Mon apprentissage se poursuit.
Cet après-midi, coup de fil (1) de Conardie, un homme (2) passionné, chaleureux et outré me fait part d'un article dans la feuille locale. La Luciline, projet immobilier ambitieux, tirerait (3) son nom d'un ruisseau se jetant dans la Seine à l'ouest de Rouen ! Mes lointains souvenirs de la toponymie conardienne où le bec n'est pas loin n'avaient retenu un tel nom, mais plutôt des Cailly, Robec, Aubette ou Clairette. Mon interlocuteur me raconta toute l'histoire Luciline ; elle aurait plu à l'auteur de L'Allumeur de réverbères, puisque de son huile, pétrole lampant, le couvre-feu pouvait être retardé pour les bourgeois égarés entre théâtre, grisettes et ruisseau. Luciline , comme Lucie, doit son nom au luxe de la lumière ; tel l'a voulu le créateur de cette raffinerie Alfred Guérard en 1868. Malheureusement, n'ayant pris de notes, je n'ai retenu le reste de l'histoire. Tant pis. Mais j'ai promis à mon informateur d'écrire une brève ici. Dont acte.
C'est sans doute du jeune Guérard dont parle Flaubert dans sa correspondance à Louis Bouilhet en 1854 : « Quel voyage d'artistes vous allez faire, vous deux Guérard. Combien peu vous étudierez les monuments ! quelles minces notes vous prendrez ! comme Chéruel serait indigné ! et même Du Camp. Ce sera un voyage oenophile, tout à fait Chapelle et Bachaumont, on ne peut plus dix-septième siècle et dans les traditions. Un financier voyageant dans la société d'un poète et tous deux se soûlant conjointement, à la gauloise, dans les cabarets de la route. Je te recommande, à Poissy, chez le sieur Fient, aubergiste, une cuisine où il y a, peint sur la porte, un gastronome s'empiffrant. Cela réjouit le voyageur. »
(1) Moi qui d'habitude ne décroche jamais.
(2) Désolé de n'avoir retenu votre nom.
(3) notez mon emploi journalistique et jésuitique du conditionnel, je n'ai pu
vérifier la teneur de l'article.