Journal des penchants du roseau

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Tag - 25 mai 2013

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lundi 20 mai 2013

L'attente & gare !

Je suspends la parution de billets dans ce journal le temps que les premières Lectures buissonnières à Saint-Aubin-du-Cormier vivent. J'attends d'en être étonné & n'en serais pas surpris !

Nous verrons bien & le vivrons aussi.

Je remercie tous ceux qui ont et vont œuvrer à cette première édition. En particulier Anne-Claire, mais aussi : Paulette, Mariana, Yasmina, Vetty, Marie-Jeanne, Marianne, Carmen, Lucie & Lucie, Ophélie, Jocelyne, Sophie, Rachel, Anne-Sophie, Lise, Anne-Cécile, Claire, Laurence, Jean-Pierre, Padrig, Henri, Pierre & Pierre, Thierry, Stéphane, Guy, David, Olivier & Olivier, William, Cyrille, Bernard, Yves, Jérôme... et tous ceux qui de près ou de loin ont apporté leur contribution.

À très bientôt, nous vous attendons !

(toutes les informations utiles sont regroupées à partir de cette page)

Premières lectures buissonnières - image de l'affiche définitive

Brouillon feuille lectures buissonnières verso

(image du haut : L'attente à la gare ; les passants, Honoré Daumier, vers 1860, source : Portail des collections des musées de France)

samedi 18 mai 2013

Lectures buissonnières - surprise !

Belle surprise que la venue aux Lectures buissonnières de deux auteurs venant de si loin. Bien sûr, si vous suivez un peu l'évolution de cette manifestation littéraire, cette surprise vous ne la partagerez pas. Et pourtant...

Qui sont-ils ?

Elle : Laurence Olsson, auteur de trois romans ou recueil de nouvelles - Séville, ici ou ailleurs, Nouvelles de France, Je m'appelle Rocío - qui viendra directement d'Andalousie. Elle nous en parlera.

Lui : Patrick Aspe, poète sévissant dans plusieurs revues dont celle-ci qui vient d'on ne sait trop où ;-) Il nous le dira.

Ils trouveront, l'une et l'autre gîte en Gallésie. Avec ce plaisir que nous aurons de les recevoir.

Merci.

PS : on me dit que personne ne viendrait de Belgie... à voir le jour gi. Nous ne sommes jamais à l'abri de surprises.

(image : La Lectrice soumise, René Magritte, source : http://www.abcgallery.com/M/magritte/magritte.html)

vendredi 17 mai 2013

Lectures buissonnières - petit papier

Brouillon feuille lectures buissonnières verso

Ci-dessous, le brouillon du petit papier qui sera distribué à l'ouverture des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier :

1ères Lectures buissonnières
Saint-Aubin-du-Cormier - 2013

Matinée du 25 mai : 10 h – 12 h 30
Lectures, musique et débat
« la part de soi, la part commune »

Après une brève présentation, la lecture d’extraits d'œuvres des auteurs présents commencera, entrecoupés de motifs musicaux.

— Une gorgée de cailloux de Padrig Moazon
— Sel et menthe séchée de Mariana Iacoblev Barbu

Musique ♫ ♪

— Contes et légendes d’Ille-&-Vilaine de Jean-Pierre Mathias
— Lisières de Marianne Desroziers

Musique ♫ ♪

— « l'Homme agrippé à l'échelle entre les animaux et les anges...» de Henri Dénes
— Contes et légendes d’Ille-et-Vilaine

Musique ♫ ♪

— Une gorgée de cailloux
— Lisières

Musique ♫ ♪

— Peaux de papier de Yasmina Hasnaoui Teterel
— Tisane de thym au jardin d’hiver de Carmen Pennarun
— Lisières

Musique ♫ ♪

— Une gorgée de cailloux
— 9e jour de Cyrille Audebert
— Contes et légendes

Musique ♫ ♪

— Lisières
— Tisane de thym au jardin d’hiver
— Italiques mnésiques de Yasmina Hasnaoui

Musique ♫ ♪

— Lisières
— Tisane de thym au jardin d’hiver
— Une gorgée de cailloux

Musique ♫ ♪

— Lisières
— Une gorgée de cailloux
— Contes et légendes

Musique ♫ ♪

— Tisane de thym au jardin d’hiver
— Peaux de papier

Musique ♫ ♪

°°°

Une conversation débat sur le thème de la journée - « la part de soi, la part commune » - aura lieu jusqu’à 12 h 30 : entre les auteurs et avec tous les présents qui désirent y participer

°°°

Midi, 12 h 30 à 14 h : pause déjeuner.

À noter que les auteurs se rendront à la crêperie Le Donjon. N’hésitez pas à vous joindre à eux : trois menus sont proposés pour l’occasion.

°°°

Après-midi du 25 mai de 14 h à 17 h

Les auteurs invités feront salon en et hors la médiathèque. Ils seront disponibles pour présenter leurs livres, les dédicacer, converser. Une scène ouverte avec lectures, échanges, exposition et musique se tiendra dans la pièce principale.

Les dix auteurs présents :

Mariana Iacoblev Barbu, Carmen Pennarun, Yasmina Hasnaoui, Marianne Desroziers, Guy Marcon, Henri Dénes, Padrig Moazon, Jean-Pierre-Mathias, Cyrille Audebert, Stéphane Cerveau.

Pour la « scène ouverte », ce qui est déjà prévu :

— lecture d’un extrait des Cendres de la liberté de Guy Marcon, présentation de revues poétiques auxquelles participent Patrick Aspe, entretien avec Laurence Olsson, romancière vivant en Andalousie.
— musique – guitares – chants...
— quatre tableaux de William Mathieu seront accrochés au mur au-dessus de la « scène ouverte ».
— Un buffet léger sera à disposition des participants et des visiteurs.

°°°

Toute la journée, Jérôme filmera les moments forts qu’il choisira.

samedi 11 mai 2013

Lectures buissonnières - un extrait de Tisane de thym au jardin d'hiver de Carmen Pennarun

Extrait des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

Variations d’un soir de mars

L’arbre froufroutant de chants
salue le duvet du ciel
que l’œil rouge soulève

°°°

La nuit est plaine de couteaux

Non, pas la ouate !
Non, pas la haine !

La nuit ― bleue de couteaux ― est pleine
ses lames entaillent l’aube

Le jour blême de son champ se vide

Au baldaquin du crépuscule pendent des voiles mauves

Les poings dans les gouffres suturent l’obscur

°°°

Je regarde les vieilles branches se tendre haut dans le ciel

Si Terre me veut vieille
si Être me veut belle
alors je cièle l’avenir
― harponne l’envie ―
et je greffe l’amour
encore et toujours
sur chaque gravier
qui me blesse au pied

Carmen Pennarun in Tisane de thym au jardin d'hiver.

(image : Fisherman at sea de J.M. William Turner,1796)

jeudi 9 mai 2013

Lectures buissonnières - un extrait de Peaux de papier de Yasmina Hasnaoui

Extrait des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

Peaux en absence

Personne ne parle
N’entends-tu pas ?
Les ventres restent muets depuis que les têtes, nues,
Ont été parquées sur les aires de silence,
L’œil tourné vers un horizon qui n’existe plus.

Crois-tu que nos peaux se souviennent encore
Des étreintes murmurées ?
Elles buvaient à grande bouche la sueur de notre histoire
Pour ne rien dévoiler.

Mon corps affaibli par tes absences
S’usait sur les toits du monde
Cherchant en vain le ciel de tes yeux
Dans le regard des autres.

Les mots étaient devenus blancs
Leur mémoire semblait effacée
Ne rien dire. Se taire.
Pourtant…

Il reste des traces
Les cœurs portent toujours une laisse
Et leur sang ne sèche pas
Il nourrit l’épiderme du papier.

Yasmina Hasnoui in Peaux de papier.

(image, source : http://callibris.fr/8.html)

Lectures buissonnières - un extrait de Lisières de Marianne Desroziers

Extrait des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

« Marie-Josée. Une courte vie : quelques objets. Laissés en vrac dans un petit deux pièces à deux pas de la place de la Victoire. Une ruelle sombre au trottoir défoncé. Une jeune fille venue de la banlieue parisienne, ayant fui sa famille pour « aller vers le sud », comme elle disait. Premières semaines difficiles. La ville est pleine de dangers et de chausse-trappes pour une jolie fille de 16 ans, sans attache, ni famille. Tous les jours se ressemblent, sauf le dimanche car Marie-Josée ne travaille pas à la boutique. Un petit boulot, du provisoire en principe, et puis faute de mieux, ça s’éternise et on se dit que c’est pas si mal, oui c’est sûr, ça pourrait être pire. Mais mieux aussi, certainement qu’elle avait rêvé mieux Marie-Jo. Enfant timide, adolescente naïve et rêveuse d’abord puis débrouillarde, voire manipulatrice, surtout avec les hommes à qui elle plaît beaucoup, même un peu trop disent les mauvaises langues. Une mauvaise rencontre qui finit mal, comme toutes les rencontres. Des pleurs, des cris et puis encore des pleurs quand il est parti. Une première tentative avortée – comme l’enfant de lui auquel elle a renoncé –, une réussite la deuxième fois. Et sa vie finit comme ça : un soir, les quais, la Garonne qui l’emporta dans ses flots boueux.

Marie-Josée. Une courte vie : quelques objets. Laissés en vrac dans un petit deux pièces à deux pas de la place de la Victoire. Enfance dorée dans un milieu bourgeois, à Versailles, piano, danse, cours de dessin, s’est même crue artiste un temps avant de se découvrir d’autres ambitions. On la dit jolie, elle se sait attirante et en joue jusqu’à s’y faire prendre un soir de juin dans l’appartement d’un inconnu, quai des Chartrons, où elle était venue faire un casting pour une pub, soi-disant. Elle n’eut pas le temps de boire sa coupe de champagne qu’elle sentit le froid de la lame s’enfonçant dans la chair, la chaleur de son sang quitter son corps. Et sa vie finit comme ça : un soir, les quais, la Garonne qui l’emporta dans ses flots boueux.

Marie-Josée. Une courte vie : quelques objets. Laissés en vrac dans un petit deux pièces à deux pas de la place de la Victoire. « Merde, j’ai oublié mon amant sur le lit », pensa-t-elle en sortant de son appartement minable et humide que lui avait dégotté un ami d’ami d’ami et qu’elle payait en nature un mois sur deux. Depuis peu, elle lisait des livres et ça l’avait changée, pour sa façon de payer et le reste aussi. Elle voyait la vie autrement, se voyait elle-même d’une autre façon, sous un angle différent… sous une lumière plus crue peut-être, comme celle des tables de dissection. L’ex-petit ami de sa mère (si cela a un sens que votre mère puisse avoir un ex-petit ami) lui avait fait des avances et elle s’était débrouillée pour ne pas aller trop loin tout en faisant croire qu’elle était d’accord. Il savait à quel point elle détestait sa mère et « de toute façon elle ne me sert à rien cette maison à Majorque », disait-il. Alors ils allaient partir tous les deux là-bas et « refaire leur vie », comme il disait. « Tu pourras aller à l’école tu sais, y a tout ce qu’il faut là-bas », disait ce gros beauf raciste, comme si la proximité de l’Afrique les éloignait de la civilisation. Elle comptait bien profiter de lui pour un nouveau départ, mais pas comme il pensait. Avait-elle vraiment prévu de se débarrasser de lui ou ce flingue qu’elle avait mis dans son sac à main était-il juste destiné à effrayer ce vieux beau à gourmette s’il devenait trop entreprenant ? Toujours est-il qu’on les vit se disputer quai des Chartrons un soir de juin et qu’on ne les revit jamais ni l’un ni l’autre. La mère de Marie-Josée a sa petite idée sur ce qu’est devenue sa fille, cette traînée : certainement en train de faire la pute sur la côte espagnole. Et sa vie finit comme ça : un soir, les quais, la Garonne qui l’emporta dans ses flots boueux. »

Marianne Desroziers extraits de Marie-Josée in Lisières.

(image : Ophélie, Alexandre Cabanel, 1883)

°°°

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
− On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
− Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
− C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
− Et l’Infini terrible effara ton œil bleu !

− Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud, Ophélie, 1870.

mardi 7 mai 2013

Lectures buissonnières - une galette, une crêpe et un p'tit coup de cidre

Oui d'accord, lire et écrire sont essentiels, mais lorsqu'on a un p'tit creux, rien ne vaut une galette et un petit pot de beurre. Du moins par ici.

La crêperie du Donjon proposera le 25 mai 2013 à midi, trois menus pour les Lectures buissonnières :

Menu 1 : 14,20 €

  • galette complète (jambon, œuf, emmental)
  • crêpe aux pommes cuisinées
  • 25 cl de cidre artisanal (ou équivalent)
  • café

Menu 2 : 17,10 €

  • galette Antoine (andouille de Guéménée, pommes cuisinées, moutarde à l’ancienne, salade)
  • crêpe caramel au beurre salé maison, chantilly maison
  • 25 cl de cidre artisanal (ou équivalent)
  • café

Menu 3 : 16,60 €

  • galette Irène (œuf, emmental, tomates, oignons cuisinés, émincés de poulet)
  • crêpe chocolat, chantilly maison
  • 25 cl de cidre artisanal (ou équivalent)
  • café

Les dix auteurs invités le seront ici aussi.

°°°

Pour y aller de temps en temps, je peux vous dire que c'est une bonne crêperie où des denrées choisies avec soin sont cuisinées, ce qui est devenu, hélas, assez rare.

°°°

Bien sûr il existe d'autres possibilités de restauration. La plus sympathique, si le temps s'y prête, est de pic-niquer au bord de l'étang à 300 mètres de là. Sinon, sur la même place ou juste à côté, vous aurez au moins deux restaurants ouverts : La pizzeria « Chez Jéjé » et le restaurant L'Aromate. Voir ici.

°°°

Tant que j'y suis, l'offre d'hébergement est assez faible à Saint-Aubin même. Comme pour le pic-nique, la plus sympathique serait un des petits cabanons du camping (au bord de l'étang et à une jetée de pierre du centre), mais je suppose qu'il faut amener son barda... à vérifier. L'hôtel de la Grosse roche est recommandé pour un visiteur de passage. Les gîtes ruraux sont dans des communes limitrophes.

°°°

♪ ♫ J'aime la galette
Savez-vous comment ?
Quand elle est bien faite
Avec du beurre dedans
Tralalala lalala lalère
Tralalala lalala lala ♪ ♫

Lectures buissonnières - un extrait de Contes & légendes d'Ille-et-Vilaine de Jean-Pierre Mathias

Extrait des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

Constellation d'étoile du matin

Avec Jean-Pierre, comme avec tout conteur, nous savons rarement comment ça commence et encore moins quelle sera la chute ! Tentons cette devinaille (la réponse pourrait être celle donnée page 26 de Contes & légendes d'Ille-et-Vilaine, qui sait ?)

« Devine, devinaille !

C’est une famille :
Chacun regarde la même chose,
Chacun voit autre chose,
Chacun s’indispose...
La mère désespère d’un drap qu’elle ne peut plier ;
Le père rêve des louis d’or qu’il ne peut compter ;
Et l’enfant est inconsolable d’une pomme inconsommable.
Qu’est-ce qu’ils regardent ?

... »

Jean-Pierre Mathias in Contes & légendes d'Ille-et-Vilaine.

(image : Constellation d'étoiles du matin, Joan Miró, 1940 ?)

dimanche 5 mai 2013

Lectures buissonnières - un extrait du 9e jour de Cyrille Audebert

Extrait des 1ères lectures buissonnières du 25 mai 2013 à Saint-Aubin-du-Cormier.

The Great Day of His Wrath

« Le lieutenant Octave Billy n’en revenait toujours pas. Abbie Bartone avait réponse à tout. Elle connaissait chaque recoin de la maison. Mieux encore, elle pouvait dire où se trouvait chaque ustensile de cuisine, où était rangé le moindre clou. Elle connaissait même la couleur de toutes les petites culottes de Mitsye Kravets… lingerie qu’elle affirmait être sienne, bien évidemment.

— Prenons le problème autrement…, essaya Octave avec un flegme étonnant. Où avez-vous acheté les vêtements que vous portez ?
— Acheté ?
— Oui, acheté… Dans quel magasin : une grande surface ? Sur un marché ? Dans un catalogue ?
— Je ne comprends pas « acheté », avoua Abbie Bartone avec une moue de petite fille. Les vêtements sont là… dans les placards… Je ne vois pas où vous voulez en venir…
— Mmmm…, savoura Octave Billy.

Lui qui avait été amené à étudier toutes les mythologies, lui qui avait été confronté à d’étranges pluies, qui avait failli perdre la vie entre les griffes d’un monstre vaguement humain, en était toujours à se demander ce qui ne collait pas dans cette histoire. Mais le plus étonnant ne s’était pourtant pas encore produit.

Quand Mitsye Kravets ouvrit les volets de la pièce dans laquelle ils se trouvaient pour y laisser entrer les derniers rayons du soleil, les yeux d’Abbie Bartone s’agrandirent de manière démesurée.

— Le soleil ! hurla-t-elle en portant les mains à sa bouche. Le soleil !!!
— Oui…? hasarda Octave.
— Le soleil a bougé !!!

Le lieutenant Billy avait osé un œil par la fenêtre pour constater de visu ce phénomène pour le moins singulier… Le soleil était proche de disparaître derrière l’horizon.

— Ah oui tiens…, observa le flic. Et alors ?

Ce n’était visiblement pas la réponse à laquelle s’attendait Abbie Bartone, terrifiée.

— Et alors ? Les légendes racontent que la dernière fois que le soleil a disparu, il n’est pas revenu avant une éternité !
— Elles racontent ça, vos légendes ? Je comprends mieux maintenant pourquoi vous êtes aussi tendue. Mais n’ayez pas peur. Si tout va bien, le soleil devrait réapparaître demain matin.
— Demain matin ?
— C’est bien ce que j’ai dit.

Abbie resta d’abord la bouche ouverte sans qu’aucun son ne daigne en sortir puis, alors qu’Octave cherchait quelle attitude adopter, la question survint :

— Et… C’est quoi, « demain matin » ? »

Cyrille Audebert in 9e jour.

(image : The Great Day of His Wrath, John Martin, 1853)

vendredi 3 mai 2013

Lectures buissonnières - un billet sur le magazine culturel de Rennes Unidivers

Unidivers - 1eres lectures buissonnieres

« Mais qu’on juge quel est ce bonheur qui consiste à être diverti de penser à soi. »

Blaise Pascal, Les Pensées.

Quand elle n’est pas seul divertissement, la lecture invite à une rencontre… avec l’autre, soi : une réflexion que nul miroir lisse et plat ne pourrait engendrer. Ce sont les aspérités, les courbures et le grain propres à un texte – ceux que son auteur aura façonnés de sa main artisanale – qui la stimulera. Elle sera matière à rêveries, certes, mais heurts, ceux qui nous bousculent. Lire un livre est se mettre en danger, celui qui accompagne la liberté, toujours.

Lire la suite...

°°°

Merci à Nicolas Roberti de nous avoir proposé la rédaction de ce billet.

°°°

PS : Sur un air de jazz. La petite vignette qui orne l'article aurait pu être celle-ci, comme j'ai pu le suggérer ; la rédaction a préféré utiliser une photo prise à Rennes, l'automne dernier. La photographe est Ariane Grammaticopoulos.

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