Journal des penchants du roseau

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samedi 23 juillet 2011

Violon d'Ingres – à l'attention d'Anne-Claire

Anne-Claire, je vous recopie ce passage de Nous sommes des zéros satisfaits de Piergiorgio Bellocchio, éditions de l'Encyclopédie des nuisances, 2011 – ISBN : 978-2-910386-39-9 dont nous avons brièvement parlé ce matin (il ferait bonne figure dans une bibliothèque publique de Gallésie ;-).

Violon d'Ingres

Mon antipathie envers la culture officielle et les spécialistes devrait m'inciter à considérer sans préjugé défavorable les gens qui ont la poésie pour violon d'Ingres ou les peintres du dimanche. S'il est vrai que leurs œuvres sont généralement pires que la production professionnelle (mais à peine), en contrepartie ils sont eux-mêmes beaucoup moins encombrants. J'ai toujours pensé que l'art, la littérature, la philosophie, etc., ne devraient pas constituer la principale source de revenus de ceux qui les pratiquent. Il serait souhaitable que celle-ci dépendît plutôt d'un travail socialement utile, éventuellement accompli à temps partiel. Cela aurait pour effet de « normaliser » un peu ces personnages, de contenir leur narcissisme dans des limites plus tolérables, et surtout cela diminuerait sensiblement la production obligée et la diffusion d’œuvres inutiles.

Spinoza et Rousseau, qui avaient à cœur l'indépendance de leur pensée, continuèrent à polir des lentilles et à copier de la musique, même lorsqu'ils auraient pu jouer les intellectuels à plein temps.. Tolstoï, qui n'en avait nul besoin, consacrait une partie de son temps à effectuer des travaux agricoles et à fabriquer des bottes. Conrad navigua pendant vingt ans, d'abord comme simple mousse, et finit par devenir capitaine. Lawrence d'Arabie avait été archéologue et agent secret, puis, au sommet de sa popularité, s'enrôla sous un faux nom dans l'armée, où il servit pendant une décennie, jusqu'à sa mort. Kafka, qui n'aimait pas son emploi dans les assurances tout en l'exerçant avec le plus grand scrupule, n'accepta jamais d'être considéré comme un écrivain de profession ; il aurait voulu être bûcheron, paysan, jardinier. « Il n'y a rien de plus beau qu'un métier pur, tangible, d'intérêt général », dit-il un jour à Janouch : « Le travail intellectuel arrache l'homme à la communauté, tandis que le travail manuel le rapproche des autres hommes. » Peut-être Wittgenstein ne fut-il pas un maître d'école idéal et Simone Weil ne pouvait-elle pas être une habile ouvrière, mais leur sincérité ne fait aucun doute. Hopkins, Gotthelf et Milani furent avant tout ministres du culte et éducateurs. Gadda travailla comme ingénieur pendant de nombreuses années. Céline, Benn, W. C. Williams ne cessèrent jamais d'exercer la profession médicale, Primo Levi celle de chimiste... Mais pour certains de ces intellectuels, le deuxième travail était en réalité le premier, alors qu'il était pour d'autres le résultat d'un choix. Si cette situation était rendue obligatoire, des problèmes d'un autre genre surgiraient : qui voudrait être soigné par un médecin-musicien ? Qui se fierait aux calculs de l'ingénieur-poète ? Feriez-vous réparer votre installation par l'électricien-dramaturge ? Il ne resterait plus qu'à leur réserver les travaux les plus élémentaires.

Quant aux artistes et écrivains amateurs, tous ceux que j'ai connus, ou presque, ne peignaient pas seulement d'horribles tableaux, n'écrivaient pas seulement d'affreuses poésies, etc. (ce qui en soi n'est pas très grave), mais laissaient malheureusement aussi à désirer dans le travail qui les faisait vivre : mauvais médecins, professeurs ignares, artisans maladroits, juges apathiques, avocats ineptes, fonctionnaires et employés négligents et assez souvent corrompus. Le fait de taquiner les Muses servait à la plupart d'entre eux d'excuse pour se sentir supérieurs à leur devoir. Engeance loin d'être innocente et inoffensive, tout aussi dévorée par la vanité que les artistes et écrivains de métier. Il ne suffit pas de ne pas être professionnel ; il faudrait aussi être anonyme.

Piergiorgio Bellocchio, in Nous sommes des zéros satisfaits, éditions de l'Encyclopédie des nuisances.

lundi 14 février 2011

Appel à poèmes - Infinis paysages - Printemps des Poètes du 7 au 21 mars 2011

(note du 10 février 2011 : veuillez déposer vos nouveaux poèmes dans la partie commentaires de cette nouvelle page)

[quelques précisions de dernière minute à lire en post scriptum]

Les derniers replis de l’hiver draperont d’infinis paysages. Comme un archet qui joue sur l’âme du poète (1), les paysages ne se réduisent à une perspective, à ce qu’un belvédère nous offre : du bucolique, des parapets vertigineux, des horizons pigmentés d’outremer, ils sont aussi visages (2), cuisses (3), urbains ou désolés, et intérieurs aussi.

Le roseau se penchera sur ce printemps, celui des poètes, en publiant dans son journal, sous la forme d’un billet, un poème par jour du 7 au 21 mars 2011. Lesquels choisir ? Nous vous invitons, poètes d’un instant, poètes vibrants, à déposer dans la partie commentaire (4), ci-dessous, un de vos poèmes signés - une poésie, un texte poétique de vos paysages. À partir du 7 mars, nous publierons, sous forme de billet, celui que nous aurons choisi ou, à défaut, des extraits des livres déjà publiés par les penchants.

Quinze poèmes à découvrir, à lire & à chanter dans l’intimité ou publiquement.

Une question, une remarque, réagir ? Venez le faire au bas du billet-bistro : Bistro - la pelle et le poëte.

(1) « Les paysages peuvent être comme un archet qui jouait sur mon âme. », Stendhal, Vie de Henry Brulard.

(2) « Tout un paysage de cuisses et de jambes, nouées, tordues comme des branches d'arbres dans la jungle ! », Octave Mirbeau, Journal d’une femme de chambre.

(3)« Le visage humain, le visage féminin surtout, fut toujours mon paysage de prédilection », Colette, Belles saisons.

(4) La partie commentaires de ce billet est exclusivement réservée à ces poèmes et leur signature sans autres commentaires. Tout autre propos est donc exclus. Il sera soit supprimé soit migré vers le billet-bistro : Bistro - la pelle et le poëte.

P.S. : suite à certaines demandes par mail je précise :

- le nombre de poèmes par personne n'est pas limité à un seul,
- ne les envoyez pas par mail, postez-les au bas de ce billet dans les commentaires (un par un s'il y en a plusieurs),
- les quinze choisis le seront parmi tous ceux postés avant le 21 février 2011,
- s'il est nécessaire d'ouvrir un nouveau billet pour les réceptionner, je le ferai et mettrai un lien ici.
Et merci pour tout ce que vous nous donnez à lire.

Poèmes reçus :

MON FRÈRE

Mon frère
Regarde et entends là-bas
la terre trop vieille se déchirer
les âmes usées sonner le glas
la mer grise baignée de larmes
Le gémissement des femmes afghanes
Les cœurs de glace se pétrifier
L'enfant porter les armes

Mon frère
Respire et sens partout
L'air moite et lourd nous pénétrer
Les bidonvilles hurler de honte et de dégoût
Le souffle vicié des peuples engourdis
La sueur fétide des morts vivants suinter
Les fleurs de cauchemar des jardins interdits

Mon frère
Écoute et entends au loin
Les flammes d'or lécher les bouches
Le murmure de l'effort si vain
Le gémissement des hommes en spasmes déferler
Le cri des révoltes mortes en couches
Le hurlement des rêves avortés

Mon frère
Approche et caresse ici
L'onde pâle d'une nouvelle aurore
Les cheveux d'ange d'un jour infini
Les sanglants bourgeons de l'espoir
La graine vernissée qui germera encore

La Liberté naîtra ce soir

Poème dédié à ceux d'Égypte et de Tunisie

Robert Bruce

___

Les Paumés

Le bar repu de gens se balance et s’enfume
Sur des visages las que la bière consume.
De belles filles lascives déshabillent l’envie
De mâles à l’affût de jouissances bannies.
Et au rythme d’un Bird que cajole Charlie
Un vieux beau philosophe soliloque assis.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Mes yeux fixent sa jambe qui pend d’un tabouret,
elle tremble et me trouble et fige mes pensées.

Sous les lumières glauques voilées par l’alcool,
les serveuses se trémoussent pitoyables et molles,
entre les tables pleines de vide et d’ennui,
qu’une mousse de bière vient remplir chaque nuit.
Au fond, près du billard, un homme bouge sa queue
Devant une boule sage qui ne demande pas mieux.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Comme un aimant malin, son tibia m’hypnotise,
il est mon seul repère, mon phare, ma balise.

Derrière la rampe de cuivre où s’épanchent les plaies,
le barman cabotine sans douter du succès.
Seul acteur sur la scène illusoire de son bar,
il joue à écouter leurs confidences bizarres.
Car les paumés sont riches d’amours inachevées
De passions étouffées, de plaintes avortées,
Que le jour refuse d’un revers de morale,
Mais que la nuit complice accueille dans ses cales.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Sa jambe ne tremble plus le long du tabouret
C’est lui qui me regarde comme si j’étais paumée

Cécile Delalandre

__

L'amour et la mer

Aucun vent à l'horizon,
Aucun nuage dans le ciel,
Que cet amour sensationnel
Qui m'emmène dans la perdition

J'observe ce beau rivage,
Histoire de faire une trêve,
Je fais un doux voyage,
Et de ton corps, je rêve

Un éclair dans mon existence,
Soudain, mon regard se dévoile,
De ton amour, de ta constance,
Ma vie s'est installée sur une étoile

Devant l'ombre de ton regard,
Je vois une tendre étincelle,
Cette flamme, quasi-éternelle,
Que j'ai croisé par hasard

L'évocation de ton sourire,
Éclatant sourire qui resplendit,
Un réel enchantement à venir,
Mon amour pour toi qui grandit

L'homme que j'ai attendu si longtemps,
Que je déguste savoureusement,
Celui qui a enjolivé ma vie,
De ton apparition, je suis ravie

Tel un formidable magicien,
Tu as allumé mon feu,
Un soupir d'espoir, le mien,
Un ciel maritime teinté de bleu

Dans tes yeux, je me suis perdue,
Tentée, attirée par tes charmes
Prioritaires de mes fantasmes,
De tes yeux, beau cadeau j'ai reçu

Et comme naviguent ces navires,
Je me sens portée avec étonnement,
Devant l'étalage de nos égarements,
Tendrement, en toi, je chavire

A ton contact, je suis gourmande,
Affamée des attentions dont tu m'entoures,
C'est pourquoi je te fais cette offrande
D'un cocktail de caresses et d'amour

La mer, reflet de mon cœur,
S'agite en toute indiscrétion,
Et afin de m'ôter toute pâleur,
Tu m'embrasses avec répétition

Ton corps que j'ai dégusté,
Comme une douce friandise adorée,
Toi, l'homme que j'adore aimer,
Envie de profiter de cet amour espéré

Sandra Sonfeedra

__

Né en Maurienne.

J’ai voulu que tu naisses au pays des rochers
Lorsque sourd une eau pure du ventre de la terre,
Caressé par le fœhn, par un berger veillé,
J’ai voulu que Maurienne soit ton autre mère

J’ai voulu que tu saches les parfums d’alpages
Divine récompense en haut des sentiers fous
Qui mènent nulle part, mais t’emplissent d’images
Les cailloux trahissant soudain les éterlous

J’ai voulu que la vie, mon enfant, te soit belle
Quand d’autres s’épuisent à vouloir davantage
J’ai voulu que l’effort te soit si naturel
Que ta simplicité s’étonne des hommages

Tu es né en Maurienne, qu’importe d’où je viens
J’ai choisi ton pays ainsi que ton berceau
Je sais qu’il t’aimera comme il aime les siens
Et qu’il élèvera ton regard vers le beau.

Westside

__

La Vingeanne au village

Autant j’ai réfléchi d’autres Cassiopées
J’imprime entre mes bras le temps des amoureux
Qui m’ont, comme Narcisse, épris de mots pour eux
Sans cesse retenus sous les branches fripées.

De ces fleurs qu’en mon lit j’ai tant de fois happées,
Je respire à travers un paysage heureux.
Et ce qu’a reflété leur odeur fait un creux
Dans lequel on se noie au fond des épopées.

Aussi je glisse, lente et tranquille, où me sied
Leur éternel aveu s’évaporant au pied
Du village engourdi sous midi qui s’y tasse.

O vertige des voix d’un printemps dépassé !
Quand celles d’aujourd’hui près d’une berge basse
Attestent un soleil que ma source a pensé.

Étoile des neiges

__

J’aime le vent, ses promesses, sa tendresse, sa douceur et délicatesse sur ma peau, je l’entends quand il passe sur les arbres, les feuilles chantent, tiens qu’ouis-je ? Un oiseau répond aux caresses du soleil, il est midi. Dans le jardin le printemps chasse les mauvais maux de l’hiver. L’herbe pousse, les taupent se cachant creusant des nids, soulevant des collines, leurs galeries sous la pelouse et un peu plus loin le son des drisses invitent au voyage. Je rêve d’îles pas de presqu’îles, je veux un caillou perdu sur les flots, un rocher qui hurle sa peine, un lieu hors du temps. L’esprit insulaire, je vogue sur le dos de l’amer pour oublier ma condition humaine, ce ciel qui crève, et moi aussi tel une patate douce, je nage dans un bain sucré, salé. J’aime le bleu, le rouge, le sang et aussi penser que sur ce bout de terre, j’irais droit dans le mur, ouragan qui un jour cesse de penser. Et justement, il suffit d’un nuage capricieux qui déstabilise le monde moderne. Les avions arrêtent de tourner, leur course folle les immobilise sur le tarmac. Un peu de poussière et Paris fait grise mine, les gueules noires rigolent dans leurs cabanes d’argile, l’organigramme se dérègle et donne des sueurs froides. La fête est finie. Islande, terre d’asile d’un volcan au nom imprononçable qui crache son venin et laisse les voyageurs se paumer entre deux adresses. Personnellement, aujourd’hui, je pense poser mon sac à Ouessant y être entouré d’eau, respirer, puis m’y noyer au cœur de la solitude. La sentinelle c’est ainsi que l’on appelle ce bout de terre au ponant, à l’Ouest. Après c’est la manche et les îles britanniques, je voudrais m’asseoir dans un champ compter moutons et papillons, y cueillir une fleur, une mauve une qui sent la rose et les épines d’ajonc. Puis je fermerais les yeux, j’inventerais des visages, pas celle d’une vieille, celle d’une fée qui brillerait de dix mille feux et m’aiderait dans mon bas rôle de naufrageur. Ouessant, et sa côte qui reçoit les vents en pleine figure, ce dernier, artiste, les dessinent ses ours, et autres formes de rochers, ils taillent le granite en expert, et laissent l’innocent s’inventer des histoires. Regardez ce crapaud, cette sirène, ou l’alouette ! C’est quelques siècles de bises, d’amour de brise entre le suroît, rois du continent, et la façade atlantique de cette île, enfin je crois, il est vrai que je me perds facilement, entre l’Iroise, et l’océan. Moi, petit animal terrestre, je voudrais inhaler le sang de Ouessant, y poser mes ailes et y construire un nid quatre étoiles, un de ceux qui ne vous laisse pas le neurone se glacer au nord, sur la grande ours, ou la tête de lion. Je voudrais respirer, oui, simplement respirer ne plus être asphyxié par la tribu des C.O.N.S. ceux qui conduisent les chars modernes, les voitures au gaz dérangeant. Je voudrais sortir de ce monde, prendre un bateau, un petit et mettre les voiles. Pour l’instant, je la regarde, de loin. Je suis sur son versant à quelques milles, mais elle m’attend. Champ, mer, et champ de mer, force de la terre et puis le vent qui s’invite tous les quatre jours du mois à la fête. Il claironne et donne sa force aux roches. Elles fusionnent, s’illuminent tel les phares qui entourent l’île, le Stiff, la Jument, le Créach et Kéréon. Des feux dans la nuit, des étoiles qui scintillent. Des rêves qui s’étiolent, et la pétole qui enlise l’âme et laisse l’hameçon au corps. Il perce les entrailles, déchire les doigts, et tue le congre. J’ai faim. Ce soir, je vais manger de cette sale bête. J’ignore pourquoi je l’invective, peut-être pour un délit de sale gueule, quand je l’ai vu la queue coupée pissant le sang et les dents qui rayaient la table du jardin. Peut-être est-ce à cause de sa couleur, gris pâle, son corps flasque, et sa puissance. Peut-être est-ce à cause de ma faiblesse, moi qui tourne de l’œil en voyant ce rouge qui s’échappe, nul ne le sait et même pas moi. Je devrais me taire, fuir, ne plus trahir et laisser mes ennuis sur la blessure de mon âme, mais je vais parler, et dire ce que je pense. À demain.

jeffjoubert

__

COMPAGNON D'UN MOMENT ...

Elle était assise solitaire
dans ce petit resto
de la rue de la Huchette
à la seule lueur intime
de bougies rouges posées
sur les tables désertes ;
des fresques couvrant les
murs invitaient au voyage ;
la serveuse apporta
le plat de boulettes
accompagnées de riz
et d'une pomme de terre au four ...
je prendrai du vin ...
Oui, rouge ou rosé ?
Que me conseillez-vous ?
Nous avons un délicieux vin de Crête ..
Ah, ? ... oui, je vais goûter,
du rouge alors.

Un chat,
- une perfection,
tout noir taché de blanc
au bout des pattes, sur l'œil,
et, telle une mouche
posée sur son nez rose,
un point noir -
monte la garde près de la table ;
museau levé, il attend ...
Sollicitée, elle le caresse
et dit « je sais ce que tu espères »
alors, avec précaution, la langue
du chat part en reconnaissance
du petit bout de viande
que lui tend la main.
Les prunelles de velours sombre
se lèvent et quêtent à nouveau.
Tu en veux encore ...
Et le jeu tendre s'achève
quand le chat repu se lève
et s'en va.

Dzovinar

__

MATIN VERT

Aux tempes de l’homme
S’agrippent les temps anciens
Quand l’horizon n’était que reflet sombre
Au bord du cil
Patience ! Le moment viendra
Où tout sera lavé
A la sortie de ce long sommeil
Les arbres dévoileront leur chair tendre
Et les rues frétilleront
Les draps de l’eau se mouvront
Au rythme de l’étreinte du ciel et de la terre
Écoute, les entends-tu se chercher ?
Le matin vert est annoncé
Déjà sur tes lèvres fendues
Le jour a posé ses éclats

Yasmina Teterel

__

Gris, gris, gris…

De ma fenêtre le ciel est gris
Des gens se pressent je ne sais pourquoi
La rue est remplie de débris
Et les chats hurlent sur les toits.
Je suis enfermée dans ma chambre
La musique inonde les murs
Est-ce le mois de mai ou décembre
Je ne sais plus, je te le jure.
De ma fenêtre le ciel est gris
J'ai la tête farcie de pourquoi
Mon intellectuel est tari
Une cigarette me tend les bras.
Plus rien ne compte, je divague
Le soleil peut pointer son nez
Je lui dirais peut-être une blague
Ou l'inviterait à dîner.
De ma fenêtre le ciel est gris
Je vais refermer les volets
Entends-tu la petite souris
Te chantonner un petit couplet.
La mélodie s'est égarée
Quelque part au fond de la nuit
Ma chambre je veux redécorer
Pour emmenoter tout ce gris.

Sandrine

__

PÊCHEURS NOCTURNES

Les nuits ont parfois
D’étranges visiteurs
Clairsemés sans loi
Aux lèvres d’une mer
Tassée de senteurs
Et plate de lumière.

Un corps de crécelle
Hante leurs faux filets
Mouillés d’étincelles
Et le brouillard élide
Ces crimes désuets
Par souffles translucides.

Des cloques bizarres
Éclairées de dentelles
Coiffent de raies noires
La stelle du rivage
Qu’épie l’eau de miel
Aux couleurs de mirage.

Des propos épais
Ricochent par taillis
Au sable muet,
Et la grotte danseuse
S’ouvre aux facéties
Des algues gracieuses.

Et quand le ciel cire
Même serait sceptique,
Alors pulsera
Le rituel harmonique
Perlé d’un zéphir
Au son d’harmonica.

Stanislas

__

RÊVE D’HARMONIE

Il était un soir
Où nous marchions,
Tout deux dans le noir,
Laissant seul le silence
Trahir l'émotion
Qu'abritaient nos sens.

La lointaine lune
Allumait d'un reflet
Le miroir constellé
Du sable des dunes,
Et que seuls brisaient
Nos pas rapprochés.

Tournés vers la mer,
L'oeil noir d'une roche
S'ouvrant lentement
Dans ce bleu d'éther
Que nulle onde n'écorche,
Nous stoppait souvent.

Un fin courant d'Est
Invitait les yatchs
Dans une valse lente,
Et le bruit de rames prestes
Retournant à la côte
Meublait notre entente.

Alors, tour à tour,
Les coques jaunies,
Fantômes en ombres,
Perçaient les détours
De notre étourdie
Et belle admiration.

Dans notre aire sombre,
La nuit se fait jour.
C’est l’indiscrétion
D’un filet d’argent
Qui rend nos deux ombres
Proches comme un gant.

Puis nos traces s'en furent,
Chacune de leur bord,
Laissant le sage soin
Aux tièdes frissons purs
De combler ces pieds morts,
En versant leur chagrin.

Et les proues des bateaux
Lui servaient de chemin
Qui de loin se perdait
Dans le feu du halo
D'un projecteur d'étain
Que longtemps je fixais.

Je n’entendais plus
Les vagues d’étale
Sous la claire brume,
Roulant leur bruit nu
De feu qui s’allume
Ou qui s’éteint mal.

Stanislas

__

CROQUIS MARINS

Une âme borde un foc sur l'océan sans porte
Et les vapeurs des champs versent comme des mains
Leurs senteurs qui choquent, morcelées de chemins,
Qu'un vol de goélands sans alphabet rapporte.

Le mûrier s'étoile d'abeilles et d'oiseaux,
C’est un orgue emphatique et peureux, car écoute,
C'est le vent du levant qui recherche sa route
Et qui compose en brins tous ces refrains nouveaux.

Et les sables ingrats tuent les vagues si rondes
Qui vautrent leurs corps sur ces curieux époux.
Cet incessant trépas nous suit jusque chez nous,
Et ces sanglots de mort semblent d’un autre monde.

Quand un murmure pieux fera tomber le jour
Et le soir qui se peint, que la lune qu'On lève
Confessera la mer en lumière de rêve,
Chut !... Notre tour sera de composer l'amour.

Stanislas

__

CROQUIS URBAINS

Des chats mystérieux
Sur les cheminées pâles
Qu’engloutissent les cieux,
Tintent d’un ton d’étoile.

La ruelle sauvage
Brille comme un étang
De six ou sept étages
Épisodiquement.

Cuits comme un fleuve lourd,
Le rire clandestin,
Un enfant, son chien, courent
Avec un air festin

Pour le jeu solennel
De secourir du pied
Le navire et sa belle
Des grands égouts hantés.

Quatre fumées s’affichent
Dans un ciel qui se tord
Près du terrain en friche
Qu’abritent près d’éclore

Trois lys en deuil étrange.
Mais loin des feux ternis,
Des ombres se dérangent,
Sans bruit, et c’est la nuit.

Stanislas

__

Naïve pensée…

Elle s’étire au milieu de l’herbe parsemée de rosée fine et tend ses pétales arrondis comme autant de bras vers les rayons du soleil naissant. Timide couleur noyée dans un vert monochrome, la fleur se dresse vers le bleu d’un ciel encore vierge de tout nuage. Sa corolle fragmentée offre un velours à la bise qui la frôle tout bas. La pensée sauvage sourit à son paysage, frémit sous quelques battements d’ailes au-dessus. A ses pieds, la terre meuble se soulève pour la balade d’un corps rampant ou au passage de pattes qui vont par mille.

Pendant de trop longues heures, l’ombre couchée du grand châtaigner à côté, la plonge dans le sombre d’une nature chuchotante. Dans cette nuit du jour, la mignonne s’avachit sur sa tige et patiente, courbée.

L’après-midi chasse la tâche noire de la chlorophylle en brins et installe une tiédeur délicate. Un bourdonnement approche. Le souffle de l’air battu par des ailes transparentes, éparpille un peu le discret parfum de la fleur alentours. Un bel insecte butineur a choisi de poser son abdomen sur le jaune mousseux, au cœur de la belle. Sous le poids de l’occupant, les étamines ploient, offrant un pollen mêlé aux dernières perles matinales. La pensée reçoit la caresse de mandibules et devine sur elle la forme d’un dard, ici sans danger.

Plusieurs paires de pattes la fouillent sans gêne. Flattée par tant de faveurs et par cette ardeur nouvelle, elle danse sous les assauts répétés de l’insecte. Dans les facettes des yeux inquisiteurs, elle renvoie le violet de son étendard. Derrière les lèvres striées, le calice s’ouvre davantage pour que le meilleur soit donné à l’occupant. La fleur ondule jusqu’à ses sépales et ses stipules.

Le vent d’un envol soudain l’a fait s’incliner. Là, autrement orientée, elle s’attend au retour de cet inconnu venu la visiter. Le bourdon qui la quitte est aussitôt remplacé par un autre beaucoup plus pénétrant. Naïve pensée qui s’imaginait être l’unique hôte de cet amateur de nectar. Elle le regarde butiner déjà quelques pâquerettes et boules d’or aux formes accueillantes.

Vidée de son trésor, elle cherche alors le soleil pour qu’il la nourrisse de la chaleur qui lui a été enlevée et espère que la nuit à venir sera la dernière.

Immortelle pensée (suite sans fin de la naïve pensée)

La nuit fût mouvementée. Le calme n’a pas réussi à s’installer dans le pré. La bise est venue avec son amant, grand froid dominant. Jusqu’à la relève du jour, ils ont piétiné le gazon et ses couleurs, agité les branches, fait pleurer les arbres même.

Tête baissée depuis sa solitude, la pensée n’a pas lutté. Son cœur, vidé de sa substance par les pattes velues de la veille, ne pouvait pas affronter ce vent courant sur lui. Sa tête a hoché dans le sens de la négation secoué par le vacarme du noir. Solidaires du centre malmené, les pétales l’ont souvent recouvert. Sous le gibbeux d’une lune distante, la fleur s’affaissait. Puis, pliant sous le souffle des deux amants à nouveau réunis, le bois à côté a rejeté une famille à découvert. La mignonne d’un autre jour s’est froissée sous le sabot d’un poil rayé courant derrière sa mère vers un autre refuge.

Ce matin, la fleur ignore le vertical et le lisse. Agonisante, elle ne sent plus rien. Le violet a envie de faner autour d’un jaune qui commence à passer.

Une nouvelle fois, la terre se met à trembler. Pourtant, à la place d’un écrasement c’est un enlèvement qui surprend la fleur. Retenue à sa tige, la voilà soulevée par deux doigts potelés et posée au creux d’une petite main. Du haut de son déplacement, elle aperçoit les restes des pâquerettes et boules d’or à la beauté agonisante. Leurs senteurs aguichantes et leur arrogance n’ont pas tenu en respect les amours et cavalcades nocturnes. Leurs formes n’en ont plus. Certaines sont déjà mortes.

Plus tard, la naïveté de la pensée est doucement rangée sur le rose d’un buvard, répartie entre les pages d’un cahier, savamment aplatie par le poids d’une encyclopédie.

Elle rejoint là d’autres délicates, accède au rang d’immortelle. Il ne manque que le parfum pour distiller ses pensées et dédier son velours épargné à ces belles rivales à l’éphémère charme.

Myrine Leroy

__

Soleil Meilleur

l'équinoxe éblouie qui jaillit des entrailles
assiste à l'agonie et puis aux funérailles
devant la sépulture des récits du futur
s'entassent, ébahis, les morts de l'aventure.
Les survivants ont fui, vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs...
Et les miroirs obscurs, reflets de nos errances
comme des mouroirs nocturnes, enterrent nos absences
elle se promène seule, ta futile nonchalance
elle-même abandonnée par ton indifférence....
tes pas seuls pour marcher sur les ombres de tes rêves
te suivent et te précèdent, tu perds ton équilibre
tu as ouvert un arbre ,tu en as bu la sève
tu as cru qu'en rêvant tu pourrais être libre....
Les survivants ont fui vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs...
berger d'un grand mystère, tu conduis ton troupeau
à l'intérieur des terres où t'attend du pipeau
tu leur feras entendre des clameurs en morceaux...
moi je fuis vers les flots des marées intrépides
là où le sable froid dessine des cœurs stupides
j'aime le vent, les tempêtes, et surtout l'horizon
et même si je me noie, j'aurai de bonnes raisons...
les survivants ont fui vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs

Virginie

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Le crapaud, ma chère, est une espèce peu recommandable, croyez moi
Vous avancez par là, sur ce chemin de campagne aux abords fleuris
Vous, ma chère, vous dans votre robe légère, nymphe, et jolie
Il est là, tapi sous les nénuphars, n'attendant que sa proie.

Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il vous sent venir de loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Vous. En attendant il fume un joint.

Vous avancez là, avec vos envies vos doutes, sans refaire la chanson
C'est vrai que vous êtes belle avec vos sentiments neufs et vos atouts
Il sort de sa cachette, voilà qu'en deux bonds il est devant vous
Le crapaud vous tient à peu près ce langage,
Un peu drôle un peu fou
Il s'emballe il s'engage
Il s'en fout
Vous riez
C'est l'essentiel
Il sait qu'il a réussi sa mission.

Ma belle ma belle (oui il répète pour s'assurer, comme on se racle la gorge)
Vous êtes la plus belle (vous ne tiquez pas, c'est tellement agréable et rare)
Je voudrais tant vous montrer, ils sont de toute beauté, mes nénuphars
Le bougre travaille ses rimes, et vous voilà belle comme un rouge-gorge.

Regardez-vous bon sang, il est là tout laid et tout petit, vous baissez les yeux
Votre naïveté vous enlève toute conscience de vos envies profondes
Qu'espérez-vous ? Un autre conte de fées ? Au fond de vous je gronde
Courrez, partez, ma chère, sauvez-vous avant de casser tous vos œufs.

Trop tard je sais. Au premier baiser le voilà beau grand fort jeune dynamique
Il vous fait tourner la tête et le reste, vous embrouille de ses larmes de prince
Triste of course le prince. Comment ça me gave ça. Ma chère je vous pince
N'y croyez pas une seconde, rappelez-vous il a faim, mais pas de panique.

Si vous gardiez la tête sur vos épaules, si vous l'écoutiez tout de suite
Au lieu de regarder au loin, au lieu de n'écouter que vos rêves
Vous le verriez crapaud sous des atours de prince sans sève
Vous le verriez crapaud ... ahhhhhh, nooooon, voilà qu'il vous incite !

Le tourbillon du sexe, des mots et même des attentions charmantes
Le tout sous les nénuphars, vous êtes totale comblée
Le retour à casa est violentissime je vous trouve hébétée
Il vous manque tout le temps, vous lui manquez à minuit tapantes.

Alors il sort son ultime grand jeu de crapaud mal léché
Des larmes et des grands mots, vous êtes, très chère, en aviez-vous douté
La femme de sa vie ! De mails en courriers, les nénuphars sont équipés,
Il vous embarque toujours plus loin, dans l'ordre suivant : coulée, touchée.

Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
Vous voilà d'un coup mère et amante et tenue au secret
Enfant parfois dans vos colères qu'il ne sait apaiser
Alors qu'il en est l'auteur, le bougre, il est l'auteur de toutes.

Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
vous voilà en larmes il s'en sert de parapluie
vous voilà en armes il s'en sert de paravent
vous voilà triste il s'en sert de distance
vous voilà amoureuse il s'en sert de vitamine
vous voilà prête il ne l'a jamais été.
Prout.

Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il la sent venir de loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Elle. En attendant il fume un joint.

Qu'espériez-vous ? Un autre conte de fées ?

Luna Barbare

__

La quête de l'âme sœur est celle de la couleur complémentaire, quand elle voit rouge, vous voyez le jaune vert, elle panse vos bleus et votre colère orage aussitôt se range. L'orange l'affole et vous le savez !

L'humeur sauvage, vous allez d'îles en îles découvrir sa pensée, vous qui la savez aussi belle et mystérieuse que la couleur bulle. Si je me permets de parler d'amour, c'est évidemment parce que je n'y connais rien, c'est une absence et donc j'observe. Autour de moi, la terre tourne, des couples se forment et s'effritent, accompagnez-moi un instant dans ce voyage, il va prendre corps, et plaisirs, car vos yeux vont lui offrir un cœur :

Lui abricot et elle grenat, pas mal non ou l'autre et peut-être est-ce le votre. Je ne vous souhaite pas l'aubergine marengo, il sonne faux, voyez plutôt l'ébène tango, ce couple m'apparaît moins sombre, plus rigolo. Plaisir des mots, les lèvres pourpres offertes aux désirs, allons, replongeons dans ce tourbillon de ton, le bronze olive et les cerise pistache sympathiques, mais ils sont difficiles, un peu complexe, des glaces aux narcisses et des éclats de fric, surréaliste. Non, allons un peu de patience, nous devrions tomber d'accord et je vous ai avertis : l'amour pour moi est un silence ou un langage des signes. Tellement étrange cette musique, le scénario est inscrit quelque part, mais la partition est indéchiffrable. Je n'y comprend rien d'accord, mais le béotien que je suis n'a aucun rêve de couleur, sa vie est noire et blanche. la voyez-vous cette plage ?

Non ?

Un petit effort, le sable est serin, sous des serviettes, l'homme crevette la femme tango, suivaient leurs regards comme eux suivent ces vagues qui dansent, les voyez-vous les cocotiers et le ciel outremer ? Elles vous bercent ces ailes, non ?

Le perroquet et l'oiseau mouche offrent leurs plumages, là, à vous d'inventer, les rouges, les verts et leurs nuances, tomate, topaze, mastic moutarde ou prune. Moi, ce que je vous ai offert, ce sont juste les couleurs primaires, et comme je ne suis pas une lumière, ce sont leurs effets pigmentaires. La vie est un tableau clair/obscure à l'intérieur duquel le navigateur avance au petit bonheur la chance, vous ne croyez pas ?

jeffjoubert

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SMS

Jeunesse impatiente
qui ne connaissez
des mots, que la phonétique
pour courir plus vite
de vos sms
vers celui ou celle
que vos vœux appellent.
Que saurez-vous
des tourments,
des supplices et
des joies indicibles
où nous plongeaient
autrefois, fébriles,
l'attente, l'espoir
d'une missive ?

S'il existe un lieu
où rien ne se perd
où subsistent toujours
aussi vives, nos émotions
ce sont les souvenirs
où l'on peut à l'envi renaître
aux doux plaisirs d'antan,
cet heureux temps
où les lettres
étaient, de la vie,
les plus précieux présents.
On en gardait les feuillets
dans une boîte, au secret,
en y glissant avec des larmes
un brin odorant de muguet...

Dzovinar

__

Les plus beaux paysages

Ils ont leurs formes particulières,
ou ils sont plutôt habituelles
on y voit des gîtes de foulières,
tout en observant plein de ruelles.

Toutes ces eaux marécageuses,
qui nous ont données des rivières
on en fait le bain aux plongeuses
et rajoutées sur les lacs des lierres.

Et bien ! qu'en dire des collines ?
Ce sont des connes en relief.
Les montagnes sont des mines,
des gisements en forme de bief.

Entre les arbres on a taillé,
toutes les feuilles débordantes,
c'est la forêt, aucune allée,
la voie créée est élégante.

Les gens admirent leurs beautés,
et, ils en forment des tableaux
tous émus par leurs qualités,
là, ils les peignent en îlot.

Divine Kanza

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A Des Nuées de nous…

La molécule reine a bâti sa spirale
pour sceller dans l’espèce l’estampillé dédale
d’un génome dont l’empreinte à l’ancre d’un index
S’est fixé à jamais sur les pages d’un codex.

J’aurais pu naître fleur, m’empétaler la vie
déployer mon calice à des champs éblouis
Me laisser effeuiller par une fille en fleur
espérant sur ses lèvres d’un amour la liqueur.

J’aurais pu naître chêne pour que dans ma ramure
Chante tout l’univers quand le vent y murmure
Ou caresser le ciel de mon feuillage malin
Qu’un couple de mésanges aurait rendu taquin

J’aurais pu naître lionne sur la terre d’une Afrique
Et chasser l’antilope en une course lyrique
Où rugirait Berlioz comme un Faust damné
Qu’une morsure de diable aurait déchiqueté

J’aurais pu naître vers et labourer la terre
Comme une vieille charrue que pousseraient mes frères
mes anneaux serpentins traceraient un sillon
Où le bec de la pie y trouverait mouron

Comme la fleur, le chêne, la lionne ou bien le vers
J’ai dans ma chair des nuées qui tous nous unit vers
La vie la mort la vie sur la même clef de sol
Celle qui nous joue poussière sans dièse ni bémol

Cécile Delalandre

__

J'entends mendier les bruits des secondes
J'échancre la nuit d'extravagances et j'oublie le clapotis des baisers sur la peau du cou.
J'entends mendier les bruits des secondes et j'assemble, en cousant de fil de préférence blanche, les morceaux du corps découpés en tremblant.
Pour ne pas qu'ils se referment en claquant sur les lèvres du vent, je glisse le pied dans l'entrebâillement des jours. J'apporte les plis du temps et les range dans les casiers de lumière.
Les bras chargés de goûts, j'avance sereine et reine, nue dans un déshabillé de vertu. J'ai les souvenirs pour corps.
Détacher le touché de la tendresse, et l'affection n'a plus de caresses. Les corps engourdis de leurs sensualités ne sont plus que des objets érotisés à baiser. La langue tourne en merveilles les sens mais le cœur est tu à toi. Et quand il est là, c'est décharné.
Que l'on enlace une mère, que l'on baise la joue d'un frère, et que l'on parle à son père.

Thétik

__

comment faire de la poésie sans recourir aux images ?
entrelacer les plans immanents à notre aventure ?
il a rencontré une noueuse de liens
attachés dans le dos les monts se prélassent
tu voudrai marcher sur du plat
mets pause là sur le gâteau les mains s’interposent
ton souffle réflexe lève un second vortex
soudain la bête en toi a froncé les yeux devant
les fraises rient
vaste pantomime ! la crème tortille ses ris
quartiers d’orange flaque et clémentine
tu penses ailleurs mais ton corps se vide
rouge est la peur ton front saigne en vain
signaux, signaux l’éclairent les idées se faussent, fausses
indécentes, rivière, porte, sans mur, au milieu de rien
.
cette idée, levier, force, mystère mécanique, pressions, sans doutes, mal agir. mal agir. comprenez bien, au bout du résumé, résonnent les paroles enfouies en soi, et quelques montres regardées frénétiquement au coin de la rue, des grands magasins, oh oui des grands, être coupable partout mais désert à l’intérieur, être soi en un lieu du pardon inaccessible, enfermé dehors, au mauvais endroit, au mauvais moment, être partout, être avec tout le monde, et tout savoir, dans un lieu, seul, et désapprendre.
.
ponctué de clins d’œil à la force, à l’assurance, au pain chaud, à la liberté, à l’amour, à la désinvolture, à l’allant, en prenant, au tournant ! aux normaux quoi, les gens qu’ont pas de problèmes, qui sont cools, un peu cons ou un peu naïfs ou un peu hyène, ou les trois en même temps, en tout cas, sympathiques. On the tracks.

Auddie

__

LE CAFARD

L’ami s’est enfui
Et je fixe en rêvant
L’air devenu gris
Qui traîne sur les champs.

Les couleurs pâlissent.
Le vent retient son souffle
Et la vague esquisse,
Et mon âme s’étouffe.

Tout est silencieux.
C’est la honte qui croît.
Un plan malheureux
Vient d’y être élu roi.

Un hôte invisible
Sous un calme rideau
Vient, imperceptible,
Pour nous percer le dos.

Les barbelés font
De bien curieux colliers.
Ces larmes de fond
Sont un champ pour geôlier.

La mue des paresses
Qui fige la nature
Au cœur en détresse
N’est qu’un immense mur.

C’est l’hiver sans soie.
Plus personne ne court.
Les moineaux seuls renvoient
Leurs vols au bruit sourd.

Stanislas

__

alternance de je et d'eux
le roman en une fois tous, et moi au travers
aujourd'hui,
ici,
Nous sommes les seigneurs.
Nous disposons du lieu qui enflamme la foule. Hôtez mon drague et
la moiture me fait des airs brutals
dans ces quand frond
la bute au comal
suai la pique en chemise
et sous ton tai lévateur
la pilule en dessous
le flic qui danse
la robe rose café
donc les idoles
drôles dévalent la conscience
je me m'y amète
m'allège ma compaque
le gît de l'homme deux cent tards, bourrés d'alcool fraîche à roussir
le blanc du signal
N'a sonné qu'une fois

Auddie

__

Goût de Terre (Pantoum)

Goût de terre dans ma gorge
En vomirai-je le fiel ?
Pour qu’enfin ma salorge
Redevienne mon ciel ?

En vomirai-je le fiel ?
Que ma douce langueur
Redevienne mon ciel
Loin des heurts et des leurres.

Que ma douce langueur
Où s’ébrouent mes tourments
Loin des heurts et des leurres
S’évaporent les amants.

Où s’ébrouent mes tourments
Dont je fais mes délices
S’évaporent les amants
Dans des feux d’artifice.

Dont je fais mes délices
Sacrifice rituel
Dans des feux d’artifice
Qui agitent mes ailes.

Cécile Delalandre

__

sur l'oreiller de ses pieds
ignorant que je dors
ignorant que je ne dors pas
ignorant de mon sommeil
la seconde d'avant
d'avant mon sommeil

je me souviens quand je dormais
profond profond
profond
dis-moi l'ange as-tu déjà dormi comme moi?
profond, profond
dis-moi l'ange as-tu déjà dormi?

Marie-Agnès Michel

__

Les feuilles mortes Les feuilles mortes sont tombées, les feuilles mortes en sont soufflées.
Les feuilles mortes ont été aspirées, elles sont maintenant ramassées.
Les feuilles mortes sont tassées, elles sont maintenant broyées.
Les feuilles mortes sont transformées, elles sont maintenant recyclées.
Les feuilles mortes sont décomposées, elles sont maintenant compostées.
Les feuilles mortes sont enterrées, elles sont maintenant mycorhizées.
Sur ce terreau renaitra au printemps plus tard une fleur
Cette promesse de fleur ne sera pas un leurre
Combien de feuilles tombées pour une seule fleur naissante
Les graines de cette fleur feront germer à leur tour d’autres fleurs renaissantes
Parfois une feuille est mise à sécher dans un livre
Cela ne donnera jamais de fleur voulant vivre.

Rémy

__

L A – B A S

Là-bas : les maisons aux tons d’écume
pointillent l’azur,
quand en Méditerranée
il se noie.

Là-bas : les palmes bercent les étoiles
dans leurs draps de soie marine,
sous un clin d’œil de lune.

Là-bas : la feuille d’amandier s’efface
devant la beauté rosissante
de sa flore
pubère.

Là-bas : la sérénité de l’aube exhale
des senteurs ardentes
de fleurs
d’oranger.

Là-bas : la nacelle du pêcheur
glisse sur la mer d’huile
qu’embrasent les flammèches
des lamparos.

Soulevant la terre de mes grenadiers
en volutes de safran,
le vent de l’absence brouille l’image
de ma nature

Restée… LA-BAS…

Fanie Vincent

__

V E N E Z I A

Serenissima fascinante Sirène
Emergeant de l'onde où se noie ton déclin
Sur tes canaux véronèse glissent les gondoles ébènes
Entre ciel et mer, cité aux reflets divins.

Tes coupoles byzantines, lourds ballons d'Orient
Jouent avec la légèreté des pics flamboyants.
Tes ruelles labyrinthes, touches de clair-obscur,
Mêlent, au soir assoupi, palais et masures.

Aux frissons argentés de l'eau
S'oppose la pesanteur des colonnes monolithes,
Les miroitements des proues qui palpitent,
A la stature figée du Campanile San Marco.

A Venise, les clapotis d'un étroit canal sur la pierre moussue
Bercent longuement mes vaporeuses rêveries,
Sous le masque opalin, Colombine et ses facéties
Se penche sur toi, Arlequin de ma vie décousue.

Fanie Vincent

__

... nous n'irons plus au bois, trop de choses y sont enterrées, laisse ces lauriers, la belle, viens plutôt te noyer dans l'étang...
Où vague l'âme, éternelle répétition, grâce à quoi on peut s'amollir. Le printemps a traversé les obstacles, ce soir. Bouleversante gratitude. On peut répéter les mots tant qu'on veut et on peut
je peux dire
je t'aime
au printemps si je veux. Car ce soir il a passé tous les obstacles. Et malgré tant combien j'ai résisté il a été plus doux. Il a été plus tendre malgré tout j'ai brûlé. Lorsque j'ouvre la bouche pour respirer.

On suit le canal jusqu'au fleuve, on suit le fleuve jusqu'à la mer, au fond de la mer on retrouve l'étang, où la belle s'est noyée, où le printemps l'a pêchée. Il me l'offre contre un je t'aime, dégoulinante de vase, mais j'ai des mots pour dire non aux branchies qui la flanquent. Nous n'irons plus au bois. Ni à l'endroit ni à l'envers.
Viens donc la belle, j'ai dit non trop vite. Nous vivions ignorants: voici mon corps pour être tien.

Marie-Agnès Michel

__

RENDRE L'AME

J'ai l'âme en peine, j'ai pas d'amant
L'amant peine à venir, l'âme pleine de soupirs
Peine à jouir, Dame!

Un soupir, aïe! des soupirs oh!
Des soupirs hauts au fond du soupirail

Je déraille tout de go, lames de fond
Rail d'Ouessant, rien qui vaille,

Le tournis dans les entrailles
Vite une gousse d'ail
Pour conjurer le sort
Avant de rendre l'âme.

Babette

__

LES BOULES

J'ai les boules, t'es pas là
J'ai les boules, j't'en veux pas
J'ai les boules, j'pense à toi
J'ai les boules, t'en fais pas
J'ai les boules, j'm'ennuie pas
J'ai les boules de Geisha!

Babette

__

Flâneries...

Les rues de ma ville, chaque fois que je m’y aventurais, s’auréolaient d’un halo doux insolite et fascinant. C’était au siècle dernier...

Ô Toi lecteur, qui me fait l’honneur de te pencher, devineras-tu de quelle ville il s’était agi ?

Alors suis-moi et regardons.
Tu veux bien ?
Imaginons...

Vers la droite, surélevé sur une douce colline, dominant un quartier engourdi par une vie immobile, se dresse, sombre, vétuste et vénérable, le dernier vestige d’une enceinte, offrant créneaux, mâchicoulis, serrures rouillées, portes criardes et fenêtres gémissantes...

De l’allée grise et large, ombragée d’arbres vieux comme les pierres, j’aperçois les pentes fléchissantes des toits ; les pignons dentelés ; les fumées ; le ciel lourd et bas que transperce une flèche hardie. Les vois-tu ?

Nous sommes sur le mont baptisé, autrefois ou naguère, par un amoureux des Muses.

Vois la vaste étoile de gazon frais rasé où fourmillent enfants aux cris aigres et doux. Un caillou vole ?
Cris, larmes
Un attroupement
S'en suit
Une boule écarlate sautille,
Roule, rebondit.
Les enfants courent et rient,
L’attrapent.
Plus de larmes
Ni de cris !

Entends comme le trottoir devient soudain sonore. Les pavés sont tout petits,
Déchaussés
Pointus
Mauves ?

Voici que nous frôlons le mur d’une chapelle fragile, tant elle ploie sous le poids des jours. Si ce n’est sous les larmes de tant de Madeleine qui vouent un culte à Rita, la Sainte, patronne des filles,
De joie !

Voici encore qu’une bâtisse d’allure ancienne, étonnée d’avoir survécu, elle aussi, précède tout un rang de très vielles maisons fort amusantes. Elles se rient, ces vieilles, de leurs balcons fleuris ; des lézardes des vieux plâtres ; de leurs vitres aux reflets verdâtres.

J'imagine que derrière cette massive et sombre porte cochère, une main à lourdes bagues tourne peut-être lentement une clé énorme, dure, grinçante ? Rouge, peut-être ? Tu souris ? Dans ta barbe ? Oui ! Ici c’est le rendez-vous des vieilles choses où j'aimais musarder...
(A suivre ?)

Pomponette-casse-cou-miaou

__

le jour me lève

Soleil soleil
que sont les conséquences d'antan ?
la lucidité n'empêche pas l'aveuglement
elle l'éclaire assurément

Constellée de signes,
ma peau parchemine
griffée par les temps
mais que sont les conséquences d'antan ?

réalité jamais n'est ce qu'elle apparaît
l'âme guettée, sur le qui vive
dans l'invisible j'ai pénétré
mais jamais question ne répond
que sont les conséquences d'antan ?

les semeuses éperdument bêchant moissonnant les champs
l’utile nourrit l’inutile les mânes au bleu jetés dans le firmament
gonfle chaque an et bourgeonne le printemps
mais que sont les conséquences d'antan ?

l’imperfection est clé du mouvement
infinis paysages l’indistinction me prend
sage sagesse porte la vie en silence
mais jamais ne sait à l’avance
que sont les conséquences d’antan

Nour

__

Je suis la mort,
Et si je regarde les forêts
Je te vois
Si belle,
En fuite devant moi
Qui te désire

Car tu es moi
Et si tu crois
Ce que je sais,
Si tu espères
Ce que je suis,
Alors
Tout finira ainsi.

Anonyme

__

Aime.

L'amour est un présage,
Un accomplissement de soi même,
Il passe à travers les âges,
Il grandit là où l'on sème…
C'est bien la voix des anges,
ces cieux que l'on voudrait toucher.
Cet autre qui ne veut pas que l'on change,
La vie est faite pour aimer.

Laura L.

__

La ronde du temps.

Quand le temps s'égraine,
Et que l'on court à perdre haleine,
On se retrouve dans cette ronde
Où chacun compte les secondes.
A cet instant rien a de sens,
On oublie tout et puis l'on pense…
C'est là que toute une mer se vide
Pour revenir plus limpide.
Le passé nous apprend à vivre,
On est là aussi pour le pire.
Le temps nous montre que tout passe
Et que seul l'amour ne s'efface.

Laura L.

__

Il faut parfois des mers et des océans,
Des montagnes, et tout ce qu'il y a de plus grand.
Il faut aussi l'envie, la force et l'espérance ;
C'est un long chemin depuis l'enfance.
Il y a tout au long, des silences et des voix,
Des visages, des danses des luttes et des choix…
C'est comme dans un comte écrit pour les plus sages
Et à tous ceux qui voudraient bien tourner les pages.
Il faut du temps, du courage et aussi la foi,
Un peu de nous, de nos cœurs, et chacun de nos pas ;
Pour que toujours et partout survive à nos folies,
Ce trésor que nous cherchons parfois longtemps : Le Bonheur à l'infini…

Laura L.

__

CHEZ MOI

La porte mal vitrée donne
Un éclairage étonnant.
Tout est propice moment
Pour les souvenirs d’automne.

Forcer un tiroir qui coince,
Fouiller dans sa jungle sèche,
C’est la cuillère qu’on lèche,
C’est mon âge qui s’évince.

Do, mi, la… tout se souvient.
Seul dans le grenier qui grince
Rêvez-moi si je me pince
La lumière est de fusain.

Sous le sabot de l’orage
J’épie d’un coin familier
Le silence meurtrier
Des fourmis anthropophages.

Je suis l’enfant qui se cache.
Le moutonnement des haies
C’est tout en moi que je l’ai
Et ceux qui rient sont des lâches.

Le ciel couvre le plafond.
C’est si tentant qu’on s’y trompe.
La mer est prête à tout rompre
Dessus le parquet profond.

La chambre jaune au coffret
Fait de l’escalier noueux
Un chemin fou tout boueux
Si familier qu’il effraie.

L’armoire est une serrure.
Je m’y loge et j’en ressors.
C’est comme si maints trésors
S’étaient perdus dans ses murs.

Un rire à l’Eau de Cologne
Chassent les démons odieux,
Doux massacre pour mes yeux
Plantés comme une colonne.

La maison des petits vieux...
Hi ! Hi ! Dedans tout est faux
Depuis le sèche-manteau
Jusqu’à leur porte-cheveux.

Leur chien, leurs souliers minables
Sentent le papier jauni.
Leur bol en cuisine aussi
Doit avoir un goût de sable.

Mais nous quand aux heures creuses,
Fondus sur l’herbe coupée
Les enfants jouent les croupiers,
Rêvons aux siestes frileuses.

Sous l’éclat du Rivesaltes
Tout semble un beau point de vue.
Le balayeur de ma rue
Fauche son grand pré d’asphalte.

Stanislas

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Oh je raconte je raconte

je raconte un vrai truc tu vois

je raconte avec des images, -mots censés-, les gouttes de pluie tombent d'en haut, les paysages s'alourdissent à mon réveil: non! pas lui ! comment va t-il nous décrire?

Mais beaux paysages, vastes romans, photos ratées souvenirs velus, main sur ma fesse corps défendu. Oui je me lève, et vous? jolis paysages... relaxez-moi, je ne vous mettrai pas dans des cases, je ne vous tuerai pas. Je vous laisserai vierges. Chez moi la pluie remonte le long des gouttières. Ecrans. Ecrans! je vous vois! vous êtes blancs, en dur, ne le dites pas, êtes-vous bien du voyage? Mais toutes ces choses que je vois, n'est-il pas d'étages, de niveaux, de plans? N'êtes vous pas réels? Un décor, c'est ça? Et que dire de mon ciel? langage soutenu par des étais en plastique, ornements justes bons à manier la parole, mais l'image? non? je ne vous dirai pas! Car je ne sais pas! Et l'image? La lecture, je le sens bien, après nos disputes d'hier soir, nos déconstructions, nos bouderies arythmiques, en suspension bien-sûr les images! qu'est-ce qui nous reste? ! Qu'est-ce qui nous tient? La fable? Le ressenti? L'amour? Comment traduire un de ces jours la magie des mots passés à la moulinette ! ? rien de ce que nous avons dit hier ne peut être retenu. Mêmes désirs, aujourd'hui, et hier! Même confusion, même fêlures en suspension. Nous nous dirons les choses à la lumière, soit! Alors toi, toi paysage! Toi, le vent! Vous me faites chier avec votre logique, vos images, vos verbes, vos mots vos rythmes vos paresses incompressibles! vous êtes vrais je vous entend! vous êtes dehors et mes mots ne sont pas loin d'une fièvre, j'ouvre la brèche en moi: je veux vivre! intensément! et je ne comprends pas toutes les choses, ça forcement! Et je le dis, le traduis, décomplexé du verbe, oh oui je vous entends! puisez-en vous la rage de dire libre! dites tout à jamais, en une fois, vous penserez: sordide? Oui, la vie l'est parfois, mais ne faites pas vibrer la corde de la contemplation. Les lois de la vie sont impénétrables. En ville, vous savez, nos mots valent de l'ombre. Séquences caméléons, dessins flous de l'existence, humour et bouts de ficelle, théâtre au bas de l'affiche, cinéma du dehors, écrans - nos yeux en délestage, je ne mourrai pas convaincu, qu'il faille dire des choses normales en ce beau jour ! Alors jouissez ! Bordel ! Jouissez!

La jouissance n'a pas de rimes! La jouissance n'est pas nette! C'est canal +! toute la journée!

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auddie

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Dans mon pays …

Il y a dans mon pays des soleils
Amis avec tous les enfants du monde
Des soleils des sourires éclipses des pénombres
Couleurs sans sacrifices pardons aux fruits vermeils
Il y a dans mon pays des jardins
Des enfants au visage sans larmes
Des jardins des oasis des parfums
Senteurs vagabondes essences d’oriflammes
Il y a dans mon pays des lumières
Des arcs-en - ciel des faisceaux volcaniques
Des lignes sans artifices sans cailloux sans ornières
Des courbes diaprées et des cœurs pacifiques
Il y a dans mon pays des prières
Des chants murmurés des notes salvatrices
Des cœurs d’anges chus sans nulle cicatrice
Il y a dans mon pays des mystères
Des lampes d’Aladin et des fleurs éclatantes
Calices de la paix cimes primesautières
Des roses aux bords des routes
Gps éternels elles pétalent d’insolence
Il y a dans mon pays des trésors
Des consonnes d’amour des voyelles de tendresse
Elles fleuvent elles rivièrent du Sud jusqu’au Nord
Elles étoilent des mers elles tissent elles caressent
Elles soufflent aux enfants des phrases et des gestes
En majuscules en capitales elles inscrivent dans le ciel
Il y a dans mon pays …

Carine-Laure Desguin

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Impression soleil couchant
Les vallées se lovent et lui font un lit
Le soleil de ses derniers feux luit
Je regarde les chemtrails
Des avions passant à tire d’aile
Le soleil au dessus des champs se dérobe
Dans le couchant en rose robe
Il disparait pour renaitre d’une aube nouvelle
Il plonge derrière les cimes bordant le ciel
La brume nimbe de gris le ponant
Le soleil renaitra demain à l’orient

Manu Rêva

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L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
Le vrai amour est spirituel
C’est le seul amour éternel
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
C’est un amour très vaste
C’est un amour pur et chaste
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
L’amour pour certain est le seul pain
L’amour le plus pur est celui du prochain
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
L’amour ne se met pas dans un coffre
Cet amour je vous l’offre

Manu Rêva

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manu rêva au diapason de la justesse. de toute façon je m'en fout des règles

auddie

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Cette vallée perdue

oui, je l'ai découverte
au détour d'un chemin,
première lueur du jour.
l'eau du ruisseau disait
que la nature suait
la palette du peintre
ou les vers du poète.
et pourtant ici bas
la musique des cœurs.
ses formes et son parfum
m'enhardissaient encore,
et plus loin où j'allais,
plus loin je me perdais.
je me trouvais, sis là,
sans qu'aucun ne m'ait dit.
ce vallon-là, déçu,
"n'y pensons plus" compris-je.
je m'étendis là-bas
loin de cette eau si pure,
un murmure ici bas
me soufflait "croix-en moi".
je lisais dans ces yeux
des horizons perdus.

Job Serve.

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Tess

Le gilet de laine noire de Tess a un gros trou juste sur son sein gauche par-dessus son cœur ploum. Des courants d’air glacial s’y plantent comme des morsures de rats. Elle a mal. Ils s’infiltrent dans ses tripes pour y larguer des crampes qui s’agrippent méchamment aux parois de son vide. Ça lui fait des spasmes à l’âme et ça déchire la toile de son intime gouache. Elle a mal.

Tess ne veut pas mourir, Tess aime la vie. Mais elle se dit parfois qu’elle aimerait être folle comme quand elle était gosse, seule, blottie dans les draps froids d’un box aux rideaux blancs et près d'un pot de chambre qu'on aurait dit ciboire.

Morte, elle n'aurait pas pu voir qu’enfin sur l’accroc, quelqu’un se penche.

Quand Tess sort, elle enfile son manteau pour ne pas que l’on voit sa déchirure d’habit. On a apprit à Tess à se bien présenter, à se paraître toujours sur une vitrine digne. Tess s’est faite golem sur la grève de sa quête, ça lui fait un chemin qui s’efface dans le rien qu’on accepte avec grâce .

Tess a son Achille, et son talon d’amour, son père, sa passion, son mystère à jamais. Et tout ça, ça dépose comme une troublure de vie qui lui font se confondre des hoquets de désirs avec des signes d’amour.

Tess sait bien quand même que sous des airs de rien, sa chair pourtant est chair.

Tess est tant sur le fil que quand un mâle se pointe, elle se lui veut donner tous ses rêves et ses peaux que jamais on ne touche tant l’horizon est loin de ce qu’elle a rêvé qu’un Achille a promis.

Elle se veut tant donneuse qu’à force de mouiller, elle assèche le mâle tant elle se fait vouleuse…

Mais Tess se trompe toujours, et comme une éléphante, elle s’en va vite mourir sur un vit trop pressé qui ne voit pas le trou sur son gilet de laine qu’elle lui a comme un string trop voulu lui cacher.

Et l’amour se tire et chaque fois Tess pleure. Mais elle s’assèche vite et Tess se dit encore qu’il faudrait qu’elle soit folle pour qu’enfin il l’a veuille.

Cécile Delalandre

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Seule sur le sofa, je me laisse sombrer.
Le halo de la ville se fait caressant.
Là-bas, bien plus loin, on entend une sirène.
Les outils de l’artiste près de moi s’endorment.

De blanches ombres m’entourent
Protectrices,
Inquiétantes aussi.
Certes vous m’accueillez, mais je me sens intruse.
Je vous observe attentive et silencieuse.
Votre beauté me bouleverse,
Vos silhouettes me hantent.
Vous ne me voyez pas ; égoïstes, superbes.
Savez-vous seulement que moi aussi, j’existe ?

Soudain, s’accélère mon cœur
De son si vieux phono, du fond de l’atelier
S’élève une musique, impétueuse mais douce.
Ravel prend possession de l’instant et des lieux.

Quand l’Artiste n’est pas là, la nuit, les sculptures dansent.

Le Boléro nous prend, la ronde peut commencer.
Dieu, que vous êtes belles, si pures et si blanches
Dans cette Farandole au fond de la nuit bleue.
Je m’approche de vous, timidement d’abord
Quand l’une d’entre vous, la plus belle qui soit
Me touche de la main et me prend dans ses bras.

Elle m’entraîne avec elle tout au creux du mystère.
Au fond de la passion, dans le ventre du monde.

Ensemble nous tournons, maintenant réunies.
Votre blancheur de pierre ma chemise de nuit
Derviche en négatif étourdie de bonheur.

Enfin la Musique prend possession de nous.

Doucement vos veines de marbre se gonflent.
Vos regards, étrangement, s’emparent alors
De mes rêves les plus fous.

La poussière de pierre en volutes s’élève
Un lampadaire projette sur nous sa lumière
Accentuant ainsi vos allures de fantômes.

Je caresse des yeux une Mère à l’Enfant
Je m’y retrouve un peu, et te vois petit homme
Tu es là mon Juluan dans ce sourire si doux
Enfin grâce à la pierre, près de moi pour toujours.

Un couple enlacé s’embrasse tout près de moi.
Uni dans un Baiser Renversé, renversant.
Ensemble ils frissonnent de bonheur et d’extase.
Assurément ces deux là ne sont pas de marbre.

Telle l’œil du cyclone, leur étreinte m’aspire
Nous aspire, nous transporte, mais aussi me ravage.
Il n’est rien qui ne puisse jamais les séparer
C’est dans la pierre que leur amour est né
Dans la pierre à jamais il restera gravé.

Cette étreinte me renvoie notre solitude
Nous qui, hélas, ne sommes pas de pierre.
Mon mari, mon aimé, j’aurais tant désiré
Etre ta siamoise, pour ne jamais de toi
Etre un jour séparée.

Au milieu de la ronde se dressent deux mains blanches .
Jointes, suppliantes face à la laideur du monde
Elles sont les chefs d’orchestre de cette Sarabande.

Non loin de là une Vierge me sourit.
Nous échangeons un unique et complice regard.
Toutes deux savons la douleur du sacrifice,
Toutes les deux pleurons notre enfant, notre fils.

Derrière moi, plus loin, Orphée pleure Eurydice.

Mais voici que la musique s’atténue, dissipant avec elle le sommeil de pierre.

Mes amies noctambules reprennent alors la pose.
Compagnes de la nuit, vous êtes aussi mes sœurs
Nous sommes vous et moi les Filles de cet homme
Car à vous comme à moi, il a donné la vie.

Encore bouleversée de bonheur, moi qui sais
Je reviens au grand jour et renais à la vie.
En fermant les yeux, je calme mon cœur qui bat
J’entends alors le chant du burin sur la pierre.

Le Boléro s’est tu … mon père chante Brel.

Christelle

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Assise au bord de la route
le cœur lourd elle attend.
Au commencement de la route
ses yeux espèrent et ne voient pas filer le temps.
Le temps heureux du père qui en partant a pulvérisé son cœur d'enfant
Au bord de la route ainsi passent ses dimanches, ainsi meurt son espérance
Au bord de la route ainsi passe son enfance

Paulette

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Poèmes parvenus après le 21 février 2011

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L’Eau douce (la vie en Bray)

Bien loin de l’île de Corfou
Plus doux que l’andalou sauvage
Sans les rivages des Vanuatu
Ni les danses des Lotophages

Où es-tu, mon pays si sage
Que nul ne le connaît vraiment
A part trois noms et deux villages
A deux pas de Paris, pourtant

Tu sembles las comme un visage
D’ancêtre ayant tant vécu
Collines douces sentes herbues
Aulnes et frênes éperdus
Quand une feuille ride le ru

Là, le lait le miel coulent tant
Qu’on se croirait à Canaan
Mais si le ciel s'y repose
C’est qu’il y pleut, ma foi, souvent

Le Pays de Bray est une mousse
Que l’eau mille fois éclabousse
Mais c’est pour toi, mon pays sage
Que je demeure fille d’eau douce

Clopine Trouillefou

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Ode à l'orage

Évoque sa puissance,chante sa grâce,
Dont la lumière est la robe,
Et la voûte céleste l'espace.
Les nuages de tonnerre naissent,
De ces chariots de rage.

Passe une ombre sur l'esprit,
Comme à midi un nuage.
J'exprimai ma fureur,
Et ma fureur disparut.

D'exquises vapeurs s'échappent,
De ce qui fait vie.
La nuit est froide,
Sombre et remplie d'anges.
Sombre est le chemin sur l'aile de l'orage....

Sarah Brh

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PUISSERGUIER

Des ouvriers espagnols
couchaient avec le baudet en guise de chauffage
Les cuves en béton gardent encore une odeur de vieux vin
et les murs centenaires les marques du pressoir
Même soleil même collines
et cette couleur de miel là-bas sur les vignobles.
En arrachant les vieux papiers des murs
on a libéré des fantômes
qui craquent la nuit
et sous l'ancien linoleum qui recouvrait le sol
on a découvert des journaux
datant de la dernière guerre.
La vieille maison renâcle. On porte atteinte
à son passé à ses charmes à son fané
et elle nous réserve encore bien des tours
des fentes dans les murs
et des cartes postales aux amours indiscrètes.

Denise Miège

(in : Marche de nuit avec parfois une fenêtre au soleil; La Bartavelle, éditeur)

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