Journal des penchants du roseau

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Tag - Robert Bruce

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jeudi 9 février 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Staccato

Couverture Staccato 1

Chers lecteurs de Staccato de Michel Gros Dumaine, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer ; ou gardez le silence si vous le préférez.

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Staccato, "piqué" et "détaché", donc, à tous les sens: "une suite d'instants", une forme "syncopée" au rythme des saisons de la mémoire, un phrasé souvent heurté, où chaque parcelle de phrase résonne et dit la discontinuité d'une vieille vie qui s'effiloche, un passé qui apparaît par bribes et dont il faudra bien se détacher.

C'est brillant - parfois trop. Je veux dire: les courtes biographies qui associent systématiquement avec malice petite et grande Histoires, tous les thèmes qui s'orchestrent avec une parfaite minutie, la blancheur de la maison dans les ouvertures, les larmes qui reviennent dans les clôtures, certes tout cela est impliqué par les réminiscences en spirale de Simon-l'homme-immobilisé, mais - à mon goût- trop visiblement en place, à leur place exacte. (tout comme les messages du caveau familial qui apparaissent très (trop?) logiquement juste avant la dernière partie, l'hivernale...)

A la lecture, des interférences troublantes, plaisantes, voulues ou non par l'auteur je l'ignore: par exemple le début du "Printemps" fourmille de détails qui renvoient à "L'Orphelinat" de Bayona, film hautement psychanalytique (le prénom: Simon, 1-2-3 soleil, enfances vouées à la disparition, grande maison solitaire au bord de la mer...); ou encore les brefs récits de vie, très réussis, par leurs lacunes même, qui semblent se situer entre "Souvenirs pieux" de Yourcenar et "Vies minuscules" de Michon (cf les 4 belles lignes consacrées au modeste Clotaire)...

Bref encore une oeuvre maîtrisée, émouvante, profonde, malgré mes quelques réserves.

Marc Sefaris

(ce Retour de lecture de Marc fut fait sur Scryf à partir du manuscrit de Staccato déposé là-bas par Michel, il y est d'ailleurs toujours consultable)

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« (...) « Staccato » est un terme employé en musique. Michel Gros Dumaine explique que les contenus de la mémoire, atteinte par la maladie d'Alzheimer, jaillissent par des à-coups non liés comme les notes de musique jouées staccato. La musique est très présente dans « Staccato » puisque l'auteur utilise les quatre saisons comme les quatre temps de la vie (l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse) et qu'il entame chacune d'entre elles dans une relation avec la musique. »

Georges Coffre, Sud-Ouest lire l'article en entier

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Quel livre magnifique ! Je viens juste de le terminer, pleine d'admiration et d'émotion. Vers la fin, je me suis dit "J'avais besoin de ce livre". Je ne sais pas encore pourquoi.Ces phrases minuscules au début, qui se dilatent, s'élargissent progressivement au long du texte (en omettant les Traces de mémoire) jusqu'à une fin presque lyrique, cette voix du narrateur, calme, implacable, cette retenue et ce contrôle ! J'admire (autant que je puisse admirer un écrivain).

Gabrielle Ostoya

(ce Retour de lecture de Gabrielle fut fait sur Scryf à partir du manuscrit de Staccato déposé là-bas par Michel, il y est d'ailleurs toujours consultable)

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« Et le voilà dans la peau de Simon posant sur le papier ses jaillissements de mémoire. Les phrases arrivent avec la force de l'éclair traversant le cerveau de Simon et se posent comme des sculptures, images de souvenirs intimes et inachevés. Simon se répand sur sa jeunesse avec lucidité et nostalgie et s'écorche sur son présent imprécis fugitif et anxieux. On est pris par le rythme, par la richesse des images et des mots, par la souffrance de cet homme qui ne peut faire partager sa lucidité intérieure. Alzheimer. Alzheimer oui mais avec une vie affective qui nous réhabilite avec le patient. Et nous suivons l'homme sur son chemin où chaque caillou le déroute inlassablement et il continue à avoir inlassablement des fulgurances de mémoire que l'auteur traite par saccades aussi riches en vocabulaire que violentes dans l'action. Staccato livre bien nommé et qui nous électrise autant qu'il nous fait suivre, en paix, Simon vers ses "lieux incertains de l'oubli". Un hymne staccato à la gloire de toute trace de vie »

Jean Lasaires, Charente Libre lire l'article en entier

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Fini en à peine 2 heures intenses, ce livre est juste magnifique.
Il va pour moi crescendo dans les abîmes inexplorées de la déchéance mentale de Simon en transposant ses flashs sur la vie de l'auteur.
Dans sa construction, dans son style, dans son intensité, dans son humanité et dans sa sensibilité, ce roman est une pure merveille dans laquelle chacun peut se projeter par bribes.
J'ajoute qu'il ne manque pas d'un certain engagement sur les idéaux, d'amour, d'humour aussi, bref j'ai adoré.
Merci Michel.

Laurent Garlin (copie d'un commentaire ci-dessous)

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Dans Staccato j’y suis. Dedans, tout de suite. Il y a un état d’écriture, une humeur, un rythme dans votre Staccato. Une simplicité aussi. Je trouve que l’érudition souvent tue l’émotion. Et puis, c’est toujours désagréable d’être pris en flag de bêtise ou d’inculture.

Dans Staccato la forme épouse le fond. On ne me dit pas, on me fait vivre. Je suis dans la mémoire chaotique de Simon. L’écriture ne raconte pas, elle fait ressentir. J’ai eu froid de solitude dans ce canapé et chaud d’enfance auprès de la forge de l’arrière-grand-père.

Quand vous écrivez « Simon a faim », j’ai senti tous les Simon dans cette faim, l’enfant, l’adolescent, le vieillard.

J’ai BEAUCOUP aimé l’alternance des styles. Avec les Traces de mémoire, vous donnez à ressentir ce que fut la pensée de Simon quand il était dans la force et l’intelligence de l’âge. Tout comme vous dressez avec humour parfois (agréable contrepoint à la dérive du Simon en fin vie) les portraits de ses ancêtres.

J’aime bien cette mémoire accrochée toujours à cette même image qui revient, lancinante, inlassablement « Elle est seule posée sur la plage… »
Il y a des choses superbes de poésie et de simplicité :
« Son horizon, courbé, esquisse la rondeur du monde. »
« C’est l’heure du calme. Des pensées fuyantes, inutiles. Impossibles à retenir. »
« Du temps en vrac. Du temps qui détruit la mémoire. Qui fatigue Simon. Du temps étranger. »
« Simon ouvre les yeux qui regardent son rêve » et tant d’autres !

Staccato est maîtrisé et bouleversant.

Chantal Malignon écrivain.

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"Se souvenir des belles choses", le film de Zabou Breitman nous donnait à voir le lent déclin de la mémoire chez Claire, une femme encore jeune. Et sur ce fond pessimiste elle tissait les beaux moments d'un amour naissant avec un parti pris d'optimisme malgré la gravité du sujet.

Dans Staccato, le roman de Michel Gros Dumaine, Simon, lui, est au quatrième tempo de sa vie, la vieillesse. Bientôt il aura effacé de sa mémoire, les belles choses comme les moins belles qui ont jalonné son existence, les souvenirs profondément enracinés dans le terroir de ses ancêtres. Le drame est bien là, dans ces absences qui le plongent peu à peu dans l'oubli de ce qu'a été sa vie. Le lecteur accompagne alors Simon dans les derniers jaillissements de sa mémoire. Il l'accompagne enfant, adolescent, homme mûr avant que ne se referme définitivement avec la vieillesse le livre de ses souvenirs. Le lecteur suit avec passion le cheminement de cette vie qui, petit à petit,comme la bougie vacillante, va s'éteindre. Le lecteur a de la compassion pour Simon. En même temps il n'est pas triste, puisque Simon, quoiqu'il advienne, sera toujours riche de toutes les choses de sa vie qui nous sont données à lire.

Et c'est là le tour de force de l'auteur. Par son style, par ses mots, par la poésie qui se dégage de ce livre, nul apitoiement mais une bienveillante empathie à l'égard de son héros déclinant.

Martine Playe

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Cher Michel, Je suis là, enfin ! Simon, votre héros et vos phrases ressemblent a un voilier. Quand il ne peut plus lutter contre le vent, la mer, la vie pour poursuivre encore un peu sa route, il lui reste deux allures pour ne pas s'enfoncer de l'avant : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous )le soumet à la dérive du vent, de la mer, de la mémoire, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l'arrière avec un minimum de toile.

J'ai pris délibérément ces expressions nautiques pour résumer la vie de Simon, car la fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau, de se sauver. Elle permet aussi,' (comme dans votre roman) de découvrir des rivages inconnus qui surgiront du tréfonds des souvenirs. Rivages inconnus qu'ignoreront ceux qui ont la chance apparente de posséder un cerveau qui nous donne un sens ou plutôt aucun.

Le tragique de la destinée humaine ne vient-il pas de ce que l'homme comprend qu'il en a assez pour savoir qu'il n'en connîtra jamais suffisamment.

Staccato ! Vos mots sonnent, claquent, résonnent puis viennent rouler à nos pieds portés par le ressac de la vie antérieure de Simon. Quel beau livre inspiré ! Quelle force littéraire quasi présente dans ce texte. C'est un jardin intérieur dans lequel on peut inviter ses amis sans leur demander ni titre, ni passeport.

Je m'incline respectueusement devant cette oeuvre oraculaire, alors je vous dis tout simplement merci, merci, et surtout longue, très longue vie littéraire.

Robert Bruce

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Une première lecture rapide me laisse sans voix : belle écriture efficace, style court et rythmé (d'où le titre), quelques passages magnifiques qui m'ont rappelé mes vacances d'été chez mes grands-parents, et de beaux moments d'émotion.

Je laisse un peu retomber l'affaire et je le reprendrai avec une lecture plus attentive et plus lente, pour mieux m'imprégner de cette écriture sobre mais ô combien efficace.

Bruno (voir aussi le commentaire de Bruno sur La Cave de Bobosse)

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Staccato.Saccadé.Secoué.Déchiré. La mémoire en puzzle. Les pièces perdues, mélangées, éparpillées. Ls pensées en pointillés. Comment ne pas être ému, bouleversé par Simon.Sa vie en lambeaux. Les contours qui s'estompent dans une mémoire embrumée. Je suis rentrée dans l'univers de Simon et je n'en sors pas indemne...

Merci à Michel Gros de m'avoir offert ce moment d'émotin intense, de retour sur soi-même, de réflexion sur le sens même de la vie.

Danielle Garlin

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Que dire - écrire - après tous ces commentaires ? Quand j'ai refermé Staccato, j'ai eu une étrange sensation. Beaucoup de tristesse et de désarroi. Car si Michel Gros Dumaine a su se mettre dans la tête de Simon, il n'a pas manqué d'y entraîner le lecteur. A ma lecture j'étais Simon avec ses sursauts de mémoire. J'avais des blancs aussi et j'avais peur. Car si on aspire à faire le ménage avant de partir et n'emporter que ce qu'il y a de bon, il ne faut pas que ce soit à notre insu. Simon ne peut choisir ce qui est à garder ou non. Sa mémoire est devenue "un être à part entière" qui refuse d'être enfermée dans une boite osseuse. Elle s'en va laissant un corps, juste un corps.

Merci à Michel, à ses mots et même à ces silences.

Yasmina Hasnaoui

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« L’auteur, psychanalyste de profession, a voulu non pas décrire la maladie en tant que telle mais faire apparaître des moments de lucidité chez son personnage principal. Et les raconter dans un style, précis, concis, saccadé (d’où le titre de l’ouvrage), à travers les quatre périodes de la vie humaine correspondant aux quatre saisons : printemps, été, automne et hiver. Ce qui lui permet de retrouver son enfance à Neuvicq, les personnages qu’il a rencontrés ou dont il a entendu parler : le maréchal-ferrant, son arrière-grand-père, Oscar, et son « arpète » Clotaire, sa femme Maria, et bien d’autres qui accompagnent ses souvenirs. Il s’agit bien d’un « concerto des quatre saisons » qui laisse au lecteur une double impression : celui du temps passé avec la vie d’un village, vibrante et variée, dont les habitants étaient les acteurs d’un film en noir et blanc sans le savoir ; et les éclairs de lucidité de Simon, qui s’enfonce peu à peu dans un éternel oubli, mais dont la vie transparaît à travers ces vagues successives d’images d’un temps à jamais révolu.

extrait d'un article de Pierre Girard-Augry dans l'Hebdo 17

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mercredi 8 février 2012

C’est lui qui porte les lettres parfumées, qu’on ne saurait confier à la fidélité maladroite et bruyante du facteur rural.

Clin d’œil à notre dernier écrivain colporteur Robert Bruce et à Platon son âne.

Vous pouvez consulter l'imposante bibliographie de l'auteur à cette adresse et bien sûr flâner sur son blog.

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Fenimore Cooper, ce grand poëte égaré chez un peuple de marchands, a fait un beau livre avec un colporteur. Son colporteur, à lui, était un espion, et personne de ceux qui lisent n’a oublié la pittoresque physionomie d’Harvey Birch, ce fidèle partisan de l’indépendance américaine.

Bien que le colporteur, en France, dans les temps légaux et tranquilles où nous vivons, ne soit pas souvent mêlé aux hasards d’une insurrection, et ne songe guère à jouer un rôle politique, il ne laisse pas que d’avoir encore une figure originale et curieuse. La nouvelle ne dédaigne pas de le transplanter tout vivant dans ses pages, et le mélodrame le coudoie en passant. Or, soyez assuré que lorsque le drame et le roman s’emparent d’un personnage, ce personnage, quel qu’il soit en apparence, a un caractère et une existence poétiques.

On ne voit guère de colporteurs aux environs des grandes villes. Qu’y pourraient-ils faire ? Le petit mercier leur ferait une trop rude concurrence avec son magasin enjolivé de rubans dans la grand’rue du bourg voisin. Autour des centres de population, on aime à se servir sur place, sans attendre le passage d’un marchand ; le voisinage des villes, d’ailleurs, rend exigeant ; on veut l’étoffe nouvelle, le bonnet à la mode, et le colporteur, qui porte toute sa fortune sur lui, comme Bias, le philosophe grec, ne pourrait guère satisfaire aux caprices des coquettes villageoises. Il ne faut pas confondre le colporteur avec le marchand forain, qui traîne après lui une voiture abondamment pourvue de toutes sortes de marchandises, va de ville en ville, hante les foires, fréquente les marchés, et fait parfois un commerce étendu. Tout le matériel du colporteur, au contraire, tient dans une balle, sur son dos ; il marche à pied, s’approvisionne là où les marchands forains vendent, et resserre tout son négoce entre les frontières d’un arrondissement. Toute son ambition se borne à réaliser chaque jour un modeste bénéfice, à voir grossir à la fin de l’année la petite somme précieusement gardée dans une longue bourse de cuir, à se reposer, quand l’âge aura courbé sa taille, dans une humble maisonnette, avec un petit champ qu’il achètera aux portes du hameau natal. Voilà son rêve, son paradis, son Éden. Ses espérances ne vont pas au-delà, et pour les réaliser, chaque soir il prélève sur ses besoins, chaque matin il recommence son éternel pèlerinage, chaque nuit il établit, en s’endormant, le bilan de l’avenir. Son existence est sobre, patiente, courageuse ; l’heure du repos ne sonne pas toujours avec l’heure de la fatigue ; quand il s’arrête, c’est qu’il a tout fini ; si la journée n’était pas close, il se remettrait en marche, sans craindre la pluie qui fouette les arbres du chemin, malgré l’orage qui illumine l’horizon, malgré la nuit qui assombrit la campagne. Que lui importe le gîte ! Il sait qu’à sa voix la chaumière du paysan et la cabane du bûcheron ouvriront leurs portes ; partout il est connu ; à quelque heure qu’il frappe, on lui répondra ; l’asile qu’il demande, on le lui donne. S’il a faim, il s’assoira à la table commune, où mangent le maître et les valets ; s’il n’y a pas de lit, il y aura toujours au moins une botte de paille, un peu de litière. Alors, qu’on ne s’inquiète plus du colporteur : il jette son ballot, se couche et s’endort. Le matin, quand l’aube blanchit à peine le sommet des collines, il se remet en route ; c’est en vain qu’on cherche à le retenir une heure : il serre la main aux habitants de la ferme, choque son verre contre le verre du maître, et part.

Maintenant regardez-le passer. Il va d’un pas sûr et ferme ; ce pas est rapide, parce qu’il est continu. La balle de cuir, soigneusement bouclée, est fortement attachée aux épaules du colporteur ; un chapeau entouré de toile cirée recouvre sa tête ; une veste de velours, une cravate de couleur, des guêtres boutonnées jusqu’aux genoux, de gros souliers ferrés, voilà son costume. Il tient à la main un bâton où pend un ruban de cuir ; ce bâton noueux est à la fois un aide et une défense ; on sent, à la façon dont son bras robuste le tient, qu’il pourrait s’en servir d’une terrible manière à l’encontre des malfaiteurs. Il marche sans regarder derrière lui ; il sait qu’il a une longue course à faire, et il se hâte d’arriver. Comme il a déjà mainte fois parcouru le pays dans tous les sens, il connaît les sentiers qui abrégent le chemin, et s’enfonce sans hésiter au milieu de la montagne, sous le manteau vert des forêts. Il salue en passant le laboureur et le berger, mais ne s’amuse pas à causer avec la fraîche lavandière qui l’agace par un sourire. Le colporteur est homme d’affaires et non pas de doux loisirs ; il connaît le prix du temps, et n’aime point à le gaspiller avec les jeunes filles, comme le mouton sa laine le long des églantiers. « Bonjour, bonjour, » crie-t-il à la paresseuse fille qui lève la tête et ouvre la bouche pour babiller. « Bonjour, bonjour, » dit-il à la meunière qui sort du moulin, les mains enfarinées, et l’invite à s’asseoir ; et le colporteur va toujours droit devant lui, sans prendre garde aux séductions du joli visage, de l’ombre, et du repos.

Quelquefois cependant il s’arrête. Voilà qu’en traversant la campagne il a rencontré une bande de glaneuses, éparpillées dans les champs sur les pas des moissonneurs. Elles vont, les bras nus, chantant et ramassant les épis échappés à la faucille avide. Midi vient de sonner là-bas au clocher du village ; c’est l’heure du déjeuner, et le colporteur passe, le sac sur le dos. Alors toutes les glaneuses laissent là leurs gerbes commencées, accourent autour de lui, l’entraînent sous le bouquet d’arbres près de la fontaine, et toutes, riant et parlant à la fois, s’emparent de sa valise, l’ouvrent lestement, et les marchandises, mouchoirs, fichus et rubans, sont étalés sur l’herbe. On regarde, on choisit, on achète. Il y a fête dimanche au village ; toutes les glaneuses ont besoin de quelque chose ; celle-ci veut un ruban pour faire un noeud à son bonnet, cette autre a fantaisie d’un madras pour son cou. Le colporteur sera en retard ce jour-là ; mais l’occasion est bonne. D’abord il a murmuré, peu à peu il se radoucit ; il prend son mal en patience en raison du bien qu’il lui rapporte, et se décide à faire son métier de marchand. Il montre tout ce qu’il a, ses brimborions et ses colifichets, la boucle d’oreille en chrysocale et la chevalière en argent, vante le bon goût des acheteuses, loue sa marchandise, et finit par vendre à tout le monde. Les moissonneurs sont venus après les glaneuses. Là où il y a des filles, les garçons ne tardent pas à paraître, et les garçons imitent assez volontiers ce que font les filles. Il y a d’ailleurs bien des amourettes en campagne ; quand une Églé villageoise accepte le cœur d’un Tircis en veste de bure, elle peut bien accepter aussi un mouchoir de coton, et il y a tant d’Églés et tant de Tircis par là, que la balle du colporteur est singulièrement allégée quand il se remet en route.

Ce que les glaneuses ont fait en été, les vendangeuses le font en automne, et la bourse du colporteur s’en trouve bien. Ces occasions, que le hasard lui présente quelquefois à l’improviste, il lui arrive souvent de les chercher. Le colporteur sait fort bien que la gaieté est prodigue, et que ce que personne ne ferait étant seul, l’amour-propre le fait faire à tout le monde en compagnie.

C’est ordinairement dans l’étendue d’un arrondissement que le colporteur exerce son industrie ; quelquefois, mais rarement, il pousse jusqu’aux limites du département ; mais il s’arrête moins aux frontières administratives qu’aux frontières naturelles. Ainsi, quelle que soit la province, il suit volontiers le cours des rivières, les contours des vallées ; il trace lui-même à son commerce une enceinte qu’il ne dépasse guère, et dans laquelle il va et vient sans cesse, d’une extrémité à l’autre, comme un postillon entre deux relais. S’il veut que son négoce prospère, il faut qu’il soit connu. Et comment le serait-il s’il ne se montrait fréquemment aux mêmes lieux ? Si la tradition se perd dans les villes, elle est puissante encore dans les campagnes, et c’est par la tradition que les industries nomades réussissent.

Les colporteurs se multiplient d’autant plus que le pays est plus salutaire, et que les villes sont plus éloignées entre elles. En Auvergne, dans les Cévennes, les Vosges, le Rouergue, le Vivarais, le Dauphiné ; dans les Ardennes aussi, dans la Vendée, partout, enfin, où les montagnes, les forêts et les marais rendent les communications difficiles, et mettent de grandes distances entre les cités populeuses, les colporteurs abondent. Ce sont eux seuls alors qui fournissent la ferme et le hameau de ces menus objets de toilette, de cette quincaillerie à bon marché, de cette mercerie à bas prix, qui sont indispensables à l’individu aussi bien qu’au ménage. S’ils n’étaient pas là pour satisfaire aux besoins sans cesse renaissants de la consommation, quand la neige couvre la campagne, où se pourvoiraient donc les métayers et les fermiers qui attendent le retour du printemps pour se rendre à la ville ? On ne se doute point aux environs de Paris de ce que c’est que l’hiver dans les contrées montagneuses, dans les départements limitrophes des Alpes et des Pyrénées. Toutes les communications sont interrompues ; les fermes isolées vivent au coin du feu, entre les quatre murs de leur cour ; toute la famille s’occupe de travaux sédentaires ; les femmes filent le chanvre, les hommes battent le blé dans la grange, ou raccommodent les instruments aratoires. Le vent siffle entre les branches dépouillées des arbres ; l’étang est gelé ; les routes, couvertes de neige, se confondent avec les champs ; les troupeaux bêlent dans l’étable. Cela dure six semaines ou trois mois, suivant la rigueur de la saison ; on ne sait rien de ce qui se passe à la ville prochaine. C’est alors que le colporteur arrive ; ce n’est pas lui que le froid pourrait arrêter. Le blanc linceul qui s’étend sur la terre jusqu’à l’horizon ne peut pas tromper sa marche. Il s’oriente sur la cime des arbres ; il suit les bigues plantées comme des jalons le long de la route ; il reconnaît la forme du rocher, les sinuosités du torrent, et tout à coup on l’entend frapper à la porte. Les chiens jappent, les servantes accourent, les petits enfants dressent leurs têtes curieuses. C’est lui, c’est le colporteur !

Je vous laisse à penser s’il est le bien-venu, et comme il est reçu. On s’empresse autour de lui ; on le fait asseoir tout auprès de la cheminée, on jette dans la marmite une bonne tranche de lard, on le questionne sur tout. D’où vient-il ? qu’apporte-t-il ? que sait-il ? que fait-on là-bas dans la plaine ? connaît-il le prix des denrées ? A toutes ces demandes il a des réponses ; jamais on ne le prend au dépourvu ; sa balle est bien garnie, et sa mémoire pleine de tous les *cancans* du pays ; il donne selon les goûts : à ceux-ci de petits couteaux, aux autres les chroniques du hameau voisin. En débitant son fil et ses aiguilles, il débite aussi bon nombre d’histoires. Jacqueline la Rousse est mariée avec le grand Pierre ; on disait tout bas qu’elle aurait mieux aimé Antoine le vigneron. M. le curé a été bien malade d’un gros rhume, et sa servante a bien pleuré, croyant qu’il allait mourir. Le bedeau s’est grisé un jour qu’il avait soupé à l’auberge, si bien qu’il a oublié de sonner l’angelus. La petite Louison est partie du pays, et personne ne sait ce qu’elle est devenue. Que ne conte-t-il pas encore ? Ce soir-là la veillée se prolonge bien avant dans la nuit ; personne ne songe à se coucher ; personne n’a sommeil ; tout le monde veut entendre et ouvre les oreilles, la bouche et les yeux. Il n’y eut jamais d’orateur mieux écouté ; mais jamais aussi il n’y en eut de plus interrompu. Ce sont à chaque instant des exclamations, des cris de surprise, des remarques, des commentaires. Le colporteur est au centre, les jambes étendues vers le feu ; les gens de la ferme sont rangés tout autour en cercle, les uns assis par terre, ceux-là debout, d’autres penchés curieusement par dessus les chaises et les bancs de bois ; les hommes ont laissé là leurs outils ; le rouet des femmes ne tourne plus ; les mains qui tricotaient restent suspendues ; la vieille grand’-mère surtout oublie de tirer le fil de sa quenouille oisive.

Le colporteur est plus qu’un marchand ; c’est une gazette vivante, un journal bipède et voyageur. Il est à la fois le premier-Paris, le feuilleton, l’entre-filet, la réclame, et l’annonce du pays ; et tout cela, avec le geste, le regard, l’accent, est bien plus intéressant que ne peut l’être une méchante feuille de papier imprimée à la mécanique et pliée sous bandes. C’est un journal animé qui se passionne avec ses auditeurs, et partage les sensations qu’il fait éprouver ; il y a entre eux deux toute la différence de la parole à l’écriture, et tout l’avantage reste au colporteur.

Il ne faut pas croire que ce soit à la chaumière seulement que le colporteur est le bien-venu. Il l’est encore à l’auberge et même au château. Il sait se ménager d’agréables intelligences à l’office et dans l’antichambre, et parfois même la châtelaine ne dédaigne pas de le faire entrer au salon, au risque de faire érailler le parquet ciré par les lourdes semelles ferrées de ses souliers. Dans ces occasions-là, il laisse toute sa marchandise sur les fauteuils, et s’en retourne le ballot vide et la bourse pleine : la bonne compagnie du château a tout acheté pour tout donner au premier jour de fête.

La nécessité où se trouve le colporteur de traiter avec toutes sortes de gens et toutes sortes de caractères, de défendre ses intérêts à tout instant, d’étudier l’humeur de ses pratiques, pour écouler plus rapidement sa marchandise, lui donne l’habitude de la ruse et de la dissimulation. A la finesse naturelle aux paysans français, il joint bientôt l’astuce du marchand ; son intelligence, excitée par l’intérêt, se plie à toutes les exigences de sa condition. Loquace, insinuant, flatteur, bon enfant, il déploie une habileté extrême sous les apparences extérieures de la bonhomie dans ses rapports journaliers avec les valets de ferme, les servantes d’auberge, les femmes de chambre de château ; avec tout ce monde d’humeurs et de conditions si diverses qui peuple les campagnes. Mais ce n’est pas seulement à son métier qu’il applique cette habileté, si péniblement enseignée par le temps et l’observation ; au besoin, le colporteur sera contrebandier, émissaire, espion même, s’il le faut, aux époques de guerre civile et d’agitation. Sa réputation, bien constatée, le fera choisir tout exprès pour remplir une mission difficile qui demande autant de patience que d’adresse. Il connaît aussi bien que le braconnier les sentiers les plus solitaires, les passages les plus secrets ; il est jeune, vigoureux, infatigable, agile comme le contrebandier ; plus que lui il sait parler ou se taire à propos. Il n’est aucune maison où il n’ait pénétré ; il a un métier qui le protége contre le soupçon ; au besoin, il déjoue la surveillance par ses façons mercantiles, et arrive en tournoyant à son but, à l’abri derrière sa balle de colporteur. Toutes nos annales sont pleines d’histoires de colporteurs qui faisaient plus de politique que de commerce. La Vendée et la Bretagne en gardent encore le souvenir. Autrefois, aux temps de troubles, les espions se déguisaient en trouvères ; c’était la harpe à la main qu’ils étudiaient les dispositions et le nombre des ennemis. Qui ne se rappelle le grand Alfred dans le camp des Danois ? Aujourd’hui ils prennent assez volontiers la veste et le ballot du colporteur. Il y en avait dans l’armée de Stofflet et de Bonchamp ; il y en avait aussi dans l’armée de Kellermann et de Hoche.

Mais, si heureusement il se présente rarement des occasions de faire ce métier-là, il est une chose qu’ils font sans cesse, et pour laquelle ils reçoivent de doux sourires, en outre de la bourse qu’on leur glisse dans la main. Si Mercure était le dieu du commerce, il était aussi le confident de Jupiter. Le cumul date de l’Olympe. Ce que Mercure faisait, le colporteur le fait aussi, et le fait très-lestement. C’est lui qui porte les lettres parfumées, qu’on ne saurait confier à la fidélité maladroite et bruyante du facteur rural. C’est un terrible émissaire que ce facteur ; il arrive brusquement, sonne à grand bruit, frappe de son bâton, afin qu’on se hâte d’accourir, tant il est pressé, prend la lettre entre le pouce et l’index, et l’agite en l’air, réclame tout haut le port et le décime en sus, et s’en va après avoir mis toute une maison dans la confidence. Le colporteur agit plus discrètement : tandis que tout le monde lui fait fête, il répond du regard à une interrogation muette ; une jeune femme s’approche en rougissant ; elle glisse timidement sa jolie main parmi les foulards et les jarretières, et rencontre une lettre que la main complaisante du colporteur a cachée par là en effleurant la sienne. Toute la famille est à l’entour, et personne n’a rien vu ; le colporteur a retiré un cent d’épingles qu’il donne à la bonne en cadeau ; sa voix n’a pas tremblé, son regard ne s’est pas détourné ; il continue à vendre quelques bagatelles ; jamais il n’a été aussi complaisant ; il videra, s’il le faut, sa balle jusqu’au fond, pour trouver un paquet d’aiguilles anglaises qu’on ne lui demande pas : une heure, deux heures se passent, la lettre a été prise, emportée, lue, et voilà que la réponse a été écrite, apportée et rendue. Le colporteur fait son compte, serre sa marchandise, la charge sur son dos, salue et s’en va. Mais, tandis qu’il est en route, deux cœurs battent à la fois, l’un de plaisir, l’autre d’impatience.

C’est le courrier de tous les Léandres qui rencontrent entre eux et leur Héro une famille courroucée, un mari jaloux, obstacles bien plus terribles que l’Hellespont. C’est lui qui rapproche les distances, aplanit les difficultés, et permet à l’amour de goûter l’espérance en attendant que le bonheur soit possible.

Mais s’il pense aux amours d’autrui, il ne faut pas croire que le colporteur oublie ou néglige les siennes. Bien qu’il soit toujours célibataire, le colporteur a le cœur aussi sensible que tous ses frères, les fils d’Adam ; s’il ne se marie pas, c’est qu’en vérité il ne le peut guère, étant du matin au soir par monts et par vaux, et couchant au hasard, dans la grange ou dans l’auberge. Sa femme serait veuve de fait les trois quarts de l’année, et quelles que soient les agaceries des jeunes filles de sa connaissance, il a trop d’expérience pour vouloir se soumettre aux chances d’un pareil état de chose. Les villageoises, qui le voient alerte, dégourdi, de joyeuse humeur, voudraient bien l’enchaîner aux liens du mariage ; beaucoup essayent de dompter sa sauvage liberté, nonobstant le proverbe qui prescrit de ne pas jouer avec le feu, mais il est rare qu’aucune d’elles réussisse. Plusieurs même, comme des phalènes imprudentes, se brûlent à cette fantaisie dangereuse, et plus tard, quand le bon vieux curé les rencontre, la tête inclinée sur la poitrine et le regard humide, il soupire, et se dit tout bas : « Hélas ! hélas ! on voit bien que l’amour a passé par là ! »

C’est qu’en effet le colporteur est fort inconstant ; il pourrait chanter comme Joconde, s’il savait ce que c’est que Joconde ; comme lui il courtise partout où le hasard le mène, celle-ci et celle-là, la maîtresse et la servante ; aujourd’hui l’une, l’autre à son retour. Mais comme il ne s’arrête guère, il conduit les choses rondement et gaillardement. S’il n’était colporteur, il serait hussard. Il prodigue de serments, et les compliments ne lui coûtent guère ; mais il arrive parfois qu’il vende comme de la marchandise les bagues qu’on lui donne comme des gages d’amour. Son esprit positif ne comprend pas la poésie des souvenirs, et lorsqu’il quitte un village pour passer dans l’autre, il se hâte d’oublier ses bonnes fortunes pour ne pas surcharger sa mémoire de choses inutiles. Les noms de ses maîtresses pourraient nuire aux noms de ses pratiques ; et l’on sait qu’en bonne règle l’agréable doit céder le pas à l’utile.

Cependant, comme il n’est pas de règle sans exceptions, le colporteur se marie quelquefois ; mais le plus souvent alors il quitte sa profession, et renonce aux plaisirs et aux bénéfices du vagabondage industriel. Oiseau voyageur, il s’arrête enfin ; mais tenez pour certain que, s’il s’arrête, c’est parce qu’il a trouvé une cage dorée. Quand on est fille de fermier riche, on trouve le chemin de son cœur, et il tient pas si fort à son ballot qu’il ne consente à le déposer aux pieds de son vainqueur en retour d’une belle dot. Cette heureuse fin n’est pas si rare qu’on pourrait le croire ; le colporteur est actif, honnête en affaire d’argent ; il a acquis de bonne heure une expérience qui toute sa vie lui sera utile ; il a l’habitude du travail ; il sait lire, écrire, et les quatre règles de l’arithmétique lui sont familières. Dans bien des cas un garçon jeune, vigoureux et intelligent comme lui, est une précieuse acquisition pour une ferme, pour une auberge. Son commerce lui a déjà rapporté un petit pécule qui lui permet de se présenter sans crainte ; et certes beaucoup réussissent dans des entreprises plus difficiles qu’un mariage, qui n’ont pas tant de conditions de succès.

Mais si le colporteur n’a presque jamais de femme, il a presque toujours un ami. Cet ami est un chien, un chien qu’il a vu naître, qu’il a nourri, qu’il a élevé ; un vilain, mais fidèle animal, de la race des barbets ou des mâtins. Partout où va le colporteur, son chien l’accompagne ; comme lui il est sobre, patient, joyeux ; il aboie du plus loin qu’il aperçoit la ferme où il a coutume de s’arrêter ; il court, en remuant la queue, gratter à la porte, saute au cou du premier enfant qui lui ouvre, et annonce son maître à tout le monde. Aussi chacun l’aime et le caresse, et les chiens de la ferme, ses camardes, loin de le jalouser, jouent complaisamment avec lui. En route, il va et vient, par-ci par-là, furetant le long des haies et des fossés, mais ne s’écartant jamais beaucoup du colporteur ; si, d’aventure, quelque figure suspecte se montre sur le chemin, si un mendiant vêtu de haillons se présente au coin d’un bois, le chien marche droit en avant, le poil hérissé, la queue haute, les lèvres tremblantes ; il n’aboie plus, il grogne sourdement, et laisse voir une double rangée de dents blanches et aiguës. Quand vient la nuit, il se rapproche de son maître, et marche à ses côtés, l’oeil et l’oreille aux aguets, flairant le danger, et le signalant avant que le colporteur ne s’en doute. Pour le défendre, s’il est attaqué, il se fera tuer, brave et fidèle jusqu’au dernier moment.

Il fut un temps où les colporteurs étaient beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui ; ils avaient alors à peu près le monopole du négoce dans les campagnes. C’étaient des négociants au petit pied, qui, après vingt ans d’exercice, achetaient parfois la ferme de leurs clients. Mais il en est de leur métier comme de tant d’autres que les progrès d’un État civilisé ont tués. L’accroissement des voies de communication, le nombre et l’étendue des chemins de grande et de petite vicinalité, les routes stratégiques, le meilleur entretien des chemins, ont eu une influence sur leur industrie. Ce sont autant de carrières ouvertes au commerce, et là où le commerce arrive le brocantage succombe. Chaque année voit donc s’amoindrir le nombre de colporteurs ; ils ont à peu près disparu dans les pays de plaines ; les montagnes sont leur dernier asile ; encore quelque temps, et ils doivent céder ce terrain au commerce envahissant. Mais ce temps, que les plus intelligents prévoient, est encore assez éloigné pour que nul ne puisse préciser l’époque où le dernier des colporteurs aura vendu son dernier ballot.

Quand il est fatigué, lorsqu’il a assez battu le pays, le colporteur dépose enfin son fardeau pour ne plus le reprendre ; il achète une humble métairie avec quelques vaches, et se marie. De son ancien métier, il ne garde que l’habitude de beaucoup parler et de mentir quelquefois. Quiconque a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu, dit la fable. Il amuse ses voisins, et plus tard ses enfants, par de réjouissantes histoires qu’il finit par croire à force de les répéter, et le plus vagabond des amants devient le plus rangé des maris par l’application de cette loi des compensations, qui est parfois un paradoxe, et souvent une vérité.

Amédée Achard, Le Colporteur.

samedi 14 janvier 2012

Un jour de grosse lune, Bankster & Peaux de papier

C'était il y a un an, déjà. Trois livres, fins & délicats, dont le papier cristal les enveloppant allait protéger leurs styles si différents. Des petits penchants partagés, ceux que l'on ne tait pas, car on aime les faire découvrir. Trois rencontres et leurs frictions, ces étincelles qui nous rassurent au point du jour. Celle de Robert, de Cécile & de Yasmina. Merci.

Bankster

Un jour de grosse lune

Peaux de papier

dimanche 1 janvier 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs du Souvenir de personne

Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, première de couverture

Le 5 octobre 2010, Le Souvenir de personne de Cécile Fargue est déjà parvenu en Marne et de là, il poursuivra sont parcours de mains en mains, accrocher l'œil de l'un, compagnon d'une soirée de l'autre. Nul ne saurait prédire ses itinéraires et les cheminements intérieurs qu'il suscitera.

Ce jour donc, j'ouvre ce lieu de bienvenue à ses lecteurs. Les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à formuler vos critiques du flacon ou de l'ivresse ; ou gardez le silence si vous le préférez.

[je réactualise ce billet-accueil des lecteurs du Souvenir de personne en y glissant au fur et à mesure que j'en prends connaissance des avis glanés ici ou là, n'hésitez pas à me faire parvenir les vôtres]


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Chaque fois que je passe devant un de ces bouquets qu’on voit parfois plantés en bord de route, j’accélère malgré moi, et pendant quelque temps, je ne peux m’empêcher de songer à cette personne qui a disparu, à ces gens qui l’ont aimée et qui sont peut-être seuls à se souvenir. Le pincement au cœur que j’éprouve dans ces moments-là, je ne sais s’il provient du drame qui s’est joué un jour à cet endroit ou de l’état du bouquet. Car certains sont tellement rabougris, tellement noircis par les voitures – sans parler des fleurs en plastique – qu’ils me foutent le cafard comme lorsque je traverse une zone industrielle. Je n’ai qu’une envie : être déjà loin. Ne me parlez pas de votre disparu.

Puis un beau jour, il pleut des cordes, la route est boueuse et triste. Et sur le bas-côté, je vois un autre ce ces bouquets. Mais ses fleurs sont tellement belles, et s’emploient si bien à cacher leur beauté, que je lève le pied, que je m’arrête.

Et en redémarrant, je me dis qu’elle a de la chance la personne à qui on a rendu un si bel hommage. Autant de chance que Nancy dans cette belle chanson de Leonard Cohen.

Pour moi, Sébastien, Nancy, c’est la même musique. Merci.

Sindbad le marin (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Ayant la chance d'avoir obtenu une prévente du "Souvenir de personne", je tenais à encourager tout curieux à se procurer cet ouvrage. Pour moi, l'émotion a été forte à la lecture de ce livre. Du sourire aux larmes, il nous transporte dans les tendres souvenirs de Cécile et laisse une morsure indélébile.... Si vous espérez trouver un livre cru et froid, détournez vous... Par contre, si vous voulez ouvrir vos yeux comme l'auteur l'a fait et tenter de vous imprégnez de ces souvenirs, de cette réalité, procurez vous "Le Souvenir de Personne".

Alexia (lu à cette adresse)


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Gamine, souvent, en rentrant de l'école, je faisais un crochet par le petit cimetière de campagne qui longeait la route surplombée d'un joli sous-bois où j'aimais m'attarder, au risque de me faire gronder.

Comme vous, Sinbad, j'ai eu maintes fois le coeur serré malgré mon bas âge - celui de l'insouciance - en observant les pierres tombales dénudées. Celles des enfants étaient toujours fleuries, je m'en souviens. En ce temps-là, les Sébastien n'existaient sans doute pas encore, sauf dans les livres évoquant des poètes dits maudits.

Aujourd'hui, je ressens qu'un livre tel que celui consacré à la mémoire de Sébastien peut placer un lecteur dans une position proche de la torture par tout ce qu'il renvoie en miroir. Par exemple, un frère perdu il y a peu, disparu sans collier, et retrouvé dans un bas fossé. Dès lors, je ne peux non plus "parler du disparu" !

Iris (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Ce qui est bouleversant, troublant aussi dans le "Souvenir de Personne" de Cécile Fargue, c'est qu'au-delà d'une lettre magnifiquement écrite sur le caveau d'une promesse tenue, elle nous crie à tripes ouvertes, son combat contre l'oubli et l'indifférence.

Ses mots justes, retenus, admirablement poétiques, sont bien pl...us forts qu'une Pâques, pour ressusciter Sébastien, son ami de rue mort comme un chien à l'âge de quatorze ans. Cécile Fargue nous parle deux mais c'est d'un, d'elle dont on entend encore le cri quand on referme ses pages.

Il est essentiel de lire ce petit bijou de talent et d'émotion brute.

Cécile Delalandre (lu à cette adresse)


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« L'amour, forme suprême de reconnaissance, permet à la narratrice de conférer une dimension supplémentaire à l'anonyme, de lui donner un supplément d'existence. "Personne" devient ainsi "une personne". Et le fait de mettre en scène un instant d'intimité entre la narratrice et le garçon, dans une chambre miteuse ("Novembre"), recrée pour le couple (où chacun se donne, alors que d'ordinaire le jeune homme se vend) la profondeur dramatique d'un rituel qui n'a rien de mécanique. »

Daniel Fattore, Lire l'article sur le site Fattorius.


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« (...) on évolue dans un monde où l'on ne dit pas "merci", le mot étant truqué par les menaces de la condescendance ou devenu "trop lourd". Un monde qui voit les enfances disparaître au contact de réalités grimaçantes. Pourtant le rêve enfantin n'est jamais loin, presque à portée de main. Perchés sur un arbre sans cabane où "on fait semblant d'être les Indiens de notre histoire", ou buvant une "grande rasade de cet alcool qui rend propre" (l'eau de Cologne) comme un élixir du pauvre, ou passant aux yeux d'un "clodo" un peu fou pour "le passeur de nuit" maître de rassurantes clés imaginaires, ou comment transformer un geste de mépris et de défense _ la copine qui s'essuie la manche _ en comptine urbaine, "un deux trois", ou Sébastien mimant avec dérision et sérieux le geste du jardinier: autant de moments où le quotidien le plus désespérant semble prêt à céder aux jeunes élans de vie, où par la magie du jeu l'existence semble soudain pouvoir être autre. »

Marc Sefaris, Lire le billet : Un poids, une place, ici.


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« (...) ce cri dans la nuit n’est ni empreint de rage ou de colère, d’angoisse ou de solitude. Il est une voix qui s’unit à celle de Sébastien ; il est une âme qui rejoint l’âme sœur ; un amour qui a trouvé.

(...) un long souffle retenu qui peu à peu se défait, et le lecteur, dans ce silence, écoute ; face à ce texte, se tait. »

Savina de Jamblinne Lire l'article sur le site Vingt mille lieues sous les livres...


********************************************** « (...) Je voudrais que cet objet-évènement se recopie, se fragmente, se répète, se simule, se dédouble, sans que quiconque n'impose ce qu'il voulait dire, ni de dire ce qu'il voulait être.

Le souvenir de personne, c'est du Mozart. Après sa lecture, même le silence est grand.

Merci à toi, Cécile de nous chuchoter tant d'émotions,de nous procurer cette sensation indéfinissable qui nous fait percevoir que nous sommes vivants... simplement vivants. (...) »

Robert Bruce [Lire le texte ici]


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« (...)Le souvenir de personne surprend par la maîtrise de son écriture et par la force du récit. On pense à L'attrape-cœurs de Salinger, à L'herbe bleue témoignage anonyme devenu culte, ces œuvres marquantes par leur universalité : parler des marginaux (dans le sens de ceux qui vivent dans la marge) est beaucoup plus efficace pour décrire une époque que de délayer le quotidien des gens dit normaux. Et ce livre a la grâce des œuvres écrites avec l'émotion de la jeunesse, cette grâce qu'on finit par perdre avec le temps. (...) »

Marie Lebrun Lire l'article sur le site Post scriptum...


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Parfois, il est bon de ne rien dire tant un texte se suffit à lui-même.
Lorsque j'ai lu « le Souvenir de personne » j'ai tout de suite ressenti ce besoin d'être discret, pudique, tant on est au cœur d'une histoire secrète... celle de deux adolescents... dont le destin sera tragique pour l'un d'eux.

Je garde en mémoire, tout ce passage où Sébastien tentera de se désintoxiquer... dans cette cabane prêtée... au bord d'un monde qui se réveille chaque jour... et qui n'est pas forcément le nôtre. « Le Souvenir de personne » c'est une tentative de faire revivre quelque chose, quelqu'un... mais c'est comme visiter un camp de la mort : on voit les décors, les paysages... ce qui reste... mais qu'en est-il vraiment des êtres humains qui ont vécu là ?

En un « Voyage au bout de la nuit »... le livre refermé, on garde le silence... c'est ce qu'il convient le mieux au souvenir de Sébastien... car le silence est profond, vaste et sans limite...

Il faut tout de même dire que j'ai été heureux de lire ce livre, d'être un "témoin" de ce qu'a été la vie de Sébastien.

Becdanlo


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Je repense à ce qu'en évoque Cécile et c'est vraiment cela, un cri , que pour ma part j'entends encore résonner en moi deux mois presque après sa lecture... et j'y repense souvent, cette angoisse qui noue le ventre, comment retenir un soupçon de ce qui a été, ne pas le laisser disparaître à jamais...Cécile Fargue a su si bien nous interpeller, nous accrocher...

le "Souvenir de Personne" restera le mien..

Ariane Grammaticopoulos (recopié d'un commentaire ci-dessous).


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On aura tous croisé dans les rues des grandes villes le regard si adulte, et enfantin, de très jeunes toxicomanes, sans faire rien d'autre que de s'éloigner en pressant le pas, et en cela le récit de Cécile Fargue prend toute sa dimension, dans ce sens qu'elle s'arrête, elle marque le pas, et le récit poétique qu'elle livre – même s'il aurait gagné à être resserré, épuré, acéré – sonne bizarrement juste.

Vincent Wackenheim (Lire l'article)


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Pour résumer, c'est pour moi un bien beau livre dans son style et son dessein, mais l'absence de soutien et de révolte donne un étrange sentiment de complaisance.

Stanislas Fleury (Lire le texte)


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Le Souvenir de personne s'est refermé tout doucement hier soir et il est devenu mien à présent. Sans difficulté, il a su trouver une place dans ma mémoire. Comment rester indifférent à cette indifférence dont souffre Sébastien ? L'indifférence tue ses victimes, dans un terrible anonymat. Il n'y a pas d'autre issue, l'indifférence ne choisit pas, elle ne veut pas choisir.

L'écriture à fleur de peau de Cécile Fargue, sa poésie et ses mots crus, aussi crus que les maux de Sébastien, magnifient cet adolescent dont l'héroïsme est plus puissant et plus morbide que son héroïne, fidèle compagne de ce voyage si court.

Bouleversée, retournée comme ce pauvre corps, j'ai pris, le temps de cette lecture, la place de Cécile et je l'en remercie. D'ailleurs, je me souviens de ce papi libidineux et de son regard lubrique. J'ai la nausée, j'aimerais le tuer.

Cependant, mon intrusion dans cette histoire a été parfois quelque peu perturbée. L'usage récurrent des points de suspension m'ont frustrée, à certains moments. J'aurais aimé que Cécile en dise plus, se laisse aller. Cette sensation de "retenue", même si elle est justifiée par l'émotion, exclut le lecteur de ce souvenir de personne, au risque de demeurer justement personne.

Et cette retenue, par instant, tombe dans son inverse, là où justement il ne faudrait pas trop en dire pour laisser le lecteur à sa propre interprétation qui ne sera jamais éloignée de la vérité. Un mot de trop, un adjectif inutile suffisent à contrarier, agacer même. Mais ces petites faiblesses nous rappellent que l'auteur est humain et que le talent doit rester humain.

Yasmina Teterel, (reçu par mail avec autorisation de le publier).


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« (...)Ce jeune garçon se prénommait Sébastien. En quelques dizaines de pages, Cécile Fargue l’a extrait de la fosse commune où on l’avait jeté. Elle lui a offert une sépulture – notre lecture – d’où il pourra poursuivre sa route. Latcho drom, Sébastien ! »

Lire l'article sur le blog de Gilles Monplaisir...


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Le Souvenir de personne : c'est pour moi une lecture bouleversante, très difficile, une expérience véritablement charnelle. Ce récit est un don qui traduit l'immense générosité et l'amour que porte en elle Cécile Fargue. Quelle grâce.

Anne-Laure Brun Buisson (avis reproduit avec son autorisation)


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C’est poignant, on ne sort pas intact d’une telle lecture, les mots manquent. Certaines scènes sont bouleversantes et terribles. Elles poursuivront longtemps le lecteur. Le pire est l’indifférence, la lâcheté des personnes ayant croisé Sébastien.

Parmi les personnes ayant profité de Sébastien, les personnes les plus humaines paraissent les plus coupables, car elles se rendent compte de la détresse de l’adolescent. Ces personnes en se montrant « amicales », , « bienveillantes », essaient de se déculpabiliser, tout en profitant de Sébastien.

Sébastien, transpercé d’aiguilles, nouveau Saint Sébastien, transpercé également comme une poupée vaudou, sur laquelle la société entière déverserait ses frustrations tout en le transperçant de toute part, en lui volant sa fraicheur, sa jeunesse, son étrangeté, son côté libre et sauvage contre de l’argent ou de la drogue.

Cette drogue détruit Sébastien, les clients le savaient pertinemment. Ils profitaient de Sébastien car il était seul isolé, ils pouvaient agir en toute impunité face à quelqu’un de démuni.

L’auteur, Cécile Fargue, en écrivant Le Souvenir de personne, rend hommage à cette vie perdue, à son amour perdu, en édifiant à la mémoire de Sébastien, un véritable monument de mots, j’ai bien aimé l’expression : « une cathédrale de mots ».

Rémy (copié d'un commentaire, ci-dessous)


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Un livre où l'on course la mort entraîné par ces deux-là. La voix de Cécile, l'innommable de Sébastien. Le tout dans l'indifférence de ceux qui passent où le viol de ceux qui paient. Rude, dur, couleur de muraille, d'urine, de shit.

Bourré de tendresse et de désespoir. ça fait du froid dans le coeur quand on referme le livre et c'est bien. La chaleur on la garde, regard épargné, pour le prochain môme aux veines bleuies que l'on croisera, tapi, au coin d'un porche.

Merci cécile.

Christiane (copie d'un commentaire déposé ici)


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Elle aussi avait, niché au creux de son vide, un rat. Je ne l’ai pas croisée dans les rues de mon adolescence, celles où Cécile a caressé la vie de Sébastien, mais dans le lieu où, loin de là, j’avais construit un accueil pour l’errance. Elle est venue sur la pointe de sa peur briser sans hâte la chape d’indifférence où elle était tenue, cueillir sans précipitation les éclats disséminés de son être-jeté-dans-le-monde. Je l’ai aimée aussi, à la manière admise par ma fonction d’analyste, comme Cécile et Sébastien se sont aimés dans le silence bruissant des douleurs indépassables, là où rien ne s’achève pris dans le flot impétueux de l’ex-sistence, des mots aussi.

J’ai lu Sébastien, comme faire là se peut, dans mon regard tendu vers les mots de Cécile et le texte qu’elle m’oblige à construire. Il n’y a pas d’autre lieu que dans cet entrecroisement où "fabriquer" la littérature et nous en remercier.

Michel Gros-Dumaine (recopié du commentaire ci-dessous)


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« Je garde précieusement ce livre pour le faire lire dans quelques années à ma fille, il est important. »

(fragment d'un courrier reçu par Cécile Fargue)


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Un récit plein de justesse et sans pathos, en hommage à un jeune garçon disparu bien trop tôt et qui fait partie de la longue liste des morts de la rue. Grâce à Cécile Fargue, ce corps enterré anonymement, retrouve une dignité, une âme, une histoire, un nom. Il s’appelait Sébastien. Il vendait son corps pour quelques dizaines de francs. C’était les années 1990. Cécile y était aussi. Elle avait 13 ans et elle a connu ce jeune adolescent à la dérive qui malgré la prostitution, la drogue et la rue avait réussi à garder sa grâce et sa délicatesse. C'est l'histoire d'un amour perdu d'avance mais pas vraiment puisqu'ils se sont accompagnés l'un vers la mort, l'autre vers la vie à un moment où ils en avaient le plus besoin.

Un livre nécessaire dont la lecture bouscule.

Marianne Desroziers (recopié du pandémonium littéraire)


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Bienvenue aux lectrices et lecteurs d'Un jour de grosse lune

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Chers lecteurs d'Un jour de grosse lune de Cécile Delalandre, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer ; ou gardez le silence si vous le préférez.


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Ce Vendremanche, j'ai pris le livre de Cécile Delalandre et je ne l'ai pas lâché.. Sans bouger, j'ai été transportée. J'ai pris une rame de métro infernale, je suis allée à Casablanca, j'ai vu au loin les côtes de Tanger , j'ai traîné place Clichy, et humé avec délices le parfum du premier matin d'Octobre.. Un conte fantastique avec des tranches de vie faites de paysages et de rencontres magiques, glauques et maléfiques, avec des couleurs et des odeurs entêtantes..

Et puis surtout le langage de Cécile, un style baroque et riche... couleur d'Azerty.

Dimitra (recopié d'un commentaire ci-dessous).


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Il y a des jours comme ci, des jours comme ça, des jours avec ou sans et il y a les jours de Cécile Delalandre. Et là, nous entrons dans un monde, un autre monde dont on ne veut plus sortir.

Une explosion d’odeurs, de couleurs, de sons qui vous transporte dans un imaginaire extra-ordinaire où même le lecteur le plus terre à terre ne peut être insensible. Des tranches de vie, banales, magnifiées par la plume de Cécile et la musicalité de son verbe. La musique est partout, par le rythme, les mots et j’ai eu le sentiment, à la lecture, d’être une groupie accompagnant des artistes en tournée.

Hier, en recevant le livret, c’était un jour, ni sans, ni avec, ni comme ci, ni comme ça, c’était un autre jour. Merci.

Yasmina Teterel (recopié d'un commentaire ci-dessous).


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J'ai joué au petit Poucet avec les textes de Cécile, les découvrant un à un sur mon chemin, éclairés par cette grosse lune qui les faisait luire. Puis j'ai eu le bonheur de recevoir mon exemplaire et de m'imprégner d'eux 'à la suite'... ils m'ont ramenée vers une maison dont l'hôtesse accueille en Rabelais les amants de ses mots.

Marie-Agnès Michel (recopié d'un commentaire ci-dessous).


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J'ai lu deux fois ce petit livre. La première fois, j'ai été poussé dès les premières pages par la curiosité: le besoin d'avoir une impression globale, une apprehension, une compréhension, une intuition de la nature du texte et des sentiments qui s'y expriment.... A la fin, j'avais le goût d'un journal d'automne dans le coeur (ben oui..) La deuxième fois, j'ai relu doucement. J'ai oublié les fautes (il y en a peu) et je me suis arrêté sur les merveilles (il y en a beaucoup)que j'avais soulignées à ma première lecture... J'ai parfois regretté les ellipses parisiennes, l'addition des métaphores, ou la complexité de certaines phrases... J'ai souvent regretté la brièveté du texte (certaines paragraphes méritent plusieurs pages)... J'ai toujours adoré le mélange pudique-m'astuvu du langage, si fort, si difficile, si juste..... Surtout je n'ai jamais boudé mon plaisir ! Le goût qui m'en est resté est plus complexe: subtile, gai, doux, amer, une sorte poétique très parnassienne (ben oui). Je me suis dit que j'avais oublié ce qu'il y a entre les lignes, entre les mots.. Dans ce petit livre, il y a beaucoup à lire.. Avec un grand bonheur. Merci.

Je vais le relire.

Michel Dalmazzo (commentaire recopié)


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Tout d'abord merci d'avoir usé ainsi des mots et de cette idée de les pousser parfois à bout ; la promenade est maîtrisée, cocasse, l'ambiance intime et sincère.

On sent que tu as pris plaisir à t'affranchir de certaines logiques rationnelles, et l'onirisme teinte continuellement l'aventure intérieure d'un souffle très personnel. Peut-être que cette dernière phrase ne veut rien dire... mais un peu à l'image de certaines phrases de ton texte, sur lesquelles je me suis interrogé également :-)

On a affaire, assurément, à un bel exercice de style. Les mots se marient, les duos séparés se rabibochent de force... de force, oui. Tour de force, ou tour forcée ?

On assiste finalement à une artiste chanteuse d'Opéra, sensible, expérimentée, qui vient s'échauffer la voix avant son grand récital.

Elle teste sa voix, l'élève en des trilles forcées, la met en sourdine curieuse, la place en des accords virtuoses et inattendus. Cela émerveille, surprend, agace parfois, émeut souvent. On peut même parfois trouver quelques répétitions, et se dire que cet échauffement peut paraître vain.

Le Jour de bal sur le pont Caulaincourt émerveille par ses descriptions inquiétantes et drôles.

Jour couleur d'Azerty surprend : c'est beau, mais quoi ?

Jour de premier octobre agace : ce n'est pas de la poésie, ce n'est pas de la prose ; l'auteur s'est fait plaisir.

Jour de Nuit émeut parce que deux solitudes se ratent dans des mots plus simples et moins alambiqués.
Des formules ou images répétitives ont élu adresse (« ... ton présent se mirera... tu projetteras ton futur » - page 22, « ... s'évaporèrent dans un hier qui disparut dans un demain » - page 26 , et à un autre endroit aussi il me semble.)

Curieusement, ce sont les textes les moins "travaillés" qui m'ont le plus plu.
Tel ce Jour de Rame assise qui lorgne du côté du petit sketch poétique de la vie quotidienne.
Tel ce Jour de Septembre, abusée, et surtout, le plus beau, celui qui clôt ce petit recueil, Frontières, qui raconte beaucoup en peu, qui parle beaucoup sans force mots.

On est loin « des vieilles moules enshalimarées d'où émanait un stupre peint sur une french manucure clinquante comme un bling-bling de culture dégoulinante qu'annoncerait un big-bang », qui donnerait l'envie de crier « Stop ! Trop, c'est trop ! »

Résumons : bravo l'artiste, l'échauffement de la voix est prometteur. C'est virtuose, beau, un peu forcé, mais on devine la douceur et la maîtrise. Alors, une fois les vocalises achevées, on attend, silencieux, le début du vrai récital, de l'œuvre écrite et ambitieuse qui nous prouvera que l'on a eu raison d'écouter jusqu'au bout ces arpèges et ces belles gammes.

Stanislas Fleury.


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J'ai reçu le livre ce midi, j'ai décacheté le délicat emballage avec soin, car il s'agit d'un livre précieux par sa forme et par son contenu. Il faut lire plusieurs fois les textes pour bien les comprendre. On éprouve beaucoup de plaisir à relire cet ouvrage. Cécile Delalandre est un artisan des mots. L'auteur a accompli un travail d'orfèvre, ces mots sont des bijoux précieux, j'aime les relire. Si il y a un effet miroir dans ce livre, c’est un effet miroir universel, car les textes de Cécile peuvent s’appliquer à tous et à chacun, même si les situations décrites sont issues de ces observations, et interprétations. C’est un livre d’une délicate poésie.

Rémy (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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J'ai lu, relu, et encore... Les phrases vif argent claquent comme des balles de tennis. On les tâte, on les monte, on les démonte, on les associe... mais elles vous échappent sans préavis. Ce sont des écorchures, de sublimes fêlures,d'impérissables ratures. Je n'ai jamais ressenti pareille commotion en lisant un texte aussi raisonnablement démesuré,d'un auteur qui défend le temps du rêve ou le temps éveillé,l'hyperbole ou le mot juste, l'aile ou la main.

La Fourche, le Wepler, Mancey, Caulaincourt, autant de lieux que je frôlais chaque jour à longueur de temps.

C'est vous dire que je ne suis pas peu fier d'avoir commenté une œuvre exceptionnellement lumineuse un jour de grosse lune.

Robert Bruce (copié d'un commentaire ci-dessous)


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Mardredi, jour de marché ; Lundredi, jour de nuit ; Mercremanche jour de kiss ; ainsi s'égrènent les jours de l'univers de Cécile Delalandre. Tout un monde décalé et visuel... on se croirait sur une scène abandonnée, dans un espace cerné de pendrillons noirs où un projecteur éveillerait des mondes improbables : tel ce voyage à bord d'un bateau à voile qui avance à l'air décomprimé, ou celui d'un certain septembre, en subaru sur un chemin bordé de pruniers et de figuiers...

Une vingtaine de petits textes tricotés avec grâce et humour comme « des enluminures sous les draps de sa retirance... qui fait du vert de flambe dans sa mélancolie »

Becdanlo (copié d'un commentaire ci-dessous)


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La poèsie de Cécile, belle à en crever, belle à en déchirer les pages puis les manger afin d'absorber, s'imprégner un peu de cette rime, la sienne, pour en faire ressortir quelque chose de plus léger que la lourdeur. Trop en dire serait mentir, ralentir la naissance de ses mots, les goûter, pour les voir s'envoler vers de lointains azur et disparaître, nous laisser pantois, à faire couler un pleur.

Deville (copié de ce commentaire)


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J'ai tellement aimé ce jour de grosse lune - je ne suis pas une grande lectrice mais je le redis j'ai tellement aimé !!!- merci pour ce moment délicieux

Chantal (copié de ce commentaire)


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« (...) Le vocabulaire est riche et précis, poétique en diable, léger comme une plume de colibri. L’écriture de Cécile Delalandre est pleine de sensibilité et de tendresse et la nostalgie qu’on sent poindre souvent n’empêche pas des accès de drôlerie, de jeux de mots et d’invention langagière (le mardredi). La plume flirte à la fois avec Boris Vian, Queneau et une certaine littérature américaine à l’élégance un peu déglinguée.(...) »

Marianne Desroziers, in « Un Jour de grosse lune » de Cécile Delalandre (Les Penchants du roseau).


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Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Peaux de papier

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Chers lecteurs de Peaux de papier de Yasmina Teterel, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer ; ou gardez le silence si vous le préférez.

[je réactualise ce billet-accueil des lecteurs de Peaux de papier en y glissant au fur et à mesure que j'en prends connaissance des avis glanés ici ou là, n'hésitez pas à me faire parvenir les vôtres]


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En général la poésie n'est pas mon genre préféré, mais je n'ai éprouvé aucune peine à entrer dans l'univers de Yasmina. Ici, aucune affectation, juste des mots vrais et sincères. Au fil des pages j'ai été bouleversée (Mary Eye Liner) nostalgique (Lever) révoltée (Le Chien de garde) et même joyeuse ( le soleil brille...)

Mon texte préféré? Peut-être Le voleur de rêves....Et tous les autres.

En reprenant certains textes j'ai ressenti plus profondément la grande tristesse, la noirceur même de ces poèmes. Le temps qui passe en laissant des blessures , les amours absentes, la froide solitude sous la lune, la vie avec ses douleurs..

"Et un jour, les yeux ont tiré leur couverture "..

Dimitra (recopié de commentaires ci-dessous)


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Je viens de lire et de relire Peaux de papier.

Quelle profondeur dans votre pensée, quelle fluidité dans votre écriture !

Votre chant est fort comme un opéra, parfois en relief, parfois en creux, parfois sage, parfois douloureux. C'est une langue universelle, celle de l'innocence ou de la souffrance, de la raison démesurée ou des illuminations. Vous répugnez à la laideur, vous magnifiez les bonheurs. Alors, je vous dis simplement merci, merci et à bientôt.

Robert Bruce (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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J'ai pris le temps, ou plutôt "Peaux de papier" me l'a pris et je l'ai laissé faire avec délectation...

Yasmina Teterel est une vraie poétesse! Quel talent!

Il y a de l'élégance, de la délicatesse, de l'humble justesse, et surtout une discrète mais si éclatante profondeur dans ses peaux de mots!

Sous ce bel épiderme perce sans saigner l'humanité entière faite de retenue y versant à la fois ses douleurs et ses petits bonheurs..

Yasmina ne s'efface pas, elle laisse de vraies et belles traces:

   "là où le futur est passé
Là, au centre,
Percer l'oeuf.
Ecrire."

Cécile Delalandre (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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S'il y a bien un pan du registre de la chose écrite qui me met toujours un peu mal à l'aise, c'est bien celui de devoir donner un avis sur des poèmes. Tant il me semble que c'est de l'ordre de l'extrême intime. Dans le cas de Yasmina je suis, en premier, infiniment séduite par le titre. Les mots qui prennent chair dans ce recueil étincelant témoignent que le creuset est douloureux et profond, mais aussi d'une belle élégance. S'il ne fallait en choisir qu'un seul pour exprimer mon penchant de l'instant présent, ce serait peut-être celui de la page 21... Mais aussi celui de la page 13 et... les suivants ! Bien évidemment. Si l'amour et la mort sont, comme il est dit, les mamelles éternelles du poète, il me semble que Yasmina Teterel le confirme.

Véra (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Peaux de papier est arrivé chez moi par surprise... Il repose depuis sur ma table de chevet pour que je puisse le lire et le relire. J'ai une sensibilité toute particulière au Voleur de rêves et au Chien de garde. Des mots solaires, tout en douceur, pour dire la noirceur d'un monde de douleur. Merci Christian de m'avoir fait découvrir Yasmina Teterel. Merci Yasmina pour vos merveilleux mots.

Anne Laure (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Le lecteur lit Peaux de papier comme on déguste un thé rare. J’ai bien aimé la phrase mise en exergue : "Si je me tue tu m’en voudras toute ma vie ", cela sonne comme un lapsus, c’est un présent du ciel reçu par lecteur ou par la lectrice. Les poèmes de Yasmina Teterel reflètent la lumière d’étoile dans la noirceur de la matière noire. De cette noirceur de charbon Yasmina Teterel a su ciseler un diamant. On ne lit pas seulement les vers, les lettres ont leurs mots à dire. Yasmina Teterel est un auteur inspiré, une femme de lettres. Ces peaux aime fait de papier couleur chair poursuivent longtemps le lecteur après la fermeture du livre.

Rémy (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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samedi 24 décembre 2011

Il eût fallu tout reprendre de zéro

Robert Bruce écrivain colporteur et son âne Platon

jeudi 15 décembre 2011

À bientôt Robert !

« Hier, à Bacqueville-en-Caux, mon village d'adoption depuis plusieurs années, la vieille maxime populaire qui dit que nul n'est prophète en son pays, s'est vérifiée une fois encore.

Pourtant, j'avais préparé ma table de dédicace en grand, avec pas moins de 8 titres tels que romans, essai philosophique, nouvelles, carnets de voyage, et même une BD dans laquelle Platon, mon âne préféré est l'acteur principal.

Rien n'y fit. Ils sont passés à côté de mon stand d'un air indifférent, au pire dédaigneux, sans y prêter la moindre attention.

Bien qu'un peu désabusé aujourd'hui, cette indifférence d'un certain public vis-à-vis du livre n'entamera jamais ma conviction profonde, ma conviction secrète de ce à quoi je pense, de ce à quoi je crois, de ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles et culturelles, je veux parler de l'écriture et du livre. Pourtant, malgré ces échecs, je recommencerai encore, et encore, et toujours...

L'essentiel, n'est-il pas de semer aux vents d'orient, d'occident, d'autan, ces petites graines d'où germera un jour l'espoir. »

Robert Bruce

jeudi 10 novembre 2011

Bulletin n° 35 (ça c'est du titre mon roro !)

Le bulletin est mis à jour, pour les habitués de ce journal, rien de neuf. Il est téléchargeable, ci-dessous, au format pdf, j'en reproduis le contenu dans ce billet (d'ici).

Bulletin n°35 contenant le catalogue des livres disponibles actuellement

les penchants du roseau n° 35

Chers lecteurs,

« Les penchants du roseau », librairie artisanale, vous propose un petit choix de livres fabriqués à l'unité dans son atelier sis au bord de l'étang de Saint-Aubin-du-Cormier en Ille-et-Vilaine. Chaque livre peut bien sûr être commandé directement ou acheté chez votre libraire. Il vous est loisible de le feuilleter dans sa bibliothèque numérique ainsi que dans les feuilles correspondantes du journal des penchants du roseau ou, plus charnellement, dans votre bibliothèque préférée, si vous en demandez l'acquisition.

« Les penchants du roseau » prend le plus grand soin dans le choix des textes qu’il publie ; se défiant des genres, l’accent est mis sur la singularité, le ton et la profondeur de l’écriture de leur auteur.

Christian Domec, apprenti libraire.

Christian Domec - 9, rue du Bourg au Loup - 35140 Saint-Aubin-du-Cormier

http://domec.net
roseau.penchant@orange.fr

Au catalogue en novembre 2011

Cécile Fargue Schouler
Instants tannés — Textes & autres miniatures
« Petits penchants » — 10

« (…) Oui, elle voudrait qu’il y ait un cheval pas loin, un cheval qui s’ennuie. Il s’ennuierait et alors, devant son enclos, elle pourrait s’arrêter, l’appeler, le caresser et croire qu’il l’attendait. En le quittant, elle se dirait, au dedans d’elle, que les hommes n’ont décidément rien compris, que ce sont les bêtes qui savent, et ainsi de suite en reprenant son chemin. Elle continuerait de se rabâcher ces choses qu’on dit pour avoir moins froid, pour croire que toute cette solitude c’est un choix. Même que ça lui ferait du bien ces petits mensonges, parce que ce ne sont jamais les gros arbres qui font les radeaux de fortune, mais les petites branches qu’on accumule. (...) »
2011 — ISBN : 978-2-916965-14-7 — 48 p. — 5,00 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Dangereuse expédition
« Petits penchants » — 9

« — Un bébé pas maturé, c’est un bébé qui vient au monde avant le moment normal. Quand on l’attend pas, quoi… Et en plus, il est tellement fragile qu’il risque de mourir au dernier moment !
Serg plissait le front, comme pendant les dictées difficiles à l’école.
— Ils m’attendaient pas, papa et maman ?
— Ben non... »
2011 — ISBN : 978-2-916965-13-0 — 56 p. — 5,00 €

Padrig Moazon
Mémoires du cargo
« Petits penchants » — 8

« (…) Les vagues soulevées par le moteur viennent lécher les cicatrices de la mangrove, tatouée de tentacules. Mélancolie des albatros attendant que le soleil sèche les plumes de leurs ailes déployées.

Le delta neutralise le fleuve, lui impose l’immobilité.
Les pêcheurs ont pris le parti de ne pas provoquer l’horizon.

Un vol de pélicans pour justifier le ciel. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-12-3 — 52 p. — 5 €

Scènes étranges d'une enfance de garçon
Retours difficiles
« Petits penchants » — 7

« Tout était si difficile en grandissant avec les sentiments. Ils s’accrochaient aux basques du petit môme d’autrefois que vous n’étiez plus et refusaient de vous quitter, ainsi il vous fallait apprendre à leur mener la vie dure, les obliger à lâcher prise. Vous vous sentiez parfois malheureux de cette dureté qui s’installait peu à peu en vous bien sûr, mais elle était nécessaire : comment grandir autrement ? »
2011 — ISBN : 978-2-916965-11-6 — 48 p. — 4,50 €

Quinze poètes
Infinis paysages
« Petits penchants » — 6

Yasmina Teterel, Matin vert.
Stanislas Fleury, Croquis marins & Croquis urbains.
Nourit Masson-Sékiné, Le Jour me lève.
Cécile Delalandre, Les paumés & Tess.
Dzovinar, Compagnon d’un moment.
Marie-Agnès Michel, Les Indiens.
Simon Camier, D’un qui dérivait.
Christelle Anjou, Farandole.
Luna Barbare, Le Crapaud, ma chère.
Robert Bruce, Mon frère.
Fanie Vincent, Là-bas.
Christine Leininger, J’entends mendier les bruits des secondes.
Patrick Aspe, Petites phrases
Véra Stépanowa, Flâneries.
Annie David, Né en Maurienne.

« D'infinis paysages, thème du Printemps des poètes 2011, fut l'occasion pour les penchants du roseau de lancer un appel à poèmes début février. Grande fut notre surprise de découvrir l'engouement qu’il suscita. Pendant plus d’un mois, plusieurs centaines de personnes venaient chaque jour déposer, lire, recopier, commenter des poèmes, ceux de leurs infinis paysages ; certains oubliés dans le fond d'un tiroir ou déjà en recueil, d’autres écrits pour l’occasion. Plaisir de découvrir que leurs paysages déchiraient les décors habituels pour y retisser de l’intime, du profond, de la nostalgie, du malicieux. Ce recueil présente ceux que nous avons choisis : quinze poètes et leurs infinis paysages. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-10-9— 52 p. — 5 €

Christine Lapostolle
Descriptions — Jean-Yves, chevrier – Éric, potier
« Petits penchants » — 5

« J’ai parfois du mal à dire que je suis potier, je ne veux pas dire céramiste parce que je trouve que c’est prétentieux. Donc voilà, c’est un métier, enfin, c’est mon métier. »
« C’est nous qui avons décidé d’élever des chèvres, de venir ici. On n’a pas hérité d’une exploitation. Tout est notre choix. Je suis tout à fait d’accord avec ce que je fais. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-09-3 — 52 p. — 4,50 €

Jean Giono
L’Homme qui plantait des arbres
« Petits penchants » — 4

« C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui. Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau – excellente – d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. »
2011 — ISBN : 978-2-916965-08-6 — 24 p. — 2,50 €

Yasmina Teterel
Peaux de papier
« Petits penchants » — 3

« L’essai se meurt
De ma main fébrile
Je ne suis qu’un brouillon
Voyez ! Je m’efface

Je … »
2010 — ISBN : 978-2-916965-07-9 — 36 p. — 4 €

Cécile Delalandre
Un jour de grosse lune
« Petits penchants » — 2

« Quand les côtes de Tanger se sont mises à blanchir, il s’est tu. Moi j’étais groggy, à terre, par tout ce qu’il venait de me révéler.
Il a tenté de me consoler en me disant qu’il avait eu le temps de voir les mûres rougir, d’écouter la chouette chevêche, de caresser l’aubépine, de souffler sur les séneçons, d’humer les tanaisies, de délainer des chèvres maltaises... qu’il allait bientôt aspirer un autre air et qu’il avait moins peur du crochet des serpents que celui du big brother ! »
2010 — ISBN : 978-2-916965-06-2 — 52 p. — 4,50 €

Robert Bruce
Bankster
« Petits penchants » — 1

« À première vue, notre homme n’a ni l’entregent d’un Stavisky, ni la révolte d’un Mandrin, encore moins la farouche combativité de Villon, la canaillerie d’un Cartouche, d’un Guilleri ou tous ces autres légendaires malandrins des grands chemins de France. Non, ce personnage ne leur ressemble pas, il est d’une espèce différente, de celle qui, secrètement, méthodiquement, solitairement, dans une sorte de jouissance intellectuelle intérieure inouïe monte une seule mais spectaculaire carambouille, puis son forfait accompli, tire sa révérence et disparaît définitivement de la scène. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-05-5 — 32 p. — 3,50 €

Cécile Fargue
Le Souvenir de personne

« ce sont les mots de Sébastien, jeune garçon de 14 ans qui vit ses derniers instants. Une vie d’errance, à la marge de ce qui est bien, de ce qu’on regarde, et dont Cécile Fargue se souvient pour nous. Mais, Le Souvenir de personne n’est pas un témoignage de la misère, c’est une mémoire qui s’ouvre comme une prière, un cri contre l’indifférence. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-04-8 — 120 p. — 13 €

Paul de Musset, Jean Domec
La Chèvre jaune & Balade caprine à travers la littérature
« Côte à cote » — 0

« On fait, en Sicile, une grande consommation de lait de chèvre. Tous les matins, quantité de troupeaux descendent des montagnes et parcourent les villes en distribuant le lait de maison en maison. Le dormeur, réveillé par le son joyeux des clochettes, ouvre sa fenêtre et s’amuse à regarder ces escadrons de nourrices qui apportent dans leurs mamelles le remède des poitrines malades et le déjeuner des enfants sevrés. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-03-1 — 160 p. — 13 €

Jean-François Joubert
Bleu Terre, balade poétique & insulaire

« Une récréation d’un monde commence-t-elle par une comptine ? Jean-François Joubert le suggère en amorce de Bleu Terre, balade poétique. Son verbe, doux et sensible, sera ses conversations avec les êtres qui, entre estran et abysses, peuplent les redoutables récifs où se fracassent les coques égarées, les lames écumantes, sous le regard distrait de l’astre de nuit. Les toiles de Georges Briot sont, dans leur reproduction, sa respiration picturale. »
2010 — ISBN : 978-2-916965-02-4 — 112 p. — 13 €

Commander ?

Que vous soyez professionnel ou particulier, suivre cette démarche :

1.envoyer un message(1) à l'adresse roseau.penchant@orange.fr annonçant votre commande,
2.vous recevrez une réponse précisant la date estimée de l'envoi, les moyens de paiement (chèque(2), virement(3), paypal(4)),
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4.après réception, votre commande vous sera expédiée à la date convenue.

(1) Attention ! Vous recevrez la réponse d'une personne et non d'un robot, n'en soyez pas surpris.

(2) chèque à l'ordre de Christian Domec,adressé à :

Christian Domec
9 rue du Bourg au Loup
35140 Saint-Aubin-du-Cormier

(3) les références vous seront communiquées par retour de mail.

(4) compte : christian.domec@wanadoo.fr

(5) une facture sera jointe à l'envoi aux libraires ou bibliothécaires pour paiement à réception.

Frais d'envoi

Un forfait de 2 € de frais d'envoi pour la France et les pays limitrophes est ajouté à la commande lorsque son montant total est inférieur à 12 € ; les frais d'envoi sont inclus au-delà.

Remise

Sauf accord particulier, la remise libraire est de 30 % sur le prix indiqué hors frais d'envoi, la remise bibliothécaire est de 9 %.

vendredi 30 septembre 2011

Salon du livre de Liffré le 1er octobre 2011

salon du livre de Liffré 2011

Ils m'accompagneront ce premier octobre 2011.

Qui ?

Cécile Fargue par son Souvenir, Yasmina Teterel avec son Papier et ses peaux, Christine Lapostolle et ses Descriptions, Cécile Delalandre via sa Lune grosse, Padrig Moazon et son Cargo, Robert Bruce avec Bankster pour caresser Platon, Jean-François Joubert et le Bleu de la Terre & Les Scènes étranges & Giono & Musset & les Paysages infinis. Ils seront tous là - hormis les Conards - non charnellement, mais par l'expression de leur(s) caractère(s), celle qui n'indiffère jamais la personne qui se risque à les lire.

Où ?

À Liffré, non loin de Rennes, 7 rue des écoles.

Quand ?

Le 1er octobre 2011 de 10 h à 18 h.

Avec qui ?

Déchiffrez l'affiche, ci-dessus. Mais j'aurai plaisir à côtoyer mon voisin graveur François Houtin, revoir Gaël Brunet, Albert Bensoussan, Jean-Loup Lecuff, Liza Lo Bartello, et tant d'autres.

À bientôt donc.

(je m'absente quelques jours de ce journal)

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