Extraits des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

« Pays là-bas.

Les femmes boivent du café après la messe,
en croquant des gâteaux secs et des miettes de mots.
Les jours de pluie, elles posent une capuche en plastique
sur leur permanente bleutée.

Les hommes partagent les ballons de rouge
en effeuillant les pétales du quotidien, tapent la belote et
claquent les dominos sur la géographie du formica.
Épicerie sombre et parfumée.
Le lait se souvient de la couleur du colza dans le pot cabossé,
boîtes d’encaustique ensommeillées près
des bouteilles d’eau de Cologne, cageots de légumes des
jardins voisins, rubans à mouches accrochés
aux poutres du plafond.
C’est encore le temps où il reste du temps.
Le sourire des femmes n’est pas photoshopé,
les murs ne promettent aucune éternelle jeunesse.

Les gens chantent les chansons qu’ils fabriquent,
parlent avec parcimonie et à mots choisis dans le téléphone en bakélite du voisin.

Les mauvaises nouvelles endossent l’uniforme en papier bleu, programme unique sur la télé en noir et blanc.

Dans la rue, au retour de l’école, les enfants aux doigts violets jouent à la marelle, à l’élastique et au ballon.

Les vieux mettent le pain dans la sacoche du vélomoteur, dans la poche le mouchoir en tissu et les pièces de monnaie.

Là-bas,
Hier. »

°°°

« Ce n’est pas vrai de prétendre que tout va rentrer dans l’ordre.
Même le ciel ne connaît pas la règle du jeu,
ne fait pas de projet d’avenir.
Le silence n’est pas une immobilité.
Il suffit de quelques mots pour exprimer ce qu’on attend de la nuit.

Le silence est un droit de passage octroyé au jugement des autres, un reste d’émotion prudemment camouflé aux regards. »

°°°

« Là-bas
La clé
Dans la serrure
D’une porte
D’une maison
Du village
D‘un pays aux horloges d’ombre et de lumière
Rouille. »

Padrig Moazon in Une gorgée de cailloux.

Vous pourrez rencontrer Padrig Moazon, Une gorgée de cailloux et Mémoires du cargo à Quimper, Librairie et curiosités, ce samedi 4 mai 2013.