Journal des penchants du roseau

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Tag - Instants tannés

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samedi 5 novembre 2011

Une malle-poste d'Instants tannés

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Ce matin, deux poignées d'Instants tannés sont parties rejoindre Cécile Fargue Schouler, leur auteur, par la malle-poste.

La date de parution sera bien celle prévue : le 8 novembre 2012, un an, jour pour jour, après celle du Souvenir de personne.

Les personnes curieuses et pressées peuvent déjà feuilleter en ligne ces Textes & autres miniatures et ceci avant même leur publication officielle.

Ah oui, pour ceux qui aiment les livres : l'enveloppe, un petit penchant, est composée d'un corps en papier dit velin et une couverture très souple en papier dit vergé, le tout protégé par une pochette de papier cristal : c'est un livre.

jeudi 27 octobre 2011

Treize textes & autres miniatures - Cécile Fargue Schouler

Instants tannés, textes & autres miniatures de Cécile Fargue Schouler sera publié le mardi 8 novembre 2011.

(voir nouveautés éditeurs de la Bibliothèque nationale de France)

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« Ça lui est arrivé comme ça, d’un coup, la petite cuillère en l’air, alors qu’elle essayait consciencieusement de faire glisser la peau qui s’était formée sur le dessus de sa semoule au lait. Une fine pellicule blanche, un peu translucide, qu’elle tentait de scalper en un seul et fragile morceau. Et voilà que ça lui est tombé dessus, sans prévenir : la peur de l’absurde et du vide. »

in Une seconde contre le vide

« Il regardait ses pieds avancer, les kilomètres qu’ils devaient avaler chaque jour pour rien, ou pas grand-chose, et ça finissait par ressembler à une danse. À un corps à corps, un durillon fier et debout sur la plante du monde. »

in Les Mocassins de cuir

« Ce soir, devant le lavabo, elle y repensait soudain à son cahier… Elle plissait un peu les yeux pour mieux discerner les dessins rouges sur le blanc… Là, à gauche, n’était-ce pas un soleil ?… Et juste à côté, encore, la silhouette d’un chat, un minou au dos rond… Plus bas, vers le siphon, une tête d’Indien qui faisait son important… Et au-dessus du lavabo, sur le miroir, sa tête à lui. »

in Un nuage dans la gorge

« Il n’aimait donc pas ce gris étroit, mais curieusement, assis sur sa banquette, dans sa rame de métro, à glisser sur les flancs de ce long boyau, il se sentait bien, il se sentait vivant. Ça passait par ses pieds, ses fesses, sa tempe collée à la vitre, c’était les trépidations de fer qui résonnaient dans son corps et qui le remplissaient tout entier. »

in Station intime

« En le quittant, elle se dirait, au dedans d’elle, que les hommes n’ont décidément rien compris, que ce sont les bêtes qui savent, et ainsi de suite en reprenant son chemin. Elle continuerait de se rabâcher ces choses qu’on dit pour avoir moins froid, pour croire que toute cette solitude c’est un choix. Même que ça lui ferait du bien ces petits mensonges, parce que ce ne sont jamais les gros arbres qui font les radeaux de fortune, mais les petites branches qu’on accumule. »

in Le Sentier

« Quand il le pouvait, il aimait à le choisir auréolé d’une trace grasse et brillante de rouge à lèvres, le rose tendre étant son préféré. Une trace comme un baiser posthume, une rencontre à rebours sur le coin du gobelet. »

in Les Fonds de café

« Elle pense aux nuits passées les yeux grands ouverts. Les siennes, celles des autres, ceux qui restent enfermés dehors. Les yeux grands ouverts car dans les chambres de plein air l’obscurité n’est jamais familière. »

in Minuit et des amnésies

« Le monde ne lui parlait plus et il ne parlait plus au monde. Il fallait en arriver à cette conclusion : sa voix s’était perdue. Ce n’était pas rien que cette chose-là. C’était le début d’un quelque chose qui sentait la fin. »

in Voix sans issue

« Certains fuient, d’autres cherchent, la plupart se contentent de relier des points déjà tracés, mais tous aiment ça, être en mouvement, ça leur donne le sentiment d’être vivant. »

in Des rails

« Pour couper, trancher, gratter et nettoyer, il se servait de son couteau, un cadeau oublié de son naufrage. La lame, elle, il la réservait à d’autres fins, à un drame autrement plus noble que la découpe sauvage d’un saucisson pur porc. »

in Lame de fond

« Son corps contre la voiture n’a pas fait plus de bruit qu’une feuille de papier qui se déplie. La tête un peu renversée sur le capot, elle a vu ses deux yeux ouverts. Des yeux très verts et des cils longs et noirs. Des cils comme des sutures qui auraient lâché pour laisser place à la brûlure. De ses paupières éventrées sortait un cri. »

in Les Petits Bateaux de papier

« Ça semble fou, mais ça n’en est pas moins vrai. Il frôlait à peine le sol, coulant plus qu’avançant lui semblait-il. Comme les algues prises entre deux eaux et qui, par un effet d’optique, paraissent se déplacer dans leur immobilité. »

in Les Passants

« Souvenez-vous de cet air qui souffle aux narines quand vous soulevez le couvercle. C’est un parfum piquant et vif, un fruit hybride né des amours improbables d’une épluchure de banane avec un carton d’emballage, d’un filtre à café et d’une croûte de fromage… peu importe les couples de toute façon, le parfum ne s’évente et ne tourne curieusement jamais. »

in La Madeleine des poubelles

Cécile Fargue Schouler

extraits d'Instants tannés, petits penchants n° 10, à paraître en novembre 2011.