« Prise, comme on dit d'une fille qu'elle a été prise. De plein gré ou à son corps défendant. Un beau jour la voilà prise, pour de bon, et les commères de jaser.

Savez-vous qu'il existe une confrérie de Nuestra Señora la Preñada (j'ai vu sa statue à Saint-Jacques de Compostelle) : Notre Dame la Prise, la Pleine, la Grosse, la Gravide, l'Enceinte. Oui, même Elle s'est trouvée prise. Et la longue litanie des femmes stériles viennent s'en remettre à Elle. Celles qui aimaient avoir la taille bien prise, qu'on avait prises par la taille pour un tour de danse, elles pleurent pour que leur taille s'épaississe.

Folle perdue. Prise. Pour accoucher de qui ? »

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« Un loup noir
fornique avec
un bouc. »

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« Le clocher aussi était petit, quand la cloche sonnait ce n’était qu’un simple rappel de l’heure pour ceux qui étaient déjà dans la prière, dans la douce conversation avec le bien-aimé. L’amour ne peut être qu’un appel discret, jamais une contrainte. Cela je l’ai appris durement.

Sans doute peu de moines. Anonymat du Moyen Âge où le nom, le nombre et l’homme avaient peu d’importance. Le témoignage seul… D’une vie autre, d’une présence autre. Humble présence. J’ai longtemps ressenti une sorte de gêne, plus, un agacement, avec ces mots : humble, humilité. Les bonnes sœurs qui s’ingéniaient à nous faire baisser les yeux, voulaient briser notre orgueil, disaient-elles. Relents de couvents pieusards, d’exhortations inappropriées. Se sacrifier, c’était le maître mot. Mais qu’avions-nous à sacrifier nous qui n’étions rien encore. Pourtant j’aime l’humus, j’en aime l’odeur, la promesse de fécondité. Mais être humble ce n’est pas, ça ne peut pas être se mettre plus bas que terre. Plus bas que terre, c’est être enterré, être mort. C’est une fausse humilité qui n’est pas féconde. L’humilité c’est se nourrir de la terre, de la pourriture, des erreurs et des limites. S’enterrer, mais comme une graine, pour croître plus haut, plus fort. Ne se poser ni trop haut, ni trop bas.

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« Un homme et une femme
se baisent sur la bouche
tandis qu’un moine
montre son cul.. »

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Extraits du destin d’Ernestina de la Cueva, Nicole Laurent-Catrice, éd. La part commune, 2011.