer ses mots comme on fixe une image, une scène, sur pellicule. D’ailleurs, l’usage de termes en rapport à la photographie, tels que mémoire photographique, dispositif, vient conforter cette idée. Et cette impression est d’autant plus forte quand un dernier vers, posé un peu en retrait, semble commenter et/ou illustrer l’image évoquée. De plus, le rythme de certains vers, court, bref, un peu sec, semble être un clic de l’auteur.

Cependant, ces images ne sont pas aussi figées qu’elles le paraissent. Padrig Moazon sollicite nos sens et un bouquet de couleurs, de senteurs, de sons, nous transporte avec ce cargo dans ces voyages et ces escales. Sous nos yeux, les mots se meuvent et se transforment en paysages.

Nous découvrons alors ce que l’auteur a vu et ressentons son profond respect pour son environnement. Ce dernier est le personnage principal de ces mémoires et s’il y a mouvement, ce n’est pas celui du cargo, ni celui des hommes, mais bien celui de la Nature à laquelle le poète cède verbes et actions. Les îles élaborent des stratégies, le crabe s’interroge, le bigorneau est en colère…

La poésie de Padrig Moazon est profondément humaine, respectueuse de notre monde et surtout nous ramène à l’essentiel. L’homme doit rester humble. « La terre et la mer mettent leur problème en commun, l’homme ». Merci au poète. Du grand art !

Je crois que vous l’aurez compris, j’ai aimé.

Yasmina Teterel (repris d'un commentaire présent sous le billet Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Mémoires du cargo)