Journal des penchants du roseau

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Tag - Cécile Fargue Schouler

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dimanche 4 mars 2012

Les gens difficiles ou je est une autre

Hier soir en rentrant chez moi, j'ai eu deux surprises.

La première n'en est pas vraiment une, c'est parmi des centaines d'autres la réception d'un courrier indésirable appelé spam (cf. Monty Python). Pour une fois, je l'ai lu et ne résiste pas à vous le recopier ici :

« Comment Faire Face aux Gens Difficiles

Vos relations quotidiennes

Ne vous êtes-vous jamais heurté à un patron autoritaire, à des collègues sournois, à un fonctionnaire grincheux, à une belle-mère abusive, à un client hostile, à un mari macho, à un vendeur arrogant, à une épouse geignarde, à des adolescents apathiques, à un voisin jaloux, à un entourage défaitiste... ?

Si vous répondez par la négative, c’est que vous habitez une île déserte !

Combien la vie serait plus facile sans tous ces gens « difficiles » mais ces gens existent et nous les côtoyons tous les jours !

On peut les classer en trois grandes familles : les agressifs (hostiles, blessants, sarcastiques, arrogants, narquois...), les négativistes (plaintifs, geignards, défaitistes, pessimistes...) et les inertes (apathiques, renfermés, muets, laconiques...). Vous en connaissez sûrement plusieurs dans votre entourage.

Ne vous découragez pas ; vous n’êtes plus condamné(e) à être la proie de ces « persécuteurs en tout genre ».

Plusieurs méthodes psychologiques concrètes et largement expérimentées existent pour vous aider à sortir de ces situations délicates : contrôle émotionnel, bouclier intérieur, défense verbale, art de la négociation, humour...

L’auteur, master en sociologie de la communication, vous fait ici partager ses secrets et ses méthodes (avec tests et exercices) pour ne plus vous « laisser marcher sur les pieds » et passer dans le camp de ceux qui parviennent toujours subtilement à leurs fins.

La capacité que vous aurez alors de vous entendre avec ces gens « difficiles » - et de vous en faire des alliés - deviendra vite l’un de vos atouts les plus précieux, tant dans votre profession que dans votre vie privée. »

Bref, c'est un tâcheron masteurisé qui cherche à vendre son bouquin – fort cher d'ailleurs – comme ces charlatans ambulants du far-west. Mais de son texte, attrape-couillon, se dégage une idée forte : l'autre est toujours indésirable sauf si vous le maîtrisez dans vos filets, ceux que vous allez apprendre à mailler serré. C'est une conception commune, je la rejette. Je ne saurais faire de longues phrases pour m'en expliquer, mais voyez-vous, si je lis un texte et qu'il me bouscule, je m'y penche plus. Surtout lorsqu'il frise – comme la corde d'une guitare peut le faire en vibrant sur une frette : lorsqu'il a cette proximité et l'agace.

L'autre, cette proximité ? J'ai ri en cours de semaine. J'avais entre les mains un rapport médical me concernant avec des graphes et tout un tas de mots que je ne saurais comprendre, accompagné de volumes et de pourcentages, mon regard se précipita sur les conclusions qui me semblèrent compréhensibles et me réconfortèrent ; il glissa alors sur l'entête du feuillet : mon nom, mon âge et mon sexe : « femme ». Ah ces cliniciens et leur sens du détail ! Fort de cette découverte, je sais maintenant que je est aussi une autre, foin de ventricules et d'alvéoles.

La deuxième surprise, je l'attendais, avec toujours cette appréhension qu'elle n'arrive pas : je recevais la deuxième édition papier du Souvenir de personne de Cécile Fargue-Schouler, celle publiée par m@n. Le cuir vivant n'est jamais tanné – il faut sacrifier la bête avant – , j'avais une légère fébrilité en ouvrant l'enveloppe et, lorsque j'en ai extrait le livre, m'est revenu en mémoire cet article, non signé, publié confidentiellement il y a 37 ans, qui surgissait soudain dans une revue à fort tirage – toujours non signé (ouf). Je l'avais relu alors, il était différent. Pourtant chaque mot et chaque phrase étaient à leur place. Lorsque ce n'est son regard, c'est la peau de l'autre qui transforme le nôtre.

Le Souvenir de personne - m@n

Je relirai donc ce Souvenir de personne pour vivre cette métamorphose.

°°°

Et de vous, j'ai parfois des nouvelles, je vous en livre ici trois :

Manon Godeau de la librairie Gargan'mots de Betton m'a envoyé ceci :
« Le vendredi 23 mars, nous recevrons Christine Lapostolle. La sortie de son dernier livre Latham, publié chez Flammarion, nous fournit l'occasion de l'inviter en dédicace de 17h à 19h et pour une soirée à 20h30.
Une photo du célèbre aviateur lui inspira ce livre, réflexion et évasion sur les événements relatifs sur la vie de Latham mais aussi sur l'art de voler et sur tout ce que ce mot libère.
Elle est également l'auteur de plusieurs autres romans: Regarder la mer (ed Léo Scheer), Nous arrivons (ed Seuil). »

J'aurai le plaisir d'y revoir Christine.

Michel Gros Dumaine participera au salon du livre d'auteurs charentais le 18 mars 2012 à Magnac sur Touvre avec son Staccato.

« Mein Meisterstück. » Robert Bruce publie son nouveau livre : Un café et l'addition, il le présentera au salon du livre de Dieppe le 12 mai 2012.

« C'était ce moment sans gloire, un peu désespoir, un peu noir, un peu hasard du dimanche soir. A l'heure avancée de l'après-midi, l'arrière quartier se pétrifie dans l'immobilisme dominical. Seuls deux ou trois cafés ouverts sur la place, pauvres isolats humains, expurgent régulièrement d'heure en heure, leur lot quotidien d'ivrognes, jambes en compas, mains indécises contre la clôture, rotant et pestant sans retenue comme des chauffeurs routiers ukrainiens....

  Dehors, le toit poussiéreux du véhicule bleu délavé stationnant depuis des semaines au coin de la rue, futur butin des épavistes, s'était recouvert des empreintes des chats du voisinage, formant ainsi un curieux tableau pointilliste, car les félidés avaient élu à l'unanimité la vieille carrosserie déglinguée, châtellenie du quartier.

  Sur les murs et poteaux de la rue, un prédicateur exalté a collé partout des affichettes portant le message suivant :

  Dieu te cherche !

  Quelqu'un répondit au stylo : Dis-lui que je suis au bistrot ! »

Un café et l'addition, Robert Bruce, 2012.

PS : Vous... n'hésitez pas à vous emparer de cette rubrique, il suffit de me contacter.

vendredi 25 novembre 2011

Un nuage dans la gorge

Elles tombaient sans faire de bruit sur l’émail blanc du lavabo, des petites taches vermeilles éclaboussant à peine. Si on regardait attentivement, on y discernait des formes et des visages, comme dans les nuages les ciels d’été.

Elle se souvint alors avoir été cette petite fille qui, dans les blés coupés, regardait par dessus elle et comptait les dames et les messieurs se faire la course dans les cumulus. Quand elle partait en vacances, à l’époque, elle avait même un cahier qu’elle gardait toujours sur elle et où elle notait, chaque jour, les plus belles formes rencontrées. C’était son trésor, beaucoup plus marrant qu’un herbier. Elle avait sept ou huit ans alors, elle ne le connaissait pas encore et elle avait du temps pour elle, pour les nuages et les trésors. Mais depuis qu’elle lui avait ouvert son ventre et sa tête, elle n’avait plus de place pour le reste. Il avait pris tout l’espace de son ciel et disait maintenant qu’il voulait partir, la laisser avec son grand vide en elle.

Ce soir, devant le lavabo, elle y repensait soudain à son cahier… Elle plissait un peu les yeux pour mieux discerner les dessins rouges sur le blanc… Là, à gauche, n’était-ce pas un soleil ?… Et juste à côté, encore, la silhouette d’un chat, un minou au dos rond… Plus bas, vers le siphon, une tête d’Indien qui faisait son important… Et au-dessus du lavabo, sur le miroir, sa tête à lui.

Elle n’avait jamais vu comme le blanc de ses yeux avait des reflets bleus par endroits. À moins que ce ne soit la lumière du néon, juste face à eux, qui les colore ainsi… Elle l’avait si bien regardé, c’est vrai. Des heures entières à ne voir que lui. Et, même là, elle continuait. Même si son corps se mettait à peser contre elle, à s’avachir sur sa poitrine menue. Elle regardait sa bouche entrouverte, sa grimace presque comique. Cette bouche qui ne lui dirait plus que l’amour était parti… et qu’elle embrasserait bien encore une fois si le rouge n’était pas venu l’éclabousser jusqu’ici. Elle ne voudrait pas qu’il parte fâché.

D’accord, il lui avait assez dit : c’est fini, mais ne pouvaient-ils pas rester bons amis ?

Elle regardait la fourchette fichée dans la gorge de son amant. Le manche brillant sous le néon était planté profondément dans sa chair blanche. Comme une fourchette plantée dans un nuage, un air de grandes et longues vacances qui commencent.

Cécile Fargue Schouler, Instants tannés - textes & autres miniatures.

jeudi 10 novembre 2011

Bulletin n° 35 (ça c'est du titre mon roro !)

Le bulletin est mis à jour, pour les habitués de ce journal, rien de neuf. Il est téléchargeable, ci-dessous, au format pdf, j'en reproduis le contenu dans ce billet (d'ici).

Bulletin n°35 contenant le catalogue des livres disponibles actuellement

les penchants du roseau n° 35

Chers lecteurs,

« Les penchants du roseau », librairie artisanale, vous propose un petit choix de livres fabriqués à l'unité dans son atelier sis au bord de l'étang de Saint-Aubin-du-Cormier en Ille-et-Vilaine. Chaque livre peut bien sûr être commandé directement ou acheté chez votre libraire. Il vous est loisible de le feuilleter dans sa bibliothèque numérique ainsi que dans les feuilles correspondantes du journal des penchants du roseau ou, plus charnellement, dans votre bibliothèque préférée, si vous en demandez l'acquisition.

« Les penchants du roseau » prend le plus grand soin dans le choix des textes qu’il publie ; se défiant des genres, l’accent est mis sur la singularité, le ton et la profondeur de l’écriture de leur auteur.

Christian Domec, apprenti libraire.

Christian Domec - 9, rue du Bourg au Loup - 35140 Saint-Aubin-du-Cormier

http://domec.net
roseau.penchant@orange.fr

Au catalogue en novembre 2011

Cécile Fargue Schouler
Instants tannés — Textes & autres miniatures
« Petits penchants » — 10

« (…) Oui, elle voudrait qu’il y ait un cheval pas loin, un cheval qui s’ennuie. Il s’ennuierait et alors, devant son enclos, elle pourrait s’arrêter, l’appeler, le caresser et croire qu’il l’attendait. En le quittant, elle se dirait, au dedans d’elle, que les hommes n’ont décidément rien compris, que ce sont les bêtes qui savent, et ainsi de suite en reprenant son chemin. Elle continuerait de se rabâcher ces choses qu’on dit pour avoir moins froid, pour croire que toute cette solitude c’est un choix. Même que ça lui ferait du bien ces petits mensonges, parce que ce ne sont jamais les gros arbres qui font les radeaux de fortune, mais les petites branches qu’on accumule. (...) »
2011 — ISBN : 978-2-916965-14-7 — 48 p. — 5,00 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Dangereuse expédition
« Petits penchants » — 9

« — Un bébé pas maturé, c’est un bébé qui vient au monde avant le moment normal. Quand on l’attend pas, quoi… Et en plus, il est tellement fragile qu’il risque de mourir au dernier moment !
Serg plissait le front, comme pendant les dictées difficiles à l’école.
— Ils m’attendaient pas, papa et maman ?
— Ben non... »
2011 — ISBN : 978-2-916965-13-0 — 56 p. — 5,00 €

Padrig Moazon
Mémoires du cargo
« Petits penchants » — 8

« (…) Les vagues soulevées par le moteur viennent lécher les cicatrices de la mangrove, tatouée de tentacules. Mélancolie des albatros attendant que le soleil sèche les plumes de leurs ailes déployées.

Le delta neutralise le fleuve, lui impose l’immobilité.
Les pêcheurs ont pris le parti de ne pas provoquer l’horizon.

Un vol de pélicans pour justifier le ciel. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-12-3 — 52 p. — 5 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Retours difficiles
« Petits penchants » — 7

« Tout était si difficile en grandissant avec les sentiments. Ils s’accrochaient aux basques du petit môme d’autrefois que vous n’étiez plus et refusaient de vous quitter, ainsi il vous fallait apprendre à leur mener la vie dure, les obliger à lâcher prise. Vous vous sentiez parfois malheureux de cette dureté qui s’installait peu à peu en vous bien sûr, mais elle était nécessaire : comment grandir autrement ? »
2011 — ISBN : 978-2-916965-11-6 — 48 p. — 4,50 €

Quinze poètes
Infinis paysages
« Petits penchants » — 6

Yasmina Teterel, Matin vert.
Stanislas Fleury, Croquis marins & Croquis urbains.
Nourit Masson-Sékiné, Le Jour me lève.
Cécile Delalandre, Les paumés & Tess.
Dzovinar, Compagnon d’un moment.
Marie-Agnès Michel, Les Indiens.
Simon Camier, D’un qui dérivait.
Christelle Anjou, Farandole.
Luna Barbare, Le Crapaud, ma chère.
Robert Bruce, Mon frère.
Fanie Vincent, Là-bas.
Christine Leininger, J’entends mendier les bruits des secondes.
Patrick Aspe, Petites phrases
Véra Stépanowa, Flâneries.
Annie David, Né en Maurienne.

« D'infinis paysages, thème du Printemps des poètes 2011, fut l'occasion pour les penchants du roseau de lancer un appel à poèmes début février. Grande fut notre surprise de découvrir l'engouement qu’il suscita. Pendant plus d’un mois, plusieurs centaines de personnes venaient chaque jour déposer, lire, recopier, commenter des poèmes, ceux de leurs infinis paysages ; certains oubliés dans le fond d'un tiroir ou déjà en recueil, d’autres écrits pour l’occasion. Plaisir de découvrir que leurs paysages déchiraient les décors habituels pour y retisser de l’intime, du profond, de la nostalgie, du malicieux. Ce recueil présente ceux que nous avons choisis : quinze poètes et leurs infinis paysages. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-10-9— 52 p. — 5 €

Christine Lapostolle
Descriptions — Jean-Yves, chevrier – Éric, potier
« Petits penchants » — 5

« J’ai parfois du mal à dire que je suis potier, je ne veux pas dire céramiste parce que je trouve que c’est prétentieux. Donc voilà, c’est un métier, enfin, c’est mon métier. »
« C’est nous qui avons décidé d’élever des chèvres, de venir ici. On n’a pas hérité d’une exploitation. Tout est notre choix. Je suis tout à fait d’accord avec ce que je fais. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-09-3 — 52 p. — 4,50 €

Jean Giono
L’Homme qui plantait des arbres
« Petits penchants » — 4

« C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui. Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau – excellente – d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-08-6 — 24 p. — 2,50 €

Yasmina Teterel
Peaux de papier
« Petits penchants » — 3

« L’essai se meurt
De ma main fébrile
Je ne suis qu’un brouillon
Voyez ! Je m’efface

Je … »
2010 — ISBN : 978-2-916965-07-9 — 36 p. — 4 €

Cécile Delalandre
Un jour de grosse lune
« Petits penchants » — 2

« Quand les côtes de Tanger se sont mises à blanchir, il s’est tu. Moi j’étais groggy, à terre, par tout ce qu’il venait de me révéler.
Il a tenté de me consoler en me disant qu’il avait eu le temps de voir les mûres rougir, d’écouter la chouette chevêche, de caresser l’aubépine, de souffler sur les séneçons, d’humer les tanaisies, de délainer des chèvres maltaises... qu’il allait bientôt aspirer un autre air et qu’il avait moins peur du crochet des serpents que celui du big brother ! »
2010 — ISBN : 978-2-916965-06-2 — 52 p. — 4,50 €

Robert Bruce
Bankster
« Petits penchants » — 1

« À première vue, notre homme n’a ni l’entregent d’un Stavisky, ni la révolte d’un Mandrin, encore moins la farouche combativité de Villon, la canaillerie d’un Cartouche, d’un Guilleri ou tous ces autres légendaires malandrins des grands chemins de France. Non, ce personnage ne leur ressemble pas, il est d’une espèce différente, de celle qui, secrètement, méthodiquement, solitairement, dans une sorte de jouissance intellectuelle intérieure inouïe monte une seule mais spectaculaire carambouille, puis son forfait accompli, tire sa révérence et disparaît définitivement de la scène. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-05-5 — 32 p. — 3,50 €

Cécile Fargue
Le Souvenir de personne

« ce sont les mots de Sébastien, jeune garçon de 14 ans qui vit ses derniers instants. Une vie d’errance, à la marge de ce qui est bien, de ce qu’on regarde, et dont Cécile Fargue se souvient pour nous. Mais, Le Souvenir de personne n’est pas un témoignage de la misère, c’est une mémoire qui s’ouvre comme une prière, un cri contre l’indifférence. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-04-8 — 120 p. — 13 €

Paul de Musset, Jean Domec
La Chèvre jaune & Balade caprine à travers la littérature
« Côte à cote » — 0

« On fait, en Sicile, une grande consommation de lait de chèvre. Tous les matins, quantité de troupeaux descendent des montagnes et parcourent les villes en distribuant le lait de maison en maison. Le dormeur, réveillé par le son joyeux des clochettes, ouvre sa fenêtre et s’amuse à regarder ces escadrons de nourrices qui apportent dans leurs mamelles le remède des poitrines malades et le déjeuner des enfants sevrés. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-03-1 — 160 p. — 13 €

Jean-François Joubert
Bleu Terre, balade poétique & insulaire

« Une récréation d’un monde commence-t-elle par une comptine ? Jean-François Joubert le suggère en amorce de Bleu Terre, balade poétique. Son verbe, doux et sensible, sera ses conversations avec les êtres qui, entre estran et abysses, peuplent les redoutables récifs où se fracassent les coques égarées, les lames écumantes, sous le regard distrait de l’astre de nuit. Les toiles de Georges Briot sont, dans leur reproduction, sa respiration picturale. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-02-4 — 112 p. — 13 €

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Christian Domec
9 rue du Bourg au Loup
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samedi 5 novembre 2011

Une malle-poste d'Instants tannés

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Ce matin, deux poignées d'Instants tannés sont parties rejoindre Cécile Fargue Schouler, leur auteur, par la malle-poste.

La date de parution sera bien celle prévue : le 8 novembre 2012, un an, jour pour jour, après celle du Souvenir de personne.

Les personnes curieuses et pressées peuvent déjà feuilleter en ligne ces Textes & autres miniatures et ceci avant même leur publication officielle.

Ah oui, pour ceux qui aiment les livres : l'enveloppe, un petit penchant, est composée d'un corps en papier dit velin et une couverture très souple en papier dit vergé, le tout protégé par une pochette de papier cristal : c'est un livre.

jeudi 27 octobre 2011

Treize textes & autres miniatures - Cécile Fargue Schouler

Instants tannés, textes & autres miniatures de Cécile Fargue Schouler sera publié le mardi 8 novembre 2011.

(voir nouveautés éditeurs de la Bibliothèque nationale de France)

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« Ça lui est arrivé comme ça, d’un coup, la petite cuillère en l’air, alors qu’elle essayait consciencieusement de faire glisser la peau qui s’était formée sur le dessus de sa semoule au lait. Une fine pellicule blanche, un peu translucide, qu’elle tentait de scalper en un seul et fragile morceau. Et voilà que ça lui est tombé dessus, sans prévenir : la peur de l’absurde et du vide. »

in Une seconde contre le vide

« Il regardait ses pieds avancer, les kilomètres qu’ils devaient avaler chaque jour pour rien, ou pas grand-chose, et ça finissait par ressembler à une danse. À un corps à corps, un durillon fier et debout sur la plante du monde. »

in Les Mocassins de cuir

« Ce soir, devant le lavabo, elle y repensait soudain à son cahier… Elle plissait un peu les yeux pour mieux discerner les dessins rouges sur le blanc… Là, à gauche, n’était-ce pas un soleil ?… Et juste à côté, encore, la silhouette d’un chat, un minou au dos rond… Plus bas, vers le siphon, une tête d’Indien qui faisait son important… Et au-dessus du lavabo, sur le miroir, sa tête à lui. »

in Un nuage dans la gorge

« Il n’aimait donc pas ce gris étroit, mais curieusement, assis sur sa banquette, dans sa rame de métro, à glisser sur les flancs de ce long boyau, il se sentait bien, il se sentait vivant. Ça passait par ses pieds, ses fesses, sa tempe collée à la vitre, c’était les trépidations de fer qui résonnaient dans son corps et qui le remplissaient tout entier. »

in Station intime

« En le quittant, elle se dirait, au dedans d’elle, que les hommes n’ont décidément rien compris, que ce sont les bêtes qui savent, et ainsi de suite en reprenant son chemin. Elle continuerait de se rabâcher ces choses qu’on dit pour avoir moins froid, pour croire que toute cette solitude c’est un choix. Même que ça lui ferait du bien ces petits mensonges, parce que ce ne sont jamais les gros arbres qui font les radeaux de fortune, mais les petites branches qu’on accumule. »

in Le Sentier

« Quand il le pouvait, il aimait à le choisir auréolé d’une trace grasse et brillante de rouge à lèvres, le rose tendre étant son préféré. Une trace comme un baiser posthume, une rencontre à rebours sur le coin du gobelet. »

in Les Fonds de café

« Elle pense aux nuits passées les yeux grands ouverts. Les siennes, celles des autres, ceux qui restent enfermés dehors. Les yeux grands ouverts car dans les chambres de plein air l’obscurité n’est jamais familière. »

in Minuit et des amnésies

« Le monde ne lui parlait plus et il ne parlait plus au monde. Il fallait en arriver à cette conclusion : sa voix s’était perdue. Ce n’était pas rien que cette chose-là. C’était le début d’un quelque chose qui sentait la fin. »

in Voix sans issue

« Certains fuient, d’autres cherchent, la plupart se contentent de relier des points déjà tracés, mais tous aiment ça, être en mouvement, ça leur donne le sentiment d’être vivant. »

in Des rails

« Pour couper, trancher, gratter et nettoyer, il se servait de son couteau, un cadeau oublié de son naufrage. La lame, elle, il la réservait à d’autres fins, à un drame autrement plus noble que la découpe sauvage d’un saucisson pur porc. »

in Lame de fond

« Son corps contre la voiture n’a pas fait plus de bruit qu’une feuille de papier qui se déplie. La tête un peu renversée sur le capot, elle a vu ses deux yeux ouverts. Des yeux très verts et des cils longs et noirs. Des cils comme des sutures qui auraient lâché pour laisser place à la brûlure. De ses paupières éventrées sortait un cri. »

in Les Petits Bateaux de papier

« Ça semble fou, mais ça n’en est pas moins vrai. Il frôlait à peine le sol, coulant plus qu’avançant lui semblait-il. Comme les algues prises entre deux eaux et qui, par un effet d’optique, paraissent se déplacer dans leur immobilité. »

in Les Passants

« Souvenez-vous de cet air qui souffle aux narines quand vous soulevez le couvercle. C’est un parfum piquant et vif, un fruit hybride né des amours improbables d’une épluchure de banane avec un carton d’emballage, d’un filtre à café et d’une croûte de fromage… peu importe les couples de toute façon, le parfum ne s’évente et ne tourne curieusement jamais. »

in La Madeleine des poubelles

Cécile Fargue Schouler

extraits d'Instants tannés, petits penchants n° 10, à paraître en novembre 2011.