[nous sommes le 21 février - bon anniversaire à J. ! - dernier jour pour le « dépôt ici » des poèmes et de leurs infinis paysages, reste alors la vie]

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De quoi il retourne ? Apprenez-le ici.

Poèmes reçus (suite) :

Les indiens

Celui-qui-désira fit naître les loups l'hiver. Pour eux il demanda au vent un peu de son sang, et à la lune un peu de sa mémoire. Il désirait le chant des loups.

Lorsque Celui-qui-désira n'était encore qu'une goutte le gel était partout, voilà pourquoi il désira les loups d'un désir violent. Les monstres en profitèrent pour naître. Parce qu'il fut triste en les voyant Celui-qui-désira crut les aimer et oublia les loups.

Il oublia les loups, qui furent si tristes qu'ils chantèrent pour la lune. Et la lune fut si triste qu'elle se coucha sur la terre. Et le monde fut si triste que la mort en profita pour naître. Celui-qui-désira ne voulut pas la voir, il partit laissant le monde seul.

L'air devint rare. Les loups partirent loin, si loin qu'ils arrivèrent au bout. Où la plaine et le ciel se mastiquent et avalent entre eux les arbres les poneys et même la poussière, et les loups allaient disparaître. A nouveau ils chantèrent pour la lune. Elle se souvint de sa tristesse et devint pleine de douceur.

La lune alla chez le vent. Elle lui dit: Les yeux des loups ne sont-ils pas de braise? Si, répondit le vent, car tu donnas pour eux un peu de ta mémoire. Et, dit encore la lune, d'où vient le chant des loups? Alors le vent eut honte, car il avait donné un peu de son sang.

Le vent partit à la recherche du désir de Celui-qui-désira. Quand il le trouva il lui murmura "Viens" et le poussa vers la plaine, le poussa vers les loups.

Le désir se plaignit d'être poussé. Celui-qui-désira se pencha par-dessus le monde lorsqu'il l'entendit se plaindre - le vent l'avait poussé jusqu'où les loups chantaient. En les entendant Celui-qui-désira ressentit une grande joie, il ressentit une grande douleur, et son cœur devint deux.

Les loups ne vivent plus dans la plaine, la lune est rouge. Où vit le désir ? qui ne voulut pas d'un cœur en deux. Et devant Celui-qui-désira, où a fui le désir?

Il a fui où sont les fantômes des indiens, il s'est assis avec eux. Et les loups y vivent aussi, dans les montagnes: le désir, les indiens, les loups.

Marie-Agnès Michel

_

Danseuses

Elles sont les flammes des bougies qui les entourent,
elles cherchent leur rythme, elles sentent la musique, les battements de leur cœur, les mots de celle qui les guide.
Elles s'éveillent à ce mouvement qui les appelle.
Elles entendent, accueillent, intimidées parfois.
Leurs corps ressentent, les pensées s'éloignent.
Elles sont bien là, dans la douceur du moment.

Elles s'ancrent à la terre et lèvent les yeux.

Elles sont ces petits galets ronds et doux joliment déposés au pied de l'autel.
Le rythme est doux, elles se sourient, se cherchent encore.
Leur cœur est immense, il y a les Autres avec elles aux pieds de l'autel.
Elles virevoltent, pieds agiles et souples, bras ouverts.
Elles se serrent avec les yeux, le cœur, le corps.
Elles dansent le féminin, la tendresse.
Leur danse se fait fluide, ronde, offrande, douceur.

Les mains ouvertes, elles donnent et reçoivent.

Elles sont les pas qui les emportent, elles sont le doute, le désir et la puissance.
Le rythme s'accélère.
Elles font corps avec la mélodie.
Elles avancent, désirent, s'engagent.
Elles dansent le choix, la colère, les difficultés, les erreurs, la liberté.
Elles sont déterminées, se trompent, essayent, tentent.

Les bras tendus vers un ciel de tourmente, elles sont la grâce.

Elles sont la pluie et le vent qui battent dehors, le feu du poêle qui les réchauffe.
Elles sont la musique et son rythme devenu envoûtant qui pénètre leur âme, s'infiltre, s'imprime sur la peau.
Elles cherchent, lâchent, s'abandonnent.
Elles traversent, bouleversent.
Elles ont confiance, elles reçoivent, donnent, soutiennent.
Les bras se tendent, les têtes se renversent.
Elles souffrent, jouissent, se perdent, oublient et se souviennent.
Il n'y a plus rien que ce rythme qui s'accélère, les habite, les possède, les emmène.
Plus rien que le feu et leur étonnement.

Les yeux ouverts, elles sont vivantes.

Elles sont ces petites friandises qu'elles se sont offertes les unes aux autres.
Elles sont légères, gourmandes, tournent et se regardent, apaisées.
Le rythme est léger, caresse, sensualité.
La danse s'épice, se pimente, la peau frissonne.
Elles sont la légèreté, l'insouciance, l'innocence, la séduction.
Elles tournent encore, se croisent, se mêlent.

Ondes fragiles et douces, elles sont légères.

Elles sont ces tableaux qu'elles peignent d'elles mêmes.
Elles accueillent, se reposent, déposent.
Le rythme est paix.
Elles dansent l'harmonie, le soin.
Elles entendent les petites voix tout au fond d'elles.
Elles s'entourent, se couvrent, se portent, se protègent.

Elles ont partagé, reçu, donné, pleuré, ri, observé.
Elles ont découvert, elles ont eu peur.
Elles ont désiré, elles ont hésité.
Elles sont la compassion, l'étreinte, la bienveillance, l'amour.
Elles sont singulières, multiples et uniques.
Elles sont sœurs, elles et toutes les autres.
Elles ce sont des femmes, des danseuses.

Elles sont belles.

Alouette

_

.
rage
craques
ne dis pas
.
luis
fuis
agrandis
.
gardes
bloques
détales
.
délites
ensuite
démontes
.
ne re
gardes pas
ta montre
.
cache ton
cœur en
étage
.
détruit
pas l'ha-
-billage
.
imposes
un contre
aux fauves
.
n'envoies.
pas ce.
message
.
c'est rien
.
hôtes ton
armure
de fer
.
c'est bien
.
listées
les courbes
offertes
.
eh bien
.
glisses dans
les plis
du temps
.
c'n'était .
pas mieux .
avant .
.
contournes les pièges dorés
.
franzie, où tu étais?
.
il
.
n'y a plus
de champ
ni rien
.
petit
diable tu
sais bien
.
parler
à mon
oreille.
.
Qui que tu sois, moi dans les moments creux, toi dans les moments forts, influence du sens, défense.
.
défense.
.
petit ange tu as perdu
à toi les mots
à toi le calme
.
à toi l'envie.
.
déjà .
tout est .
fini

Auddie

_

Ode à maman

Mère amère
ah mère !
mère !

Mère jamais maman
mère à amants
mère guerrière
guère mère

Mère éphémère
sans effet mère
jamais

Mère hachée
mère éméchée
mère fâchée

Pas fâché que tu sois morte....
... enfin !

AlainX

_

les petites phrases...

Pour donner à chaque pas sa force, sa puissance,

Pour l’inscrire dans la terre
Dans le sable des mémoires….

___

Trompette si triomphante des déserts guerriers

Vous jouez pour ne plus avoir à être….

___

Dorée comme une peau de figue…….

___

Rond comme l’angle d’une pierre

___

Dans les yeux bleus de la nuit

Une danse infinie

Emporte la suave lassitude

Des femmes de pierres…..

___

Pris par hasard aux instants bavards

Aux instant buvards

L’intense trafic des grands boulevards

___

L’ultime doute et celui qui s’ajoute

Patrick Aspe

_

eau claire feuillage ombré de mystères

dans la lumière, à contre jour
l'eau claire
feuillage ombré de mystères
la branche ruisselle
pareillement à l'onde d'une source magique
la pluie blanche
qui coule sur ta peau
simplement
fuit
le silence..

Patrick Aspe

_

L'Infini me plait à envisager tous les possibles,
Voir loin devant et percevoir l'infiniment petit dans l'infiniment grand,
le minuscule de nos plaisirs se perdre dans la danse incessante des astres.
Ils pleurent et s'éteignent, ces astres.
Étoiles de nos espoirs cachés ou découverts, nous tentons de les rejoindre en perdant notre temps, le Temps dans ces rencontres affichées, ces routes bien propres sans entrelacements.
Avec lâcheté, nous rebroussons le chemin et reculons en abaissant nos manches, revêtons nos manteaux, croyant vaincre la froideur de nos échanges.
Je préfère marcher sur la neige craquante des plaines, vallées et monts à découvrir, mains dans les poches, nez au vent comme le rimait si bien notre cher Rimbaud.

Deville

_

La mare

Au détour d’un petit bosquet d’arbrisseaux,
L’obscur promeneur-malmenant sa nonchalance-
Découvre une flaque d’eau croupissante.

L’Astre-Roi déclinant, il décide de s’asseoir
Sur les abords de la rive. Il songe!…
Qu’il y a eu un Autrefois niché au fond de la Mémoire!

Le Présent se reflète sur les traits du visage.
Il se remémore le temps où il tentait de scruter
Les profondeurs des rêves. Sans trop de succès
Car son autonomie ne lui permettait pas de dépasser
Les limites de la régularité admise par le Corps.

Il songe ! A cet avenir…un jour !…
Hélas! Loin de ces découragements imbéciles,
Il a entreprit de sonder-malgré les péages-
Les interdits de la Foi, sauvagement gardés
Par les sombres corbeaux et savamment jalousés
Par les sinistres laquais aux lèvres sirupeuses.

Que ne lui reste-t-il un peu de naturelle ressource
Afin de tenter une ultime plongée? Mais que
Découvrirait-il sinon autre chose que les réponses
Qui enfantent d’autres questions - auxquelles
(il le sait bien) il essaiera de résoudre les équations.

Un petit vent s’est levé et joue avec les branchages
Des petits arbres. Le soir empli de pourpre l’azur.
Il se lève et rentre chez lui d’un pas mesuré et précis.

Deville

_

La flaque d’eau

D’innombrables gouttes de sueur, quelques larmes parfois, ont remplis l’espace incurvé de l’Ame. Brouillée à chaque passage d’une rencontre, elle s’est reconstituée et a pourvu à son éducation - quelques réponses : candidates à la structuration de l’évolution mentale. Même si les pensées gèlent le Cœur au retour des premières chaleurs, la boue engendre, au Regard, une nouvelle force afin de se permettre la survie. Et d’étreintes en insatisfactions, elle comprend la démesure de sa démarche. Elle admet le Repos et s’autorise l’assèchement qui creuse les sillons afin de ne plus recevoir l’Oubli. Et les pas des nouvelles générations - tyranniques hordes - sans aucune vergogne, en ne faisant que passer, de la remplir à nouveau. Il ne faudrait pas que ces nombreuses gouttes de pluie ne salissent cette belle route.

Deville

_

Le miroir

Se glacent les traits du visage qui ose se contempler sur sa face polie. Les yeux restent écarquillés : découverte de l’Effroi! Aucune paupière ne tente de se soustraire à l’image : révoltante et repoussante du Mirage de la Réalité qui s’était endormie! Si attirante à en examiner chaque détail.

Au creux du sein maternel ou auprès du flanc de la blanche matrice mortelle ou de la vénus endeuillée qui, en ces instants de douce accalmie, songerait à reconnaître le futile attrait d’une rose ouvrant ses pétales à la rosée matinale?

Peut-être est-ce celle ou celui qui a l’âge de dire non? Peut-être est-ce le nouveau-né qui, en criant, ne doute pas qu’il aura l’accomplissement de son désir immédiat?

Seuls, les rappels du Souvenir enseveli appellent à voir dans l’Autrefois. Heureux, celle ou celui - qui se permettant la Peur - aperçoit les rudes sillons et les brillances s’effacer lorsque les aiguilles continuent leurs rondes acharnées et incessantes.

De l’autre Côté, l’étrange visiteur observe, à son tour, le voyeur ébahi. Les mains oseraient-elles trancher ce cordon ombilical que provoque cet aveuglement fou?

Qui pourrait se vanter de se reconnaître?

Deville

_

Néant.
Insouciance.
Excitation.
Courir.
S’arrêter.
Existence ?
Solitude.
Penser.
Machine infernale et horloge détraquée.
Foule et silence.
Soleil fainéant, étoiles fuyantes.
Reculer.
Aiguille folle.
Œil cadrant.
Stagner.
Sombre, piétiner.
Cellule sombre et saleté.
S’emmurer, murmurer.
Tremblements hurlants.
S’accrocher,
S’écorcher,
S’éplucher,
Se démembrer,
Se découper,
Atome.
Dispersion.
Poussière.
Mort.
Point invisible et volant, léger et insignifiant.
Infinie.
Chaos et couloir.
Escalier de ciment
Montagne de chair, écho et ego.
Ciel,
Voler,
Tomber,
Ramper,
Saigner.

Vivre et recommencer.

Cunégonde

_

Plages au futur proche

Visibles de jour, le soir violents
De constants flashs lumineux blancs
De nuit les rouges clignotants
Percent l’obscurité, déchirants

Au loin, l’horizon est bouché
C’est œuvre humaine : l’infini
Est borné, la vue limitée

Terre et mer toutes deux lésées
Et Eaux mystérieuses profanées
Lit profond pour pylônes flottants
Et des hyènes le ricanement

Comment toujours la mer chérir ?
Off Shore, la liberté dérive
Et au large, le bateau ivre
Confond les signaux lumineux :
Phares ou éoliennes marines ?

Sur la plage aux bords bétonnés
Vers le large le visage tourné
Recueilli, rêveur silencieux
La ligne d’horizon scrutant
Voit forêts de mâts s’élançant

Ferme les yeux, serre les paupières
Tourne son regard vers l’intérieur
Sent l’immense et calme étendue
S’étendant à perte de vue

Écoute le clapotis des vagues
Bercé dans la douce atmosphère
Les paumes en forme de coquillages
L’oreille capte le bruit de la mer

Des chevaux fous se ruent soudain
Inondent le sable, fouettent la jetée
Dans la fureur de tempêter
Balancent au visage les embruns

Ouvre grand tes narines au vent
Sens l’odeur de l’iode et des algues.
Retrouve l’océan au-dedans
Recrée la mer d’avant les pales

Élisabeth Bertheol

_

.
.
.
paris / tokyo / berlin / NY
.
.
.
quelle ville today choisir?
quelle rime à vous offrir.
même odeur de lavande
dans les shop aux machines
.
tu cherches la ville parfaite
bon, tu les vis les défaites
les chœurs aux mots posées
dans les allées
.
c'est tout pareil ailleurs
où tu cherches le bonheur?
décimes les rêves en toi
monstres de joie
.
monstres attachés en flip flap
monstres de strap
monstres des désirs lointains
monstres de rien
.
tu sais, bon.. si tu cherches
quelque-chose de spécial
tu trouves la redondance
.
comme une ville
comme une danse
le temps passe en lisant les autres
.
et la mélancolie?
pourquoi la tirer du fond des choses?
sois une bête
pas une pose
.
tu n'as pas mieux ailleurs
seule est la fièvre
de ton cœur

Auddie

_

D’un qui dérivait

C’est novembre loin des grèves,
Bras en croix, bien allongé
Il dérive en naufragé,
Fasse le Ciel qu’il en crève.

Nulle terre aux alentours,
Sur l’esplanade salée
Sa raison s’en est allée,
Elle vous joue de ces tours.

Vers l’Espagne il navigua.
Jadis il fut capitaine,
Voulait dresser sur la plaine
Des châteaux, oui, rien que ça !

Mais le vent fit la grimace
Et s’empressa de plier
Le vaisseau comme papier ;
Les châteaux ont bu la tasse.

Nulle terre, calme plat,
Sur la lune les nuages
Lui dessinent des visages,
Il ne les reconnaît pas.

Lors appelle Rocambole,
La femme du bout du quai,
Le tabac, l’amitié…
Fait bien nuit sous la coupole.

Rocambole vient pourtant,
Pirouette sur la mare
Et lui chante l’œil hilare :
« Imbécile, il n’est plus temps. »

Simon Camier

_

Paysage de tranchée
Combien sont tombés,
Combien sont restés dans les tranchées
Ils sont tombés par milliers
Ils sont morts dans les tranchées
Ils ont été sacrifiés
Pour les planqués, les embusqués
Des pleurs feints ont été versés
Les meilleurs partent en premier
Dirent-ils des morts dans le bourrier

Ils sont morts par milliers
Ils sont morts dans les tranchées
Des larmes feintes sur eux furent versées
Ils ont été sacrifiés pour les riches et les planqués C’est les meilleurs qui partent en premier
Dirent-ils des morts dans le bourbier

Ils étaient vifs, jeunes et brillants
Certain ont été enterrés vivants
Ils ont raillé leur peur
Ils n’étaient pas à leur place
Qu’ils se regardent dans la glace
Ils auraient demandé grâce

La mort est insérée dans nos esprits arborescents
Nous seront pour toujours convalescents
Ils ont envoyé à la mort des adolescents
Des adolescents de cœur
La mort est dans les chœurs
Les cimetières sont remplis d’innocents

Ils ont moqué leurs sentiments
Ils ont raillé leur sensibilité
Ils n’ont pas culpabilisé,
Ils n’ont pas eu pitié
Personne n’a endossé leurs vêtements
Personne n’a été dans leur peau
Personne n’a donné la main assez tôt

Job Laisse

_

Mon grand père est mort
Il fait froid dehors
C’est la nuit, il y a du brouillard
Je pense à lui, il est trop tard
Il méritait des livres
Son histoire doit lui survivre
Il voulait que ce soit la dernière
On se souviendra de cela j’espère

Manu

_

Ma goélette

Ce n'est là qu'une humble colline,
Mais au-delà, moi j'imagine
La vie d'aventure, la mer,
Où le ciel se voit à l'envers

Elle s'en va, ma goélette,
Grand voile comme aile de mouette,
Cap au Sud gouvernail au quart,
Vent arrière vers nulle part,

Les alizés font qu'elle glisse,
Masque de proue vers les abysses,
Puis, au tangage vers les cieux
Regard fixe toisant les dieux,

Poupe déroulant un sillage
Tel un fil gris dans un tissage
Entre blancs sommets et creux noirs
De la houle sage du soir.

Il faut la voir, dans la tempête,
Beaupré en épée de conquête,
Pont noyé bord sur bord,
Si le vent soudain vient du Nord.

Étoile polaire pour guide
En cet immense monde fluide,
Mon bateau de la déraison
Repousse toujours l'horizon.

Aussi chaque retour de rêve
Me voit-il plus loin de la grêve
Avec le lancinant désir
De n'y plus jamais revenir,

De partir me chercher une île
Pour avec toi, vivre une idylle,
Et connaître d'autres printemps,
Sans un regret, le cœur battant.

Gérard PAPIER

_

La poésie m'est étrangère.
Plasma des mots, placenta de la mer.

Juste la pluie posée. Bout de lande. Une histoire d'oiseaux. Feeling de l'herbe et l'ombre d'un doute.

Les bruits de la radio: après dissipation des brumes matinales... L'immobile.

Sur un mur, un slogan s'efface lentement. Les nuages font des ratures. L'écrit dilapide les cris.

Il y a les décibels de l'orage, et l'averse en sueur comme une aquarelle.
Le chemin creux pour justifier les hommes et le village.
La technique du vent pour faire parler le paysage.
Une question d'habitude.

Padrig MOAZON

_

« On voudrait s’en tenir à l’ombre. Mais le soleil pleut dans les branches avec une implacable douceur… » Plus bas le sol exhale une odeur d’herbe desséchée, les dômes symétriques de foin coupé répandent leur arôme balsamique.

Un criquet meurtri tente en vain d’escalader une botte éventrée, accrochant avec un ultime espoir l’élytre valide à la ficelle rêche, le vert tendre de son sabre s’agite un instant, puis son corps désarticulé bascule dans l’air torride d’un midi à la campagne, au loin, le clocher majestueux sonne l’angélus…

Dès les mauves lueurs de l’aube naissante, nous avons râtelé en silence, seul le bruit de frôlement de l’herbe racornie sur les dents de bois alignées, je souhaitais tant que ton rire déchire l’étoffe de ce mutisme involontaire.

Je devine maintenant tes hanches graciles sous l’imperceptible frou-frou de ta longue jupe sombre, chaque mouvement du drapé à motif fleuri, fait naître en moi un trouble indicible, les rayons verticaux d’un soleil au zénith pénètrent ma chair comme des flèches de Cupidon.

Et glissent sur mes tempes des perles de sueur, rosée qui apaise un instant seulement ces accès fiévreux. Je rêve des brumes du Connemara, où j’aimerais t’emmener loin de nos terres. J’aperçois la blondeur de ta nuque frêle où un duvet léger s’humecte. Tes sabots teintés safran glissent sur le sol asséché aux tons de paille, tes jambes galbées à peine entrevues ont la couleur de l’ambre, comme des bras Phébus tend ses rayons ocres et ce camaïeu de jaune ajoute à ces instants dorés.

Fanie Vincent

_

MER DE SINOPLE

Des points d’étoiles comme ponctuation
Arrêtent la noirceur des récifs,
Mille vagues y crachent leurs injures.
Le jour s’est évanoui aux bras du soleil
Longtemps son espoir a enflammé le ciel.
La ville ferme les yeux sur le tapage
De l’écume pour s’endormir sereine
Sous la caresse d’un air parfumé d’algues,
Au frisson de lueurs mauves une nef vacille
Sur un horizon effacé par la brume.
L’écume a détruit les châteaux
De sable des enfants bâtisseurs.
Ainsi, dans la gravité transparente de l’eau
Mes espoirs par la dérive pourront-ils s’effacer ?

Fanie Vincent

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Par la fenêtre d’une histoire, celle-ci avait changé, le blanc des cotons du ciel cachait le noir bitumeux des idées fatiguées. Pourtant, quelques minutes plus tôt, une bruine très fraîche faisait pleurer la nature dévêtue de ses arrogances, visage triste d’une soirée pour retrouver une couche blanche et juvénile. Mais il faut bien laisser aux regards d’autres visions moins moroses qui s’enfoncent doucement dans le noir pour cacher les misères.

C’est en ces temps que l’on apprécie, quand on rentre chez soi, de sentir la chaleur agressive d’un âtre qui se venge, en brûlant le bois des arbres qui faisaient trop d’ombre à l’homme.

Là, tout était différent, avec une ombre rosée, une impression rare qui trompait le regard, quand ce manteau est tout neuf, à peine piétiné par les derniers pas de gens trop pressés de rentrer chez eux.

C’était magnifique, comme une vie toute neuve qui se posait ici, nous faisant oublier nos maux et nos faiblesses. On avait presque honte de marcher dedans et de laisser des empreintes dans cette œuvre éphémère.

C’est incroyable, cette nature qu’on ne sait pas si elle va revivre. Tout à l’heure, il faisait triste à regarder tous ces arbres déguisés en bois mort. Là, maintenant, même la misère des gens ne semblait plus exister, c’est un travestissement provoqué par un magicien qui aurait un pouvoir mais que pour quelques instants.

Cette situation enjouait deux jeunes femmes. Comme souvent, la neige rajeunit les esprits. Elles se racontaient leurs souvenirs de leur âge de jeunes enfants dans ces conditions et éclataient de rire à ces bonheurs simples, temporaires. Les flocons retrouvaient de leur consistance. Ils tachaient de leur blancheur les vêtements noirs des deux belles. Vu d’un autre regard qui n’appartiendrait pas aux yeux, le tableau était romantique. Regarder ces deux corps accolés l’un à l’autre, presque jumelles et peut-être même siamoises, était touchant. Elles quittaient un destin sans le savoir vraiment, seules dans un monde d’une nuit presque ordinaire, dans la nature inviolée par l’homme et ses inconvenances. Les deux ombres s’évanouissaient, seuls les pas marquaient la neige et les flocons semblaient effacer leurs silhouettes pour qu’elles disparaissent définitivement vers un autre monde qui n’existerait pas encore. C’était une image floconneuse accrochée sur une carte postale d’un hiver trop précoce. On les y voyait petit à petit s’estomper, s’éloignant des yeux pour ne presque plus être. Elle semblait rejoindre au travers du carton l’autre côté vers la partie droite, vierge d’une adresse où on ne pourrait pas les retrouver au printemps.

Michel Hallet

_

Demain, il n'y paraîtra plus

Tôt sortie ce matin, tête nue, l'âme en peine,
au hasard des sentes obscures
N'as-tu point compris que déjà dans les nues
Soleil et pluie cherchent dans ton regard,
Qui, un pâle sourire, qui, les pleurs amers ?
L'un ému te prodigue ses caresses légères
L'autre complice mêle ses larmes aux tiennes.
Allons, ne pleure plus ;
Sur la mousse du sentier où les arbres,
Feuillages enlacés, t'offrent leur abri
Repose-toi, laisse passer l'orage,
Que de ton coeur s'apaisent les tourments.
Lève la tête, ouvre les yeux, souris
Le monde entier t'attend, vite, cours vers lui.

Dzovinar

_

Venise

Sur le masque d'or et d'argent
étincellent les pierreries ;
ni diamant, ni saphir, ni rubis
ce ne sont que paillettes
fausses perles, verroterie ;
nul besoin d'authenticité
pour l'insouciance
la légèreté
et la frivolité d'un carnaval ...

Pour un instant
être l'autre
celui du versant qu'on abandonne
qu'on oublie
braver l'interdit
que l'on s'impose
oublier sagesse et raison
ah ! que le tourbillon d'une seule nuit
marque d'un sceau brûlant
une page de sa vie
restée blanche ...

Dzovinar

_

Mon vampire adoré

Mon vampire adoré m’appelle,
Un numéro masqué : oui !
Une beauté fatale qui veut de vous,
Oui ! Un rendez-vous.

Assis sur une chaise usée,
Un tailleur, des escarpins, du Chanel vaporisé,
Elle rentre dans son bureau climatisé,
Sa main gauche ferme la poignée.

Elle sait que je suis consentant,
Comme tous ses clients,
J’ai déjà dit : oui !
A son penchant pour le sang.

Elle plante ses canines dans ma carotide,
La sensation délicieuse au départ,
Devient insupportable et perfide,
Elle aspire mon sang, le regard hagard.

Des prélèvements automatiques de mon sang,
Tous les débuts de mois elle ponctionne patiemment,
Quelques goutes pour mon assurance vie surement,
Bon sang !

Elle me plait,
Quand je la quitte,
Ma banquière détestée,
Mon vampire adoré.

Jean Baptiste Ferran

_

le jour me lève

Soleil Soleil !
la lucidité n'empêche pas l'aveuglement
elle l'éclaire assurément

Constellée de signes,
ma peau parchemine
griffée par les temps

réalité jamais
n'est ce qu'elle apparaît
l'âme guettée sur le qui vive
dans l'invisible j'ai pénétré
pour autant nul question ne répond

l’imperfection secrète le mouvement
l’utile nourrit l’inutile
semeuses éperdument bêchent et moissonnent les champs

les mânes au bleu jetés
dans le firmament
gonflent chaque an et bourgeonne le printemps

infinis paysages l’indistinction me prend
sage sagesse : vois en silence
mais jamais ne sais à l’avance
que sont les conséquences d’antan

(y’a y’a
y’a pas y’a pas
mais qui comment quoi)

Nour

_

Catégorie B (Erotisme, poème 2)

Ya habibi taala ou "les pétales retrouvés II"

La nuit d'été la bibliothèque au noir balcon et mon corps se dépose
entre un café et tes chemises abandonnées et tant de volumes
que prises sont mes rimes entre savantes et dormantes cuisses
et reste la rose et reste le tropique qui nous allume sans nous fumer
ou qui nous fume comme fume sa bible ou son poème un vicieux désespéré.

Divisé en deux colonnes ce qui reste d'amour et de livres dans ta demeure d'été
je ne sais décider quel titre, quelle posture coïtale, quelle fleur ou quelle étoile
passage entre le monde et le signe, lumière rendue par le vide
la porte est un triangle, la sonnette un secret (my tips' percussion)
le chèvrefeuille prophétie du parfum et pénis du paon
ici l'espace liminaire sans préliminaires, le salon copule déjà
tyrannie de l'arbre encore enfantine, paradis, pommier, pénétration vaginale
c'était décidé, l'Espagne, la voie lactée que l'ivresse déguise en marbre
un jardin qui se fane et s'affole sous l'influence des chattes mystérieuses
des chattes des femmes mystérieuses
est resté à Paris avec une part de mes livres, les autres ici et le balcon sur la noire
Alhambra et la lune obscure de mon anniversaire, je fais l'inventaire
de la chair et de la lettre, de l'angoisse et la détente de cheval ou d'érudit
je me métamorphose en cygne, en oeuf, en chiffre nu
je me mue du lit après tes soupirs et ton endroit presque courbe d'Urbino
cette nuit espagnole qui m'offre un charme fatal et qui m'isole
me trempant dans la sueur, les langues et les esprits des livres et ta peau récente
la nuit se déroule comme ta ceinture et la cassette de ton passé
et ma barbe pique sur la stupeur de tes seins, la femme
est à l'incubation de l'homme pure et jouissive pourriture
son rêve de femelle appartient au succube, l'autre femme, la poupée
ma main de centaure ici se cambre sur la page ou le rideau, la clé, d'un visage
l'oubli est nécessaire et j'ai toute une double bibliothèque
elle rêve d'elle, la lune de l'une est l'autre, la somme
la restante, l'absente, la muse interdite que ma pensée viole est future lectrice
de ces lignes et des cris de plaisir et des jets d'ambre, du crépuscule
un jour entre les roses de tes doigts le traître soleil te fera lire cet opuscule
et tu sauras ce qui divise, ce qui sépare, tu sauras que tu es une autre colonne
et que l'œil indécis est le lierre des livres et l'oxyde fécond du cuivre sourd et sonore.

Manuel Montero

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Au moment de regarder sur l'écran "Salonika on my mind", 43 photos par Vasiliki Kanelliadu

Une pierre
que faire d'une pierre ?
elle est à toi ? elle est à moi ?

Des images de cette contrée de la Grèce par une historienne de l'art que j'apprécie, une vision sans le bluff qui semble aujourd'hui de rigueur, totalement universelle et intemporelle, cosmopolite comme le plus attachant des chiens qui nous sauvent au milieu d'une ivresse

Une pierre ?
non, elle est un cœur
couvert de plumules et de poussière
d'autant de fatigue
comme une pierre
Venez me voir
ne manquez pas
je n'ai pas de vie
pas de vie si je ne suis entre vos mains
Où ai-je déposée cette pierre
qui me manque tellement ?
Dans l'autre maison ?
L'araignée se rendra compte
elle comprendra l'amour
elle me fera pleurer
c'est plus fort que la fumée d'Hiroshima
plus fort qu'une fellation surprise le matin
pourquoi la pierre
et rien d'autre ?

Manuel Montero

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Catégorie A (thème libre, poème 3)

Commentaire

Ce petit texte est comme un oignon,
si l'on découpe de travers il dévoile
des strates comme des pages vierges qu'on découvre
sous le couteau.
Et pour l'oignon du texte, comme pour le réel,
je suis de plus
en plus contre
le vinaigre balsamique.
Le Christ est mort innocent en buvant
un vinaigre dilué dans l'éponge
d'un plaisir
insuffisant. La Bible se fait courte
comme un oignon
lorsqu'on la jette
dans la Seine.

Manuel Montero

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Infini Paysage Fini

L'océan avait englouti la ville
La terre avait englouti l'océan
L'homme fouillait des yeux les décombres
Hébété
Devant la vie d'hier qui ne reviendra plus...

Romane - Japon - 11 Mars 2011

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