La Semaine du blanc

Le ciel était bas, mais la Seine ne pouvait se perdre. Le relief des fêtes pourrissait dans les venelles ; les récipients de Poubelle n'étaient encore arrêtés ni Napoléon Badinguet. Le froid retenait les remugles du boulevard lorsqu'une silhouette courbe le traversa. Elle s'agitait, marmonnait. Elle ne supportait la longueur du colon qui de ces lendemains opulents retenait le chaland. Le ciel, lui, ne sut se retenir, il lâcha ses lourdeurs intestines. Le froid vivement les saisit. il les cristallisa en une myriade de flocons. Un seul, oui un seul, effleura l'horizon de cette silhouette, la redingote élimée et sombre de sa bosse. Elle s'arrêta, fit un pas de deux, s'agita soudainement, se mit à s'écrier : « Le Blanc ! La semaine du Blanc ! Le Bon marché ! »

Cette histoire on la raconte, on me l'a contée. Est-elle vraie ? Nul ne sait, sauf cette Semaine, le Blanc, Boucicaut et le Bon marché. Ses draps rugueux en lin et ses fines dentelles en coton. Et le chaland ? Que fit-il ? Il se précipita. Il fallait blanchir la rondeur éphémère, combler un creux où la fève ne suffisait.

Un siècle plus tard, je ne sais quel Boucicaut (1) remarqua que la lecture prenait une pause après l'été. Ces satanés congés payés permettaient au péquin de s'en gaver, septembre approchant les bourses étaient plates et l'envie distraite par le turbin retrouvé. Pas de neige à la fin de l'été, restait le chemin des écoliers, celui de la rentrée. Ce « Boucicaut » du XXe eut l'idée de génie d'inventer La Rentrée littéraire et de faire chauffer la troupe des chroniqueurs, critiques, animateurs et bonimenteurs, à la joie des boutiquiers du livre. Ils sortaient d'un chapeau subventionné le chiffre exact des nouveaux romans... à l'unité près. Chiffre aussi fantaisiste que les éclats du margoulin. Mais peu importe, pourvu que ça marche. Et ça marche.

Parfois, les jours où le ciel est bas, où le Couesnon pourtant ne s'y perdra. Oui, parfois, je me pose la question : n'y aurait-il que ça ?

(1) Affranchissez-moi si vous le connaissez.

(photo de Coralie Ferreira, licence creative common)