L'anachronisme est une maladie infantile qui dure.

Aujourd'hui nous cédons au conformisme lorsque nous nous écrions Ah ! Gaspard Tournachou Nadar, Ah ! Oscar Claude Monet , Ah ! Jules Cuit. Nous savons qu'après un séjour en coffre fort, un cliché de l'un, une croûte de l'autre, l'autographe du troisième s'arrachent à prix d'or en barre.

Oscar Claude Monet avait de l'humour, lorsqu'il reprit à son compte « impressionniste » lâché dans un article vitriolé de Louis Leroy dans le magazine Charivari en 1874. De l'humour lent puisque ce ne fut que trois ans après.

L'auteur de la pièce mettant en scène Claude Monet, jouée par le Théâtre l'égout, le perçut très bien lorsqu'il y glissa ce dialogue :

« CLAUDE MONET
― Inutile d’essayer ma chère Lisette. Je ne sais pas peindre. Et puis, de toute manière, même si je savais, je ne peindrais jamais des nénuphars !

LA DEMI-MONDAINE
― Écoute, si jamais tu ne me peins pas, je le dirai à Monsieur Bourrelard !

CLAUDE MONET
― Oh celui-là, il ne m’impressionne plus ! »

Pièce antérieure - si nous décryptons bien ce dialogue - à la fameuse exposition sise dans les salons de Nadar, boulevard des Capucines - une connaissance de Jules Cuit. Exposition relatée par Louis Leroy le 25 avril 1874 comme suit :

« L'exposition des Impressionnistes »

“Oh ! Ce fut une rude journée que celle où je me risquai à la première exposition du boulevard des Capucines en compagnie de M. Joseph Vincent, paysagiste, élève de Bertin, médaillé et décoré sous plusieurs gouvernements !

L’imprudent était venu là sans penser à mal ; il croyait voir de la peinture comme en voit partout, bonne et mauvaise, plutôt mauvaise que bonne, mais non pas attentatoire aux bonnes moeurs artistiques.

Je le conduisis devant le champ labouré de M. Pissarro.

A la vue de ce paysage formidable, le bonhomme crut que les verres de ses lunettes s’étaient troublés. Il les essuya avec soin, puis les reposa sur son nez.

- Par Michalon s’écria-t-il, qu’est-ce que c’est que ça ?

- Vous voyez une gelée blanche sur des sillons profondément creusés.

- Ça des sillons, ça de la gelée ?… Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile salie. Ça n’a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière.

- Peut-être…mais l’impression y est… ce n’est ni fait ni à faire. Mais voici une vue de Melun de M. Rouart où il y a quelque chose dans les eaux, par exemple, l’ombre du premier plan est bien cocasse.

- C’est la vibration du ton qui vous étonne ?

- Dites le torchonné du ton, et je vous comprendrai mieux….

- Je jetai un coup d’oeil sur l’élève de Bertin : son visage tournait au rouge sombre. Une catastrophe me parut imminente, et il était réservé à M. Monet de lui donner le dernier coup…

- “IMPRESSION, Soleil levant”

- Impression, j’en étais sûr Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là…”

Où pouvait bien se dévergonder Jules Cuit à ce moment ? Les exégètes ne nous le disent pas.

(image : Animation d'après l'autoportrait "tournant" de Nadar, 1865)