
Descriptions, Jean-Yves, chevrier - Éric,
potier, Christine Lapostolle.
« Résistance
Tant qu’on peut, résister aux formes, aux modèles de vie en kit,
c’est-à-dire à tout ce qu’on nous propose de préfabriqué pour faire rentrer nos
comportements et les caser quelque part.
Je crois que… moi, ce à quoi il me semble vraiment important de résister
c’est… tous les experts en humain, ceux qui vous disent que si on est
malheureux c’est parce qu’on voulait coucher avec son papa et qu’on a voulu
tuer sa mère, que si l’on ne peut pas faire ce qu’on désire, c’est en raison de
la malchance sociale qu’on a eue, que si on veut être écrivain il faut faire un
livre tous les deux ans… Enfin, le monde est plein de mots d’ordre qui nous
disent : si vous voulez ceci, faites comme ça. Résister à ça au nom de son
individualité, du chemin singulier qu’on a à trouver chacun, ça me semble
possible et important.
Résister ce serait croire à sa singularité, au fait que dans le grand
ensemble humain, eh bien ! on est une petite note qui n’est pas exactement
pareille… qui est singulière. Et que cette singularité il faut la mener envers
et contre tout en acceptant qu’il n’y ait pas d’explications, en n’ayant pas
peur, en se laissant conduire par des choses qui viennent de l’intérieur.
Ce n’est pas forcément facile.
Une des figures de résistance que j’aime, c’est la Princesse de Clèves.
Au XVIIe siècle, Madame de Lafayette, une femme écrivain, c’est rare à
l’époque, invente le personnage de la Princesse de Clèves dans un court roman.
Et la Princesse de Clèves va être aux prises avec un très puissant et
magnifique amour pour Monsieur de Nemours auquel elle ne va pas s’abandonner,
c’est ça l’histoire.
Ce que nous montre le roman, c’est dans quel carcan d’autorité tout cela a
lieu : il y a l’autorité de la morale, de la famille, de la cour, de la
religion, du mariage, enfin tout est extrêmement cadré et raide. Toute la
subtilité du roman est de nous montrer que ce n’est pas par obéissance à ces
puissances-là que la princesse de Clèves choisit de résister à son amour, mais
que c’est au nom de quelque chose de beaucoup plus subtil qui est son être, son
intériorité qui est sans doute faite de toutes ces données-là, mais aussi de
choses plus mystérieuses, c’est sa délicatesse à elle. La résistance qu’elle
oppose à l’accomplissement de son amour se fait au nom de cette singularité, de
cette adhésion à ce qu’il y a de plus incompréhensible pour elle-même, en
elle.
Retranscrit du Dialogue avec Christine Lapostolle de Karine Lebrun
in Duo pour 13 mots et un paysage, http://www.13mots.com/ »
in Descriptions, Jean-Yves, chevrier - Éric,
potier, Christine Lapostolle.
PS : Regarder la mer
Un roman-concert de Karine Lebrun & Sacha Gattino
d'après le livre Regarder la mer de Christine Lapostolle.
Le détail
de la soirée du 7 avril
Le
lien vers l'installation permanente
C'est à l'ESPACE KHIASMA, 15 rue Chassagnolle 93260 Les Lilas - 01 43 60 69
72
le jeudi 7 avril à 20h30, entrée libre.