[À la demande générale & bien particulière, de Véra, sa ribambelle, Serpentin coloré, Mireille Ladousseurt, Julie Lateigne, Lioubov Dormeur, Jacques Desavoie, Anatole, Simon, 24, Swinka, Fanchon, Pomponette, Anatole goguenard ou non, Dourak Dourakine, Armelle, =^:^= et, pardon à ceux que j'oublie, Chipie, j'ouvre une salle bistro portant ce dernier nom. Comme je ne veux pas dénaturer l'exposition des poèmes d'Infinis paysages, j'antidate ce billet à la veille du 6 mars et l'inaugure par un extrait de Madame Pantalon de Paul de Kock]

Madame Étoilé s'arrête, de bruyants éclats de rire interrompent sa lecture : c'est madame Grassouillet qui a donné le signal de cet accès de gaieté. La dixième muse pose son manuscrit et lance à la jolie Amandine un regard qui n'est pas doux, en lui disant :

— Puis-je savoir, madame, ce qui provoque cette gaieté, au moins intempestive, à laquelle vous vous livrez ?
— Mon Dieu ! madame, ce sont vos citrons... Franchement, ils reviennent si souvent dans votre article que cela m'agaçait... J'aurais pu en avoir une attaque de nerfs, mais j'ai préféré en rire...
— En effet, madame, je comprends que vous soyez agacée quand vous entendez lire des choses sensées, des choses sérieuses, des choses qui ont le sens commun, enfin !... moi, je n'ai pas ri à la lecture de votre article sur les petits chapeaux que vous voulez fourrer dans les corsets, mais cela m'a fait pitié !...
— Madame, je suis bien désolée que mon article vous ait fait pitié !... cependant, plus que toute autre, vous devriez être enchantée d'avoir quelque chose à mettre dans votre corset !...
— Madame, vous êtes une impertinente !...
— C'est vous, madame, qui m'insultez en me disant que je n'entends rien à ce qui a le sens commun !...
— Oui, madame, et je le répète, vous n'êtes bonne qu'à parler chiffons !...
— Cela vaut encore mieux que d'ennuyer tout le monde avec des phrases à prétention, avec du pathos enfin !...
— Du pathos!... du pathos !... c'en est trop! vous me rendrez raison du cette injure...
— Vous m'ennuyez!... vous êtes assommante...
— Mesdames !... mesdames !... calmez-vous...
— Non, non, cela ne se passera pas ainsi... Je veux une réparation !
— Le fait est que vous avez grand besoin d'être réparée...
— Taisez-vous, chipie !...
— Vous n'êtes pas une chipie, vous ; mais vous êtes une pie, ce qui est bien pis !...
— Ah ! quelle horreur !... Vous m'en rendrez raison... Madame Pantalon se lève et va se placer entre les deux antagonistes, qui commençaient à se regarder de trop près, et leur dit d'un ton sévère :

— Point d'injures, mesdames, ce n'est pas de cette façon que des personnes bien nées, que des femmes courageuses doivent vider une querelle. Puisque nous tenons à montrer que nous valons bien les hommes, prouvons-le eu nous battant en duel comme eux. Paolina, Amandine, choisissez chacune vos témoins, ils s'entendront entre eux sur les conditions du combat et le choix des armes, et demain matin, à huit heures, on se rencontrera dans le petit bois qui fait suite au jardin. J'ai dit ! la séance est levée.