Lectures, mes lectures, je n'en parle peu ici. Pour une raison très simple : je ne sais pas le faire. Une autre aussi, je n'ai ni le talent de susciter l'envie ni la précision d'un critique. J'aime lire, oui. Je lis beaucoup, certes. Je lis trop, peut-être. Et puis, il y a des lectures différentes... Tiens, par exemple, lorsque vous êtes apprenti, peu importe en quoi, vous avez tendance à voir ce qui est créé sous le prisme de votre apprentissage – là où vous peinez –. Je me souviens très bien de mon dernier diplôme – c'est vieux –, je m'en fichais, j'en suis fichtrement fier aujourd'hui – je ne vous en parlerais pas sinon – : c'était mon CAP de menuiserie. CAP, un sigle, on oublie, c'est le certif, celui de l'aptitude professionnelle qu'ils disent. Profession jamais exercée. Je tenais trop à mes doigts. Pas comme le patron qui toujours dans ce métier avait été ouvrier. Oui, celui qui me fit passer l'oral. Sa main, il l'a gardée dans la mienne une bonne minute, c'est long une minute surtout lorsque vous avez un moignon à serrer. Et me demander : « voulez-vous vraiment exercer ce métier ? ». Enfin. Il a dû me tutoyer, le vieux. Je dis vieux parce qu'il est mort depuis longtemps. Bah oui. Eh bien, voyez-vous, à ce moment, chaque fois que j'allais chez quelqu'un, je regardais les assemblages, ceux du bois, les tenons, les mortaises et les chevilles aussi. Nous pouvions parler de Foucault, de Folie et déraison, mon œil examinait le meneau et sa traverse. L'apprentissage déforme beaucoup, il obnubile. Il est écueil à la contemplation, cette théorie.

Aujourd'hui j'ai lu – relu pourrais-je dire, mais avec distance – Tous les trois de Gaël Brunet. Tranquillement. Je n'en ai retenu qu'une chose : une douceur. Celle du texte, son écriture. Cette lumière d'avant saison, l'oblique, qui estompe les reliefs, comme un doigt effleurant le pastel. Une douceur aussi contemporaine que les cris et les fracas urbains. Elle porte loin l'ombre de ces trois êtres moins une, allant cahin chaos sur leurs sentiers intimes. Je ne suis pas tombé par terre en lisant ce livre, il m'a juste touché.

C'est beau un livre qui touche.

Merci Gaël. Mais pourquoi ce saxo, j'y voyais une flûte traversière où la plainte même adoucit.

Tous les trois, Gaël Brunet, éd. du Rouergue,2011.