« Lectures d'été », oh ! le beau marronnier, celui qui précède le vieux bossu travesti en rentrée littéraire, suffit de lire Lire ou – ce sera suffisant – sa couverture glacée pour les voir réunis sur fond azur. Mais c'est bien connu, l'extrait de marron d'Inde est un veinotonique, il fait disparaître les cernes sous les yeux à défaut des pattes d'oie.

Non, je voulais juste vous parler brièvement d'un livre lu début juillet : Nous sommes des zéros satisfaits précédé de Limiter le déshonneur de Piergiorgio Bellocchio. Les éditions de l'Encyclopédie des nuisances ont eu la bonne idée de regrouper des articles et fragments de Bellochio et d'en confier la traduction à Jean-Marc Mandosio. Ces éditions, je vous en ai déjà un peu parlé ici, ont un catalogue qui me plaît – ils publient entre autres les Essais, articles et lettres de George Orwell – et soignent vraiment leurs publications, ce qui – malgré tout – est devenu assez rare dans le « monde de l'édition ». Ce présent volume n'a pas été imprimé par les presses typographiques de la S.A.I.G. à L'Haÿ-les-Roses, (ses presses sont-elles encore vivantes ? Je vous invite à regarder cette vidéo) Non plus simplement chez un imprimeur industriel classique, de renom certes, ayant toutefois certainement suivi un cahier des charges serré parce que ce livre est un vrai livre dans ses moindres détails. Il le fallait sans doute parce que les textes de Bellochio sont d'une simplicité et d'une évidence redoutable : celle qui ne se lasse de nous interroger. Je ne vais pas en faire la critique ici, je n'en ai pas le talent – juste vous offrir deux extraits pris presque par hasard ; vous confierais-je pourtant qu'il me plairait que ce « petit livre » rencontre autant de lecteurs que celui qui effleure le réel avec indigence, le « fameux » : Indignez-vous (désolé Stéphane Hessel, vous m'êtes sympathique pourtant). Substituer à une mode de la profondeur.

Deux extraits (le second est bien sûr un emprunt fait par P. Bellocchio à Samuel Beckett) :

Esprit fort

Il croit vraiment que son fils de sept ans, qui se proclame athée, représente un progrès par rapport à sa grand-mère qui dit son rosaire et va à la messe. Il ne paraît pas s'apercevoir que le garçonnet récite l'histoire du Big Bang dans les mêmes termes mythiques et fidéistes que les générations et les générations d'enfants qui récitaient et récitent encore l'histoire d'Adam et Ève. Que par ailleurs ce bambin si évolué ait peur du noir et suce furieusement son pouce, cela ne le trouble pas le moins du monde la satisfaction idéologique du père, ni – pire encore – qu'il ait déjà quatre ou cinq dents cariées.

Fin de partie

CLOV. – Tu crois à la vie future ?

HAMM. – La mienne l'a toujours été.