Le Crapaud, ma chère
Le crapaud, ma chère, est une espèce peu recommandable, croyez moi
Vous avancez par là, sur ce chemin de campagne aux abords fleuris
Vous, ma chère, vous dans votre robe légère, nymphe, et jolie
Il est là, tapi sous les nénuphars, n'attendant que sa proie.
Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il vous sent venir de
loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Vous. En attendant il fume un
joint.
Vous avancez là, avec vos envies vos doutes, sans refaire la chanson
C'est vrai que vous êtes belle avec vos sentiments neufs et vos atouts
Il sort de sa cachette, voilà qu'en deux bonds il est devant vous
Le crapaud vous tient à peu près ce langage,
Un peu drôle un peu fou
Il s'emballe il s'engage
Il s'en fout
Vous riez
C'est l'essentiel
Il sait qu'il a réussi sa mission.
Ma belle ma belle (oui il répète pour s'assurer, comme on se racle la
gorge)
Vous êtes la plus belle (vous ne tiquez pas, c'est tellement agréable et
rare)
Je voudrais tant vous montrer, ils sont de toute beauté, mes nénuphars
Le bougre travaille ses rimes, et vous voilà belle comme un rouge-gorge.
Regardez-vous bon sang, il est là tout laid et tout petit, vous baissez les
yeux
Votre naïveté vous enlève toute conscience de vos envies profondes
Qu'espérez-vous ? Un autre conte de fées ? Au fond de vous je
gronde
Courrez, partez, ma chère, sauvez-vous avant de casser tous vos œufs.
Trop tard je sais. Au premier baiser le voilà beau grand fort jeune
dynamique
Il vous fait tourner la tête et le reste, vous embrouille de ses larmes de
prince
Triste of course le prince. Comment ça me gave ça. Ma chère je vous pince
N'y croyez pas une seconde, rappelez-vous il a faim, mais pas de panique.
Si vous gardiez la tête sur vos épaules, si vous l'écoutiez tout de
suite
Au lieu de regarder au loin, au lieu de n'écouter que vos rêves
Vous le verriez crapaud sous des atours de prince sans sève
Vous le verriez crapaud ... ahhhhhh, nooooon, voilà qu'il vous
incite !
Le tourbillon du sexe, des mots et même des attentions charmantes
Le tout sous les nénuphars, vous êtes totale comblée
Le retour à casa est violentissime je vous trouve hébétée
Il vous manque tout le temps, vous lui manquez à minuit tapantes.
Alors il sort son ultime grand jeu de crapaud mal léché
Des larmes et des grands mots, vous êtes, très chère, en aviez-vous douté
La femme de sa vie ! De mails en courriers, les nénuphars sont
équipés,
Il vous embarque toujours plus loin, dans l'ordre suivant : coulée,
touchée.
Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
Vous voilà d'un coup mère et amante et tenue au secret
Enfant parfois dans vos colères qu'il ne sait apaiser
Alors qu'il en est l'auteur, le bougre, il est l'auteur de toutes.
Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
vous voilà en larmes il s'en sert de parapluie
vous voilà en armes il s'en sert de paravent
vous voilà triste il s'en sert de distance
vous voilà amoureuse il s'en sert de vitamine
vous voilà prête il ne l'a jamais été.
Prout.
Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il la sent venir de
loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Elle. En attendant il fume un
joint.
Qu'espériez-vous ? Un autre conte de fées ?
Luna Barbare
http://www.luna-barbare.book.fr/
À paraître : Infinis
paysages.