« Je me pose beaucoup de questions sur le monde du travail, sur ce que j’y cherche, ce que j’y trouve, sur ce qui me donnerait un peu de joie. Ça n’a jamais été simple. J’ai essayé beaucoup de métiers. J’ai travaillé dans les champs, j’ai été graphiste dans une agence de pub, j’ai eu un bref aperçu du travail à la chaîne chez Peugeot-Citroën, j’ai (volontairement) raté mon c.a.p de boulanger, j’ai été bûcheron, et j’ai été maçon - toujours par intermittence.

Tout ça c’est un peu par dépit, ou pour l’argent, ou parce que je n’ai jamais su quoi faire de ma vie. Je ne sais toujours pas trop ou j’en suis. Je reste proche de la bande dessinée et de la photographie, mes premières amours. J’arrête le travail quand cela me devient insupportable, je tente de me concentrer sur ce que j’aime vraiment, cela ne dure pas longtemps, je profite un peu du chômage puis retourne travailler.

Je ne peux pas me plaindre de ce que je fais en ce moment, je gagne correctement ma vie, c’est intéressant malgré que cela soit très physique. Je suis dans la maçonnerie de restauration - des bâtiments souvent classés au patrimoine historique. On travaille dans le respect des traditions, avec des matériaux d’origine naturelle, en essayant de garder l’esprit dans lequel les choses ont été construites, je suis aux 35 heures.

Je suis tombé dans la maçonnerie par hasard.
Je suis sorti d'une école d'arts plastiques. Je n'avais pas forcément l'idée d'être un artiste, mais je voulais travailler dans un domaine créatif. Ma première vraie expérience je l'ai eue dans une boîte de pub, à Bucarest (ma compagne est roumaine), ça a été une claque, une immense déception. (...) »

(Lire la suite ici : Jeff, maçon par intermittence, je vous livre toutefois la chute ci-dessous)

« (...) Mais le temps passe vite et j'ai quelquefois l'impression de ne pas avancer. De ne pas assez m'investir dans ce qui me plaît vraiment... Alors je me dis que le problème ne date pas d'hier...
« ... la plupart des hommes, n'ayant point de but certain, cédant à une légèreté vague, inconstante, importune à elle−même, sont ballottés sans cesse en de nouveaux desseins ; quelques−uns ne trouvent rien qui les attire ni qui leur plaise : et la mort les surprend dans leur langueur et leur incertitude. »
Sénèque, De la brièveté de la vie II. »

(image : peinture de la tombe de Rekhmirê)