Journal des penchants du roseau

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Tag - Marie-Agnès Michel

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vendredi 27 avril 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs d'Un jour de grosse lune

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Chers lecteurs d'Un jour de grosse lune de Cécile Delalandre, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer ; ou gardez le silence si vous le préférez.

°°°

Ce Vendremanche, j'ai pris le livre de Cécile Delalandre et je ne l'ai pas lâché.. Sans bouger, j'ai été transportée. J'ai pris une rame de métro infernale, je suis allée à Casablanca, j'ai vu au loin les côtes de Tanger , j'ai traîné place Clichy, et humé avec délices le parfum du premier matin d'Octobre.. Un conte fantastique avec des tranches de vie faites de paysages et de rencontres magiques, glauques et maléfiques, avec des couleurs et des odeurs entêtantes..

Et puis surtout le langage de Cécile, un style baroque et riche... couleur d'Azerty.

Dimitra (recopié d'un commentaire ci-dessous).

°°°

Il y a des jours comme ci, des jours comme ça, des jours avec ou sans et il y a les jours de Cécile Delalandre. Et là, nous entrons dans un monde, un autre monde dont on ne veut plus sortir.

Une explosion d’odeurs, de couleurs, de sons qui vous transporte dans un imaginaire extra-ordinaire où même le lecteur le plus terre à terre ne peut être insensible. Des tranches de vie, banales, magnifiées par la plume de Cécile et la musicalité de son verbe. La musique est partout, par le rythme, les mots et j’ai eu le sentiment, à la lecture, d’être une groupie accompagnant des artistes en tournée.

Hier, en recevant le livret, c’était un jour, ni sans, ni avec, ni comme ci, ni comme ça, c’était un autre jour. Merci.

Yasmina Teterel (recopié d'un commentaire ci-dessous).

°°°

J'ai joué au petit Poucet avec les textes de Cécile, les découvrant un à un sur mon chemin, éclairés par cette grosse lune qui les faisait luire. Puis j'ai eu le bonheur de recevoir mon exemplaire et de m'imprégner d'eux 'à la suite'... ils m'ont ramenée vers une maison dont l'hôtesse accueille en Rabelais les amants de ses mots.

Marie-Agnès Michel (recopié d'un commentaire ci-dessous).

°°°

J'ai lu deux fois ce petit livre. La première fois, j'ai été poussé dès les premières pages par la curiosité: le besoin d'avoir une impression globale, une apprehension, une compréhension, une intuition de la nature du texte et des sentiments qui s'y expriment.... A la fin, j'avais le goût d'un journal d'automne dans le coeur (ben oui..) La deuxième fois, j'ai relu doucement. J'ai oublié les fautes (il y en a peu) et je me suis arrêté sur les merveilles (il y en a beaucoup)que j'avais soulignées à ma première lecture... J'ai parfois regretté les ellipses parisiennes, l'addition des métaphores, ou la complexité de certaines phrases... J'ai souvent regretté la brièveté du texte (certaines paragraphes méritent plusieurs pages)... J'ai toujours adoré le mélange pudique-m'astuvu du langage, si fort, si difficile, si juste..... Surtout je n'ai jamais boudé mon plaisir ! Le goût qui m'en est resté est plus complexe: subtile, gai, doux, amer, une sorte poétique très parnassienne (ben oui). Je me suis dit que j'avais oublié ce qu'il y a entre les lignes, entre les mots.. Dans ce petit livre, il y a beaucoup à lire.. Avec un grand bonheur. Merci.

Je vais le relire.

Michel Dalmazzo (commentaire recopié)

°°°

Tout d'abord merci d'avoir usé ainsi des mots et de cette idée de les pousser parfois à bout ; la promenade est maîtrisée, cocasse, l'ambiance intime et sincère.

On sent que tu as pris plaisir à t'affranchir de certaines logiques rationnelles, et l'onirisme teinte continuellement l'aventure intérieure d'un souffle très personnel. Peut-être que cette dernière phrase ne veut rien dire... mais un peu à l'image de certaines phrases de ton texte, sur lesquelles je me suis interrogé également :-)

On a affaire, assurément, à un bel exercice de style. Les mots se marient, les duos séparés se rabibochent de force... de force, oui. Tour de force, ou tour forcée ?

On assiste finalement à une artiste chanteuse d'Opéra, sensible, expérimentée, qui vient s'échauffer la voix avant son grand récital.

Elle teste sa voix, l'élève en des trilles forcées, la met en sourdine curieuse, la place en des accords virtuoses et inattendus. Cela émerveille, surprend, agace parfois, émeut souvent. On peut même parfois trouver quelques répétitions, et se dire que cet échauffement peut paraître vain.

Le Jour de bal sur le pont Caulaincourt émerveille par ses descriptions inquiétantes et drôles.

Jour couleur d'Azerty surprend : c'est beau, mais quoi ?

Jour de premier octobre agace : ce n'est pas de la poésie, ce n'est pas de la prose ; l'auteur s'est fait plaisir.

Jour de Nuit émeut parce que deux solitudes se ratent dans des mots plus simples et moins alambiqués.
Des formules ou images répétitives ont élu adresse (« ... ton présent se mirera... tu projetteras ton futur » - page 22, « ... s'évaporèrent dans un hier qui disparut dans un demain » - page 26 , et à un autre endroit aussi il me semble.)

Curieusement, ce sont les textes les moins "travaillés" qui m'ont le plus plu.
Tel ce Jour de Rame assise qui lorgne du côté du petit sketch poétique de la vie quotidienne.
Tel ce Jour de Septembre, abusée, et surtout, le plus beau, celui qui clôt ce petit recueil, Frontières, qui raconte beaucoup en peu, qui parle beaucoup sans force mots.

On est loin « des vieilles moules enshalimarées d'où émanait un stupre peint sur une french manucure clinquante comme un bling-bling de culture dégoulinante qu'annoncerait un big-bang », qui donnerait l'envie de crier « Stop ! Trop, c'est trop ! »

Résumons : bravo l'artiste, l'échauffement de la voix est prometteur. C'est virtuose, beau, un peu forcé, mais on devine la douceur et la maîtrise. Alors, une fois les vocalises achevées, on attend, silencieux, le début du vrai récital, de l'œuvre écrite et ambitieuse qui nous prouvera que l'on a eu raison d'écouter jusqu'au bout ces arpèges et ces belles gammes.

Stanislas Fleury

°°°

J'ai reçu le livre ce midi, j'ai décacheté le délicat emballage avec soin, car il s'agit d'un livre précieux par sa forme et par son contenu. Il faut lire plusieurs fois les textes pour bien les comprendre. On éprouve beaucoup de plaisir à relire cet ouvrage. Cécile Delalandre est un artisan des mots. L'auteur a accompli un travail d'orfèvre, ces mots sont des bijoux précieux, j'aime les relire. Si il y a un effet miroir dans ce livre, c’est un effet miroir universel, car les textes de Cécile peuvent s’appliquer à tous et à chacun, même si les situations décrites sont issues de ces observations, et interprétations. C’est un livre d’une délicate poésie.

Rémy (recopié d'un commentaire ci-dessous)

°°°

J'ai lu, relu, et encore... Les phrases vif argent claquent comme des balles de tennis. On les tâte, on les monte, on les démonte, on les associe... mais elles vous échappent sans préavis. Ce sont des écorchures, de sublimes fêlures,d'impérissables ratures. Je n'ai jamais ressenti pareille commotion en lisant un texte aussi raisonnablement démesuré,d'un auteur qui défend le temps du rêve ou le temps éveillé,l'hyperbole ou le mot juste, l'aile ou la main.

La Fourche, le Wepler, Mancey, Caulaincourt, autant de lieux que je frôlais chaque jour à longueur de temps.

C'est vous dire que je ne suis pas peu fier d'avoir commenté une œuvre exceptionnellement lumineuse un jour de grosse lune.

Robert Bruce__ (copié d'un commentaire ci-dessous)

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Mardredi, jour de marché ; Lundredi, jour de nuit ; Mercremanche jour de kiss ; ainsi s'égrènent les jours de l'univers de Cécile Delalandre. Tout un monde décalé et visuel... on se croirait sur une scène abandonnée, dans un espace cerné de pendrillons noirs où un projecteur éveillerait des mondes improbables : tel ce voyage à bord d'un bateau à voile qui avance à l'air décomprimé, ou celui d'un certain septembre, en subaru sur un chemin bordé de pruniers et de figuiers...

Une vingtaine de petits textes tricotés avec grâce et humour comme « des enluminures sous les draps de sa retirance... qui fait du vert de flambe dans sa mélancolie »

Becdanlo (copié d'un commentaire ci-dessous)

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La poèsie de Cécile, belle à en crever, belle à en déchirer les pages puis les manger afin d'absorber, s'imprégner un peu de cette rime, la sienne, pour en faire ressortir quelque chose de plus léger que la lourdeur. Trop en dire serait mentir, ralentir la naissance de ses mots, les goûter, pour les voir s'envoler vers de lointains azur et disparaître, nous laisser pantois, à faire couler un pleur.

Deville (copié de ce commentaire)

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J'ai tellement aimé ce jour de grosse lune - je ne suis pas une grande lectrice mais je le redis j'ai tellement aimé !!!- merci pour ce moment délicieux

Chantal (copié de ce commentaire)

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« (...) Le vocabulaire est riche et précis, poétique en diable, léger comme une plume de colibri. L’écriture de Cécile Delalandre est pleine de sensibilité et de tendresse et la nostalgie qu’on sent poindre souvent n’empêche pas des accès de drôlerie, de jeux de mots et d’invention langagière (le mardredi). La plume flirte à la fois avec Boris Vian, Queneau et une certaine littérature américaine à l’élégance un peu déglinguée.(...) »

Marianne Desroziers, in « Un Jour de grosse lune » de Cécile Delalandre (Les Penchants du roseau).

°°°

A la réception de l'enveloppe, je découvre un livre fin, fragile, 50 pages qui me disent qu'elles vont vite être lues. Non, il n'en est point. Tout de suite, dès la première page, les mots précis, subtils, tordus freinent mon élan. La brièveté des chapitres me permet de les relire pour mieux m'imprégner du sens et des images que transmettent ces mots. Une histoire où je me suis laissée entraîner agréablement dans les tourbillons des bons et mauvais souvenirs de la narratrice. Des souvenirs qu'elle égrène dans une balade féérique et une vision optimiste, au fil des jours aux évocations originales. Une balade, où à travers des mots précis, inhabituels, et de multiples métaphores, j'ai pris des étoiles pleins les yeux.

Seule, la rencontre inattendue, à la fin, m'appelle à la réalité.

Mary Troillard

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Je perçois l’écriture de Cécile Delalandre comme l’expression d’une sensibilité viscérale, au travers d’une langue maîtrisée, travaillée, au point que certains passages me laissent imaginer, que peut-être il existerait une soixante-quinzième langue parlée au monde, que j’aurais découverte à la faveur de mes promenades virtuelles...

Bien que reliés par un lien invisible, les chapitres, se succèdent et ne se ressemblent pas nécessairement, semblant témoigner d’instants de vie, ceux d’un être humain fictif ou réel — peu importe, peu m’importe ; avec des mots bien façonnés, pour qu’un sens émerge au coin des lettres, sans trahir complètement l’intimité du personnage. Ce ne sont pas les mots de tout le monde : ils méritent un effort... Tantôt assemblés dans des phrases courtes qui font aussitôt sens, nous donnant l’illusion d’être tapis dans l’esprit de la narratrice, tantôt à cru, bientôt enjolivés pour claquer à l’oreille, puis agencés et bien choisis pour créer des métaphores surprenantes. Vous vous trouvez transporté de l’imaginaire à l’ordinaire, du très intime, au très anonyme.

C’est sûr, il vous faudra relire certaines phrases plusieurs fois, mais une belle lecture peut être balade ou randonnée, que l’on soit : « Jour de marché, jour d’Azerty ou Mercremanche »...

Isabelle Giordani-Durand (voir l'ensemble de sa lecture)

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jeudi 10 novembre 2011

Bulletin n° 35 (ça c'est du titre mon roro !)

Le bulletin est mis à jour, pour les habitués de ce journal, rien de neuf. Il est téléchargeable, ci-dessous, au format pdf, j'en reproduis le contenu dans ce billet (d'ici).

Bulletin n°35 contenant le catalogue des livres disponibles actuellement

les penchants du roseau n° 35

Chers lecteurs,

« Les penchants du roseau », librairie artisanale, vous propose un petit choix de livres fabriqués à l'unité dans son atelier sis au bord de l'étang de Saint-Aubin-du-Cormier en Ille-et-Vilaine. Chaque livre peut bien sûr être commandé directement ou acheté chez votre libraire. Il vous est loisible de le feuilleter dans sa bibliothèque numérique ainsi que dans les feuilles correspondantes du journal des penchants du roseau ou, plus charnellement, dans votre bibliothèque préférée, si vous en demandez l'acquisition.

« Les penchants du roseau » prend le plus grand soin dans le choix des textes qu’il publie ; se défiant des genres, l’accent est mis sur la singularité, le ton et la profondeur de l’écriture de leur auteur.

Christian Domec, apprenti libraire.

Christian Domec - 9, rue du Bourg au Loup - 35140 Saint-Aubin-du-Cormier

http://domec.net
roseau.penchant@orange.fr

Au catalogue en novembre 2011

Cécile Fargue Schouler
Instants tannés — Textes & autres miniatures
« Petits penchants » — 10

« (…) Oui, elle voudrait qu’il y ait un cheval pas loin, un cheval qui s’ennuie. Il s’ennuierait et alors, devant son enclos, elle pourrait s’arrêter, l’appeler, le caresser et croire qu’il l’attendait. En le quittant, elle se dirait, au dedans d’elle, que les hommes n’ont décidément rien compris, que ce sont les bêtes qui savent, et ainsi de suite en reprenant son chemin. Elle continuerait de se rabâcher ces choses qu’on dit pour avoir moins froid, pour croire que toute cette solitude c’est un choix. Même que ça lui ferait du bien ces petits mensonges, parce que ce ne sont jamais les gros arbres qui font les radeaux de fortune, mais les petites branches qu’on accumule. (...) »
2011 — ISBN : 978-2-916965-14-7 — 48 p. — 5,00 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Dangereuse expédition
« Petits penchants » — 9

« — Un bébé pas maturé, c’est un bébé qui vient au monde avant le moment normal. Quand on l’attend pas, quoi… Et en plus, il est tellement fragile qu’il risque de mourir au dernier moment !
Serg plissait le front, comme pendant les dictées difficiles à l’école.
— Ils m’attendaient pas, papa et maman ?
— Ben non... »
2011 — ISBN : 978-2-916965-13-0 — 56 p. — 5,00 €

Padrig Moazon
Mémoires du cargo
« Petits penchants » — 8

« (…) Les vagues soulevées par le moteur viennent lécher les cicatrices de la mangrove, tatouée de tentacules. Mélancolie des albatros attendant que le soleil sèche les plumes de leurs ailes déployées.

Le delta neutralise le fleuve, lui impose l’immobilité.
Les pêcheurs ont pris le parti de ne pas provoquer l’horizon.

Un vol de pélicans pour justifier le ciel. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-12-3 — 52 p. — 5 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Retours difficiles
« Petits penchants » — 7

« Tout était si difficile en grandissant avec les sentiments. Ils s’accrochaient aux basques du petit môme d’autrefois que vous n’étiez plus et refusaient de vous quitter, ainsi il vous fallait apprendre à leur mener la vie dure, les obliger à lâcher prise. Vous vous sentiez parfois malheureux de cette dureté qui s’installait peu à peu en vous bien sûr, mais elle était nécessaire : comment grandir autrement ? »
2011 — ISBN : 978-2-916965-11-6 — 48 p. — 4,50 €

Quinze poètes
Infinis paysages
« Petits penchants » — 6

Yasmina Teterel, Matin vert.
Stanislas Fleury, Croquis marins & Croquis urbains.
Nourit Masson-Sékiné, Le Jour me lève.
Cécile Delalandre, Les paumés & Tess.
Dzovinar, Compagnon d’un moment.
Marie-Agnès Michel, Les Indiens.
Simon Camier, D’un qui dérivait.
Christelle Anjou, Farandole.
Luna Barbare, Le Crapaud, ma chère.
Robert Bruce, Mon frère.
Fanie Vincent, Là-bas.
Christine Leininger, J’entends mendier les bruits des secondes.
Patrick Aspe, Petites phrases
Véra Stépanowa, Flâneries.
Annie David, Né en Maurienne.

« D'infinis paysages, thème du Printemps des poètes 2011, fut l'occasion pour les penchants du roseau de lancer un appel à poèmes début février. Grande fut notre surprise de découvrir l'engouement qu’il suscita. Pendant plus d’un mois, plusieurs centaines de personnes venaient chaque jour déposer, lire, recopier, commenter des poèmes, ceux de leurs infinis paysages ; certains oubliés dans le fond d'un tiroir ou déjà en recueil, d’autres écrits pour l’occasion. Plaisir de découvrir que leurs paysages déchiraient les décors habituels pour y retisser de l’intime, du profond, de la nostalgie, du malicieux. Ce recueil présente ceux que nous avons choisis : quinze poètes et leurs infinis paysages. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-10-9— 52 p. — 5 €

Christine Lapostolle
Descriptions — Jean-Yves, chevrier – Éric, potier
« Petits penchants » — 5

« J’ai parfois du mal à dire que je suis potier, je ne veux pas dire céramiste parce que je trouve que c’est prétentieux. Donc voilà, c’est un métier, enfin, c’est mon métier. »
« C’est nous qui avons décidé d’élever des chèvres, de venir ici. On n’a pas hérité d’une exploitation. Tout est notre choix. Je suis tout à fait d’accord avec ce que je fais. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-09-3 — 52 p. — 4,50 €

Jean Giono
L’Homme qui plantait des arbres
« Petits penchants » — 4

« C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui. Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau – excellente – d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-08-6 — 24 p. — 2,50 €

Yasmina Teterel
Peaux de papier
« Petits penchants » — 3

« L’essai se meurt
De ma main fébrile
Je ne suis qu’un brouillon
Voyez ! Je m’efface

Je … »
2010 — ISBN : 978-2-916965-07-9 — 36 p. — 4 €

Cécile Delalandre
Un jour de grosse lune
« Petits penchants » — 2

« Quand les côtes de Tanger se sont mises à blanchir, il s’est tu. Moi j’étais groggy, à terre, par tout ce qu’il venait de me révéler.
Il a tenté de me consoler en me disant qu’il avait eu le temps de voir les mûres rougir, d’écouter la chouette chevêche, de caresser l’aubépine, de souffler sur les séneçons, d’humer les tanaisies, de délainer des chèvres maltaises... qu’il allait bientôt aspirer un autre air et qu’il avait moins peur du crochet des serpents que celui du big brother ! »
2010 — ISBN : 978-2-916965-06-2 — 52 p. — 4,50 €

Robert Bruce
Bankster
« Petits penchants » — 1

« À première vue, notre homme n’a ni l’entregent d’un Stavisky, ni la révolte d’un Mandrin, encore moins la farouche combativité de Villon, la canaillerie d’un Cartouche, d’un Guilleri ou tous ces autres légendaires malandrins des grands chemins de France. Non, ce personnage ne leur ressemble pas, il est d’une espèce différente, de celle qui, secrètement, méthodiquement, solitairement, dans une sorte de jouissance intellectuelle intérieure inouïe monte une seule mais spectaculaire carambouille, puis son forfait accompli, tire sa révérence et disparaît définitivement de la scène. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-05-5 — 32 p. — 3,50 €

Cécile Fargue
Le Souvenir de personne

« ce sont les mots de Sébastien, jeune garçon de 14 ans qui vit ses derniers instants. Une vie d’errance, à la marge de ce qui est bien, de ce qu’on regarde, et dont Cécile Fargue se souvient pour nous. Mais, Le Souvenir de personne n’est pas un témoignage de la misère, c’est une mémoire qui s’ouvre comme une prière, un cri contre l’indifférence. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-04-8 — 120 p. — 13 €

Paul de Musset, Jean Domec
La Chèvre jaune & Balade caprine à travers la littérature
« Côte à cote » — 0

« On fait, en Sicile, une grande consommation de lait de chèvre. Tous les matins, quantité de troupeaux descendent des montagnes et parcourent les villes en distribuant le lait de maison en maison. Le dormeur, réveillé par le son joyeux des clochettes, ouvre sa fenêtre et s’amuse à regarder ces escadrons de nourrices qui apportent dans leurs mamelles le remède des poitrines malades et le déjeuner des enfants sevrés. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-03-1 — 160 p. — 13 €

Jean-François Joubert
Bleu Terre, balade poétique & insulaire

« Une récréation d’un monde commence-t-elle par une comptine ? Jean-François Joubert le suggère en amorce de Bleu Terre, balade poétique. Son verbe, doux et sensible, sera ses conversations avec les êtres qui, entre estran et abysses, peuplent les redoutables récifs où se fracassent les coques égarées, les lames écumantes, sous le regard distrait de l’astre de nuit. Les toiles de Georges Briot sont, dans leur reproduction, sa respiration picturale. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-02-4 — 112 p. — 13 €

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9 rue du Bourg au Loup
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mercredi 16 mars 2011

Infinis paysages - Marie-Agnès Michel : Les Indiens

Les Indiens

Celui-qui-désira fit naître les loups l'hiver. Pour eux il demanda au vent un peu de son sang, et à la lune un peu de sa mémoire. Il désirait le chant des loups.

Lorsque Celui-qui-désira n'était encore qu'une goutte le gel était partout, voilà pourquoi il désira les loups d'un désir violent. Les monstres en profitèrent pour naître. Parce qu'il fut triste en les voyant Celui-qui-désira crut les aimer et oublia les loups.

Il oublia les loups, qui furent si tristes qu'ils chantèrent pour la lune. Et la lune fut si triste qu'elle se coucha sur la terre. Et le monde fut si triste que la mort en profita pour naître. Celui-qui-désira ne voulut pas la voir, il partit laissant le monde seul.

L'air devint rare. Les loups partirent loin, si loin qu'ils arrivèrent au bout. Où la plaine et le ciel se mastiquent et avalent entre eux les arbres, les poneys et même la poussière, et les loups allaient disparaître. À nouveau ils chantèrent pour la lune. Elle se souvint de sa tristesse et devint pleine de douceur.

La lune alla chez le vent. Elle lui dit : les yeux des loups ne sont-ils pas de braise ? Si, répondit le vent, car tu donnas pour eux un peu de ta mémoire. Et, dit encore la lune, d'où vient le chant des loups ? Alors le vent eut honte, car il avait donné un peu de son sang.

Le vent partit à la recherche du désir de Celui-qui-désira. Quand il le trouva il lui murmura « Viens » et le poussa vers la plaine, le poussa vers les loups.

Le désir se plaignit d'être poussé. Celui-qui-désira se pencha par-dessus le monde lorsqu'il l'entendit se plaindre - le vent l'avait poussé jusqu'où les loups chantaient. En les entendant Celui-qui-désira ressentit une grande joie, il ressentit une grande douleur, et son cœur devint deux.

Les loups ne vivent plus dans la plaine, la lune est rouge. Où vit le désir ? qui ne voulut pas d'un cœur en deux. Et devant Celui-qui-désira, où a fui le désir ?

Il a fui où sont les fantômes des indiens, il s'est assis avec eux. Et les loups y vivent aussi, dans les montagnes: le désir, les indiens, les loups.

Marie-Agnès Michel

Auteur de plusieurs ouvrages dont L'Allégresse des rats et Le Ruban. Vit, dit court, à Paris.

À paraître : Infinis paysages.

dimanche 6 mars 2011

Quinze jours, quinze poètes, dix-sept poèmes

Dès demain, jour après jour, jusqu'au 21 mars - deuxième jour de printemps – s'afficheront, sur les penchants du roseau, les infinis paysages de quinze poètes. C'est une invitation à les cueillir un à un à l'heure des premières rosées, ils seront ensuite reliés et rejoindront la collection des « petits penchants » en avril ou mai 2011.

Au bas de ces poèmes, la possibilité de commenter sera vivante, je vous demanderai de saisir cette occasion pour parler du poème ou d'échanger avec son auteur, de négliger tout autre sujet qui ne respecterait ni l'auteur ni ce qu'il expose.

Ces hors-sujet, vous pouvez les aborder au bas de ce billet.

Je tâcherai de ne pas interrompre cette exposition par un autre sujet – si pour une quelconque raison il m'arrivait de le faire, je jouerai avec les dates du billet pour qu'il n'apparaisse que brièvement en accueil de ce journal. Je reporte donc le gras du mardi à de futures calendes. Les publications de Descriptions - Jean-Yves, chevrier - Éric, potier, de Christine Lapostolle et de L'Homme qui plantait des arbres de Jean Giono se feront le 22 mars 2011.

lundi 21 février 2011

Appel à poèmes - Infinis paysages - Printemps des Poètes du 7 au 21 mars 2011 (suite)

[nous sommes le 21 février - bon anniversaire à J. ! - dernier jour pour le « dépôt ici » des poèmes et de leurs infinis paysages, reste alors la vie]

Vos poèmes peuvent être déposés dans la partie commentaires ci-dessous.

De quoi il retourne ? Apprenez-le ici.

Poèmes reçus (suite) :

Les indiens

Celui-qui-désira fit naître les loups l'hiver. Pour eux il demanda au vent un peu de son sang, et à la lune un peu de sa mémoire. Il désirait le chant des loups.

Lorsque Celui-qui-désira n'était encore qu'une goutte le gel était partout, voilà pourquoi il désira les loups d'un désir violent. Les monstres en profitèrent pour naître. Parce qu'il fut triste en les voyant Celui-qui-désira crut les aimer et oublia les loups.

Il oublia les loups, qui furent si tristes qu'ils chantèrent pour la lune. Et la lune fut si triste qu'elle se coucha sur la terre. Et le monde fut si triste que la mort en profita pour naître. Celui-qui-désira ne voulut pas la voir, il partit laissant le monde seul.

L'air devint rare. Les loups partirent loin, si loin qu'ils arrivèrent au bout. Où la plaine et le ciel se mastiquent et avalent entre eux les arbres les poneys et même la poussière, et les loups allaient disparaître. A nouveau ils chantèrent pour la lune. Elle se souvint de sa tristesse et devint pleine de douceur.

La lune alla chez le vent. Elle lui dit: Les yeux des loups ne sont-ils pas de braise? Si, répondit le vent, car tu donnas pour eux un peu de ta mémoire. Et, dit encore la lune, d'où vient le chant des loups? Alors le vent eut honte, car il avait donné un peu de son sang.

Le vent partit à la recherche du désir de Celui-qui-désira. Quand il le trouva il lui murmura "Viens" et le poussa vers la plaine, le poussa vers les loups.

Le désir se plaignit d'être poussé. Celui-qui-désira se pencha par-dessus le monde lorsqu'il l'entendit se plaindre - le vent l'avait poussé jusqu'où les loups chantaient. En les entendant Celui-qui-désira ressentit une grande joie, il ressentit une grande douleur, et son cœur devint deux.

Les loups ne vivent plus dans la plaine, la lune est rouge. Où vit le désir ? qui ne voulut pas d'un cœur en deux. Et devant Celui-qui-désira, où a fui le désir?

Il a fui où sont les fantômes des indiens, il s'est assis avec eux. Et les loups y vivent aussi, dans les montagnes: le désir, les indiens, les loups.

Marie-Agnès Michel

_

Danseuses

Elles sont les flammes des bougies qui les entourent,
elles cherchent leur rythme, elles sentent la musique, les battements de leur cœur, les mots de celle qui les guide.
Elles s'éveillent à ce mouvement qui les appelle.
Elles entendent, accueillent, intimidées parfois.
Leurs corps ressentent, les pensées s'éloignent.
Elles sont bien là, dans la douceur du moment.

Elles s'ancrent à la terre et lèvent les yeux.

Elles sont ces petits galets ronds et doux joliment déposés au pied de l'autel.
Le rythme est doux, elles se sourient, se cherchent encore.
Leur cœur est immense, il y a les Autres avec elles aux pieds de l'autel.
Elles virevoltent, pieds agiles et souples, bras ouverts.
Elles se serrent avec les yeux, le cœur, le corps.
Elles dansent le féminin, la tendresse.
Leur danse se fait fluide, ronde, offrande, douceur.

Les mains ouvertes, elles donnent et reçoivent.

Elles sont les pas qui les emportent, elles sont le doute, le désir et la puissance.
Le rythme s'accélère.
Elles font corps avec la mélodie.
Elles avancent, désirent, s'engagent.
Elles dansent le choix, la colère, les difficultés, les erreurs, la liberté.
Elles sont déterminées, se trompent, essayent, tentent.

Les bras tendus vers un ciel de tourmente, elles sont la grâce.

Elles sont la pluie et le vent qui battent dehors, le feu du poêle qui les réchauffe.
Elles sont la musique et son rythme devenu envoûtant qui pénètre leur âme, s'infiltre, s'imprime sur la peau.
Elles cherchent, lâchent, s'abandonnent.
Elles traversent, bouleversent.
Elles ont confiance, elles reçoivent, donnent, soutiennent.
Les bras se tendent, les têtes se renversent.
Elles souffrent, jouissent, se perdent, oublient et se souviennent.
Il n'y a plus rien que ce rythme qui s'accélère, les habite, les possède, les emmène.
Plus rien que le feu et leur étonnement.

Les yeux ouverts, elles sont vivantes.

Elles sont ces petites friandises qu'elles se sont offertes les unes aux autres.
Elles sont légères, gourmandes, tournent et se regardent, apaisées.
Le rythme est léger, caresse, sensualité.
La danse s'épice, se pimente, la peau frissonne.
Elles sont la légèreté, l'insouciance, l'innocence, la séduction.
Elles tournent encore, se croisent, se mêlent.

Ondes fragiles et douces, elles sont légères.

Elles sont ces tableaux qu'elles peignent d'elles mêmes.
Elles accueillent, se reposent, déposent.
Le rythme est paix.
Elles dansent l'harmonie, le soin.
Elles entendent les petites voix tout au fond d'elles.
Elles s'entourent, se couvrent, se portent, se protègent.

Elles ont partagé, reçu, donné, pleuré, ri, observé.
Elles ont découvert, elles ont eu peur.
Elles ont désiré, elles ont hésité.
Elles sont la compassion, l'étreinte, la bienveillance, l'amour.
Elles sont singulières, multiples et uniques.
Elles sont sœurs, elles et toutes les autres.
Elles ce sont des femmes, des danseuses.

Elles sont belles.

Alouette

_

.
rage
craques
ne dis pas
.
luis
fuis
agrandis
.
gardes
bloques
détales
.
délites
ensuite
démontes
.
ne re
gardes pas
ta montre
.
cache ton
cœur en
étage
.
détruit
pas l'ha-
-billage
.
imposes
un contre
aux fauves
.
n'envoies.
pas ce.
message
.
c'est rien
.
hôtes ton
armure
de fer
.
c'est bien
.
listées
les courbes
offertes
.
eh bien
.
glisses dans
les plis
du temps
.
c'n'était .
pas mieux .
avant .
.
contournes les pièges dorés
.
franzie, où tu étais?
.
il
.
n'y a plus
de champ
ni rien
.
petit
diable tu
sais bien
.
parler
à mon
oreille.
.
Qui que tu sois, moi dans les moments creux, toi dans les moments forts, influence du sens, défense.
.
défense.
.
petit ange tu as perdu
à toi les mots
à toi le calme
.
à toi l'envie.
.
déjà .
tout est .
fini

Auddie

_

Ode à maman

Mère amère
ah mère !
mère !

Mère jamais maman
mère à amants
mère guerrière
guère mère

Mère éphémère
sans effet mère
jamais

Mère hachée
mère éméchée
mère fâchée

Pas fâché que tu sois morte....
... enfin !

AlainX

_

les petites phrases...

Pour donner à chaque pas sa force, sa puissance,

Pour l’inscrire dans la terre
Dans le sable des mémoires….

___

Trompette si triomphante des déserts guerriers

Vous jouez pour ne plus avoir à être….

___

Dorée comme une peau de figue…….

___

Rond comme l’angle d’une pierre

___

Dans les yeux bleus de la nuit

Une danse infinie

Emporte la suave lassitude

Des femmes de pierres…..

___

Pris par hasard aux instants bavards

Aux instant buvards

L’intense trafic des grands boulevards

___

L’ultime doute et celui qui s’ajoute

Patrick Aspe

_

eau claire feuillage ombré de mystères

dans la lumière, à contre jour
l'eau claire
feuillage ombré de mystères
la branche ruisselle
pareillement à l'onde d'une source magique
la pluie blanche
qui coule sur ta peau
simplement
fuit
le silence..

Patrick Aspe

_

L'Infini me plait à envisager tous les possibles,
Voir loin devant et percevoir l'infiniment petit dans l'infiniment grand,
le minuscule de nos plaisirs se perdre dans la danse incessante des astres.
Ils pleurent et s'éteignent, ces astres.
Étoiles de nos espoirs cachés ou découverts, nous tentons de les rejoindre en perdant notre temps, le Temps dans ces rencontres affichées, ces routes bien propres sans entrelacements.
Avec lâcheté, nous rebroussons le chemin et reculons en abaissant nos manches, revêtons nos manteaux, croyant vaincre la froideur de nos échanges.
Je préfère marcher sur la neige craquante des plaines, vallées et monts à découvrir, mains dans les poches, nez au vent comme le rimait si bien notre cher Rimbaud.

Deville

_

La mare

Au détour d’un petit bosquet d’arbrisseaux,
L’obscur promeneur-malmenant sa nonchalance-
Découvre une flaque d’eau croupissante.

L’Astre-Roi déclinant, il décide de s’asseoir
Sur les abords de la rive. Il songe!…
Qu’il y a eu un Autrefois niché au fond de la Mémoire!

Le Présent se reflète sur les traits du visage.
Il se remémore le temps où il tentait de scruter
Les profondeurs des rêves. Sans trop de succès
Car son autonomie ne lui permettait pas de dépasser
Les limites de la régularité admise par le Corps.

Il songe ! A cet avenir…un jour !…
Hélas! Loin de ces découragements imbéciles,
Il a entreprit de sonder-malgré les péages-
Les interdits de la Foi, sauvagement gardés
Par les sombres corbeaux et savamment jalousés
Par les sinistres laquais aux lèvres sirupeuses.

Que ne lui reste-t-il un peu de naturelle ressource
Afin de tenter une ultime plongée? Mais que
Découvrirait-il sinon autre chose que les réponses
Qui enfantent d’autres questions - auxquelles
(il le sait bien) il essaiera de résoudre les équations.

Un petit vent s’est levé et joue avec les branchages
Des petits arbres. Le soir empli de pourpre l’azur.
Il se lève et rentre chez lui d’un pas mesuré et précis.

Deville

_

La flaque d’eau

D’innombrables gouttes de sueur, quelques larmes parfois, ont remplis l’espace incurvé de l’Ame. Brouillée à chaque passage d’une rencontre, elle s’est reconstituée et a pourvu à son éducation - quelques réponses : candidates à la structuration de l’évolution mentale. Même si les pensées gèlent le Cœur au retour des premières chaleurs, la boue engendre, au Regard, une nouvelle force afin de se permettre la survie. Et d’étreintes en insatisfactions, elle comprend la démesure de sa démarche. Elle admet le Repos et s’autorise l’assèchement qui creuse les sillons afin de ne plus recevoir l’Oubli. Et les pas des nouvelles générations - tyranniques hordes - sans aucune vergogne, en ne faisant que passer, de la remplir à nouveau. Il ne faudrait pas que ces nombreuses gouttes de pluie ne salissent cette belle route.

Deville

_

Le miroir

Se glacent les traits du visage qui ose se contempler sur sa face polie. Les yeux restent écarquillés : découverte de l’Effroi! Aucune paupière ne tente de se soustraire à l’image : révoltante et repoussante du Mirage de la Réalité qui s’était endormie! Si attirante à en examiner chaque détail.

Au creux du sein maternel ou auprès du flanc de la blanche matrice mortelle ou de la vénus endeuillée qui, en ces instants de douce accalmie, songerait à reconnaître le futile attrait d’une rose ouvrant ses pétales à la rosée matinale?

Peut-être est-ce celle ou celui qui a l’âge de dire non? Peut-être est-ce le nouveau-né qui, en criant, ne doute pas qu’il aura l’accomplissement de son désir immédiat?

Seuls, les rappels du Souvenir enseveli appellent à voir dans l’Autrefois. Heureux, celle ou celui - qui se permettant la Peur - aperçoit les rudes sillons et les brillances s’effacer lorsque les aiguilles continuent leurs rondes acharnées et incessantes.

De l’autre Côté, l’étrange visiteur observe, à son tour, le voyeur ébahi. Les mains oseraient-elles trancher ce cordon ombilical que provoque cet aveuglement fou?

Qui pourrait se vanter de se reconnaître?

Deville

_

Néant.
Insouciance.
Excitation.
Courir.
S’arrêter.
Existence ?
Solitude.
Penser.
Machine infernale et horloge détraquée.
Foule et silence.
Soleil fainéant, étoiles fuyantes.
Reculer.
Aiguille folle.
Œil cadrant.
Stagner.
Sombre, piétiner.
Cellule sombre et saleté.
S’emmurer, murmurer.
Tremblements hurlants.
S’accrocher,
S’écorcher,
S’éplucher,
Se démembrer,
Se découper,
Atome.
Dispersion.
Poussière.
Mort.
Point invisible et volant, léger et insignifiant.
Infinie.
Chaos et couloir.
Escalier de ciment
Montagne de chair, écho et ego.
Ciel,
Voler,
Tomber,
Ramper,
Saigner.

Vivre et recommencer.

Cunégonde

_

Plages au futur proche

Visibles de jour, le soir violents
De constants flashs lumineux blancs
De nuit les rouges clignotants
Percent l’obscurité, déchirants

Au loin, l’horizon est bouché
C’est œuvre humaine : l’infini
Est borné, la vue limitée

Terre et mer toutes deux lésées
Et Eaux mystérieuses profanées
Lit profond pour pylônes flottants
Et des hyènes le ricanement

Comment toujours la mer chérir ?
Off Shore, la liberté dérive
Et au large, le bateau ivre
Confond les signaux lumineux :
Phares ou éoliennes marines ?

Sur la plage aux bords bétonnés
Vers le large le visage tourné
Recueilli, rêveur silencieux
La ligne d’horizon scrutant
Voit forêts de mâts s’élançant

Ferme les yeux, serre les paupières
Tourne son regard vers l’intérieur
Sent l’immense et calme étendue
S’étendant à perte de vue

Écoute le clapotis des vagues
Bercé dans la douce atmosphère
Les paumes en forme de coquillages
L’oreille capte le bruit de la mer

Des chevaux fous se ruent soudain
Inondent le sable, fouettent la jetée
Dans la fureur de tempêter
Balancent au visage les embruns

Ouvre grand tes narines au vent
Sens l’odeur de l’iode et des algues.
Retrouve l’océan au-dedans
Recrée la mer d’avant les pales

Élisabeth Bertheol

_

.
.
.
paris / tokyo / berlin / NY
.
.
.
quelle ville today choisir?
quelle rime à vous offrir.
même odeur de lavande
dans les shop aux machines
.
tu cherches la ville parfaite
bon, tu les vis les défaites
les chœurs aux mots posées
dans les allées
.
c'est tout pareil ailleurs
où tu cherches le bonheur?
décimes les rêves en toi
monstres de joie
.
monstres attachés en flip flap
monstres de strap
monstres des désirs lointains
monstres de rien
.
tu sais, bon.. si tu cherches
quelque-chose de spécial
tu trouves la redondance
.
comme une ville
comme une danse
le temps passe en lisant les autres
.
et la mélancolie?
pourquoi la tirer du fond des choses?
sois une bête
pas une pose
.
tu n'as pas mieux ailleurs
seule est la fièvre
de ton cœur

Auddie

_

D’un qui dérivait

C’est novembre loin des grèves,
Bras en croix, bien allongé
Il dérive en naufragé,
Fasse le Ciel qu’il en crève.

Nulle terre aux alentours,
Sur l’esplanade salée
Sa raison s’en est allée,
Elle vous joue de ces tours.

Vers l’Espagne il navigua.
Jadis il fut capitaine,
Voulait dresser sur la plaine
Des châteaux, oui, rien que ça !

Mais le vent fit la grimace
Et s’empressa de plier
Le vaisseau comme papier ;
Les châteaux ont bu la tasse.

Nulle terre, calme plat,
Sur la lune les nuages
Lui dessinent des visages,
Il ne les reconnaît pas.

Lors appelle Rocambole,
La femme du bout du quai,
Le tabac, l’amitié…
Fait bien nuit sous la coupole.

Rocambole vient pourtant,
Pirouette sur la mare
Et lui chante l’œil hilare :
« Imbécile, il n’est plus temps. »

Simon Camier

_

Paysage de tranchée
Combien sont tombés,
Combien sont restés dans les tranchées
Ils sont tombés par milliers
Ils sont morts dans les tranchées
Ils ont été sacrifiés
Pour les planqués, les embusqués
Des pleurs feints ont été versés
Les meilleurs partent en premier
Dirent-ils des morts dans le bourrier

Ils sont morts par milliers
Ils sont morts dans les tranchées
Des larmes feintes sur eux furent versées
Ils ont été sacrifiés pour les riches et les planqués C’est les meilleurs qui partent en premier
Dirent-ils des morts dans le bourbier

Ils étaient vifs, jeunes et brillants
Certain ont été enterrés vivants
Ils ont raillé leur peur
Ils n’étaient pas à leur place
Qu’ils se regardent dans la glace
Ils auraient demandé grâce

La mort est insérée dans nos esprits arborescents
Nous seront pour toujours convalescents
Ils ont envoyé à la mort des adolescents
Des adolescents de cœur
La mort est dans les chœurs
Les cimetières sont remplis d’innocents

Ils ont moqué leurs sentiments
Ils ont raillé leur sensibilité
Ils n’ont pas culpabilisé,
Ils n’ont pas eu pitié
Personne n’a endossé leurs vêtements
Personne n’a été dans leur peau
Personne n’a donné la main assez tôt

Job Laisse

_

Mon grand père est mort
Il fait froid dehors
C’est la nuit, il y a du brouillard
Je pense à lui, il est trop tard
Il méritait des livres
Son histoire doit lui survivre
Il voulait que ce soit la dernière
On se souviendra de cela j’espère

Manu

_

Ma goélette

Ce n'est là qu'une humble colline,
Mais au-delà, moi j'imagine
La vie d'aventure, la mer,
Où le ciel se voit à l'envers

Elle s'en va, ma goélette,
Grand voile comme aile de mouette,
Cap au Sud gouvernail au quart,
Vent arrière vers nulle part,

Les alizés font qu'elle glisse,
Masque de proue vers les abysses,
Puis, au tangage vers les cieux
Regard fixe toisant les dieux,

Poupe déroulant un sillage
Tel un fil gris dans un tissage
Entre blancs sommets et creux noirs
De la houle sage du soir.

Il faut la voir, dans la tempête,
Beaupré en épée de conquête,
Pont noyé bord sur bord,
Si le vent soudain vient du Nord.

Étoile polaire pour guide
En cet immense monde fluide,
Mon bateau de la déraison
Repousse toujours l'horizon.

Aussi chaque retour de rêve
Me voit-il plus loin de la grêve
Avec le lancinant désir
De n'y plus jamais revenir,

De partir me chercher une île
Pour avec toi, vivre une idylle,
Et connaître d'autres printemps,
Sans un regret, le cœur battant.

Gérard PAPIER

_

La poésie m'est étrangère.
Plasma des mots, placenta de la mer.

Juste la pluie posée. Bout de lande. Une histoire d'oiseaux. Feeling de l'herbe et l'ombre d'un doute.

Les bruits de la radio: après dissipation des brumes matinales... L'immobile.

Sur un mur, un slogan s'efface lentement. Les nuages font des ratures. L'écrit dilapide les cris.

Il y a les décibels de l'orage, et l'averse en sueur comme une aquarelle.
Le chemin creux pour justifier les hommes et le village.
La technique du vent pour faire parler le paysage.
Une question d'habitude.

Padrig MOAZON

_

« On voudrait s’en tenir à l’ombre. Mais le soleil pleut dans les branches avec une implacable douceur… » Plus bas le sol exhale une odeur d’herbe desséchée, les dômes symétriques de foin coupé répandent leur arôme balsamique.

Un criquet meurtri tente en vain d’escalader une botte éventrée, accrochant avec un ultime espoir l’élytre valide à la ficelle rêche, le vert tendre de son sabre s’agite un instant, puis son corps désarticulé bascule dans l’air torride d’un midi à la campagne, au loin, le clocher majestueux sonne l’angélus…

Dès les mauves lueurs de l’aube naissante, nous avons râtelé en silence, seul le bruit de frôlement de l’herbe racornie sur les dents de bois alignées, je souhaitais tant que ton rire déchire l’étoffe de ce mutisme involontaire.

Je devine maintenant tes hanches graciles sous l’imperceptible frou-frou de ta longue jupe sombre, chaque mouvement du drapé à motif fleuri, fait naître en moi un trouble indicible, les rayons verticaux d’un soleil au zénith pénètrent ma chair comme des flèches de Cupidon.

Et glissent sur mes tempes des perles de sueur, rosée qui apaise un instant seulement ces accès fiévreux. Je rêve des brumes du Connemara, où j’aimerais t’emmener loin de nos terres. J’aperçois la blondeur de ta nuque frêle où un duvet léger s’humecte. Tes sabots teintés safran glissent sur le sol asséché aux tons de paille, tes jambes galbées à peine entrevues ont la couleur de l’ambre, comme des bras Phébus tend ses rayons ocres et ce camaïeu de jaune ajoute à ces instants dorés.

Fanie Vincent

_

MER DE SINOPLE

Des points d’étoiles comme ponctuation
Arrêtent la noirceur des récifs,
Mille vagues y crachent leurs injures.
Le jour s’est évanoui aux bras du soleil
Longtemps son espoir a enflammé le ciel.
La ville ferme les yeux sur le tapage
De l’écume pour s’endormir sereine
Sous la caresse d’un air parfumé d’algues,
Au frisson de lueurs mauves une nef vacille
Sur un horizon effacé par la brume.
L’écume a détruit les châteaux
De sable des enfants bâtisseurs.
Ainsi, dans la gravité transparente de l’eau
Mes espoirs par la dérive pourront-ils s’effacer ?

Fanie Vincent

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Par la fenêtre d’une histoire, celle-ci avait changé, le blanc des cotons du ciel cachait le noir bitumeux des idées fatiguées. Pourtant, quelques minutes plus tôt, une bruine très fraîche faisait pleurer la nature dévêtue de ses arrogances, visage triste d’une soirée pour retrouver une couche blanche et juvénile. Mais il faut bien laisser aux regards d’autres visions moins moroses qui s’enfoncent doucement dans le noir pour cacher les misères.

C’est en ces temps que l’on apprécie, quand on rentre chez soi, de sentir la chaleur agressive d’un âtre qui se venge, en brûlant le bois des arbres qui faisaient trop d’ombre à l’homme.

Là, tout était différent, avec une ombre rosée, une impression rare qui trompait le regard, quand ce manteau est tout neuf, à peine piétiné par les derniers pas de gens trop pressés de rentrer chez eux.

C’était magnifique, comme une vie toute neuve qui se posait ici, nous faisant oublier nos maux et nos faiblesses. On avait presque honte de marcher dedans et de laisser des empreintes dans cette œuvre éphémère.

C’est incroyable, cette nature qu’on ne sait pas si elle va revivre. Tout à l’heure, il faisait triste à regarder tous ces arbres déguisés en bois mort. Là, maintenant, même la misère des gens ne semblait plus exister, c’est un travestissement provoqué par un magicien qui aurait un pouvoir mais que pour quelques instants.

Cette situation enjouait deux jeunes femmes. Comme souvent, la neige rajeunit les esprits. Elles se racontaient leurs souvenirs de leur âge de jeunes enfants dans ces conditions et éclataient de rire à ces bonheurs simples, temporaires. Les flocons retrouvaient de leur consistance. Ils tachaient de leur blancheur les vêtements noirs des deux belles. Vu d’un autre regard qui n’appartiendrait pas aux yeux, le tableau était romantique. Regarder ces deux corps accolés l’un à l’autre, presque jumelles et peut-être même siamoises, était touchant. Elles quittaient un destin sans le savoir vraiment, seules dans un monde d’une nuit presque ordinaire, dans la nature inviolée par l’homme et ses inconvenances. Les deux ombres s’évanouissaient, seuls les pas marquaient la neige et les flocons semblaient effacer leurs silhouettes pour qu’elles disparaissent définitivement vers un autre monde qui n’existerait pas encore. C’était une image floconneuse accrochée sur une carte postale d’un hiver trop précoce. On les y voyait petit à petit s’estomper, s’éloignant des yeux pour ne presque plus être. Elle semblait rejoindre au travers du carton l’autre côté vers la partie droite, vierge d’une adresse où on ne pourrait pas les retrouver au printemps.

Michel Hallet

_

Demain, il n'y paraîtra plus

Tôt sortie ce matin, tête nue, l'âme en peine,
au hasard des sentes obscures
N'as-tu point compris que déjà dans les nues
Soleil et pluie cherchent dans ton regard,
Qui, un pâle sourire, qui, les pleurs amers ?
L'un ému te prodigue ses caresses légères
L'autre complice mêle ses larmes aux tiennes.
Allons, ne pleure plus ;
Sur la mousse du sentier où les arbres,
Feuillages enlacés, t'offrent leur abri
Repose-toi, laisse passer l'orage,
Que de ton coeur s'apaisent les tourments.
Lève la tête, ouvre les yeux, souris
Le monde entier t'attend, vite, cours vers lui.

Dzovinar

_

Venise

Sur le masque d'or et d'argent
étincellent les pierreries ;
ni diamant, ni saphir, ni rubis
ce ne sont que paillettes
fausses perles, verroterie ;
nul besoin d'authenticité
pour l'insouciance
la légèreté
et la frivolité d'un carnaval ...

Pour un instant
être l'autre
celui du versant qu'on abandonne
qu'on oublie
braver l'interdit
que l'on s'impose
oublier sagesse et raison
ah ! que le tourbillon d'une seule nuit
marque d'un sceau brûlant
une page de sa vie
restée blanche ...

Dzovinar

_

Mon vampire adoré

Mon vampire adoré m’appelle,
Un numéro masqué : oui !
Une beauté fatale qui veut de vous,
Oui ! Un rendez-vous.

Assis sur une chaise usée,
Un tailleur, des escarpins, du Chanel vaporisé,
Elle rentre dans son bureau climatisé,
Sa main gauche ferme la poignée.

Elle sait que je suis consentant,
Comme tous ses clients,
J’ai déjà dit : oui !
A son penchant pour le sang.

Elle plante ses canines dans ma carotide,
La sensation délicieuse au départ,
Devient insupportable et perfide,
Elle aspire mon sang, le regard hagard.

Des prélèvements automatiques de mon sang,
Tous les débuts de mois elle ponctionne patiemment,
Quelques goutes pour mon assurance vie surement,
Bon sang !

Elle me plait,
Quand je la quitte,
Ma banquière détestée,
Mon vampire adoré.

Jean Baptiste Ferran

_

le jour me lève

Soleil Soleil !
la lucidité n'empêche pas l'aveuglement
elle l'éclaire assurément

Constellée de signes,
ma peau parchemine
griffée par les temps

réalité jamais
n'est ce qu'elle apparaît
l'âme guettée sur le qui vive
dans l'invisible j'ai pénétré
pour autant nul question ne répond

l’imperfection secrète le mouvement
l’utile nourrit l’inutile
semeuses éperdument bêchent et moissonnent les champs

les mânes au bleu jetés
dans le firmament
gonflent chaque an et bourgeonne le printemps

infinis paysages l’indistinction me prend
sage sagesse : vois en silence
mais jamais ne sais à l’avance
que sont les conséquences d’antan

(y’a y’a
y’a pas y’a pas
mais qui comment quoi)

Nour

_

Catégorie B (Erotisme, poème 2)

Ya habibi taala ou "les pétales retrouvés II"

La nuit d'été la bibliothèque au noir balcon et mon corps se dépose
entre un café et tes chemises abandonnées et tant de volumes
que prises sont mes rimes entre savantes et dormantes cuisses
et reste la rose et reste le tropique qui nous allume sans nous fumer
ou qui nous fume comme fume sa bible ou son poème un vicieux désespéré.

Divisé en deux colonnes ce qui reste d'amour et de livres dans ta demeure d'été
je ne sais décider quel titre, quelle posture coïtale, quelle fleur ou quelle étoile
passage entre le monde et le signe, lumière rendue par le vide
la porte est un triangle, la sonnette un secret (my tips' percussion)
le chèvrefeuille prophétie du parfum et pénis du paon
ici l'espace liminaire sans préliminaires, le salon copule déjà
tyrannie de l'arbre encore enfantine, paradis, pommier, pénétration vaginale
c'était décidé, l'Espagne, la voie lactée que l'ivresse déguise en marbre
un jardin qui se fane et s'affole sous l'influence des chattes mystérieuses
des chattes des femmes mystérieuses
est resté à Paris avec une part de mes livres, les autres ici et le balcon sur la noire
Alhambra et la lune obscure de mon anniversaire, je fais l'inventaire
de la chair et de la lettre, de l'angoisse et la détente de cheval ou d'érudit
je me métamorphose en cygne, en oeuf, en chiffre nu
je me mue du lit après tes soupirs et ton endroit presque courbe d'Urbino
cette nuit espagnole qui m'offre un charme fatal et qui m'isole
me trempant dans la sueur, les langues et les esprits des livres et ta peau récente
la nuit se déroule comme ta ceinture et la cassette de ton passé
et ma barbe pique sur la stupeur de tes seins, la femme
est à l'incubation de l'homme pure et jouissive pourriture
son rêve de femelle appartient au succube, l'autre femme, la poupée
ma main de centaure ici se cambre sur la page ou le rideau, la clé, d'un visage
l'oubli est nécessaire et j'ai toute une double bibliothèque
elle rêve d'elle, la lune de l'une est l'autre, la somme
la restante, l'absente, la muse interdite que ma pensée viole est future lectrice
de ces lignes et des cris de plaisir et des jets d'ambre, du crépuscule
un jour entre les roses de tes doigts le traître soleil te fera lire cet opuscule
et tu sauras ce qui divise, ce qui sépare, tu sauras que tu es une autre colonne
et que l'œil indécis est le lierre des livres et l'oxyde fécond du cuivre sourd et sonore.

Manuel Montero

_

Au moment de regarder sur l'écran "Salonika on my mind", 43 photos par Vasiliki Kanelliadu

Une pierre
que faire d'une pierre ?
elle est à toi ? elle est à moi ?

Des images de cette contrée de la Grèce par une historienne de l'art que j'apprécie, une vision sans le bluff qui semble aujourd'hui de rigueur, totalement universelle et intemporelle, cosmopolite comme le plus attachant des chiens qui nous sauvent au milieu d'une ivresse

Une pierre ?
non, elle est un cœur
couvert de plumules et de poussière
d'autant de fatigue
comme une pierre
Venez me voir
ne manquez pas
je n'ai pas de vie
pas de vie si je ne suis entre vos mains
Où ai-je déposée cette pierre
qui me manque tellement ?
Dans l'autre maison ?
L'araignée se rendra compte
elle comprendra l'amour
elle me fera pleurer
c'est plus fort que la fumée d'Hiroshima
plus fort qu'une fellation surprise le matin
pourquoi la pierre
et rien d'autre ?

Manuel Montero

_

Catégorie A (thème libre, poème 3)

Commentaire

Ce petit texte est comme un oignon,
si l'on découpe de travers il dévoile
des strates comme des pages vierges qu'on découvre
sous le couteau.
Et pour l'oignon du texte, comme pour le réel,
je suis de plus
en plus contre
le vinaigre balsamique.
Le Christ est mort innocent en buvant
un vinaigre dilué dans l'éponge
d'un plaisir
insuffisant. La Bible se fait courte
comme un oignon
lorsqu'on la jette
dans la Seine.

Manuel Montero

_

Infini Paysage Fini

L'océan avait englouti la ville
La terre avait englouti l'océan
L'homme fouillait des yeux les décombres
Hébété
Devant la vie d'hier qui ne reviendra plus...

Romane - Japon - 11 Mars 2011

_

lundi 14 février 2011

Appel à poèmes - Infinis paysages - Printemps des Poètes du 7 au 21 mars 2011

(note du 10 février 2011 : veuillez déposer vos nouveaux poèmes dans la partie commentaires de cette nouvelle page)

[quelques précisions de dernière minute à lire en post scriptum]

Les derniers replis de l’hiver draperont d’infinis paysages. Comme un archet qui joue sur l’âme du poète (1), les paysages ne se réduisent à une perspective, à ce qu’un belvédère nous offre : du bucolique, des parapets vertigineux, des horizons pigmentés d’outremer, ils sont aussi visages (2), cuisses (3), urbains ou désolés, et intérieurs aussi.

Le roseau se penchera sur ce printemps, celui des poètes, en publiant dans son journal, sous la forme d’un billet, un poème par jour du 7 au 21 mars 2011. Lesquels choisir ? Nous vous invitons, poètes d’un instant, poètes vibrants, à déposer dans la partie commentaire (4), ci-dessous, un de vos poèmes signés - une poésie, un texte poétique de vos paysages. À partir du 7 mars, nous publierons, sous forme de billet, celui que nous aurons choisi ou, à défaut, des extraits des livres déjà publiés par les penchants.

Quinze poèmes à découvrir, à lire & à chanter dans l’intimité ou publiquement.

Une question, une remarque, réagir ? Venez le faire au bas du billet-bistro : Bistro - la pelle et le poëte.

(1) « Les paysages peuvent être comme un archet qui jouait sur mon âme. », Stendhal, Vie de Henry Brulard.

(2) « Tout un paysage de cuisses et de jambes, nouées, tordues comme des branches d'arbres dans la jungle ! », Octave Mirbeau, Journal d’une femme de chambre.

(3)« Le visage humain, le visage féminin surtout, fut toujours mon paysage de prédilection », Colette, Belles saisons.

(4) La partie commentaires de ce billet est exclusivement réservée à ces poèmes et leur signature sans autres commentaires. Tout autre propos est donc exclus. Il sera soit supprimé soit migré vers le billet-bistro : Bistro - la pelle et le poëte.

P.S. : suite à certaines demandes par mail je précise :

- le nombre de poèmes par personne n'est pas limité à un seul,
- ne les envoyez pas par mail, postez-les au bas de ce billet dans les commentaires (un par un s'il y en a plusieurs),
- les quinze choisis le seront parmi tous ceux postés avant le 21 février 2011,
- s'il est nécessaire d'ouvrir un nouveau billet pour les réceptionner, je le ferai et mettrai un lien ici.
Et merci pour tout ce que vous nous donnez à lire.

Poèmes reçus :

MON FRÈRE

Mon frère
Regarde et entends là-bas
la terre trop vieille se déchirer
les âmes usées sonner le glas
la mer grise baignée de larmes
Le gémissement des femmes afghanes
Les cœurs de glace se pétrifier
L'enfant porter les armes

Mon frère
Respire et sens partout
L'air moite et lourd nous pénétrer
Les bidonvilles hurler de honte et de dégoût
Le souffle vicié des peuples engourdis
La sueur fétide des morts vivants suinter
Les fleurs de cauchemar des jardins interdits

Mon frère
Écoute et entends au loin
Les flammes d'or lécher les bouches
Le murmure de l'effort si vain
Le gémissement des hommes en spasmes déferler
Le cri des révoltes mortes en couches
Le hurlement des rêves avortés

Mon frère
Approche et caresse ici
L'onde pâle d'une nouvelle aurore
Les cheveux d'ange d'un jour infini
Les sanglants bourgeons de l'espoir
La graine vernissée qui germera encore

La Liberté naîtra ce soir

Poème dédié à ceux d'Égypte et de Tunisie

Robert Bruce

___

Les Paumés

Le bar repu de gens se balance et s’enfume
Sur des visages las que la bière consume.
De belles filles lascives déshabillent l’envie
De mâles à l’affût de jouissances bannies.
Et au rythme d’un Bird que cajole Charlie
Un vieux beau philosophe soliloque assis.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Mes yeux fixent sa jambe qui pend d’un tabouret,
elle tremble et me trouble et fige mes pensées.

Sous les lumières glauques voilées par l’alcool,
les serveuses se trémoussent pitoyables et molles,
entre les tables pleines de vide et d’ennui,
qu’une mousse de bière vient remplir chaque nuit.
Au fond, près du billard, un homme bouge sa queue
Devant une boule sage qui ne demande pas mieux.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Comme un aimant malin, son tibia m’hypnotise,
il est mon seul repère, mon phare, ma balise.

Derrière la rampe de cuivre où s’épanchent les plaies,
le barman cabotine sans douter du succès.
Seul acteur sur la scène illusoire de son bar,
il joue à écouter leurs confidences bizarres.
Car les paumés sont riches d’amours inachevées
De passions étouffées, de plaintes avortées,
Que le jour refuse d’un revers de morale,
Mais que la nuit complice accueille dans ses cales.

Et moi je suis assise où s’accrochent les paumés
Près d’un autre qui pourtant s’acharne à le cacher.
Sa jambe ne tremble plus le long du tabouret
C’est lui qui me regarde comme si j’étais paumée

Cécile Delalandre

__

L'amour et la mer

Aucun vent à l'horizon,
Aucun nuage dans le ciel,
Que cet amour sensationnel
Qui m'emmène dans la perdition

J'observe ce beau rivage,
Histoire de faire une trêve,
Je fais un doux voyage,
Et de ton corps, je rêve

Un éclair dans mon existence,
Soudain, mon regard se dévoile,
De ton amour, de ta constance,
Ma vie s'est installée sur une étoile

Devant l'ombre de ton regard,
Je vois une tendre étincelle,
Cette flamme, quasi-éternelle,
Que j'ai croisé par hasard

L'évocation de ton sourire,
Éclatant sourire qui resplendit,
Un réel enchantement à venir,
Mon amour pour toi qui grandit

L'homme que j'ai attendu si longtemps,
Que je déguste savoureusement,
Celui qui a enjolivé ma vie,
De ton apparition, je suis ravie

Tel un formidable magicien,
Tu as allumé mon feu,
Un soupir d'espoir, le mien,
Un ciel maritime teinté de bleu

Dans tes yeux, je me suis perdue,
Tentée, attirée par tes charmes
Prioritaires de mes fantasmes,
De tes yeux, beau cadeau j'ai reçu

Et comme naviguent ces navires,
Je me sens portée avec étonnement,
Devant l'étalage de nos égarements,
Tendrement, en toi, je chavire

A ton contact, je suis gourmande,
Affamée des attentions dont tu m'entoures,
C'est pourquoi je te fais cette offrande
D'un cocktail de caresses et d'amour

La mer, reflet de mon cœur,
S'agite en toute indiscrétion,
Et afin de m'ôter toute pâleur,
Tu m'embrasses avec répétition

Ton corps que j'ai dégusté,
Comme une douce friandise adorée,
Toi, l'homme que j'adore aimer,
Envie de profiter de cet amour espéré

Sandra Sonfeedra

__

Né en Maurienne.

J’ai voulu que tu naisses au pays des rochers
Lorsque sourd une eau pure du ventre de la terre,
Caressé par le fœhn, par un berger veillé,
J’ai voulu que Maurienne soit ton autre mère

J’ai voulu que tu saches les parfums d’alpages
Divine récompense en haut des sentiers fous
Qui mènent nulle part, mais t’emplissent d’images
Les cailloux trahissant soudain les éterlous

J’ai voulu que la vie, mon enfant, te soit belle
Quand d’autres s’épuisent à vouloir davantage
J’ai voulu que l’effort te soit si naturel
Que ta simplicité s’étonne des hommages

Tu es né en Maurienne, qu’importe d’où je viens
J’ai choisi ton pays ainsi que ton berceau
Je sais qu’il t’aimera comme il aime les siens
Et qu’il élèvera ton regard vers le beau.

Westside

__

La Vingeanne au village

Autant j’ai réfléchi d’autres Cassiopées
J’imprime entre mes bras le temps des amoureux
Qui m’ont, comme Narcisse, épris de mots pour eux
Sans cesse retenus sous les branches fripées.

De ces fleurs qu’en mon lit j’ai tant de fois happées,
Je respire à travers un paysage heureux.
Et ce qu’a reflété leur odeur fait un creux
Dans lequel on se noie au fond des épopées.

Aussi je glisse, lente et tranquille, où me sied
Leur éternel aveu s’évaporant au pied
Du village engourdi sous midi qui s’y tasse.

O vertige des voix d’un printemps dépassé !
Quand celles d’aujourd’hui près d’une berge basse
Attestent un soleil que ma source a pensé.

Étoile des neiges

__

J’aime le vent, ses promesses, sa tendresse, sa douceur et délicatesse sur ma peau, je l’entends quand il passe sur les arbres, les feuilles chantent, tiens qu’ouis-je ? Un oiseau répond aux caresses du soleil, il est midi. Dans le jardin le printemps chasse les mauvais maux de l’hiver. L’herbe pousse, les taupent se cachant creusant des nids, soulevant des collines, leurs galeries sous la pelouse et un peu plus loin le son des drisses invitent au voyage. Je rêve d’îles pas de presqu’îles, je veux un caillou perdu sur les flots, un rocher qui hurle sa peine, un lieu hors du temps. L’esprit insulaire, je vogue sur le dos de l’amer pour oublier ma condition humaine, ce ciel qui crève, et moi aussi tel une patate douce, je nage dans un bain sucré, salé. J’aime le bleu, le rouge, le sang et aussi penser que sur ce bout de terre, j’irais droit dans le mur, ouragan qui un jour cesse de penser. Et justement, il suffit d’un nuage capricieux qui déstabilise le monde moderne. Les avions arrêtent de tourner, leur course folle les immobilise sur le tarmac. Un peu de poussière et Paris fait grise mine, les gueules noires rigolent dans leurs cabanes d’argile, l’organigramme se dérègle et donne des sueurs froides. La fête est finie. Islande, terre d’asile d’un volcan au nom imprononçable qui crache son venin et laisse les voyageurs se paumer entre deux adresses. Personnellement, aujourd’hui, je pense poser mon sac à Ouessant y être entouré d’eau, respirer, puis m’y noyer au cœur de la solitude. La sentinelle c’est ainsi que l’on appelle ce bout de terre au ponant, à l’Ouest. Après c’est la manche et les îles britanniques, je voudrais m’asseoir dans un champ compter moutons et papillons, y cueillir une fleur, une mauve une qui sent la rose et les épines d’ajonc. Puis je fermerais les yeux, j’inventerais des visages, pas celle d’une vieille, celle d’une fée qui brillerait de dix mille feux et m’aiderait dans mon bas rôle de naufrageur. Ouessant, et sa côte qui reçoit les vents en pleine figure, ce dernier, artiste, les dessinent ses ours, et autres formes de rochers, ils taillent le granite en expert, et laissent l’innocent s’inventer des histoires. Regardez ce crapaud, cette sirène, ou l’alouette ! C’est quelques siècles de bises, d’amour de brise entre le suroît, rois du continent, et la façade atlantique de cette île, enfin je crois, il est vrai que je me perds facilement, entre l’Iroise, et l’océan. Moi, petit animal terrestre, je voudrais inhaler le sang de Ouessant, y poser mes ailes et y construire un nid quatre étoiles, un de ceux qui ne vous laisse pas le neurone se glacer au nord, sur la grande ours, ou la tête de lion. Je voudrais respirer, oui, simplement respirer ne plus être asphyxié par la tribu des C.O.N.S. ceux qui conduisent les chars modernes, les voitures au gaz dérangeant. Je voudrais sortir de ce monde, prendre un bateau, un petit et mettre les voiles. Pour l’instant, je la regarde, de loin. Je suis sur son versant à quelques milles, mais elle m’attend. Champ, mer, et champ de mer, force de la terre et puis le vent qui s’invite tous les quatre jours du mois à la fête. Il claironne et donne sa force aux roches. Elles fusionnent, s’illuminent tel les phares qui entourent l’île, le Stiff, la Jument, le Créach et Kéréon. Des feux dans la nuit, des étoiles qui scintillent. Des rêves qui s’étiolent, et la pétole qui enlise l’âme et laisse l’hameçon au corps. Il perce les entrailles, déchire les doigts, et tue le congre. J’ai faim. Ce soir, je vais manger de cette sale bête. J’ignore pourquoi je l’invective, peut-être pour un délit de sale gueule, quand je l’ai vu la queue coupée pissant le sang et les dents qui rayaient la table du jardin. Peut-être est-ce à cause de sa couleur, gris pâle, son corps flasque, et sa puissance. Peut-être est-ce à cause de ma faiblesse, moi qui tourne de l’œil en voyant ce rouge qui s’échappe, nul ne le sait et même pas moi. Je devrais me taire, fuir, ne plus trahir et laisser mes ennuis sur la blessure de mon âme, mais je vais parler, et dire ce que je pense. À demain.

jeffjoubert

__

COMPAGNON D'UN MOMENT ...

Elle était assise solitaire
dans ce petit resto
de la rue de la Huchette
à la seule lueur intime
de bougies rouges posées
sur les tables désertes ;
des fresques couvrant les
murs invitaient au voyage ;
la serveuse apporta
le plat de boulettes
accompagnées de riz
et d'une pomme de terre au four ...
je prendrai du vin ...
Oui, rouge ou rosé ?
Que me conseillez-vous ?
Nous avons un délicieux vin de Crête ..
Ah, ? ... oui, je vais goûter,
du rouge alors.

Un chat,
- une perfection,
tout noir taché de blanc
au bout des pattes, sur l'œil,
et, telle une mouche
posée sur son nez rose,
un point noir -
monte la garde près de la table ;
museau levé, il attend ...
Sollicitée, elle le caresse
et dit « je sais ce que tu espères »
alors, avec précaution, la langue
du chat part en reconnaissance
du petit bout de viande
que lui tend la main.
Les prunelles de velours sombre
se lèvent et quêtent à nouveau.
Tu en veux encore ...
Et le jeu tendre s'achève
quand le chat repu se lève
et s'en va.

Dzovinar

__

MATIN VERT

Aux tempes de l’homme
S’agrippent les temps anciens
Quand l’horizon n’était que reflet sombre
Au bord du cil
Patience ! Le moment viendra
Où tout sera lavé
A la sortie de ce long sommeil
Les arbres dévoileront leur chair tendre
Et les rues frétilleront
Les draps de l’eau se mouvront
Au rythme de l’étreinte du ciel et de la terre
Écoute, les entends-tu se chercher ?
Le matin vert est annoncé
Déjà sur tes lèvres fendues
Le jour a posé ses éclats

Yasmina Teterel

__

Gris, gris, gris…

De ma fenêtre le ciel est gris
Des gens se pressent je ne sais pourquoi
La rue est remplie de débris
Et les chats hurlent sur les toits.
Je suis enfermée dans ma chambre
La musique inonde les murs
Est-ce le mois de mai ou décembre
Je ne sais plus, je te le jure.
De ma fenêtre le ciel est gris
J'ai la tête farcie de pourquoi
Mon intellectuel est tari
Une cigarette me tend les bras.
Plus rien ne compte, je divague
Le soleil peut pointer son nez
Je lui dirais peut-être une blague
Ou l'inviterait à dîner.
De ma fenêtre le ciel est gris
Je vais refermer les volets
Entends-tu la petite souris
Te chantonner un petit couplet.
La mélodie s'est égarée
Quelque part au fond de la nuit
Ma chambre je veux redécorer
Pour emmenoter tout ce gris.

Sandrine

__

PÊCHEURS NOCTURNES

Les nuits ont parfois
D’étranges visiteurs
Clairsemés sans loi
Aux lèvres d’une mer
Tassée de senteurs
Et plate de lumière.

Un corps de crécelle
Hante leurs faux filets
Mouillés d’étincelles
Et le brouillard élide
Ces crimes désuets
Par souffles translucides.

Des cloques bizarres
Éclairées de dentelles
Coiffent de raies noires
La stelle du rivage
Qu’épie l’eau de miel
Aux couleurs de mirage.

Des propos épais
Ricochent par taillis
Au sable muet,
Et la grotte danseuse
S’ouvre aux facéties
Des algues gracieuses.

Et quand le ciel cire
Même serait sceptique,
Alors pulsera
Le rituel harmonique
Perlé d’un zéphir
Au son d’harmonica.

Stanislas

__

RÊVE D’HARMONIE

Il était un soir
Où nous marchions,
Tout deux dans le noir,
Laissant seul le silence
Trahir l'émotion
Qu'abritaient nos sens.

La lointaine lune
Allumait d'un reflet
Le miroir constellé
Du sable des dunes,
Et que seuls brisaient
Nos pas rapprochés.

Tournés vers la mer,
L'oeil noir d'une roche
S'ouvrant lentement
Dans ce bleu d'éther
Que nulle onde n'écorche,
Nous stoppait souvent.

Un fin courant d'Est
Invitait les yatchs
Dans une valse lente,
Et le bruit de rames prestes
Retournant à la côte
Meublait notre entente.

Alors, tour à tour,
Les coques jaunies,
Fantômes en ombres,
Perçaient les détours
De notre étourdie
Et belle admiration.

Dans notre aire sombre,
La nuit se fait jour.
C’est l’indiscrétion
D’un filet d’argent
Qui rend nos deux ombres
Proches comme un gant.

Puis nos traces s'en furent,
Chacune de leur bord,
Laissant le sage soin
Aux tièdes frissons purs
De combler ces pieds morts,
En versant leur chagrin.

Et les proues des bateaux
Lui servaient de chemin
Qui de loin se perdait
Dans le feu du halo
D'un projecteur d'étain
Que longtemps je fixais.

Je n’entendais plus
Les vagues d’étale
Sous la claire brume,
Roulant leur bruit nu
De feu qui s’allume
Ou qui s’éteint mal.

Stanislas

__

CROQUIS MARINS

Une âme borde un foc sur l'océan sans porte
Et les vapeurs des champs versent comme des mains
Leurs senteurs qui choquent, morcelées de chemins,
Qu'un vol de goélands sans alphabet rapporte.

Le mûrier s'étoile d'abeilles et d'oiseaux,
C’est un orgue emphatique et peureux, car écoute,
C'est le vent du levant qui recherche sa route
Et qui compose en brins tous ces refrains nouveaux.

Et les sables ingrats tuent les vagues si rondes
Qui vautrent leurs corps sur ces curieux époux.
Cet incessant trépas nous suit jusque chez nous,
Et ces sanglots de mort semblent d’un autre monde.

Quand un murmure pieux fera tomber le jour
Et le soir qui se peint, que la lune qu'On lève
Confessera la mer en lumière de rêve,
Chut !... Notre tour sera de composer l'amour.

Stanislas

__

CROQUIS URBAINS

Des chats mystérieux
Sur les cheminées pâles
Qu’engloutissent les cieux,
Tintent d’un ton d’étoile.

La ruelle sauvage
Brille comme un étang
De six ou sept étages
Épisodiquement.

Cuits comme un fleuve lourd,
Le rire clandestin,
Un enfant, son chien, courent
Avec un air festin

Pour le jeu solennel
De secourir du pied
Le navire et sa belle
Des grands égouts hantés.

Quatre fumées s’affichent
Dans un ciel qui se tord
Près du terrain en friche
Qu’abritent près d’éclore

Trois lys en deuil étrange.
Mais loin des feux ternis,
Des ombres se dérangent,
Sans bruit, et c’est la nuit.

Stanislas

__

Naïve pensée…

Elle s’étire au milieu de l’herbe parsemée de rosée fine et tend ses pétales arrondis comme autant de bras vers les rayons du soleil naissant. Timide couleur noyée dans un vert monochrome, la fleur se dresse vers le bleu d’un ciel encore vierge de tout nuage. Sa corolle fragmentée offre un velours à la bise qui la frôle tout bas. La pensée sauvage sourit à son paysage, frémit sous quelques battements d’ailes au-dessus. A ses pieds, la terre meuble se soulève pour la balade d’un corps rampant ou au passage de pattes qui vont par mille.

Pendant de trop longues heures, l’ombre couchée du grand châtaigner à côté, la plonge dans le sombre d’une nature chuchotante. Dans cette nuit du jour, la mignonne s’avachit sur sa tige et patiente, courbée.

L’après-midi chasse la tâche noire de la chlorophylle en brins et installe une tiédeur délicate. Un bourdonnement approche. Le souffle de l’air battu par des ailes transparentes, éparpille un peu le discret parfum de la fleur alentours. Un bel insecte butineur a choisi de poser son abdomen sur le jaune mousseux, au cœur de la belle. Sous le poids de l’occupant, les étamines ploient, offrant un pollen mêlé aux dernières perles matinales. La pensée reçoit la caresse de mandibules et devine sur elle la forme d’un dard, ici sans danger.

Plusieurs paires de pattes la fouillent sans gêne. Flattée par tant de faveurs et par cette ardeur nouvelle, elle danse sous les assauts répétés de l’insecte. Dans les facettes des yeux inquisiteurs, elle renvoie le violet de son étendard. Derrière les lèvres striées, le calice s’ouvre davantage pour que le meilleur soit donné à l’occupant. La fleur ondule jusqu’à ses sépales et ses stipules.

Le vent d’un envol soudain l’a fait s’incliner. Là, autrement orientée, elle s’attend au retour de cet inconnu venu la visiter. Le bourdon qui la quitte est aussitôt remplacé par un autre beaucoup plus pénétrant. Naïve pensée qui s’imaginait être l’unique hôte de cet amateur de nectar. Elle le regarde butiner déjà quelques pâquerettes et boules d’or aux formes accueillantes.

Vidée de son trésor, elle cherche alors le soleil pour qu’il la nourrisse de la chaleur qui lui a été enlevée et espère que la nuit à venir sera la dernière.

Immortelle pensée (suite sans fin de la naïve pensée)

La nuit fût mouvementée. Le calme n’a pas réussi à s’installer dans le pré. La bise est venue avec son amant, grand froid dominant. Jusqu’à la relève du jour, ils ont piétiné le gazon et ses couleurs, agité les branches, fait pleurer les arbres même.

Tête baissée depuis sa solitude, la pensée n’a pas lutté. Son cœur, vidé de sa substance par les pattes velues de la veille, ne pouvait pas affronter ce vent courant sur lui. Sa tête a hoché dans le sens de la négation secoué par le vacarme du noir. Solidaires du centre malmené, les pétales l’ont souvent recouvert. Sous le gibbeux d’une lune distante, la fleur s’affaissait. Puis, pliant sous le souffle des deux amants à nouveau réunis, le bois à côté a rejeté une famille à découvert. La mignonne d’un autre jour s’est froissée sous le sabot d’un poil rayé courant derrière sa mère vers un autre refuge.

Ce matin, la fleur ignore le vertical et le lisse. Agonisante, elle ne sent plus rien. Le violet a envie de faner autour d’un jaune qui commence à passer.

Une nouvelle fois, la terre se met à trembler. Pourtant, à la place d’un écrasement c’est un enlèvement qui surprend la fleur. Retenue à sa tige, la voilà soulevée par deux doigts potelés et posée au creux d’une petite main. Du haut de son déplacement, elle aperçoit les restes des pâquerettes et boules d’or à la beauté agonisante. Leurs senteurs aguichantes et leur arrogance n’ont pas tenu en respect les amours et cavalcades nocturnes. Leurs formes n’en ont plus. Certaines sont déjà mortes.

Plus tard, la naïveté de la pensée est doucement rangée sur le rose d’un buvard, répartie entre les pages d’un cahier, savamment aplatie par le poids d’une encyclopédie.

Elle rejoint là d’autres délicates, accède au rang d’immortelle. Il ne manque que le parfum pour distiller ses pensées et dédier son velours épargné à ces belles rivales à l’éphémère charme.

Myrine Leroy

__

Soleil Meilleur

l'équinoxe éblouie qui jaillit des entrailles
assiste à l'agonie et puis aux funérailles
devant la sépulture des récits du futur
s'entassent, ébahis, les morts de l'aventure.
Les survivants ont fui, vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs...
Et les miroirs obscurs, reflets de nos errances
comme des mouroirs nocturnes, enterrent nos absences
elle se promène seule, ta futile nonchalance
elle-même abandonnée par ton indifférence....
tes pas seuls pour marcher sur les ombres de tes rêves
te suivent et te précèdent, tu perds ton équilibre
tu as ouvert un arbre ,tu en as bu la sève
tu as cru qu'en rêvant tu pourrais être libre....
Les survivants ont fui vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs...
berger d'un grand mystère, tu conduis ton troupeau
à l'intérieur des terres où t'attend du pipeau
tu leur feras entendre des clameurs en morceaux...
moi je fuis vers les flots des marées intrépides
là où le sable froid dessine des cœurs stupides
j'aime le vent, les tempêtes, et surtout l'horizon
et même si je me noie, j'aurai de bonnes raisons...
les survivants ont fui vers un soleil meilleur
constellation pourrie de multiples chaleurs
où se mêlent putrides nos innombrables odeurs

Virginie

__

Le crapaud, ma chère, est une espèce peu recommandable, croyez moi
Vous avancez par là, sur ce chemin de campagne aux abords fleuris
Vous, ma chère, vous dans votre robe légère, nymphe, et jolie
Il est là, tapi sous les nénuphars, n'attendant que sa proie.

Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il vous sent venir de loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Vous. En attendant il fume un joint.

Vous avancez là, avec vos envies vos doutes, sans refaire la chanson
C'est vrai que vous êtes belle avec vos sentiments neufs et vos atouts
Il sort de sa cachette, voilà qu'en deux bonds il est devant vous
Le crapaud vous tient à peu près ce langage,
Un peu drôle un peu fou
Il s'emballe il s'engage
Il s'en fout
Vous riez
C'est l'essentiel
Il sait qu'il a réussi sa mission.

Ma belle ma belle (oui il répète pour s'assurer, comme on se racle la gorge)
Vous êtes la plus belle (vous ne tiquez pas, c'est tellement agréable et rare)
Je voudrais tant vous montrer, ils sont de toute beauté, mes nénuphars
Le bougre travaille ses rimes, et vous voilà belle comme un rouge-gorge.

Regardez-vous bon sang, il est là tout laid et tout petit, vous baissez les yeux
Votre naïveté vous enlève toute conscience de vos envies profondes
Qu'espérez-vous ? Un autre conte de fées ? Au fond de vous je gronde
Courrez, partez, ma chère, sauvez-vous avant de casser tous vos œufs.

Trop tard je sais. Au premier baiser le voilà beau grand fort jeune dynamique
Il vous fait tourner la tête et le reste, vous embrouille de ses larmes de prince
Triste of course le prince. Comment ça me gave ça. Ma chère je vous pince
N'y croyez pas une seconde, rappelez-vous il a faim, mais pas de panique.

Si vous gardiez la tête sur vos épaules, si vous l'écoutiez tout de suite
Au lieu de regarder au loin, au lieu de n'écouter que vos rêves
Vous le verriez crapaud sous des atours de prince sans sève
Vous le verriez crapaud ... ahhhhhh, nooooon, voilà qu'il vous incite !

Le tourbillon du sexe, des mots et même des attentions charmantes
Le tout sous les nénuphars, vous êtes totale comblée
Le retour à casa est violentissime je vous trouve hébétée
Il vous manque tout le temps, vous lui manquez à minuit tapantes.

Alors il sort son ultime grand jeu de crapaud mal léché
Des larmes et des grands mots, vous êtes, très chère, en aviez-vous douté
La femme de sa vie ! De mails en courriers, les nénuphars sont équipés,
Il vous embarque toujours plus loin, dans l'ordre suivant : coulée, touchée.

Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
Vous voilà d'un coup mère et amante et tenue au secret
Enfant parfois dans vos colères qu'il ne sait apaiser
Alors qu'il en est l'auteur, le bougre, il est l'auteur de toutes.

Petit bateau fragile que votre sensibilité, vos envies et vos doutes,
vous voilà en larmes il s'en sert de parapluie
vous voilà en armes il s'en sert de paravent
vous voilà triste il s'en sert de distance
vous voilà amoureuse il s'en sert de vitamine
vous voilà prête il ne l'a jamais été.
Prout.

Le crapaud, ma chère, ce soir, il est libre et il la sent venir de loin,
Ce soir il se morfond de solitude, il est joueur et concentré du nez
Ce soir il a faim, ma chère, et il est bien incapable de se passionner
Pour lui même par lui-même il lui faut quelqu'un. Elle. En attendant il fume un joint.

Qu'espériez-vous ? Un autre conte de fées ?

Luna Barbare

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La quête de l'âme sœur est celle de la couleur complémentaire, quand elle voit rouge, vous voyez le jaune vert, elle panse vos bleus et votre colère orage aussitôt se range. L'orange l'affole et vous le savez !

L'humeur sauvage, vous allez d'îles en îles découvrir sa pensée, vous qui la savez aussi belle et mystérieuse que la couleur bulle. Si je me permets de parler d'amour, c'est évidemment parce que je n'y connais rien, c'est une absence et donc j'observe. Autour de moi, la terre tourne, des couples se forment et s'effritent, accompagnez-moi un instant dans ce voyage, il va prendre corps, et plaisirs, car vos yeux vont lui offrir un cœur :

Lui abricot et elle grenat, pas mal non ou l'autre et peut-être est-ce le votre. Je ne vous souhaite pas l'aubergine marengo, il sonne faux, voyez plutôt l'ébène tango, ce couple m'apparaît moins sombre, plus rigolo. Plaisir des mots, les lèvres pourpres offertes aux désirs, allons, replongeons dans ce tourbillon de ton, le bronze olive et les cerise pistache sympathiques, mais ils sont difficiles, un peu complexe, des glaces aux narcisses et des éclats de fric, surréaliste. Non, allons un peu de patience, nous devrions tomber d'accord et je vous ai avertis : l'amour pour moi est un silence ou un langage des signes. Tellement étrange cette musique, le scénario est inscrit quelque part, mais la partition est indéchiffrable. Je n'y comprend rien d'accord, mais le béotien que je suis n'a aucun rêve de couleur, sa vie est noire et blanche. la voyez-vous cette plage ?

Non ?

Un petit effort, le sable est serin, sous des serviettes, l'homme crevette la femme tango, suivaient leurs regards comme eux suivent ces vagues qui dansent, les voyez-vous les cocotiers et le ciel outremer ? Elles vous bercent ces ailes, non ?

Le perroquet et l'oiseau mouche offrent leurs plumages, là, à vous d'inventer, les rouges, les verts et leurs nuances, tomate, topaze, mastic moutarde ou prune. Moi, ce que je vous ai offert, ce sont juste les couleurs primaires, et comme je ne suis pas une lumière, ce sont leurs effets pigmentaires. La vie est un tableau clair/obscure à l'intérieur duquel le navigateur avance au petit bonheur la chance, vous ne croyez pas ?

jeffjoubert

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SMS

Jeunesse impatiente
qui ne connaissez
des mots, que la phonétique
pour courir plus vite
de vos sms
vers celui ou celle
que vos vœux appellent.
Que saurez-vous
des tourments,
des supplices et
des joies indicibles
où nous plongeaient
autrefois, fébriles,
l'attente, l'espoir
d'une missive ?

S'il existe un lieu
où rien ne se perd
où subsistent toujours
aussi vives, nos émotions
ce sont les souvenirs
où l'on peut à l'envi renaître
aux doux plaisirs d'antan,
cet heureux temps
où les lettres
étaient, de la vie,
les plus précieux présents.
On en gardait les feuillets
dans une boîte, au secret,
en y glissant avec des larmes
un brin odorant de muguet...

Dzovinar

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Les plus beaux paysages

Ils ont leurs formes particulières,
ou ils sont plutôt habituelles
on y voit des gîtes de foulières,
tout en observant plein de ruelles.

Toutes ces eaux marécageuses,
qui nous ont données des rivières
on en fait le bain aux plongeuses
et rajoutées sur les lacs des lierres.

Et bien ! qu'en dire des collines ?
Ce sont des connes en relief.
Les montagnes sont des mines,
des gisements en forme de bief.

Entre les arbres on a taillé,
toutes les feuilles débordantes,
c'est la forêt, aucune allée,
la voie créée est élégante.

Les gens admirent leurs beautés,
et, ils en forment des tableaux
tous émus par leurs qualités,
là, ils les peignent en îlot.

Divine Kanza

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A Des Nuées de nous…

La molécule reine a bâti sa spirale
pour sceller dans l’espèce l’estampillé dédale
d’un génome dont l’empreinte à l’ancre d’un index
S’est fixé à jamais sur les pages d’un codex.

J’aurais pu naître fleur, m’empétaler la vie
déployer mon calice à des champs éblouis
Me laisser effeuiller par une fille en fleur
espérant sur ses lèvres d’un amour la liqueur.

J’aurais pu naître chêne pour que dans ma ramure
Chante tout l’univers quand le vent y murmure
Ou caresser le ciel de mon feuillage malin
Qu’un couple de mésanges aurait rendu taquin

J’aurais pu naître lionne sur la terre d’une Afrique
Et chasser l’antilope en une course lyrique
Où rugirait Berlioz comme un Faust damné
Qu’une morsure de diable aurait déchiqueté

J’aurais pu naître vers et labourer la terre
Comme une vieille charrue que pousseraient mes frères
mes anneaux serpentins traceraient un sillon
Où le bec de la pie y trouverait mouron

Comme la fleur, le chêne, la lionne ou bien le vers
J’ai dans ma chair des nuées qui tous nous unit vers
La vie la mort la vie sur la même clef de sol
Celle qui nous joue poussière sans dièse ni bémol

Cécile Delalandre

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J'entends mendier les bruits des secondes
J'échancre la nuit d'extravagances et j'oublie le clapotis des baisers sur la peau du cou.
J'entends mendier les bruits des secondes et j'assemble, en cousant de fil de préférence blanche, les morceaux du corps découpés en tremblant.
Pour ne pas qu'ils se referment en claquant sur les lèvres du vent, je glisse le pied dans l'entrebâillement des jours. J'apporte les plis du temps et les range dans les casiers de lumière.
Les bras chargés de goûts, j'avance sereine et reine, nue dans un déshabillé de vertu. J'ai les souvenirs pour corps.
Détacher le touché de la tendresse, et l'affection n'a plus de caresses. Les corps engourdis de leurs sensualités ne sont plus que des objets érotisés à baiser. La langue tourne en merveilles les sens mais le cœur est tu à toi. Et quand il est là, c'est décharné.
Que l'on enlace une mère, que l'on baise la joue d'un frère, et que l'on parle à son père.

Thétik

__

comment faire de la poésie sans recourir aux images ?
entrelacer les plans immanents à notre aventure ?
il a rencontré une noueuse de liens
attachés dans le dos les monts se prélassent
tu voudrai marcher sur du plat
mets pause là sur le gâteau les mains s’interposent
ton souffle réflexe lève un second vortex
soudain la bête en toi a froncé les yeux devant
les fraises rient
vaste pantomime ! la crème tortille ses ris
quartiers d’orange flaque et clémentine
tu penses ailleurs mais ton corps se vide
rouge est la peur ton front saigne en vain
signaux, signaux l’éclairent les idées se faussent, fausses
indécentes, rivière, porte, sans mur, au milieu de rien
.
cette idée, levier, force, mystère mécanique, pressions, sans doutes, mal agir. mal agir. comprenez bien, au bout du résumé, résonnent les paroles enfouies en soi, et quelques montres regardées frénétiquement au coin de la rue, des grands magasins, oh oui des grands, être coupable partout mais désert à l’intérieur, être soi en un lieu du pardon inaccessible, enfermé dehors, au mauvais endroit, au mauvais moment, être partout, être avec tout le monde, et tout savoir, dans un lieu, seul, et désapprendre.
.
ponctué de clins d’œil à la force, à l’assurance, au pain chaud, à la liberté, à l’amour, à la désinvolture, à l’allant, en prenant, au tournant ! aux normaux quoi, les gens qu’ont pas de problèmes, qui sont cools, un peu cons ou un peu naïfs ou un peu hyène, ou les trois en même temps, en tout cas, sympathiques. On the tracks.

Auddie

__

LE CAFARD

L’ami s’est enfui
Et je fixe en rêvant
L’air devenu gris
Qui traîne sur les champs.

Les couleurs pâlissent.
Le vent retient son souffle
Et la vague esquisse,
Et mon âme s’étouffe.

Tout est silencieux.
C’est la honte qui croît.
Un plan malheureux
Vient d’y être élu roi.

Un hôte invisible
Sous un calme rideau
Vient, imperceptible,
Pour nous percer le dos.

Les barbelés font
De bien curieux colliers.
Ces larmes de fond
Sont un champ pour geôlier.

La mue des paresses
Qui fige la nature
Au cœur en détresse
N’est qu’un immense mur.

C’est l’hiver sans soie.
Plus personne ne court.
Les moineaux seuls renvoient
Leurs vols au bruit sourd.

Stanislas

__

alternance de je et d'eux
le roman en une fois tous, et moi au travers
aujourd'hui,
ici,
Nous sommes les seigneurs.
Nous disposons du lieu qui enflamme la foule. Hôtez mon drague et
la moiture me fait des airs brutals
dans ces quand frond
la bute au comal
suai la pique en chemise
et sous ton tai lévateur
la pilule en dessous
le flic qui danse
la robe rose café
donc les idoles
drôles dévalent la conscience
je me m'y amète
m'allège ma compaque
le gît de l'homme deux cent tards, bourrés d'alcool fraîche à roussir
le blanc du signal
N'a sonné qu'une fois

Auddie

__

Goût de Terre (Pantoum)

Goût de terre dans ma gorge
En vomirai-je le fiel ?
Pour qu’enfin ma salorge
Redevienne mon ciel ?

En vomirai-je le fiel ?
Que ma douce langueur
Redevienne mon ciel
Loin des heurts et des leurres.

Que ma douce langueur
Où s’ébrouent mes tourments
Loin des heurts et des leurres
S’évaporent les amants.

Où s’ébrouent mes tourments
Dont je fais mes délices
S’évaporent les amants
Dans des feux d’artifice.

Dont je fais mes délices
Sacrifice rituel
Dans des feux d’artifice
Qui agitent mes ailes.

Cécile Delalandre

__

sur l'oreiller de ses pieds
ignorant que je dors
ignorant que je ne dors pas
ignorant de mon sommeil
la seconde d'avant
d'avant mon sommeil

je me souviens quand je dormais
profond profond
profond
dis-moi l'ange as-tu déjà dormi comme moi?
profond, profond
dis-moi l'ange as-tu déjà dormi?

Marie-Agnès Michel

__

Les feuilles mortes Les feuilles mortes sont tombées, les feuilles mortes en sont soufflées.
Les feuilles mortes ont été aspirées, elles sont maintenant ramassées.
Les feuilles mortes sont tassées, elles sont maintenant broyées.
Les feuilles mortes sont transformées, elles sont maintenant recyclées.
Les feuilles mortes sont décomposées, elles sont maintenant compostées.
Les feuilles mortes sont enterrées, elles sont maintenant mycorhizées.
Sur ce terreau renaitra au printemps plus tard une fleur
Cette promesse de fleur ne sera pas un leurre
Combien de feuilles tombées pour une seule fleur naissante
Les graines de cette fleur feront germer à leur tour d’autres fleurs renaissantes
Parfois une feuille est mise à sécher dans un livre
Cela ne donnera jamais de fleur voulant vivre.

Rémy

__

L A – B A S

Là-bas : les maisons aux tons d’écume
pointillent l’azur,
quand en Méditerranée
il se noie.

Là-bas : les palmes bercent les étoiles
dans leurs draps de soie marine,
sous un clin d’œil de lune.

Là-bas : la feuille d’amandier s’efface
devant la beauté rosissante
de sa flore
pubère.

Là-bas : la sérénité de l’aube exhale
des senteurs ardentes
de fleurs
d’oranger.

Là-bas : la nacelle du pêcheur
glisse sur la mer d’huile
qu’embrasent les flammèches
des lamparos.

Soulevant la terre de mes grenadiers
en volutes de safran,
le vent de l’absence brouille l’image
de ma nature

Restée… LA-BAS…

Fanie Vincent

__

V E N E Z I A

Serenissima fascinante Sirène
Emergeant de l'onde où se noie ton déclin
Sur tes canaux véronèse glissent les gondoles ébènes
Entre ciel et mer, cité aux reflets divins.

Tes coupoles byzantines, lourds ballons d'Orient
Jouent avec la légèreté des pics flamboyants.
Tes ruelles labyrinthes, touches de clair-obscur,
Mêlent, au soir assoupi, palais et masures.

Aux frissons argentés de l'eau
S'oppose la pesanteur des colonnes monolithes,
Les miroitements des proues qui palpitent,
A la stature figée du Campanile San Marco.

A Venise, les clapotis d'un étroit canal sur la pierre moussue
Bercent longuement mes vaporeuses rêveries,
Sous le masque opalin, Colombine et ses facéties
Se penche sur toi, Arlequin de ma vie décousue.

Fanie Vincent

__

... nous n'irons plus au bois, trop de choses y sont enterrées, laisse ces lauriers, la belle, viens plutôt te noyer dans l'étang...
Où vague l'âme, éternelle répétition, grâce à quoi on peut s'amollir. Le printemps a traversé les obstacles, ce soir. Bouleversante gratitude. On peut répéter les mots tant qu'on veut et on peut
je peux dire
je t'aime
au printemps si je veux. Car ce soir il a passé tous les obstacles. Et malgré tant combien j'ai résisté il a été plus doux. Il a été plus tendre malgré tout j'ai brûlé. Lorsque j'ouvre la bouche pour respirer.

On suit le canal jusqu'au fleuve, on suit le fleuve jusqu'à la mer, au fond de la mer on retrouve l'étang, où la belle s'est noyée, où le printemps l'a pêchée. Il me l'offre contre un je t'aime, dégoulinante de vase, mais j'ai des mots pour dire non aux branchies qui la flanquent. Nous n'irons plus au bois. Ni à l'endroit ni à l'envers.
Viens donc la belle, j'ai dit non trop vite. Nous vivions ignorants: voici mon corps pour être tien.

Marie-Agnès Michel

__

RENDRE L'AME

J'ai l'âme en peine, j'ai pas d'amant
L'amant peine à venir, l'âme pleine de soupirs
Peine à jouir, Dame!

Un soupir, aïe! des soupirs oh!
Des soupirs hauts au fond du soupirail

Je déraille tout de go, lames de fond
Rail d'Ouessant, rien qui vaille,

Le tournis dans les entrailles
Vite une gousse d'ail
Pour conjurer le sort
Avant de rendre l'âme.

Babette

__

LES BOULES

J'ai les boules, t'es pas là
J'ai les boules, j't'en veux pas
J'ai les boules, j'pense à toi
J'ai les boules, t'en fais pas
J'ai les boules, j'm'ennuie pas
J'ai les boules de Geisha!

Babette

__

Flâneries...

Les rues de ma ville, chaque fois que je m’y aventurais, s’auréolaient d’un halo doux insolite et fascinant. C’était au siècle dernier...

Ô Toi lecteur, qui me fait l’honneur de te pencher, devineras-tu de quelle ville il s’était agi ?

Alors suis-moi et regardons.
Tu veux bien ?
Imaginons...

Vers la droite, surélevé sur une douce colline, dominant un quartier engourdi par une vie immobile, se dresse, sombre, vétuste et vénérable, le dernier vestige d’une enceinte, offrant créneaux, mâchicoulis, serrures rouillées, portes criardes et fenêtres gémissantes...

De l’allée grise et large, ombragée d’arbres vieux comme les pierres, j’aperçois les pentes fléchissantes des toits ; les pignons dentelés ; les fumées ; le ciel lourd et bas que transperce une flèche hardie. Les vois-tu ?

Nous sommes sur le mont baptisé, autrefois ou naguère, par un amoureux des Muses.

Vois la vaste étoile de gazon frais rasé où fourmillent enfants aux cris aigres et doux. Un caillou vole ?
Cris, larmes
Un attroupement
S'en suit
Une boule écarlate sautille,
Roule, rebondit.
Les enfants courent et rient,
L’attrapent.
Plus de larmes
Ni de cris !

Entends comme le trottoir devient soudain sonore. Les pavés sont tout petits,
Déchaussés
Pointus
Mauves ?

Voici que nous frôlons le mur d’une chapelle fragile, tant elle ploie sous le poids des jours. Si ce n’est sous les larmes de tant de Madeleine qui vouent un culte à Rita, la Sainte, patronne des filles,
De joie !

Voici encore qu’une bâtisse d’allure ancienne, étonnée d’avoir survécu, elle aussi, précède tout un rang de très vielles maisons fort amusantes. Elles se rient, ces vieilles, de leurs balcons fleuris ; des lézardes des vieux plâtres ; de leurs vitres aux reflets verdâtres.

J'imagine que derrière cette massive et sombre porte cochère, une main à lourdes bagues tourne peut-être lentement une clé énorme, dure, grinçante ? Rouge, peut-être ? Tu souris ? Dans ta barbe ? Oui ! Ici c’est le rendez-vous des vieilles choses où j'aimais musarder...
(A suivre ?)

Pomponette-casse-cou-miaou

__

le jour me lève

Soleil soleil
que sont les conséquences d'antan ?
la lucidité n'empêche pas l'aveuglement
elle l'éclaire assurément

Constellée de signes,
ma peau parchemine
griffée par les temps
mais que sont les conséquences d'antan ?

réalité jamais n'est ce qu'elle apparaît
l'âme guettée, sur le qui vive
dans l'invisible j'ai pénétré
mais jamais question ne répond
que sont les conséquences d'antan ?

les semeuses éperdument bêchant moissonnant les champs
l’utile nourrit l’inutile les mânes au bleu jetés dans le firmament
gonfle chaque an et bourgeonne le printemps
mais que sont les conséquences d'antan ?

l’imperfection est clé du mouvement
infinis paysages l’indistinction me prend
sage sagesse porte la vie en silence
mais jamais ne sait à l’avance
que sont les conséquences d’antan

Nour

__

Je suis la mort,
Et si je regarde les forêts
Je te vois
Si belle,
En fuite devant moi
Qui te désire

Car tu es moi
Et si tu crois
Ce que je sais,
Si tu espères
Ce que je suis,
Alors
Tout finira ainsi.

Anonyme

__

Aime.

L'amour est un présage,
Un accomplissement de soi même,
Il passe à travers les âges,
Il grandit là où l'on sème…
C'est bien la voix des anges,
ces cieux que l'on voudrait toucher.
Cet autre qui ne veut pas que l'on change,
La vie est faite pour aimer.

Laura L.

__

La ronde du temps.

Quand le temps s'égraine,
Et que l'on court à perdre haleine,
On se retrouve dans cette ronde
Où chacun compte les secondes.
A cet instant rien a de sens,
On oublie tout et puis l'on pense…
C'est là que toute une mer se vide
Pour revenir plus limpide.
Le passé nous apprend à vivre,
On est là aussi pour le pire.
Le temps nous montre que tout passe
Et que seul l'amour ne s'efface.

Laura L.

__

Il faut parfois des mers et des océans,
Des montagnes, et tout ce qu'il y a de plus grand.
Il faut aussi l'envie, la force et l'espérance ;
C'est un long chemin depuis l'enfance.
Il y a tout au long, des silences et des voix,
Des visages, des danses des luttes et des choix…
C'est comme dans un comte écrit pour les plus sages
Et à tous ceux qui voudraient bien tourner les pages.
Il faut du temps, du courage et aussi la foi,
Un peu de nous, de nos cœurs, et chacun de nos pas ;
Pour que toujours et partout survive à nos folies,
Ce trésor que nous cherchons parfois longtemps : Le Bonheur à l'infini…

Laura L.

__

CHEZ MOI

La porte mal vitrée donne
Un éclairage étonnant.
Tout est propice moment
Pour les souvenirs d’automne.

Forcer un tiroir qui coince,
Fouiller dans sa jungle sèche,
C’est la cuillère qu’on lèche,
C’est mon âge qui s’évince.

Do, mi, la… tout se souvient.
Seul dans le grenier qui grince
Rêvez-moi si je me pince
La lumière est de fusain.

Sous le sabot de l’orage
J’épie d’un coin familier
Le silence meurtrier
Des fourmis anthropophages.

Je suis l’enfant qui se cache.
Le moutonnement des haies
C’est tout en moi que je l’ai
Et ceux qui rient sont des lâches.

Le ciel couvre le plafond.
C’est si tentant qu’on s’y trompe.
La mer est prête à tout rompre
Dessus le parquet profond.

La chambre jaune au coffret
Fait de l’escalier noueux
Un chemin fou tout boueux
Si familier qu’il effraie.

L’armoire est une serrure.
Je m’y loge et j’en ressors.
C’est comme si maints trésors
S’étaient perdus dans ses murs.

Un rire à l’Eau de Cologne
Chassent les démons odieux,
Doux massacre pour mes yeux
Plantés comme une colonne.

La maison des petits vieux...
Hi ! Hi ! Dedans tout est faux
Depuis le sèche-manteau
Jusqu’à leur porte-cheveux.

Leur chien, leurs souliers minables
Sentent le papier jauni.
Leur bol en cuisine aussi
Doit avoir un goût de sable.

Mais nous quand aux heures creuses,
Fondus sur l’herbe coupée
Les enfants jouent les croupiers,
Rêvons aux siestes frileuses.

Sous l’éclat du Rivesaltes
Tout semble un beau point de vue.
Le balayeur de ma rue
Fauche son grand pré d’asphalte.

Stanislas

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......
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Oh je raconte je raconte

je raconte un vrai truc tu vois

je raconte avec des images, -mots censés-, les gouttes de pluie tombent d'en haut, les paysages s'alourdissent à mon réveil: non! pas lui ! comment va t-il nous décrire?

Mais beaux paysages, vastes romans, photos ratées souvenirs velus, main sur ma fesse corps défendu. Oui je me lève, et vous? jolis paysages... relaxez-moi, je ne vous mettrai pas dans des cases, je ne vous tuerai pas. Je vous laisserai vierges. Chez moi la pluie remonte le long des gouttières. Ecrans. Ecrans! je vous vois! vous êtes blancs, en dur, ne le dites pas, êtes-vous bien du voyage? Mais toutes ces choses que je vois, n'est-il pas d'étages, de niveaux, de plans? N'êtes vous pas réels? Un décor, c'est ça? Et que dire de mon ciel? langage soutenu par des étais en plastique, ornements justes bons à manier la parole, mais l'image? non? je ne vous dirai pas! Car je ne sais pas! Et l'image? La lecture, je le sens bien, après nos disputes d'hier soir, nos déconstructions, nos bouderies arythmiques, en suspension bien-sûr les images! qu'est-ce qui nous reste? ! Qu'est-ce qui nous tient? La fable? Le ressenti? L'amour? Comment traduire un de ces jours la magie des mots passés à la moulinette ! ? rien de ce que nous avons dit hier ne peut être retenu. Mêmes désirs, aujourd'hui, et hier! Même confusion, même fêlures en suspension. Nous nous dirons les choses à la lumière, soit! Alors toi, toi paysage! Toi, le vent! Vous me faites chier avec votre logique, vos images, vos verbes, vos mots vos rythmes vos paresses incompressibles! vous êtes vrais je vous entend! vous êtes dehors et mes mots ne sont pas loin d'une fièvre, j'ouvre la brèche en moi: je veux vivre! intensément! et je ne comprends pas toutes les choses, ça forcement! Et je le dis, le traduis, décomplexé du verbe, oh oui je vous entends! puisez-en vous la rage de dire libre! dites tout à jamais, en une fois, vous penserez: sordide? Oui, la vie l'est parfois, mais ne faites pas vibrer la corde de la contemplation. Les lois de la vie sont impénétrables. En ville, vous savez, nos mots valent de l'ombre. Séquences caméléons, dessins flous de l'existence, humour et bouts de ficelle, théâtre au bas de l'affiche, cinéma du dehors, écrans - nos yeux en délestage, je ne mourrai pas convaincu, qu'il faille dire des choses normales en ce beau jour ! Alors jouissez ! Bordel ! Jouissez!

La jouissance n'a pas de rimes! La jouissance n'est pas nette! C'est canal +! toute la journée!

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auddie

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Dans mon pays …

Il y a dans mon pays des soleils
Amis avec tous les enfants du monde
Des soleils des sourires éclipses des pénombres
Couleurs sans sacrifices pardons aux fruits vermeils
Il y a dans mon pays des jardins
Des enfants au visage sans larmes
Des jardins des oasis des parfums
Senteurs vagabondes essences d’oriflammes
Il y a dans mon pays des lumières
Des arcs-en - ciel des faisceaux volcaniques
Des lignes sans artifices sans cailloux sans ornières
Des courbes diaprées et des cœurs pacifiques
Il y a dans mon pays des prières
Des chants murmurés des notes salvatrices
Des cœurs d’anges chus sans nulle cicatrice
Il y a dans mon pays des mystères
Des lampes d’Aladin et des fleurs éclatantes
Calices de la paix cimes primesautières
Des roses aux bords des routes
Gps éternels elles pétalent d’insolence
Il y a dans mon pays des trésors
Des consonnes d’amour des voyelles de tendresse
Elles fleuvent elles rivièrent du Sud jusqu’au Nord
Elles étoilent des mers elles tissent elles caressent
Elles soufflent aux enfants des phrases et des gestes
En majuscules en capitales elles inscrivent dans le ciel
Il y a dans mon pays …

Carine-Laure Desguin

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Impression soleil couchant
Les vallées se lovent et lui font un lit
Le soleil de ses derniers feux luit
Je regarde les chemtrails
Des avions passant à tire d’aile
Le soleil au dessus des champs se dérobe
Dans le couchant en rose robe
Il disparait pour renaitre d’une aube nouvelle
Il plonge derrière les cimes bordant le ciel
La brume nimbe de gris le ponant
Le soleil renaitra demain à l’orient

Manu Rêva

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L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
Le vrai amour est spirituel
C’est le seul amour éternel
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
C’est un amour très vaste
C’est un amour pur et chaste
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
L’amour pour certain est le seul pain
L’amour le plus pur est celui du prochain
L’amour est un paysage
Cela ne veut pas dire sans nuages
L’amour ne se met pas dans un coffre
Cet amour je vous l’offre

Manu Rêva

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manu rêva au diapason de la justesse. de toute façon je m'en fout des règles

auddie

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Cette vallée perdue

oui, je l'ai découverte
au détour d'un chemin,
première lueur du jour.
l'eau du ruisseau disait
que la nature suait
la palette du peintre
ou les vers du poète.
et pourtant ici bas
la musique des cœurs.
ses formes et son parfum
m'enhardissaient encore,
et plus loin où j'allais,
plus loin je me perdais.
je me trouvais, sis là,
sans qu'aucun ne m'ait dit.
ce vallon-là, déçu,
"n'y pensons plus" compris-je.
je m'étendis là-bas
loin de cette eau si pure,
un murmure ici bas
me soufflait "croix-en moi".
je lisais dans ces yeux
des horizons perdus.

Job Serve.

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Tess

Le gilet de laine noire de Tess a un gros trou juste sur son sein gauche par-dessus son cœur ploum. Des courants d’air glacial s’y plantent comme des morsures de rats. Elle a mal. Ils s’infiltrent dans ses tripes pour y larguer des crampes qui s’agrippent méchamment aux parois de son vide. Ça lui fait des spasmes à l’âme et ça déchire la toile de son intime gouache. Elle a mal.

Tess ne veut pas mourir, Tess aime la vie. Mais elle se dit parfois qu’elle aimerait être folle comme quand elle était gosse, seule, blottie dans les draps froids d’un box aux rideaux blancs et près d'un pot de chambre qu'on aurait dit ciboire.

Morte, elle n'aurait pas pu voir qu’enfin sur l’accroc, quelqu’un se penche.

Quand Tess sort, elle enfile son manteau pour ne pas que l’on voit sa déchirure d’habit. On a apprit à Tess à se bien présenter, à se paraître toujours sur une vitrine digne. Tess s’est faite golem sur la grève de sa quête, ça lui fait un chemin qui s’efface dans le rien qu’on accepte avec grâce .

Tess a son Achille, et son talon d’amour, son père, sa passion, son mystère à jamais. Et tout ça, ça dépose comme une troublure de vie qui lui font se confondre des hoquets de désirs avec des signes d’amour.

Tess sait bien quand même que sous des airs de rien, sa chair pourtant est chair.

Tess est tant sur le fil que quand un mâle se pointe, elle se lui veut donner tous ses rêves et ses peaux que jamais on ne touche tant l’horizon est loin de ce qu’elle a rêvé qu’un Achille a promis.

Elle se veut tant donneuse qu’à force de mouiller, elle assèche le mâle tant elle se fait vouleuse…

Mais Tess se trompe toujours, et comme une éléphante, elle s’en va vite mourir sur un vit trop pressé qui ne voit pas le trou sur son gilet de laine qu’elle lui a comme un string trop voulu lui cacher.

Et l’amour se tire et chaque fois Tess pleure. Mais elle s’assèche vite et Tess se dit encore qu’il faudrait qu’elle soit folle pour qu’enfin il l’a veuille.

Cécile Delalandre

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Seule sur le sofa, je me laisse sombrer.
Le halo de la ville se fait caressant.
Là-bas, bien plus loin, on entend une sirène.
Les outils de l’artiste près de moi s’endorment.

De blanches ombres m’entourent
Protectrices,
Inquiétantes aussi.
Certes vous m’accueillez, mais je me sens intruse.
Je vous observe attentive et silencieuse.
Votre beauté me bouleverse,
Vos silhouettes me hantent.
Vous ne me voyez pas ; égoïstes, superbes.
Savez-vous seulement que moi aussi, j’existe ?

Soudain, s’accélère mon cœur
De son si vieux phono, du fond de l’atelier
S’élève une musique, impétueuse mais douce.
Ravel prend possession de l’instant et des lieux.

Quand l’Artiste n’est pas là, la nuit, les sculptures dansent.

Le Boléro nous prend, la ronde peut commencer.
Dieu, que vous êtes belles, si pures et si blanches
Dans cette Farandole au fond de la nuit bleue.
Je m’approche de vous, timidement d’abord
Quand l’une d’entre vous, la plus belle qui soit
Me touche de la main et me prend dans ses bras.

Elle m’entraîne avec elle tout au creux du mystère.
Au fond de la passion, dans le ventre du monde.

Ensemble nous tournons, maintenant réunies.
Votre blancheur de pierre ma chemise de nuit
Derviche en négatif étourdie de bonheur.

Enfin la Musique prend possession de nous.

Doucement vos veines de marbre se gonflent.
Vos regards, étrangement, s’emparent alors
De mes rêves les plus fous.

La poussière de pierre en volutes s’élève
Un lampadaire projette sur nous sa lumière
Accentuant ainsi vos allures de fantômes.

Je caresse des yeux une Mère à l’Enfant
Je m’y retrouve un peu, et te vois petit homme
Tu es là mon Juluan dans ce sourire si doux
Enfin grâce à la pierre, près de moi pour toujours.

Un couple enlacé s’embrasse tout près de moi.
Uni dans un Baiser Renversé, renversant.
Ensemble ils frissonnent de bonheur et d’extase.
Assurément ces deux là ne sont pas de marbre.

Telle l’œil du cyclone, leur étreinte m’aspire
Nous aspire, nous transporte, mais aussi me ravage.
Il n’est rien qui ne puisse jamais les séparer
C’est dans la pierre que leur amour est né
Dans la pierre à jamais il restera gravé.

Cette étreinte me renvoie notre solitude
Nous qui, hélas, ne sommes pas de pierre.
Mon mari, mon aimé, j’aurais tant désiré
Etre ta siamoise, pour ne jamais de toi
Etre un jour séparée.

Au milieu de la ronde se dressent deux mains blanches .
Jointes, suppliantes face à la laideur du monde
Elles sont les chefs d’orchestre de cette Sarabande.

Non loin de là une Vierge me sourit.
Nous échangeons un unique et complice regard.
Toutes deux savons la douleur du sacrifice,
Toutes les deux pleurons notre enfant, notre fils.

Derrière moi, plus loin, Orphée pleure Eurydice.

Mais voici que la musique s’atténue, dissipant avec elle le sommeil de pierre.

Mes amies noctambules reprennent alors la pose.
Compagnes de la nuit, vous êtes aussi mes sœurs
Nous sommes vous et moi les Filles de cet homme
Car à vous comme à moi, il a donné la vie.

Encore bouleversée de bonheur, moi qui sais
Je reviens au grand jour et renais à la vie.
En fermant les yeux, je calme mon cœur qui bat
J’entends alors le chant du burin sur la pierre.

Le Boléro s’est tu … mon père chante Brel.

Christelle

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Assise au bord de la route
le cœur lourd elle attend.
Au commencement de la route
ses yeux espèrent et ne voient pas filer le temps.
Le temps heureux du père qui en partant a pulvérisé son cœur d'enfant
Au bord de la route ainsi passent ses dimanches, ainsi meurt son espérance
Au bord de la route ainsi passe son enfance

Paulette

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Poèmes parvenus après le 21 février 2011

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L’Eau douce (la vie en Bray)

Bien loin de l’île de Corfou
Plus doux que l’andalou sauvage
Sans les rivages des Vanuatu
Ni les danses des Lotophages

Où es-tu, mon pays si sage
Que nul ne le connaît vraiment
A part trois noms et deux villages
A deux pas de Paris, pourtant

Tu sembles las comme un visage
D’ancêtre ayant tant vécu
Collines douces sentes herbues
Aulnes et frênes éperdus
Quand une feuille ride le ru

Là, le lait le miel coulent tant
Qu’on se croirait à Canaan
Mais si le ciel s'y repose
C’est qu’il y pleut, ma foi, souvent

Le Pays de Bray est une mousse
Que l’eau mille fois éclabousse
Mais c’est pour toi, mon pays sage
Que je demeure fille d’eau douce

Clopine Trouillefou

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Ode à l'orage

Évoque sa puissance,chante sa grâce,
Dont la lumière est la robe,
Et la voûte céleste l'espace.
Les nuages de tonnerre naissent,
De ces chariots de rage.

Passe une ombre sur l'esprit,
Comme à midi un nuage.
J'exprimai ma fureur,
Et ma fureur disparut.

D'exquises vapeurs s'échappent,
De ce qui fait vie.
La nuit est froide,
Sombre et remplie d'anges.
Sombre est le chemin sur l'aile de l'orage....

Sarah Brh

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PUISSERGUIER

Des ouvriers espagnols
couchaient avec le baudet en guise de chauffage
Les cuves en béton gardent encore une odeur de vieux vin
et les murs centenaires les marques du pressoir
Même soleil même collines
et cette couleur de miel là-bas sur les vignobles.
En arrachant les vieux papiers des murs
on a libéré des fantômes
qui craquent la nuit
et sous l'ancien linoleum qui recouvrait le sol
on a découvert des journaux
datant de la dernière guerre.
La vieille maison renâcle. On porte atteinte
à son passé à ses charmes à son fané
et elle nous réserve encore bien des tours
des fentes dans les murs
et des cartes postales aux amours indiscrètes.

Denise Miège

(in : Marche de nuit avec parfois une fenêtre au soleil; La Bartavelle, éditeur)

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