Journal des penchants du roseau

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samedi 1 mai 2010

Bleu Terre - Éclats de lune

Une lune écarlate éclaire quelques voiliers. Moi, je promène chien et nostalgie sur l’écran de ma mémoire. Des couleurs s’invitent. Ivre de dunes, je m’absente dans ce tableau. Les blés sont ocre jaune, la lavande respire le vert, le blanc. La terre s’inhale, de vieilles pierres de taille comptent les ans. Enfant, je courais sous les bois ; maintenant, j’attends les vents d’ouest, pour me sentir vivant. Mille fois je suis mort, pris en otage de ton absence. Alors je m’aère l’esprit en regardant Ouessant, et la mer translucide me transcende, quand je ne suis que la cendre de notre histoire d’amour. Je patiente face à la roue qui tourne. Sans montre, j’ai le temps de compter les éclats du Stiff et de mon cœur. Les nuages pourpres inventent la joie de te savoir heureuse.

Tu es ma source de jouvence et quand je pense au charme des bateaux fantômes, je sais que j’ai raison de croire à cette histoire. L’horizon me bouscule, sensible charme de l’être lumière, lui qui dessine le monde en éclairs de génie. Cette poussière qui pense me hante. Déguisé en plaie ouverte, ce paysage me transporte vers l’œil-porte de l’univers.

Demain, ta robe volera sur mon dessein...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

dimanche 18 avril 2010

Bleu Terre - Lieu

Le lieu, dans son milieu. Tourelle rouge, entourée de vagues qui l’immergent, la noient et la laissent impuissante, transpercée par les éléments.

Le vent de mer, et sa force camisole, l’affolent, mais elle tient. Comment ?

Ce monument de pierre flotte, il guide ceux qui viennent de l’île, Ouessant. Voyez ces marins aux séants trempés, cherchant l’abri du port. Tempête et violence, l’Iroise répand ses veines, brûle et bouillonne. Des roches acérées, aux arêtes affûtées, affleurent. Ce bout de terre en mer désire dévorer le bateau, tristement secoué par les flots. La colère gronde, la laine blanche des moutons est de sortie, les vestes de quart aussi...

Ce bleu vert en mouvement laisse les poissons au fond, et ce navire qui galère, que fait-il ?

Regardez, l’humain hurle, lui qui se sait si petit face aux éléments !

Encore des goélands, qui s’isolent dans le ciel. L’idée lumineuse du reflet du soleil apparaît, entre les pierres de l’aber. L’astre exauce leurs prières, petit guide innocent pour ceux perdus en mer. La fureur des bords de mer efface presque les désirs d’îles, de Molène, de Sein, et de celle qui perd lueur et sang. Plein ouest, le Stiff sort de l’ombre. Immense phare qui indique les caps, éloigne des dangereux murmures du Fromveur, magnifique courant au trouble sourire carnivore.

Combien de naufrages ?

De pleine page, la mer ôte ses chaînes quand le vent siffle, et le marin balancé retient son souffle. Hors du chenal du Four, il reste cette tourelle, ce rouge pierre en pleine eau, qui masque nos maux.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.