Journal des penchants du roseau

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Tag - Gaëtan Lecoq

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lundi 14 mai 2018

Dimanche 3 juin, Gaëtan Lecoq, écrivain, à Saint-Aubin-du-Cormier

53e rencontre autour du livre, à fleur de zinc

Gaëtan Lecoq — auteur du roman « Le Rire de Xavier Grall » — au Bar d'à côté

Dimanche 3 juin de 10h à 12h30

Le Bar d'à Côté – 33 rue porte carrée 35140 Saint-Aubin-du-Cormier vous propose de rencontrer l'écrivain Gaëtan Lecoq qui vient de publier en 2018, aux éditions La Part Commune, un magnifique roman : « Le Rire de Xavier Grall ».

Gaëtan Lecoq avait participé aux 2e Lectures buissonnières organisées par la médiathèque de Saint-Aubin-du-Cormier en 2014, il présentait alors son précédent roman « Les Pieds nus de Zadkine », éd. La Part Commune, 2012.

Amoureux et curieux des livres, venez nombreux !

► renseignements auprès de Christian Domec - christian.domec@wanadoo.fr

L'affichette

Le livre au bar d'à côté, 3 juin 2018

°°°

Rencontres autour du livre, à fleur de zinc

Cinquième saison 2017/2018

Comme pour les saisons précédentes (2013/2017), ces rencontres ont lieu chaque premier dimanche matin du mois de 10 h à 12 h 30 avec comme invité une ou plusieurs personnes ayant un lien fort avec le livre (auteur, poète, conteur, éditeur, librairie, illustrateur, relieur, photographe, etc.) dans le cadre chaleureux et détendu du bar associatif. Une manière plaisante de lever le voile sur les sources de l'écriture, les coulisses de l'édition et d'en débattre tranquillement.

Lors de ces rencontres nous sommes aussi attentifs aux animations proposées par la de Saint-Aubin-du-Cormier : en faire l'écho est un minimum ; créer des passerelles, un souhait.

À dimanche matin donc !

mardi 6 août 2013

Les Pieds nus de Zadkine de Gaëtan Lecoq

« Blessings on thee, little man,
Barefoot boy, with cheek of tan !
With thy turned-up pantaloons,
And thy merry whistled tunes ;
With thy red lip, redder still
Kissed by strawberries on the hill ;
With the sunshine on thy face,
Through thy torn brim’s jaunty grace ;
From my heart I give thee joy,—
I was once a barefoot boy ! (...) »

John Greenleaf Whittier in The Barefoot Boy, 1855 (1).

Si comme Bardamu, tu peux t'écrier, « Moi, d'abord, la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ces chemins qui ne vont nulle part. », passe ton chemin mon ami. Ou plutôt non. Ne le singe pas. Il fut embarqué dans une « croisade apocalyptique », celle dont on te rebattra les oreilles – cris perçants – l’année qui vient. Toi non, pas pour l’instant. Du moins, je l’espère.

Les gens sont là. Mieux, des personnes. Et tu entendras la plainte vive des brindilles se brisant sous tes pas. Les chemins mènent toujours à des rencontres, celle de « ce géant distingué » qui a relevé le bas de son pantalon et marche pieds nus dans la forêt. Mais aussi celle de Pinson. Qui sifflote ses joies comme des plaintes aux abords du Pech Nègre. Avant de se taire pour observer les cerfs, les « croquer sur (ses) cahiers leurs bois dressés, la silhouette des biches et la démarche hésitante des faons collés aux flancs de leur mère. » Ça sent l’humus et ton pas moins vif aux caresses de la mousse sursautera lorsqu’il rencontrera, par mégarde, l’épine-vinette. La sensualité du monde n’évite pas sa rudesse. Et si tu es sourd souvent à ce que les bois, leurs arbrisseaux et fourrés, peuvent chanter, n’est-ce pas par crainte que leurs mélodies puissent être tragiques. Comme le bouc et son chant. Celui, drapé de nos manquements, que l’on refoule vers le désert.

Les pieds nus de Zadkine, c’est cette rencontre entre Ossip et Pinson, jeune garçon vivant juste à côté du monde en 1934. Elle est prétexte à la découverte d’un sculpteur abîmé, lui aussi, par cette sale guerre aux tranchées profondes. Mais, contrairement à Bardamu, il saura goûter les chemins du Quercy, de ses forêts, parce qu’il les sait enchantés. Lorsque l’orage zèbre le ciel, et arrache de sa foudre l’arbre centenaire, « Zadkine se met à chanter. Déjà, il te raconte ce que la nature a sculpté sur ce grand fût, et ce que lui, l’artiste, va révéler du travail de la nature. Là, tu vois ? Il te décrit un homme et une femme assis, serrés l’un contre l’autre, la main de l’homme sur l’épaule de la femme, et sa tête à elle sur son épaule à lui : couple enlacé, couple aimant. Il mime toutes les attitudes du couple avec une frénésie de comédien que tu ne lui connaissais pas. Ses yeux roulent, une fine sueur perle à son front. Toi, tu ne vois sur le sol qu’une souche épuisée, arrachée à la terre, un tronc mort, effondré. Il te détaille le tissu drapé sur les genoux du couple, la sphère dans leurs mains, le livre ouvert, le compas, une équerre. Il te parle d’astronomie, des étoiles, de la muse Uranie. Du doigt, il t’indique les nervures du tronc où il taillera des fragments de construction : une arche, un chapiteau et puis, là et là, les rouleaux des prophètes. Tu l’écoutes, amusé de sa verve et surpris d’une vision si complète d’une œuvre qui n’existe même pas. Tu ne comprends pas tout (...) »

Trois décennies plus tard, si c’est la ville qui les réunit, ce n’est jamais bien loin d’un bois – jardin domestique – : « Dans un coin du Luxembourg, au milieu des fleurs, Le poète, grand bronze déchiqueté, m’accueille avec son arbre naissant dans la cuisse, mi-homme, mi-animal, le torse ouvert à la place du cœur, cœur éclaté de l’amour, cœur explosé par la guerre, et les mots d’Éluard gravés sur tout le corps, le poème Liberté...  »

Les pieds nus de Zadkine est une de mes plus belles rencontres avec un texte lu — dense, dru, sensuel, haletant, enchanteur — cette année. Il fut publié en 2012 par La part commune au catalogue si riche et singulier.

Les pieds nus de Zadkine, ces rencontres et le silence de Valentine...

Merci Gaëtan Lecoq.

Femme de Valentine Prax

(Femme de Valentine Prax)

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(1) La traduction de ce passage du poème de Whittier est présente dans Tigre, tigre ! de Margaux Fragoso, la voici :

« Je te rends grâce, petit bonhomme
Toi garçon aux pieds nus avec les joues dorées !
Avec tes pantalons retroussés
Et ces chansons que tu fredonnes ;
De tes lèvres rouges, rendues plus rouges encore
Par les fraises des bois que tu cueilles à foison
Avec le soleil sur ton front
Et ton chapeau tout déglingué
De tout mon cœur je te salue bonhomme
Car j'ai été un garçon aux pieds nus ! »