Cargo blues, Yasmina Hasnaoui, première de couverture

Chers lecteurs de Cargo blues, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer.

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« Après une première lecture de Cargo blues, je suis sous l'émotion de sa découverte car j'y retrouve la même profondeur, la même finesse et ce style fluide des Peaux de Papier, mais en plus dense, plus fort.

Chère Yasmina, vous êtes allée encore plus loin dans votre quête du sens de la vie.

Certes, « On ne fuit pas dans l'écriture », toutefois, il est des moments où l'on entends son appel impérieux et alors on est mû par cette voix et on la suit jusque « Là, au centre./Percer l’œuf./Écrire. »

Écrire comme un cri...et pendant que je lisais, instantanément, m'est venu à l'esprit le Cri de Munch et comme lui « je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers et qui déchirait la nature. »

Félicitation Yasmina et merci pour cet émouvant ouvrage. »

Maïa

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« Les Peaux de papier* ne sont pas loin de Cargo blues. Elles se décollent des murs qu’elles tentent de repousser afin de gagner du terrain, toujours un peu plus, sur les contrées inexplorées de l’écriture.

« N’oublie pas les jours sont des îles que nous foulons »
Pour atteindre ces îles, une seule voie, la mer, et chaque nuit est une escale.
C’est dans un lieu trempé de nostalgie que nous embarquons avec Cargo blues. Ici, le décor s’effrite sous la corrosion d’une âme soumise à l’in-solitude.
Parce qu’elle n’est pas seule.
Parce qu’on ne naît pas seul.
Il y a toujours un autre, quelque part.
La solitude est une illusion, contre nature.
Quel est cet autre qui prend la mer, alors que Je reste enchaîné(e) à ce désir, crucial, d’écrire.
C’est la mer, « cette garce » qui a ravi ce double vivant, celui qui disait « Tu es » et laisse un Je, pantelant, au bord du vide.
Ce vide se dessinait déjà avant, il rendait les contours de l’autre flou, déliquescents. L’absence laisse son empreinte sur le paysage, elle s’empare des êtres, elle occupe l’espace dépossédé.
Il est hors de question de la laisser pénétrer en soi. L’attente ne sera pas signe de passivité.

Elle n’attendra pas « au hublot de sa chambre » comme ces femmes, résignées, depuis la nuit des temps. Elle endiguera l’absence au-delà de l’effacement des traits. Elle voit bien qu’ils ont déserté l’endroit où elle vit : elle ne se reconnaît plus.

Un vent de douloureuse lucidité a chassé les rêves, ne laissant d’autre alternative que l’enfermement. Un face à face avec l’absent. Un duo avec le silence. Un corps à corps avec le mystère. Écrire encore. Écrire sans trahir l’histoire des hommes en laissant un espace entre les mots, un espace de vérité. Un souffle.

Le rêve, on le laisse aux enfants, les « seuls vivants » capables de le construire, tandis que l’écrivain jette son ancre dans l’innocence des premiers regards, dans l’étouffement d’un cri auquel elle souhaite redonner sa puissance. S’entend le blues de la séparation originelle.

Le goût de la vie est peut-être matérialisé sous d’autres cieux, mais l’amour en restitue les saveurs, les couleurs et les odeurs venues du lointain. L’insaisissable de ces instants, en l’absence ou en présence de l’autre, est une lumière pareille à la lune qui veille et dissipe les doutes.

« Je veux ramener à ma mémoire les corps des anciens pour donner sens à qui je suis », nous dit Yasmina, et je visualise, en la lisant, toutes les promesses que sont l’or, l’encens et la myrrhe, elles reviennent vers l’humanité à qui elles étaient destinées.

La confrontation au vide n’aura pas été vaine, le lecteur en savoure les présents. »

« (*) Peaux de papier : précédent recueil de Yasmina Hasnaoui, édité aux Penchants du roseau. »

Carmen Pennarun

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J'ai lu "Cargo Blues" trois fois, c'est beau, puissant comme une lame de fond...

Cela me déglingue, car comme dans tous les livres des "Poètes maudits".
J'irai un jour, jusqu'à l'évanouissement...

Merci, Yasmina.

Denis

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« Écrire, c’est avancer sur la corde fragile et assurée d’un funambule. Écrire, c’est s’engouffrer dans un lieu aussi transparent que labyrinthique. Écrire, c’est, pour Yasmina Hasnaoui, déplacer le bleu insolent des rêves vers le Blues incandescent du réel. Et tenter ainsi de trouver une harmonie entre nuage gris des songes et dénudement des nerfs à vif. Écrire, c’est donc vivre jusqu’à l’extrême pour que la douleur vibre encore d’une présence essentielle dans un monde désaccordé. De la périphérie de cette douleur vers le centre, c’est à ce mouvement que nous invite le Cargo blues de la poète. Creusant le motif de la barque à la dérive, de l’homme à la mer, du navire comme éloignement et rapprochement de soi au monde. Tendant à dire autant qu’à tenir à distance la perte comme une exploration d’un exil intérieur, où une femme condamnée à un univers âpre essaye de trouver sa place dans cette même douleur. Afin qu’une fois la haute marche du doute passée, l’écriture maintienne la beauté des souvenirs et de l’Attente. Ainsi la voix poétique ouvre d’emblée les yeux sur un déséquilibre, refuse de se noyer dans un non-lieu. L’écrivain apparaît comme une vigie au-devant des tempêtes, ses mots tentant de dévoiler un univers où nos actes s’accouplent avec la parole, délivrant un souffle et accordant une respiration. Dans un désir de dire l’infime instant de la pose et celui plus violent des tempêtes :

« Mon ventre est gémissements. Il n’a pas faim, non, juste envie de se faire entendre. C’est lui le cœur.

Il fait froid, l’air est bleu comme les lèvres d’une morte. . Je veux ramener à ma mémoire les corps des anciens pour donner sens à ce que je suis .... Il faut que j’ouvre toutes ces tombes… »

(...) »

Sylvie Besson

Lire l'ensemble de ce billet à cette adresse : Yasmina Hasnaoui, Cargo Blues par Sylvie Besson.

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