Journal des penchants du roseau

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 24 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards XVI

Par ceste bande estoit donné le dizain, duquel en certains lieux estoit faite lecture avec une ballade, ainsi que devant est dit, dont la teneur ensuit :

Pour subvenir aux affaires urgens
De nostre abbé, sans matière lassive,
Et resjouir nos marquis et regens
Luy avons fait ce jourd’huy la laissive.

Dizain.

Religion assemble les drappeaux,
L’Eglise eschange, et Foy et Verité
Y teurdent fort ; Simonie en fardeaux
Le linge baille, et dame Pauvreté
Le linge estend ; puis, par Activité,
Ambition assiet, et Avarice
Le feu allume ; en tout plie Justice ;
Faveur, Richesse y lavent par esbat ;
Hipocrisie, a de verser, l’office ;
Folle Amour seiche, et Noblesse après bat.

Ballade où par ordre est escrit
Ce qu’entend le dizain subscript.

Religion assemble en un grand sac
Force drappeaux soubs sainte Vérité,
Et pour emplir de bribes son bissac,
Blasme Avarice et presche Charité.
L’Eglise eschange, en grand authorité,
Linge sacré, et le portent par faits
Petits asnons et grands asnes parfaits.
Verité teurd, et Foy par chemins droits,
Tant qu’on les blasme en France et Normendie,
Et de tels gens se sert en maints endroits,
Le pere abbé et dame Conardie.

Ambition assiet dedans le bac,
Montée en haut par curiosité ;
Lors Simonie et d’abhoc et d’abhac
Le linge baille soubs grande falsité.
Puis Avarice, en champs, ville et cité,
Le feu allume avec soufflets infets ;
Hipocrisie en vaisseaux putrefaits
Verse et reverse, et tousjours fait la croix,
A celle fin que bonne on la die,
Pour demonstrer quell’ sert du bout des doits
Le pere abbé et dame Conardie.

Richesse lave, et Faveur en un lac
Prenans plaisir en toute volupté,
Avec leurs chiens suivent la beste au trac,
Et tout leur train selon leur volonté.
Noblesse y bat en pompe et gravité,
Et Pauvreté, honteuse en dits et faits,
Tousjours estend, dont tels sont les effets
Que grief travail luy tout parolle et voix ;
Faute d’argent luy contraint qu’ell’ mendie.
Voila comment se sert en maints endroits
Le pere abbé et dame Conardie.

Envoy.

Conards aimants les amoureux tournois,
Folle Amour seiche ainsi que font les noix ;
Aprés, Justice au besoing souvent plie,
Et le tout serre en vieil coffre de bois
Le pere abbé et dame Conardie.

précédent - suivant

in Les Conards de Rouen, 2009.

jeudi 21 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards XII

Ceste bende estoit suivie par un chariot carré garny et revestu de noir, tiré par trois chevaux d’une mesme pareure, couvers de larmes blanches, sur lequel chariot estoit assis un personnage nommé Espoir, et tenoit en sa main une espoire ou sphere d’or, et estoit vestu de satin blanc et vert, ayant une masque riante et joyeuse, lequel personnage bailloit en chacun carefour de la ville le dizain qui ensuit :

Dizain.

Oüez, oüez, oüez, oüez,
Et vous taisez si vous pouvez.
Tant print d’ennuy de se voir asservie,
Celle qui fut n’agueres libre et forte
Et qui donnoit aux pauvres gens la vie,
Que de ce mal tost aprés en est morte.
L’abbé Conard et toute sa cohorte
Luy fait honneur trop plus que profitable.
A deplorer perte si lamentable
Que ferez-vous ? Priez tant les hauts dieux
Qu’espoir riant, aux jeunes, favorable,
Face revoir ce qu’on oste a vos yeux.

Quatre personnages principaux, officiers de la maison de Marchandise, portants leurs honneurs, costoyoient ce chariot : l’un nommé la Terre, l’autre l’Eauë, l’autre le Feu, l’autre l’Air. La Terre portoit une enseigne où estoit paint l’Air ; l’Air portoit en son enseigne la Terre ; l’Eauë portoit en son enseigne le Feu ; le Feu portoit en son enseigne une mer, le tout paint sembla­blement. Lesdits personnages, vestus de dueil comme dessus, et leurs chevaux de mesme pareure.

Aprés lesdits officiers estoit un autre chariot, d’une invention gentille, tiré par six chevaux accoustrez comme dessus sur lequel estoit un nombre de jeunes enfans, lesquels suivoyent ledit Espoir pour le bon visage qu’il leur portoit, ayans chacun une verge ou houssine en leur main, où estoyent attachée une table d’attente et vertus de dueil couvert de larmes blanches, comme il est dit.

précédent - suivant

in Les Conards de Rouen, 2009.