Seconde vie de la feuille morte

image sous licence creative common empruntée à In.

[avec l'accord de Léo Scheer, je recopie la lettre ci-dessous et la réponse de chaque auteur s'il est joignable et en convient - à venir donc. Ce premier échange, j'ai pu le lire sur m@n, il me semble fort instructif, alors autant le diffuser largement]

Lettre aux auteurs de manuscrits envoyés aux Editions Léo Scheer sous forme de fichier numérique.

Cher ami,

Vous avez eu l’obligeance d’envoyer un manuscrit aux Editions Léo Scheer et je comprends très bien que vous attendiez, avant tout, une réponse, de préférence favorable ou, si elle ne l’est pas, accompagnée d’une analyse de votre texte et des raisons qui nous ont amené à ne pas vous proposer de le publier.

Nous recevons environ 5.000 manuscrits par an. Pour faire correctement un travail, il faudrait pouvoir consacrer en moyenne une heure à chaque texte, plus pour certains, moins pour d’autres. Cela représenterait donc pour les quatre personnes qui travaillent aux ELS un mi-temps pour chacun. Or, les quatre salariés de la maison occupent des fonctions précises à temps plein : chef de fabrication, assistante de gestion et comptabilité, attachée de presse, assistante éditoriale. Le travail de ces salariés est entièrement dévolu à l’édition des livres que publient les ELS, ce qui représente une lourde charge de travail.

Les Editions Léo Scheer, bénéficient d’une image de maison d’édition de taille moyenne plus ample que la réalité de ses moyens. Les auteurs de manuscrits sont souvent convaincus d’envoyer leur texte à un « service des manuscrits » qui, ayant fait son travail de sélection, transmets ceux qui semblent entrer dans la ligne éditoriale à un « comité de lecture » qui se réunirait régulièrement, préparant des notes de lecture et s’affrontant à coups d’arguments pour ou contre tel texte. Ce genre de chose existe, mais uniquement dans de « grandes maisons » intégrées dans des « groupes » où travaillent plusieurs centaines d’employés. Bien sûr, rien de tel aux ELS. Pas de « service des manuscrits », pas de « comité de lecture ».

L’interface entre les ELS et l’ensemble des auteurs de manuscrits passe par un certain nombre de « filtres ». Ainsi, les auteurs déjà publiés sont des prescripteurs et des lecteurs importants. De la même façon, les journalistes, les libraires, les commerciaux, l’ensemble des professionnels qui participent aux métiers du livre, interviennent, proposent, lisent, recommandent, sélectionnent. Ne serait-ce qu’un support tels que La Revue Littéraire représente un « réseau » de plusieurs centaines d’auteurs et de lecteurs. Le problème, c’est que tous ces gens n’ont pas accès aux manuscrits qui nous sont envoyés et qui sont, par nature, confidentiels. Ainsi arrivons-nous au paradoxe d’être plus informés de manuscrits qui ne nous sont pas destinés que de ceux qui nous sont envoyés par leurs auteurs.

Ces observations montrent que la détection et la sélection des textes se réalise à travers une double capacité d’être un auteur et, en même temps, un lecteur. Ma réflexion sur cette dualité, m’a conduit, certains doivent le savoir, à créer une plateforme d’édition participative (m@n) où tout le monde peut être à la fois auteur et lecteur, membre d’une sorte de « comité de lecture élargi ». J’ai pris soin de bien distinguer les deux entreprises à la fois du point de vue juridique et du point de vue économique. Ainsi m@n est une entreprise autonome proposant une plateforme d’édition participative totalement distincte des Editions Léo Scheer.

Cependant, plus les deux entités évoluent, plus les outils offerts par l’Internet se perfectionnent et plus la question des passerelles entre les deux entreprises me semble pertinente. D’un côté, des centaines de manuscrits envoyés aux ELS et sans doute à de nombreuses autres maisons, de l’autre une communauté d’auteurs / lecteurs qui forment progressivement un véritable comité de lecture capable de formuler des remarques et des conseils à des auteurs qui découvrent, en contrepartie, qu’ils peuvent être lus de façon positive.

Il existe, à l’évidence, une barrière entre les deux univers et cette frontière semble difficile à franchir. L’auteur qui envoie un texte aux Editions Léo Scheer, le fait dans la perspective d’être publié d’une façon traditionnelle par cette maison d’édition, motivé par la perception qu’il a de sa ligne éditoriale, de son image, de son « statut ». Il attend, en retour, si la rencontre auteur/éditeur se réalise, un contrat, des droits d’auteur, un travail éditorial, les services d’une attachée de presse, de la promotion, de la publicité, des articles dans la presse, des passages dans les radios et les télévisions, etc. Celui qui envoie son manuscrit à m@n, attend, lui, plus modestement d’être lu, commenté et éventuellement publié s’il obtient une majorité de votes de la part de la communauté m@n. C’est, à priori, très différent, et pourtant, à y regarder de plus près, c’est compatible et même complémentaire. Il est important de savoir que les contrats d’édition de m@n ne sont pas exclusifs : l’auteur ne cède ses droits que pour la publication restreinte qui est faite de son texte correspondant au pré-achat des abonnés. Une mise en ligne ou une publication dans ce cadre peut très bien déboucher sur une seconde publication dans une grande maison, ou dans une petite comme les ELS.

La communauté m@n, lancée il y a un an, comprend aujourd’hui 200 membres qui ont pris un abonnement annuel de 15€ afin de pouvoir mettre en ligne leur m@nuscrit et de bénéficier de la possibilité de dialoguer à propos de leur texte et, éventuellement, d’être élu et donc édité par m@n. Ces 15€ correspondent au pré-achat d’un livre et aux frais de port de son envoi au domicile des « abonnés ».

La question que je me pose aujourd’hui et à laquelle je n’ai pas de réponse toute faite est la suivante : peut-il y avoir ce qu’on appelle dans le monde de l’entreprise, une « cross-fertilisation » entre m@n et les manuscrits envoyés aux ELS. C’est la question que je vous pose à travers cette lettre, impatient et curieux de connaître votre réponse et votre opinion sur ce sujet.

Bien à vous.

Léo Scheer

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Réponses des auteurs

Bonsoir,

Je comprends bien les difficultés de votre maison d’édition. Pour ma part, j’ai renoncé à l’édition française et je me suis orientée vers une maison d’édition de Montréal, qui a accepté mon manuscrit, encore revu et corrigé.

Je ne sais ce que je pourrais vous suggérer pour améliorer le fonctionnement de votre édition et les passerelles que vous souhaitez voir se développer, je ne peux que vous proposer de modestes services de lectrice, car j’aime, en général, votre ligne éditoriale. Bien à vous,

Patricia THAON

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Cher Léo, Je vous remercie pour votre email.

Une plate-forme d’édition en ligne est inévitable. La rattacher d’une manière ou d’une autre à une maison d’édition traditionnelle est la meilleure formule. Cela valorise ce genre de site. Et certains auteurs s’y sentiront mieux que sur Lulu.

Au lieu de dissocier les deux entités, je vous aurai conseillé de signer votre site. Sa valeur vient du lien avec votre édition traditionnelle. C’est bien meilleur pour tout le monde. Capitalisez !

Bien sur, l’édition devient au mieux un youtube de l’écrit, au pire une starac de l’alexandrin, pendant que les libraires luttent contre les opé promo de pixmania.com sur les liseuses de l’été. Vous ne changerez pas ce cours.

Je mettrai mon texte à la suite des autres et répondrai a votre question dans quelques mois ou années.

Je sais que mon texte est bon. Il n’en sera que meilleur en ligne. Il est fait pour.

Et vous, cher Léo, surveillez les compteurs !

Tant que nous ne sommes pas au bout du bout, allons-y.

Bien à vous.

Claude

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Oui, je crois à cette cross-fertilisation. Que demande un auteur ? Il est seul avec son texte, seul avec sa création pendant des mois. A défaut de refus ou de reconnaissance, il demande une lecture éclairante de la part de lecteurs quels qu’ils soient. Chaque lecteur à son avis sur un ouvrage. Mais il se dégage à la longue une vérité indiscutable que l’auteur à besoin de connaître, un retour sur investissement que seul le regard de l’Autre peut lui donner. C’est le sens de son travail. Le moyen pour lui de s’améliorer, de progresser,etc. Pourquoi écrit-on, sinon pour le partage ? Sinon pour la compréhension ? Une forme de fraternité que l’on cherche chez les autres, à travers soi. Un auteur à besoin d’éclaircissement sur lui-même. Le lecteur lui donne cet éclaircissement. Mais combien d’auteurs sont lus ?

Christian Paillet

Cher Léo Scheer,

Je me permets encore... J’ai un manuscrit en lecture chez vous : Une Vie à Cloche-Cœur. Si vous pouviez y jeter un coup d’œil. Lisez au moins les vingt ou trente dernières pages, je suis sûr que vous serez convaincu. J’adorerais être édité par vous. Bien cordialement et sincèrement,

Christian Paillet

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Cher Monsieur,

Je me demande d’abord si vous ne pourriez pas imaginer faire subir un double test aux manuscrits, qui correspondrait à ces deux types de lecteurs : les éditions ELS et la plateforme participative. Par exemple, les manuscrits qui auraient passé une première "barrière" des éditions ELS (ou ceux sur lesquels vous hésitez) pourraient être soumis à cette plateforme. Bien entendu, cela pose un double problème. D’une part cela semble faire comme si le fait de plaire au plus grand nombre était un critère suffisant pour être publié aux éditions ELS ; d’autre part (c’est évidemment très lié au premier point) cela semble vous déposséder un peu de vos propres choix. Je crois cependant qu’il est dommage de se priver de ce cercle élargi de lecteurs quand on reçoit 5000 manuscrits par an, ne serait-ce que sur le mode consultatif. Par ailleurs (mais peut-être cette idée est-elle très naïve), ne pourriez-vous pas recruter quelques lecteurs au sein même de cette plateforme ? Comme vous pouvez vous faire une idée de la qualité du jugement de certains, vous ne demandez pas leurs avis à de parfaits inconnus. Je n’ignpre pas les difficultés du monde de l’édition et je sais bien que vous ne pouvez pas recruter à volonté évidemment... Mais il ne faut pas sous estimer les bonnes volontés et je me dit qu’un statut intermédiaire de lecteur-associé (non-professionnel mais qui pourrait offrir quelques avantages) ne serait pas susceptible d’intéresser de nombreuses personnes. Là encore, comment garder l’identité forte de la maison ? Vous garderiez évidemment un droit de regard et pourriez croiser les lectures (c’est aisé avec votre fonctionnement qui repose sur l’envoi de fichier electronique). Encore une fois, si tout cela est trop naïf ou trop simpliste : pardonnez-moi. Ce ne sont que deux pistes qui me viennent à la lecture de votre mail. Bien à vous,

Louis Lourme

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Voici un texte bien long et bien compliqué pour nous dire que ELS ne sait pas quoi faire des manuscrits qu’on leur envoie (J’ai envoyé une nouvelle à la Revue Littéraire). Et nous propose contre 15 euros d’adhérer à m@n pour passer du groupe des 5000 auteurs du premier groupe à celui des 200 qui auront eux-mêmes donné 15 euros ? A réfléchir.

Annie Vacelet-Vuitton

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Cher Monsieur,

Une idée serait peut-être de développer la vente par internet de vos ouvrages "papier" et d’en mettre une copie numérique dans une base de données commune avec m@n (ceci serait d’ailleurs dans l’air du temps avec la mode qui se propage de lire des livres numériques sur une tablette ou un iPad). Ainsi, les clients pourraient télécharger les ouvrages publiés aux ELS moyennant un prix "normal", et les ouvrages non encore publiés moyennant un prix bien moindre. Pour cette dernière catégorie, l’on pourrait demander aux lecteurs de noter les ouvrages qu’ils préfèrent, et ceux qui atteignent un certain score et/ou nombre de téléchargements gagneraient ainsi une chance d’être publiés pour de bon.

Cordialement,

Elisabeth PAUL

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Je trouve l’idée intéressante, susceptible de faire progresser, à condition bien sûr de l’avoir bien comprise.

Mais bien qu’ayant corrigé des dissertations toutes ma vie j’ai peur de n’être qu’un piètre lecteur

Cordialement

André Burnet

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(en remplacement du courrier initial, sur la demande de GV)

En fait, je me demande si ma réponse est bien utile... Je ne suis pas dans le profil des autres auteurs qui cherchent comme des dingues à se faire publier. C'était vraiment par curiosité que j'avais envoyé mon manuscrit : voir s'il y avait une chance que ça aboutisse par ce biais ; voir aussi si le fait d'avoir déjà pas mal publié allait avoir un « effet »... Et bien non ! Même pas ! À croire qu'ils ne jettent même pas l'ombre d'un œil sur les mails qu'on leur envoie. Ça veut dire également pour les auteurs « inconnus » qui entreprennent ce genre de démarche qu'elle est vouée dès le départ à l'échec. Serait-ce une astuce pour récupérer des abonnements à 15 € ? Je ne veux pas y penser...

GV

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Bonjour,

Je prends (enfin !) le temps de me pencher sur la question que vous avez soulevée à propos (si j’ai bien compris) d’un pont possible entre l’entreprise m@n et le choix des manuscrits qui s’effectue aux éd. Léo Scheer (ou ailleurs, s’il est question de diversifier les activités de m@n).

J’ai consulté attentivement le site de m@n. Je me pose d’emblée la question des corrections éditoriales (j’ai repéré une p’tite faute ("un livre envoyé au domiciles des membres") - je suis néanmoins consciente que ces vilains animaux savent se glisser dans les meilleurs textes ; si l’avis de lecteurs éclairés est précieux pour améliorer un roman, l’éditeur est tout de même le garant, de mon point de vue, d’un produit bien fini et corrigé par un professionnel - qu’il soit contractuel ou salarié). J’ai vu aussi qu’il est noté que l’abonnement de 15 euros couvre une (1) prévente ; cependant, sur la page où l’on note ses coordonnées, il est écrit "pour que les trois livres de votre abonnement" alors que le seul abonnement "cochable" est celui de 15 euros.

En comparaison avec un avis d’éditeur sur un texte, un avis de lecteur, à mon avis :

- peut ne pas savoir prendre en compte les impératifs du marché (relativement à une maison, sa ligne éditoriale, sa diffusion, ses moyens, son calendrier, son public, les modes et tendances en cours ou à venir - qu’on "sent" quand on est, comme un éditeur, je présume, à la pointe de ce qui se fait en ce moment, de ce qui sortira dans un an, de ce qui se passe à l’étranger - etc.)

- a contrario, apporter un "souffle d’air frais" en osant - dans le cas de n@m - voter ("parier") sur un texte qui lui plaît justement sans tenir compte de qu’on peut voir comme un enfermement potentiel (= ce dont je parlais dans le point précédent). D’un autre côté, "le lecteur bénévole" peut être à l’affût de ce qui se passe dans le monde de l’édition et ne pas être concerné par mon premier point.

Il y est question de "travail éditorial inédit" mais, pour moi, il n’y a pas de travail éditorial sans éditeur (c’est-à-dire (toujours mon point de vue personnel) quelqu’un qui a une vision soit plus large que ses propres goûts, soit fortement (voir exclusivement) déterminée par ses goûts (mais en ce cas ses lecteurs le lisent pour justement cette raison, je pense)). De ce que j’ai compris du site, il s’agit plutôt d’un travail bénévole effectué par une communauté de passionnés. Dès lors, si les droits des romans ayant été travaillés par l’auteur grâce à cette communauté sont rachetés sans travail éditorial derrière (soit parce que le manuscrit ressort de cette aventure le meilleur qu’il puisse être -et en plus juste dans la ligne de l’éditeur intéressé -, soit parce que l’éditeur est un poil laxiste), qu’en est-il de la rémunération de ces lecteurs ? S’il s’agit seulement de "mise en avant" d’un texte, m@n s’apparente alors à mon sens aux autres prescripteurs et de la même manière qu’eux. Reste alors à ce que les éditeurs considèrent m@n comme un bon prescripteur.

M.D.

Léo Scheer : Dans mon esprit, m@n est un "éditeur" collectif, participatif, fruit de l’Internet et n’a donc que peu à voir avec l’éditeur traditionnel que vous évoquez, né, lui, de l’imprimerie et de la librairie.

Oui. M@n m’a aussi fait penser à des initiatives style My Major Compagny, ou encore aux magazines, souvent associatifs, gérés par des équipes de bénévoles ("Les hésitations d’une mouche", "Piments et muscades", par exemple, ou les acheteurs et ceux qui soumettent leurs textes au magazine sont souvent les mêmes, me semble-t-il), le tout sous forme de club de lecteurs-auteurs.

Je n’ai pas de vocation politique, et je fuis les débats creux et/ou houleux (je préfère utiliser mon énergie à écrire !). Par exemple, si je tiens (par confort personnel et sans esprit de prosélytisme) à l’éditeur traditionnel, je bondis de ma chaise et je fulmine quand je lis dans une interview Aurélie Filippetti assurer tranquillement que les auteurs ne sont pas des professionnels ou suggérer (dans son discours à l’AG du SNE) que les éditeurs ne prennent de risque que s’ils disent "non" ou que les auteurs ne devraient pas lire leur contrat (quand je fulmine, je suis de mauvaise foi et je dramatise en grossissant les traits ; comme à propos de la rencontre entre le collectif du droit du serf et le ministère, où me reste en bouche après lecture du compte-rendu du débat un goût de piège au fond de la gorge, comme si le ministère n’allait pas promulguer des décrets dans le sens des auteurs, mais ne les a écoutés que pour mieux contrecarrer d’avance les désirs de ceux-ci, et bétonner davantage au lieu de véritablement dialoguer en vue d’un "win-win").

[...] Car s’entrechoquent et s’interpénètrent les réalités d’un marché (mouvant), les désirs et pratiques d’écrivains (écrivains parfois plus ou moins ouverts sur le monde et parfois plus ou moins buttés, c’est vrai), de producteur (éditeur traditionnel ou autre organisation fournissant les sous de départ - et eux aussi parfois plus ou moins buttés) et de lecteurs (également parfois plus ou moins...). De plus, je ne m’estime pas en position d’expert ni particulièrement informée de ces sujets pour pouvoir défendre, réfuter ou étayer mes points de vue (fort subjectifs) ou ceux des autres. Cela dit, c’est un sujet passionnant.

Du coup je pense aussi aux concours, de nouvelles et de romans, qui utilisent un "vote du public", avec un poids plus ou moins grand selon les concours (de l’amusement à la décision finale en passant par la simple information pour un jury qui départagerait les textes). J’y ai pensé en lisant justement le règlement d’un concours ("Le concours s’inscrit dans le cadre de la mission des Éditions Laska de donner la parole aux lectrices et lecteurs de romance au sujet de la politique éditoriale"). La question, alors, me semble aussi relever du partage, des liens, des ponts entre les lecteurs-auteurs et les lecteurs-tout-court (vote-t-on de la même manière à propos du texte d’un collègue qu’à propos de textes "en eux-mêmes" - non que les lecteurs-auteurs soient incapables de faire la part des chose entre un auteur et son texte, mais on ne peut nier, je pense, que le fait de connaître l’auteur a une certaine influence sur le vote) ; des ponts entre les communautés d’écrivains et le public qui lit sans écrire (et qui donc n’a pas véritablement d’intérêt à s’abonner à m@n, par exemple, à moins d’être un critique passionné).

Cordialement,

M.D.

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Bonjour,

Oui, tout d’abord je comprends les difficultés que rencontre une édition de "taille moyenne" en ce qui concerne la lecture et le tri des manuscrits qui lui sont envoyés. Je n’ai d’ailleurs jamais imaginé qu’il pouvait en être autrement. Cela fait maintenant une quinzaine d’années que j’envoie mes manuscrits (les cinq premiers étaient, je dois le reconnaitre, plus que médiocres) à différentes maisons d’éditions : grosses, moyennes, petites. J’imagine toujours que la première lecture des comités, ou plutôt "survol", ne prend que quelques minutes, une dizaine au maximum (lecture des premières lignes, puis de quelques passages). "Survol" débouchant sur un premier tri. Ce premier tri débouchant sur une seconde lecture, un peu plus approfondie... etc, etc, jusqu’à la séléction final d’un manuscrit. Là où je suis surpris, c’est que mon envoi soit considéré comme confidentiel. Mon premier but (ou même plaisir), en tant qu’écrivain, est d’être lu. Même si je compte bien, un jour, rentabiliser mon travail. Je pensais donc qu’une maison d’édition ne se privait pas de faire circuler les manuscrits à droite, à gauche (amis proches, famille...) afub d’obtenir un avis extérieur, cela, bien sûr, après les premiers tris. Je dispose ainsi, de mon côté, d’une quarantaine de lecteurs auxquels j’envoie chacun de mes nouveaux manuscrits. Quant à m@n, pourquoi pas, l’idée semble bonne. Mon seul bémol, serait plus sur la séléction finale : du livre ayant reçu le plus grand nombre de votes par les "lecteurs auteurs". J’ai toujours considéré qu’il revenait aux maisons d’éditions d’orienter les lecteurs, et non l’inverse. En même temps, dans le cas d’m@n, cette solution semble la plus équitable. Enfin, quant à la "cross-fértilisation", (un terme par ailleurs assez obscur, sans doute réservé aux professionnels), elle me semble allez de soit. Après tout, si un livre sur m@n remporte de nombreux suffrages, il semble logique que les ElS en viennent à se pencher dessus.

A bientôt.

Cordialement.

Antoine Marvier

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votre lettre appelle une réponse ou, en tout cas, une tentative de réponse... (ne serait-ce que par égard à cette très belle et innovante initiative) Effectivement, je fais partie de ces auteurs qui vous ont envoyé un fichier numérique, non dans l’espoir d’être connu,reconnu,publié et adulé, avec adaptation cinématographique etc,etc...mais bel et bien animé d’un espoir un peu fou, celui d’être lu par quelqu’un dont j’apprécie la ligne et la conduite éditoriale. Votre lettre, qui incline avec élégance à nous diriger vers m@n pour ensuite nous interroger sur la notion de passerelle(s), m’amène aux réflexions suivantes : j’ai appris par relations interposées le mode de "lecture" (si ce terme convient encore) des "lecteurs" de "grandes" maisons d’édition. J’avoue que, ne m’attendant pas à de telles extrémités,j’ai été surpris par cette équation bizarre : 5 lignes/ 5 pages/ diagonale.

Le principe un peu désuet de la "lettre de recommandation" fonctionne encore un peu, mais s’est retrouvé endurci par la nécessaire présence d’un tiers dans l’histoire. A l’ère du Réseau, on doit maintenant compter sur deux "personnes", "rencontres", "contacts" qui, conjointement, nous recommanderait à la tête de la pyramide. J’en parle d’autant plus facilement qu’il se produit la même chose dans mon activité de photographe http://franck-horand-proteigraphies.com/ Dans ce secteur, également, je ne vise pas la célébrité,ni l’argent (bien difficile à gagner par la photographie, puisque l’on vit maintenant sur une planète où à peu près 3 milliards de personnes se revendiquent photographes) mais simplement d’afficher mes images, pour que celles-ci soient vues, regardées, appréciées ou interrogées. Les réseaux officiels (galeries...) hésitent à exposer (même si cela commence tout doucement) sauf si mes images leur parviennent en "recommandé" par d’autres officiels. Finalement, on peut établir le parallèle avec ce que vous proposez. Puisque mes images sont visibles, exposées sur le Net, je devrais m’en réjouir, profiter du nombre de visites et de commentaires positifs qu’elles suscitent. Mais là aussi, il y a un "effet de manque", tout comme celui de déposer un fichier numérique sur une plateforme participative : celui de ne pas produire d’ob-jet, de ne pas déposer dans les mains ou au regard "quelque chose " qui pourrait être manipulée, tournée, tripotée,reconnue par ceux que l’on pourrait qualifier de "pairs". Alors, la plateforme participative, pourquoi pas (dailleurs votre lettre m’a permis d’en imaginer une,petite, ludique et estivale, sur mon site) http://franck-horand-proteigraphies...

si celle-ci acquiert le pouvoir de donner corps, éventuellement, à un objet. Peut-être suis-je vieux-jeu (déjà, à 43 ans !), peut-être que je m’obstine à ne pas voir l’avènement du livre numérique...en tous les cas, je voudrais souligner ce qui me semble être une profonde erreur : je ne pense pas que la majorité de ceux qui vous envoient leur texte soit animée d’un désir égocentrique et démesuré d’être célèbre et fortunée. De plus, je ne pense pas que ceux qui vous soumettent leur création l’ait envoyée à des dizaines d’autres maisons d’édition. La plateforme, oui, la "cross-fertilisation" possible si l’on sait qu’un oeil avisé et expert accepte de s’y égarer et de s’y attarder, parfois. Voilà, je ne sais pas si cette "réponse" sera lue, mais je tenais à vous la donner !

respectueusement

franck horand

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Cher Ami, Cher éditeur, Je prends connaissance de votre courriel de ce jour avec un vif intérêt. En raison de l’importance de votre questionnement éditorial, laissez moi le temps d’y répondre avec soin, car vous êtes quelqu’un de très sérieux, et connu pour votre exigence. Mais c’est sûr, je vais vous répondre très prochainement. Et surtout continuez votre fabuleux travail d’éditeur

Jean-Luc FAVRE Sociétaire SGDL-SCAM Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique Française.

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Madame, Monsieur

partant en congés d’été du 2 au 22 août, je me permets de proposer un argumentaire un peu plus détaillé.

En effet, ma carrière scientifique (doctorat d’économie) a quelque peu influencé mon jugement...

Les comités de lecture associés aux revues scientifiques, notamment reconnues par le CNRS, ne sont composés que d’enseignants-chercheurs qualifiés (ayant obtenu le concours de qualification aux fonctions de maîtres de conférence) ou de professeurs habilités à diriger des recherches. En ce sens, ils jugent des étudiants ou leurs pairs de façon totalement indépendante, ces derniers n’ayant aucunement à payer pour une telle évaluation.

A cet égard, tout écrit littéraire répond à certaines exigences de style tout comme à certains impératifs commerciaux ; critères seulement pris en compte au niveau de l’Éditeur.

Je vous remercie encore de votre attention, en espérant pouvoir poursuivre une telle réflexion fort enrichissante prochainement.

Meilleures salutations,

Mlle Daraut

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Monsieur Léo Scheer,

Terrible aveu que votre lettre ! Avoir un ami "prescripteur" ou voir ses manuscrits jamais lus et toujours refusés, telle est donc la règle définitivement établie. J’en déduis que la qualité du réseau prime donc sur la qualité de l’écriture puisque sans la première l’autre ne sert à rien. Les éditeurs sont là pour publier, pas pour lire. Message bien reçu. Laissez-moi vous faire part de mon désappointement, sinon de ma colère. Vous ne parlez à aucun moment d’écriture, de texte, de littérature. Votre projet ne répond qu’à un problème économique. m@n sonne l’avènement de la non édition, pas d’engagement littéraire, pas de prise de risque éditoriale, pas de soutien, pas d’ambition pour un texte particulier, juste une solution au manque d’effectif de l’éditeur. Et in fine l’abandon de la tâche la plus noble qui lui incombe : découvrir des textes et des auteurs. Je vous imaginais plus révolutionnaire.

Si les éditeurs sont résolus à devenir de simples flics réduits à réguler la circulation des textes sur les autoroutes (et les "passerelles") de la rentabilité, le monde est perdu. Je vous conjure de me croire. La grande affaire aujourd’hui c’est de sauver la littérature du naufrage, si ce n’est pas trop tard.

Plutôt que la non édition, il nous faudrait aujourd’hui un projet de Contre Edition. Un projet à vocation politique, subversive, qui réunirait les auteurs jamais lus et "Sans Carnet d’Adresse", qui dynamiterait cette industrie du livre où il n’est plus question de littérature mais de chiffres, de rendement, où la personnalité et la visibilité de l’auteur passent bien avant le texte... Oui à une Contre-Edition sur internet, sur des critères littéraires, éditoriaux, pour publier ce qui est impubliable, non à l’édition sans éditeur et aux frais de la "communauté" des auteurs au motif que l’édition n’aurait pas les moyens de lire !

Je perds la tête, pardonnez-moi, je parle comme Basile le personnage de mon roman... Mais c’est là justement mon sujet, la folie et la perversité des systèmes... Sachez que pour ma part, si je souscrivais un jour à m@n, ce serait par pur désespoir.

Très respectueuses salutations,

Thierry Nutchey

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Bonjour,

Je suis allé sur le site de m@n. S’il n’y avait vos explications semi-enthousiastes, le site ne donne pas du tout envie de s’abonner. Par exemple, pas d’aperçu de ce à quoi peut ressembler cet espace participatif dont vous parlez. Il faut s’abonner pour le savoir mais vous savez comme moi qu’un site mal construit peut ruiner les belles ambitions qui ont été à l’origine de sa naissance. Et puis, vous parlez de 15€, c’est ce qu’on voit également sur la page d’accueil du site ainsi que dans la page d’inscription, cependant lorsque l’on suit le lien pour consulter le règlement les 15€ se transforment en 50 €. Ce n’est pas très clair. Je n’ai jamais mis un centime dans le tronc d’une église, c’est vous dire si je mérite mon sort !

Sur le projet en lui-même, c’est forcément une idée expérimentale réalisable mais pour que le concept fonctionne correctement encore faut-il, j’imagine, qu’une dynamique presque autonome s’installe entre auteurs et autour de règles transparentes, de principes parfaitement clairs, de résultats cohérents. Ca me fait penser aux sites spécialisés dans les petites annonces. Un concept imparable avec les outils du net, mais combien on essayé de faire de leur site celui sur lequel tout le monde se connecte ? Combien de temps avant que "le bon coin" apparaisse et rafle toutes les places dans le créneau ? A quoi cela tient-il ? D’où l’intérêt pour le candidat de voir par lui-même, par expérience, si ce qu’on lui propose le séduit ou pas.

Cela me fait penser également à ce que sont les sites comme My Major Compagnie ou My corner Bar pour la musique. Usines un peu grisantes, pour les votants comme pour les artistes qui rêvent certainement beaucoup trop. Au bout du compte, après quelques mois ou années d’activités, ne reste plus que les soupçons de transgressions des règles, possiblement provoqués par des "parachutages" d’artistes plus ou moins, en loucedé, dans les bonnes grâces secrètes des propriétaires du site en recherche de coup financier et de reconnaissance nationale. Un climat délétère s’installe, des querelles intestines voient le jour. Personne ne voit jamais l’ours que l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme... bref, la petite communauté des artistes (car au bout d’un moment tout le monde fini par se connaître) ne connait souvent ni d’Eve ni d’Adam celui dont le disque sort et qui a parait-il rassemblé le plus grand nombre de voix. Et ceux qui, légalement, ont gagné eux aussi le droit d’enregistrer un album sont toujours en train d’attendre leur tour.

Mais lire ce n’est pas comme vendre son lave-vaisselle ou écouter et voter pour une chanson à la mode. L’investissement personnel est beaucoup plus important. Je doute que, même dans ce genre de site que vous décrivez, on lise réellement, voire qu’on sache ou qu’on ait envie d’apprenne à lire. Mêmes comportements, pas d’illusion à mon avis. Poser son truc sur la table et le surestimer pour les artistes. Défendre des bêtises pour le lecteur. Tout ça pour finalement apprendre qu’il n’y a, en littérature, de toute manière, que deux personnes qui peuvent avoir raison, l’auteur et son éditeur. C’est uniquement leur relation qui a de la valeur. Le lecteur n’a jamais raison. La chose à mille têtes (fussent-elles des têtes d’écrivains) dont on attendrait qu’elle dise sur quel artiste en particulier va se porter son goût est la bébête plus incapable de discernement qu’on puisse imaginer.

Mais je comprends que cela puisse tenter un éditeur, même courageux. Réduire les risques ce n’est pas rien. Mais au bout de la démarche, ne plus en prendre serait mortel. Personnellement, comme on dit d’un éditeur qu’il cherche "son" auteur (vivant de préférence), je préfère prendre le risque de ne pas trouver mon éditeur. Je n’ai rien à vendre finalement. Et peut-être n’ai-je rien à faire lire, je suis plutôt en train de construire mon lecteur. Je cherche une relation, une famille, une reconnaissance qui ne me défigurerait pas. C’est que je vise quelque chose qui ne sera jamais vraiment lisible.

Bien à vous,

AMP http://alain-michel-pennec.fr

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Bonjour,

Je trouve l’idée très intéressante. Si je comprends bien, passer d’abord par m@n permettrait aux auteurs d’améliorer leur manuscrit et de disposer d’avis détaillés (et vraisemblablement avertis puisqu’il s’agit d’autres personnes qui écrivent), et ceci constituerait aussi un premier filtre pour les éditions Léo Scheer. En tant qu’auteure, il me semble que l’on a tout à y gagner. Ceci pourrait constituer une première étape afin de perfectionner un manuscrit et avant de l’envoyer à des éditeurs « traditionnels ». On a souvent tendance à retravailler nos manuscrits seuls ; voilà qui pourrait nous aider. Merci pour cette initiative. Bien à vous,

Pascale Dietrich-Ragon

Chargée de recherche à l’INED

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M@n sera utile pour les auteurs qui prennent le temps de découvrir des inconnus. Personnellement, il me faudrait un lecteur "filtre" parce que je suis plutôt difficile. Votre courrier m’a permis de découvrir M@n, c’est une bonne chose.

Xavier Ribot http://xavierribot.canalblog.com/

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Cher Monsieur,

Je connais bien le problème des manuscrits car j’ai été il y a une dizaine d’années, chargé des manuscrits (entre autres) dans une petite structure éditoriale. Certains textes que je lisais me semblaient pouvoir faire l’objet d’une édition, mais le directeur n’a jamais franchi le pas, malgré mes arguments. Il privilégiait ses auteurs (ce qui est normal), les copains de ses auteurs (ce qui l’est un peu moins) et les copains de ses très bons clients (ce qui l’est encore moins). Il me semble évident que la plupart des éditeurs, (petits ou grands) fonctionnenent de cette façon. En ce qui concerne votre projet en cours, cette coopérative d’auteurs, le risque est de supprimer le "je" au profit du "on". La proposition que vous faites est intéressante tout de même. Sincères salutations

JLB

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Bonjour, Compte tenu des difficultés exposées dans votre lettre, relatives à la considération des manuscrits envoyés aux éditions ELS (mais il n’est pas indiqué clairement si ces manuscrits - et en particulier le mien : "Reconnaissance" - sont au moins feuilletés, entre-lus, peut-être lus et par qui puisque votre maison ne dispose pas de Comité de lecture ?), je ne vois qu’un enrichissement mutuel à faire basculer ces manuscrits vers la plateforme m@nque vous avez créée. Ce que je ne comprends pas très bien, c’est ce que recouvre le prix de l’abonnement annuel de 15€, puisque à priori tous les envois de textes peuvent se faire par internet, ainsi que les échanges de commentaires entre lecteurs et auteurs, etc., et sachant par ailleurs qu’un concept similaire, et gratuit me semble t-il, a été développé par Les Nouveaux Auteurs Editions (je ne leur ai pas adressé mon manuscrit). Mais j’ignore le statut de leur panel de lecteurs ainsi que les termes de leur contrat d’édition. Bien cordialement,

Thomas Degré

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Monsieur,

Je m’appelle Florence SIS. J’ai publié tout ce que j’ai écrit à l’adresse suivante : http://florence.sis.free.fr Bruno Leprince a publié en 2003 SUZY, mon tout premier écrit. Si vous pensez que dans votre catalogue ELS il y a une place pour moi j’en serai ravie. Si vous voulez que je vous donne mon impression sur quelques manuscrits, ça pourrait m’amuser.

Bien cordialement

Florence SIS

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Bonjour Monsieur,

Ce que j’en pense, c’est que ce courrier est une bonne publicité pour votre site m@n. Et ça marche ! Je ne le connaissais pas, c’est chose faite. Et je vais probablement m’y inscrire. Non pas tant dans le mince espoir d’être publiée (d’ailleurs 200 exemplaires sans publicité et sans droits d’auteur, car vous ne mentionnez rien de la sorte, est-ce vraiment ce que l’on peut appeler « être publié » ?), mais avec l’espoir plus raisonnable que mes ouvrages puissent être lus et commentés, ce qui, je pense, pourrait m’aider à progresser (ou à renoncer ?). Encore faut-il que les auteurs lisent réellement les ouvrages présentés, et rien, me semble-t-il, ne nous en donne l’assurance. Et puis, j’aurais préféré être lue par un public lambda plutôt que par d’autres auteurs. Malgré cela, l’idée reste séduisante.

Cordialement

Jacqueline Saint-Fleur

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Bonjour

Il est vrai que je vous ai envoyé un manuscrit ou deux il y a fort longtemps. L’un va sortir en octobre 2012. L’autre a été numéro 1 des ventes sur le kindle d’Amazon. J’ai attentivement surfé sur m@n. Quelques remarques :

l’abonnement est de 15 euros mais le règlement mentionne 50 euros.
le site se veut moderne ("plus les outils internet se perfectionnent"). Cependant, à aucun moment vous n’envisagez de livrer autrement que par la poste. Le numérique, c’est la modernité de l’édition et le complément du livre papier. De plus, cela réduirait les coûts et le travail de m@n que de permettre aux acheteurs de lire leur livre sur leur ordinateur. Enfin, de plus en plus de gens sont nomades (je vis en Thaïlande la plupart du temps) et ont besoin d’être sûrs que leurs ouvrages leur parviennent. Personnellement, je combine le numérique ET le papier quand je sais rester au même endroit suffisamment de temps pour recevoir mes livres. Je lis quasiment un roman par jour. Bernard Fixot s’est déjà lancé sur le créneau du financement participatif.

L’auteur actuel n’est plus forcément un écrivain en mal de reconnaissance. IL y a aussi les auteurs, plus modernes, qui, comme les américains, sont plus pragmatiques. Ils entendent vivre de leur plume et sont loin des fragiles artistes dont l’image perdure en France.

la question n’est pas tant de savoir si lien il y a entre ELS et m@n car c’est déjà le cas. La question est plus marketing et financière qu’intellectuelle. Mais là, on entre dans un domaine tabou dans notre cher pays.

Cordialement,

Catherine LEMESLE

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Monsieur,

le nombre réduit de votre personnel ne nous permet pas lire la masse des manuscrit reçus. On sent au détour de vos phrases un regret à ne pouvoir le faire et une considération empathique pour tous ces gens qui ne recevront jamais même une réponse stéréotypée.Soit. Vous signalez par ailleurs, être le créateur d’un site en ligne d’auteurs-lecteurs et semblez regretter de ne pas avoir encore trouvé la formule qui vous permettre de mettre en synergie ( je préfère le mot synergie au terme anglais ) votre maison d’édition papier à votre site de mise à disposition en ligne de textes via sa communauté d’auteurs-lecteurs. D’emblée, on se dit que des lecteurs qui seraient sans aucun doute ravis de pouvoir lire ne sont pas employés et que peut-être des auteurs qui mériteraient le support papier ne se voient pas publiés faute de la possibilité d’existence de cette passerelle. Comment transformer ces auteurs-lecteurs du site en collaborateurs de la Maison ? Est-ce là votre question ? Et comment le faire compte tenu de l’impossibilité de les rétribuer ? Je crois que tout le monde ne souhaite pas forcément à tout prix connaître le privilège du support-papier. Ce que celui qui écrit souhaite, avant toute chose, c’est être lu par des yeux inconnus.Sur n’importe quel support. Bien sûr , il y aura toujours les imbéciles pour dévaluer l’écrit parce qu’il n’est pas édité, c’est-à-dire qu’avant l’acte de lecture on ait estampillé l’écrit, par l’impression, d’un sceau de respectabilité. Pour ce lecteur pusillanime, l’impression le rassure, elle donne de la valeur à l’écrit avant que lui-même n’ait à lui en reconnaître. En ce sens, l’édition narcisse le lecteur. qui opte en librairie parmi des éléments de choix. Pour celui qui écrit, une mise en ligne peut-être suffisante parce qu’elle permet d’être lu par un qui ne vous connaît pas. Quand on comence à écrire, il est rare qu’on ne diffuse pas auprès de son entourage et là c’est la dégringolade. L’entourage , qu’il apprécie ou pas, ce qui lui a été soumis , procède quoi qu’il arrive à une lecture atroce , réduite, mesquine. Il lit l’auteur dans l’écrit et non l’écrit pour lui-même. Or, l’écrit est un échappement qui vise une autonomie et cette autonomie c’est le lecteur inconnu qui la luit confère. Dans ce sens, j’imagine que la plupart des écrits mis en ligne, si une communauté de lecteurs virtuels a l’élégance de les lire et de les commenter, connaissent un sort qui transforme quand même celui qui écrit en écrivain. Et votre formule à 15 euros est largement abordable. Les éditions virtuelles , nous n’en sommes qu’au début. Il est vraisemblable que pour les générations futures, lire sur écran ou en tournant les pages sera parfaitement indifférent. Voire même, lire sur support -papier sera une activité ringarde réservée aux bibliothèques de livres anciens non-encore numérisés pour les chercheurs ou les nostalgiques d’un monde disparu. La grande vente de Noël passé en terme de cadeau c’est l’Ebook. Nous vivons un temps de bascule et bien malin celui qui sait d’avance le sort réservé au support papier. Voici le préambule de ma réflexion. Aujourd’hui, pour qu’un livre soit édité par vos soins, outre qu’il doive correspondre à votre ligne éditoriale, il faut qu’il soient passé par un certain nombre de filtres que vous désignez comme professionnels : vos auteurs en toute première ligne si j’ai bien compris.Ils vous amènent donc ce qui s’écrit autour d’eux. C’est un champ quelque peu réduit. Et à côté de là , une communauté d’auteurs-lecteurs de ce qui se trouve mis en ligne, sans que ces textes-là ne franchissent l’écran pour connaitre un support papier estampillé Léo Scheer. Pourquoi ne pas mettre en ligne les manuscrits que vous recevez et leur faire connaître un premier filtrage par cette communauté virtuelle ? Je crois que la démarche pourrait ravir tant les auteurs que les lecteurs. Il suffirait que les auteurs en soient avertis et donne leur approbation. Quand aux lecteurs, il faudrait réaliser un appel en ligne et que ceux qui souhaitent s’inscrire dans une telle démarche , s’engagent à lire, mettons, un livre tous les deux mois, ce qui est modeste. Chaque livre pourait être lu par au minimm une dizaine de personnes , soit bien plus que ce qu’aucune maison d’édition ne peut se permettre aujourd’hui. A charge à chaque lecteur d’apposer son avis favorable à une mise sous papier. Ils remettraient une fiche de lecture consultable par l’auteur lui-même. Afin de préserver la susceptibilité de chacun, le texte et les fiches de lecture ne seraient accessibles qu’à l’auteur , aux lecteurs et à un directeur de collection. par exemple. Afin que le livre soit susceptible d’être édité, il faudra qu’il ait reçu l’approbation d’au moins la moitié des lecteurs. Charge alors au directeur de collection de lire l’ouvrage et de déterminer si, au travers de ses qualités réelles ou supposées, il relève bien de la ligne éditoriale de la maison en question. Un système de volontariat éclairé en somme pour élargir le champ de prospection de la maison-mère. Si pour autant l’ouvrage n’était pas retenu par vos soins, il lui resterait sa mise en ligne pour exister. Par contre, cette fois, une lettre motivée serait vraiment de rigueur. Parfois, un jeune auteur peut se sentir pousser des ailes même sans publication. Il suffit pour cela de mettre en exergue les qualités en naissance de son écriture, de l’encourager en somme et rien de plus par le simple reconnaissance que son travail ne rencontre ni indifférence ni mépris, qu’on y voit les germes d’un écriture réellement intéressant mais encore en devenir.. Je sais bien que la persévérance est une question de caractère, que la décision de continuer quand même à écrire relève plus d’une décision de soi à soi que d’autre chose mais il n’empêche que quelques phrases qui reconnaissent la part du travail ne sont pas de trop pour étayer un désir naissant. Il est possible que votre communauté de lecteurs ne retienne que des ouvrages fades et faciles. Le contraire est également possible. J’écris cela en pensant à cette nouvelle stratégie des maisons de disques qui vont désormais recruter leurs futurs auteurs à succès chez les phénomènes du jour d’internet. C’est le risque de la démarche. Ou la possibilité de s’assurer un "best-seller" mais je ne veux pas vous faire injure, on ne dirige pas une maison d’édition à échelle quasi-familiale pour cela et aucun des manuscrits publiés par vos soins ne laissent à penser qu’ils le furent pour briguer une mise en avant sur les comptoirs lors de la "rentrée littéraire". C’est bien pourquoi, je prends le temps de vous répondre sinon j’aurais le sentiment d’aider Macdonald à me manipuler. Voilà. Si c’est quelques lignes ont pu vous rendre service auront pu étayer votre propre réflexion, j’aurais au moins, à défaut d’avoir pu retenir votre intérêt par l’ouvrage que je vous avais fait parvenir, participé à votre réflexion en cours d’élaboration. Bien à vous.

Bruno Subrini

(à suivre)