Journal des penchants du roseau

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Tag - Marc de Montifaud

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vendredi 22 janvier 2010

Lorsque le la devient le ♪ ♫

Il est des corrections orthographiques qui signent une époque. Je me rappelle le jour où l’on corrigea mon volontaire et  Littré  « à priori » en cette union curieuse : « a-priori », hésitation à oser la locution latine a priori en évitant la légèreté de l’accent grave. Plus récemment, mon « la magnifique Marc de Montifaud » fut virilisé en « le magnifique ». Le genre importe peu sans doute, celui de Marc n’était pas nécessairement bon ; mon orthographe est souvent approximative.

Je me rappelle pourtant oser affirmer la semaine dernière que Marc de Montifaud – jetée en prison suite à la parution des Vestales l’Église – avait eu deux torts pour un écrivain : celui d’être née femme et de devenir garçonne au XIXe siècle. Un siècle particulièrement redoutable pour qui ne portait pas culotte ou son absence allongée contenant des attributs virils clairement identifiables (n’oublions pas que ce siècle voit proliférer l’anthropométrie, ses traités et leurs mesures radicales). Elle écrivait bien, pourtant, Marc. George aussi me direz-vous... et cette Caro !

Me rappeler alors de Maupassant ; de ce sublime, injuste, stylé, voyou, fin, jaloux, rat des quais d’écrivain qui, dans Le Gaulois, écrivit ceci en 1883 :

Les Femmes de lettres

On a, dans le monde, dans le monde des lettres surtout, de certains sourires quand on parle des femmes de lettres. Ce sont des bas-bleus, dit-on. Soit. Mais les bas-bleus sont intéressants.

Beaucoup d’hommes, des philosophes éminents, condamnent en bloc toutes ces femmes en vertu du principe général que voici : « La femme n’est pas faite pour les travaux intellectuels. »

Ils en donnent la preuve, d’ailleurs, une preuve accablante. C’est que, depuis l’origine du monde, aucune femme n’a produit un chef-d’œuvre, si court qu’il soit. Elle n’a pas, malgré des qualités accessoires remarquables, les qualités essentielles de l’esprit qui permettent d’imaginer, de raisonner, d’observer, de pondérer, de mélanger, d’établir les proportions dans les rapports absolus qui font d’une œuvre un chef-d’œuvre. Les femmes ont répondu :

— Cela tient à un défaut d’éducation. Les femmes ne sont pas élevées comme il faut pour leur permettre de produire des œuvres d’art.

Mais les philosophes ont riposté :

— Vous étudiez plus que nous la peinture et la musique ; vous approfondissez la partie technique de ces deux arts autant qu’aucun homme. Or, citez-moi une seule de vous qui ait jamais été un grand peintre ou un grand musicien.

Un illustre penseur anglais explique ainsi cette infériorité :

— En comparant les facultés intellectuelles des deux sexes, on ne distingue pas assez la réceptivité de la faculté créatrice. Ces deux choses sont presque incommensurables ; la réceptivité peut exister — cela se présente souvent — et être très développée là où il n’y a que peu ou même point de faculté créatrice.

« Mais la plus grave des erreurs que l’on commet généralement en faisant ces comparaisons, c’est peut-être de négliger la limite du pouvoir mental normal. Chaque sexe est capable, sous l’influence de stimulants particuliers, de manifester des facultés ordinairement réservées à l’autre ; mais nous ne devons pas considérer les déviations amenées par ces causes comme fournissant des points de comparaison convenables. Ainsi, pour prendre un cas extrême, une excitation spéciale peut faire donner du lait aux mamelles des hommes : on connaît plusieurs cas de gynécomastie, et on a vu, pendant des famines, de petits enfants privés de leurs mères être sauvés de cette façon. Nous ne mettrons pourtant cette faculté d’avoir du lait, qui doit, quand elle apparaît, s’exercer aux dépens de la force masculine, au nombre des attributs du mâle. De même, sous l’influence d’une discipline spéciale, l’intelligence féminine donnera des produits supérieurs à ceux que peut donner l’intelligence de la plupart des hommes. Mais nous ne devons pas compter cette capacité de production comme réellement féminine si elle est aux dépens des fonctions naturelles. La seule vigueur mentale normale féminine est celle qui peut coexister avec la production et l’allaitement du nombre voulu d’enfants bien portants. Une force d’intelligence qui amènerait la disparition d’une société si elle était générale parmi les femmes de cette société, doit être négligée dans l’estimation de la nature féminine, en tant que facteur social. »

Donc, les vraies femmes de lettres sont des phénomènes — pardon, mesdames. Mais, par cela même qu’elles sont des phénomènes, elles doivent nous sembler plus précieuses, dans le bon sens du mot, plus intéressantes, plus curieuses à étudier, à connaître. Leur rareté fait leur prix. Et ce serait un livre curieux, celui qui nous dirait l’histoire de l’intelligence féminine, de l’intelligence créatrice des femmes, depuis Sapho jusqu’à Mlle Marie Colombier.

Ce qu’on pourrait, en général, reprocher à tous ces écrivains en robe, c’est l’absence de cette chose subtile, indéfinissable, qu’on appelle l’art. Force mystérieuse que produisent certains esprits d’élite, souffle inconnu qui glisse dans les mots, harmonie insaisissable, âme de la phrase, que sais-je ? On ne peut dire où réside, d’où vient, comment s’exhale ce parfum délicat des livres. Mais on sait qu’il est, on le sent, on le subit, on s’en grise. La femme, en général, quel que soit son génie, ne connaît point, ne produit point, et ne comprend guère cette chose vague et toute-puissante.

Le Beau littéraire n’est point ce qu’elle cherche. La première des femmes-écrivains, George Sand, ne semble jamais avoir été effleurée par ce mal étrange, par cette torture des artistes que travaille l’amour, l’appétit, la rage du style. Et style n’est pas le mot qu’il faudrait employer. La langue ne fournit pas de terme pour exprimer cette idée de l’harmonie littéraire, de cette concordance des mots avec les choses, qui est l’art. La femme s’efforce souvent d’exprimer ses rêveries ; sans avoir jamais été atteinte par la fièvre de l’adjectif, par la grande passion du verbe. Elle écrit naïvement, souvent très bien, sans recherche, avec aisance. On peut classer en deux camps les femmes-auteurs :

1° Celles qui ont un tempérament d’écrivain ;
2° Celles qui ont de la grâce et de l’esprit.

Je veux citer quelques-unes de celles dont on parle le plus.

La plus connue est assurément Mme Juliette Lamber. Hantée par l’amour de la Grèce, elle conçoit un livre comme un sculpteur rêve une statue. Elle croit aux dieux, aux choses antiques, aux formes pures, aux grands sentiments, et elle produit des œuvres en qui revit quelque chose de l’autrefois païen. Belle d’une beauté puissante et saine, sans coquetterie apprise, sans maniérisme aucun, elle est bien la femme de son âme et de ses croyances.

Mais un nouveau roman de cet écrivain est sur le point de paraître, Païenne. C’est alors qu’il conviendra de parler longuement du livre et de l’auteur.

Voici une autre femme de lettres qui ne ressemble guère à Mme Juliette Lamber. Celle-là, c’est une Parisienne moderne, et une raffinée, et une coquette, en littérature, naturellement. Elle signait jadis des chroniques charmantes du nom de Thilda, au journal La France, et d’autres, non moins charmantes, du nom de Jeanne, au Gil Blas. Aujourd’hui, elle est devenue Jeanne-Thilda, et publie un livre excellent, ayant pour titre : Pour se damner.

C’est un recueil de fines nouvelles, joyeuses, bien nées, un peu poivrées parfois, mais jamais trop. Cela est alerte, bien français, bien spirituel et bien galant. On sent Paris dans ce livre, on y sent le boulevard et le salon. Le style élégant garde une sorte de grâce féminine ; il sent bon comme un bouquet de corsage ; et vraiment quelque chose de subtilement amoureux semble courir dans les pages. Pour se damner est bien le titre qu’il fallait.

L’auteur, Jeanne-Thilda, est une grande femme à la chevelure ardente, à l’œil hardi, à la taille élégante ; elle aime le monde, on le sait ; elle aime les hommages, on le devine ; elle aime toutes les élégances et tous les raffinements de la vie, on le sent. Je prédis un grand succès à votre livre.

J’ouvris un jour, par hasard, un roman intitulé L’Idiot. C’était une œuvre singulière, naïve et puissante. L’auteur, doué remarquablement, mais inhabile, révélait un vrai tempérament d’écrivain, instinctif, sans raisonnement ni science.

On sentait qu’il devait écrire d’abondance, laissant couler les phrases et les choses, simplement, sans apprêt, sans artifice. Et cette simple manière donnait parfois des effets singulièrement beaux. Cet homme voyait juste par nature ; il avait l’œil d’un observateur, et cependant il gâtait souvent des pages excellentes et justes par l’inexpérience de son imagination, par des inventions inutiles, par une abondance regrettable.

Son pseudonyme me surprit. Paria-Korigan ! Pourquoi cet étrange accouplement de mots baroques ? Une femme seule pouvait avoir combiné ce nom plus bizarre qu’heureux. L’Idiot est une femme, en effet.

Et cette femme possède des qualités bien rares dans son sexe. Elle est douée, elle est née avec un cerveau de romancier remarquable. Elle fera, certes, des livres, de vrais livres qui contiendront de la vraie vie, et de vrais paysages, et des sensations vraies. Si j’avais un conseil timide à lui donner, ce serait de se méfier de son imagination et de son enthousiasme ; car ses qualités maîtresses sont justement les qualités contraires : l’observation, la vision juste, l’intuition nette des choses. Elle a un tempérament d’homme auquel se mêle une exaltation de femme.

De toutes les femmes de lettres de France, Mme Henry Gréville est celle dont les livres atteignent le plus d’éditions. Celle-là est surtout un conteur, un conteur gracieux et attendri. On la lit avec un plaisir doux et continu ; et, quand on connait un de ses livres, on prendra toujours volontiers les autres. Mmes Georges de Peyrebrune, Gyp, Mary Summer, de Grandfort, ont écrit aussi des œuvres pleines de qualités charmantes. Mme de Montifaud, cette victime de l’intolérance des mâles, chassée de partout, emprisonnée, honnie pour des livres qui n’auraient pas fait sourciller signés d’un homme, a donné, certes, des preuves de talent. Mais avez-vous lu ce récit exquis, depuis longtemps célèbre d’ailleurs, qui s’appelle Le Péché de Madeleine ?

L’auteur ?… On nomme tout bas Mme Caro. Qui que vous soyez, madame, pourquoi ne faites-vous plus rien ?

Guy de Maupassant, Les Femmes de lettres, Le Gaulois, 1883.

(photo : Marie-Amélie Chartroule, Mme Quivogne de Montifaud, pseudonyme Marc de (1849-1912), bibliothèque médiathèque de Lisieux)

samedi 19 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous II.1

De tout temps, comme on le voit, l’Église a ressenti une attraction haute et puissante pour la femme. Elle l’a chantée par la bouche des poëtes bibliques ; elle a tissé des draps de lin pour recevoir la nudité de son corps d’ivoire.

Aujourd’hui, les religieuses sont plus que jamais les descen­dantes de sainte Gertrude et de sainte Thérèse. Comme Psyché, fiancée à un époux invisible, elles ne doivent l’entendre que dans le silence des nuits cellulaires. Est-ce le bord de sa robe qu’elles croient presser en joignant si fiévreusement les mains ? Sont-ce les parfums de sa chevelure rousse dont elles se figurent respirer les émana­tions ? Distinguent-elles le spectre sacré de Jésus debout sur les tabernacles flamboyants ? Enfin croient-elles exhaler dans le sein du beau juif, le dernier soupir d’une âme toute consumée par l’amour ?

L’Église a des paroles d’une profonde et voluptueuse expres­sion : « Mon bien-aimé est en moi, et je suis en lui. » Que peut-on dire de plus, où trouver un trait plus énergique de l’intimité admise avec Jésus ? Les saintes qu’il fascine pourraient décrire ses trans­ports, les colloques qu’il engage avec elles, où il va jusqu’à se déclarer jaloux du confesseur qui reçoit leurs aveux. Cet homme pâle, du bourg de Nazareth, dont l’image est offerte nue aux baisers des vierges, a sur elles encore une énergie d’étreinte qui les plonge dans une mer de félicités ardentes, les laissant sous l’action d’un perpétuel mouvement d’amour. À l’approche du Maître divin, à son contact, les religieuses sentent « une incredible » et intolérable volupté qui « lasche les liens de la vie ». Jésus est encore pour elles leur démon, leur génie familier. Toutes, elles ont ressenti sur leur corps « ces douces flammes, ces délicieuses plaies de l’amour, cette mignarde main de Dieu ».

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

vendredi 18 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.6

Dans les couvents d’hommes, l’abbé des sots, abbas stultorum, entamait des relations toutes nocturnes avec les petites abbesses. Quoi de plus rationnel, puisque la liturgie allait quelquefois jusqu’à admettre un simulacre d’épousailles entre un évêque et une supérieure de nonnes, en quelques-unes des cérémonies catholiques, comme lorsqu’il s’agissait de l’installation d’un prélat en son diocèse. Ainsi, en pareille circonstance, les évêques de florence et de Pistoie, comme le raconte Salvi, et ceux de Troyes, couchaient dans le couvent sur un lit très-orné, pas­saient un anneau au doigt de l’abbesse : Il vescovo. sposava madonna, o vogliam dire badessa, alla quale restava l’annello che era molto ricco e bello. – L’évêque épousait Madame, c’est-à-dire l’Abbesse, à laquelle restait l’anneau, qui était fort riche et très-beau.

Au contraire, à l’entrée solennelle de l’archevêque de Rouen, l’abbesse et les religieuses de l’abbaye de Saint-Amand rece­vaient monseigneur dans une salle de charpente dressée devant le monas­tère. En cet endroit, la supérieure, revêtue de ses insignes, mettait au doigt du prélat un anneau enrichi d’une pierre précieuse avec cette parole : « Je vous le donne vivant, on me le rendra après votre mort. »

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

mercredi 9 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.5

Dans le cérémonial de l’église de Saint-Pierre, au parvis de Soissons, en 1350 : « Le sous-diacre qui est sepmainier, doit donner deux esteufs blancs aux josnes dames de l’abbaye de Notre-Dame pour aler jouer à Sainct-Georges et Sainct-Nicolas, emmy le pré du cloître, et pareillement le dimanche cras. » En Provence, à Arles, dans les actes d’arrentement de la Manse capitulaire, se trouve cette piquante mention touchant le jour de Saint-Trophyme, à l’abbaye de Saint-Césaire : « L’arche­vêque fol, amé sa fole compagnié, venoun al moustiers per visita l’abadesse folle en lo couvent. » Le fermier du chapitre, devait fournir le vin à discrétion pour les soupers de l’archevêque des Innocents et des Fous. Le 29 décembre, selon l’usage du pays, à l’abbaye de Saint-Césaire, l’abbesse folle offrait à son compère six gros en argent, « une boune galine ben grasse », six pains de fleur de froment, etc., six pechié de vin, de la mesure del mous­tiers, et du bois pour faire du feu au réfectoire.

Ce qu’il y avait de plus curieux dans le branle-bas sacerdotal était interprété par les femmes. Le jour des saints Innocents, l’élection d’une abbesse folle et d’une petite abbesse, qui usur­paient la crosse et la place de l’abbesse légitime, amenaient les plus piquantes perturbations. Les religieuses remplaçaient les chantres au lutrin, portant sur le nez des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d’oranges, vêtues d’habits gro­tesques, encensant l’autel avec de vieux cuirs enflammés, jouant aux dés, et mangeant des boudins dans l’église. Une citation de l’époque en offre la preuve : Nimia jocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis, motulis, etc. – On usait d’une joyeuseté extrême, de chants bouffons on se livrait même à des farces, à des mouvements désordonnés, etc.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

mardi 8 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.4

Si l’on en croit les chroniques normandes, le fondateur aurait été un certain Dom de la Bucaille, sur lequel une chanson a long­temps circulé dans la cité d’Évreux ; chanson qui révèle en même temps la façon dont les prélats en usaient avec les moinesses :

Vir Monachus in mense Julio
Egressus est e monasterio
C’est Dom de la Bucaille.
Egressus est sine licentia
Pour aller voir Dona Venitia
Et faire la ripaille.

Ce Dom de la Bucaille, prieur de l’abbaye de Saint-Taurin, rendait d’assez fréquentes visites à la dame de Venisse, abbesse de Saint-Sauveur.

Dans les communautés des deux sexes, on présidait à l’élection d’un abbé fou et d’une abbesse folle. Mais c’est surtout dans les monastères normands que l’on verra cet usage répandu aux fêtes des Innocents et des Conards. Odon Rigaud archevêque de Rouen, dans une visite pastorale qu’il avait faite à son diocèse, en 1245, racontait déjà en son procès-verbal que les vierges consacrées au culte, s’abandonnaient en toute gaieté à la pratique des satur­nales. « Nous vous défendons, leur écrivait-il, ces amusements dont vous avez l’habitude : ludibria consueta ; de vous revêtir d’habits profanes, ajoutait le prélat : inducendo vos vestibus secularium ; et de danser soit entre vous, soit avec des séculiers : aut intervos, seu cum secularibus choreas ducendo. »

Comme on le suppose, l’usage avait bel et bien converti en droit la célébration du fameux anniversaire, et le chapitre de toute cité provinciale autorisait dans les monastères la per­ception de certaines dîmes en nature et en argent, lorsque revenait l’époque destinée à faire subir un si violent échec à la raison.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

lundi 7 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.3

Si l’on fouillait l’histoire des premières sectes hérétiques de l’Église, Carpocratiens, Adamites, etc., on y verrait trôner dans les réunions l’incurable folie, qui sera plus tard érigée en institution. Les Ascodrugites, surtout, poussèrent assez loin la bouffonnerie sacerdotale ; ils mettaient auprès de leur autel un ballon, le gonflaient fortement et dansaient autour. Ce ballon devait signifier pour eux qu’ils étaient remplis du Saint-Esprit.

C’est sous le nom de Fête des Barbatoires qu’on retrouve l’une des plus anciennes expressions de la fête des fous au moyen âge. Cette dénomination était venue du mot barboire – masque à crins barbus – dont les religieuses se couvraient la figure en pareille circonstance.

Grégoire de Tours dénonce les filles de Sainte-Radegonde, de Poitiers, comme ayant célébré des barbatoires dans le couvent : Barbatorias intus eo quod celebraverit. On verra aussi par la ville, à des époques prescrites, la bande joyeuse de l’abbé de Mau-gouverne ; à Paris, les Badins, les Turlupins, les Enfants sans-soucis ; à Dijon, la Mère-folle et son cortège ; à Rouen enfin, la confrérie des Conards, à peu près vers le milieu du xive siècle.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

dimanche 6 décembre 2009

Cet opuscule facétieux est un des plus curieux et des plus singuliers monuments de la gaité de nos aïeux

Vu sur le net :

TRIOMPHES DE L'ABBAYE DES CONARDS, Les.

in-12, 169 x 105 : xxxij, 119 p.
Reliure du dix-neuvième siècle en maroquin rouge, signée de Pagnant, dos à nerfs, dentelle dorée intérieure, tranches dorées, couverture conservée.
Paris, Jouaust, 1874

Avec une Notice sur la fête des fous par Marc de Montifaud (alias Mme Léon Quivogne).

Cet opuscule facétieux est un des plus curieux et des plus singuliers monuments de la gaité de nos aïeux. Les Conards de Rouen étaient une association joyeuse qui égaya cette ville en temps de carnaval durant plusieurs siècles (Gay III 1064).

Tirage à petit nombre ; un des 10 premiers exemplaires, numéroté sur papier de Chine, parfait.

150 €

samedi 5 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.2

Toutes les religions ont accordé une large part à la sensualité : l’Inde, la Grèce, Rome, en offrent l’expression ; sous les noms ba­roques dont le christianisme affuble parfois les bienheureux, on retrouve toujours le vieux culte païen persistant. L’obsti­nation populaire, dit un savant auteur, conservait aux saints les traits phy­sionomiques des anciens dieux. C’est de cette façon que saint Guignolet remplaça Priape, et que les femmes allaient invoquer en lui le principe de la fécondité. Par la même raison, ceux qui s’étaient réunis aux banquets antiques en l’honneur d’Éros, se rallièrent aux agapes inaugurées en mémoire du Nazaréen. Les bacchanales, les saturnales, les mystères institués en souvenir de la bonne déesse, reparurent sous le titre de Fête des Innocents, de Saint-Nicolas, de Fête-Dieu, de Fête de l’Âne, etc., et tant d’autres qui ont été comprises sous le caractère générique de Fête des Fous.

Salomon ayant écrit que le nombre des fous est infini : Stultorum infinitus est numerus, on avait cru devoir faire re­monter jusqu’à lui la célébration de ces coutumes burlesques ; mais il n’est pas nécessaire de demander à Salomon un pareil patronage, pour posséder la certitude que ces réjouissances, toutes liturgiques, avaient vu retentir leurs premières hymnes et promené leurs cortèges primitifs, aux fêtes d’Aphrodite et de Dionysos, avant de reparaître au moyen âge sous cette rubrique : Festum fatuorum.

Persuadons-nous une fois pour toutes que nous n’avons qu’éta­bli la transmutation du culte ancien dans le culte moderne ; nous n’avons fait en quelque sorte, que détacher des bosquets antiques les guirlandes de myrtes et de roses qu’on y suspendait en l’hon­neur des dieux, pour les effeuiller sur les autels de Jésus.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

jeudi 3 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous I.1

Il fut un temps où la gaieté était de bon aloi en France, aussi bien dans l’église qu’à la cour et à la ville ; une fois l’an, les portes du cloître étaient enfoncées, et les religieuses dansaient avec les clercs. Oui, les religieuses en personne, les filles de l’autel et du sacrifice, inauguraient une fugue carnavalesque, et, sous le regard des ma­dones raides et des martyrs grimaçants, elles entamaient une de ces rondes désopilantes, bonne à faire vaciller d’horreur le nimbe des saints et des saintes tout fraîche­ment canonisés en cour romaine.

Ç’a été une époque d’héroïque audace que ces xve et xvie siècles, cités au ban des conciles pour répondre de leurs actes. Dans l’histoire, on ne leur a pas marchandé l’eau et le sel afin de les exor­ciser. La monarchie regardait alors tout novateur, tout au­dacieux, comme une sage aïeule qui se préparerait à redresser l’orthodoxie de ses fils en leur prouvant qu’ils se trompent… à l’aide de quelques centaines de fagots ; et cependant, lorsque arrivait l’époque de liesse appelée Fête des Fous, il y avait plus de rebelles que de soumis ; on riait à belles dents au nez des magistrats qui au­raient voulu s’opposer aux licences toujours engendrées par une pareille troupe, mais qui, en définitive, finissaient par octroyer de bonne grâce la permission requise de célébrer la fête, dans la crainte d’exciter des murmures en touchant à l’un des privilèges de la cité.

Le titre de fou, des mots fatuus et stultus, était donné à chacun des associés d’une confrérie de bouffons, jouissant, à certaines époques de l’année, du privilège de tout dire et de tout faire. Les membres se recrutaient dans l’ordre civil, et surtout dans le clergé.

Marc de Montifaud, 1874.

suite

in Les Conards de Rouen, 2009.