Journal des penchants du roseau

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Tag - Yasmina Hasnaoui

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jeudi 17 mai 2012

Et vive la poésie !

(Commentaire de Yasmina Hasnaoui à propos de la Rencontre poétique du 12 mai à Saint-Aubin-du-Comier)

Le bar d'à côté, photo prise par JoG

« Cette rencontre a été un moment fort, si fort que je suis encore sous l’émotion. C’était ma vraie première lecture publique et l’accueil si chaleureux de mes lecteurs, de Christian et de la médiathèque de Saint-Aubin-du-Cormier m’a de suite mise à l’aise. Même si j’ai eu quelque appréhension, tout s’est dissipé rapidement grâce aux sourires et regards d’encouragement. ½ heure avant cette lecture, les talentueux Olivier et Jean-Bernard et moi-même avons répété. Répéter est un bien grand mot puisque c’était la première fois que nous nous voyions. Nous sommes entrés dans le vif du sujet, naturellement, et à notre grande surprise nous étions synchro. La musique irlandaise était l’habit parfait pour ces peaux. Nous pouvions commencer…une trentaine de personnes à l’écoute… je les entends encore respirer. Tout à côté, des poteries faisaient écho à la Poetry

J’ignore ce qui se passait dans le cœur des personnes présentes mais je sais ce qui s’y passait dans le mien. Me laissant porter par la musique, tapant la mesure discrètement du pied, j’ai dit et je crois avoir été entendue. Alors merci.

Cette rencontre s’est poursuivie ensuite autour d’un buffet organisé par Christian et JoG. Ainsi, chacun a pu faire connaissance et échanger entre deux bouchées et gorgées. Plus tard, un petit tour au Bar d’à côté. Le patron était présent à cette lecture. Lui et quelques clients ont parlé des Penchants et de leurs lectures. D’ailleurs le client de passage peut, le temps d’une consommation, emprunter un des ouvrages mis à disposition près du comptoir. Si le roseau doit être heureux de cet intérêt, je suis également très touchée par la sensibilité à mes mots et à ceux des autres auteurs édités par Christian. Nous avons échangé nos impressions sur tel ou tel ouvrage, conseillé la lecture de l’un, raconté l’histoire d’un autre….Il n’y a pas que dans les grandes villes qu’on parle de littérature. A Saint-Aubin-du-Cormier, il y a de fins connaisseurs.

Alors, une fois de plus, merci de tout cœur à toutes et à tous pour ce moment de partage.

Et vive la Poésie ! »

Yasmina Hasnaoui, auteur de Peaux de papier.

samedi 12 mai 2012

Rencontre poétique avec Yasmina Hasnaoui le 12 mai à Saint-Aubin-du-Cormier

Rencontre poétique avec Yasmina Teterel

La rencontre poétique avec Yasmina Hasnaoui Teterel, poète en Avignon et auteur de Peaux de papier, aura lieu le 12 mai 2012 à 11 heures à la médiathèque de Saint-Aubin-du-Cormier – Ille-et-Vilaine.
Sur la carte c'est ici : http://g.co/maps/c2tmy

Vous pouvez, si vous le souhaitez, lire Peaux de papier à cette adresse ; ainsi que des textes récents sur sa correspondance de nuit.

dont celui-ci :

°°°

Café blanc

Il ne reste que le silence et tes doigts aux nœuds coulants accrochés à l’anse de la tasse. Pendus comme de vieux crochets rouillés par un temps corrosif, ils s’agrippent, au-dessus de ce vide. La porcelaine reste encore le lien saisissable. Encore…. Encore un peu. Assise sur ce fauteuil qui semble t’étreindre pour que tu ne te disperses pas, les souvenirs chiffonnés, tu te replies sous la désarticulation de tes pensées. On peut les entendre geindre lorsqu’elles tentent de percer l’iris de tes yeux, miroirs sans tain. Les reflets les ont usés.

L’absence a le bras long. Elle atteint même la chair des cœurs. Mais vois-tu je reviendrai. Je reviendrai poser ma tête sur tes seins et m’abreuverai du lait de ta mémoire. J’ai le gosier étanche. J’absorberai ! Ainsi, le ventre plein, je t’écrirai. J’écrirai ton corps et ton sang. J’écrirai à chaque lever de lune jusqu’à tuer l’absence avant qu’elle ne devienne tienne.

Je reviendrai et ensemble nous écouterons le bruit de nos cuillers dans le café blanc.

°°°

Poésies, lectures, musiques, conversations avec non loin un gâteau aux pommes et une gorgée de cidre seront au menu. Pour ceux qui le souhaiteront un buffet frugal sera proposé sous mon atelier pour poursuivre cette journée. Après ? Nous verrons bien...

À bientôt !

lundi 23 avril 2012

Elle a bu tout le jour de l’autre côté du monde.

À lire sur la Correspondance de nuit de Yasmina Hasnaoui.

mardi 20 mars 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Staccato

Couverture Staccato 1

Chers lecteurs de Staccato de Michel Gros Dumaine, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer ; ou gardez le silence si vous le préférez.

°°°

Staccato, "piqué" et "détaché", donc, à tous les sens: "une suite d'instants", une forme "syncopée" au rythme des saisons de la mémoire, un phrasé souvent heurté, où chaque parcelle de phrase résonne et dit la discontinuité d'une vieille vie qui s'effiloche, un passé qui apparaît par bribes et dont il faudra bien se détacher.

C'est brillant - parfois trop. Je veux dire: les courtes biographies qui associent systématiquement avec malice petite et grande Histoires, tous les thèmes qui s'orchestrent avec une parfaite minutie, la blancheur de la maison dans les ouvertures, les larmes qui reviennent dans les clôtures, certes tout cela est impliqué par les réminiscences en spirale de Simon-l'homme-immobilisé, mais - à mon goût- trop visiblement en place, à leur place exacte. (tout comme les messages du caveau familial qui apparaissent très (trop?) logiquement juste avant la dernière partie, l'hivernale...)

A la lecture, des interférences troublantes, plaisantes, voulues ou non par l'auteur je l'ignore: par exemple le début du "Printemps" fourmille de détails qui renvoient à "L'Orphelinat" de Bayona, film hautement psychanalytique (le prénom: Simon, 1-2-3 soleil, enfances vouées à la disparition, grande maison solitaire au bord de la mer...); ou encore les brefs récits de vie, très réussis, par leurs lacunes même, qui semblent se situer entre "Souvenirs pieux" de Yourcenar et "Vies minuscules" de Michon (cf les 4 belles lignes consacrées au modeste Clotaire)...

Bref encore une oeuvre maîtrisée, émouvante, profonde, malgré mes quelques réserves.

Marc Sefaris

(ce Retour de lecture de Marc fut fait sur Scryf à partir du manuscrit de Staccato déposé là-bas par Michel, il y est d'ailleurs toujours consultable)

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« (...) « Staccato » est un terme employé en musique. Michel Gros Dumaine explique que les contenus de la mémoire, atteinte par la maladie d'Alzheimer, jaillissent par des à-coups non liés comme les notes de musique jouées staccato. La musique est très présente dans « Staccato » puisque l'auteur utilise les quatre saisons comme les quatre temps de la vie (l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse) et qu'il entame chacune d'entre elles dans une relation avec la musique. »

Georges Coffre, Sud-Ouest lire l'article en entier

°°°

Quel livre magnifique ! Je viens juste de le terminer, pleine d'admiration et d'émotion. Vers la fin, je me suis dit "J'avais besoin de ce livre". Je ne sais pas encore pourquoi.Ces phrases minuscules au début, qui se dilatent, s'élargissent progressivement au long du texte (en omettant les Traces de mémoire) jusqu'à une fin presque lyrique, cette voix du narrateur, calme, implacable, cette retenue et ce contrôle ! J'admire (autant que je puisse admirer un écrivain).

Gabrielle Ostoya

(ce Retour de lecture de Gabrielle fut fait sur Scryf à partir du manuscrit de Staccato déposé là-bas par Michel, il y est d'ailleurs toujours consultable)

°°°

« Et le voilà dans la peau de Simon posant sur le papier ses jaillissements de mémoire. Les phrases arrivent avec la force de l'éclair traversant le cerveau de Simon et se posent comme des sculptures, images de souvenirs intimes et inachevés. Simon se répand sur sa jeunesse avec lucidité et nostalgie et s'écorche sur son présent imprécis fugitif et anxieux. On est pris par le rythme, par la richesse des images et des mots, par la souffrance de cet homme qui ne peut faire partager sa lucidité intérieure. Alzheimer. Alzheimer oui mais avec une vie affective qui nous réhabilite avec le patient. Et nous suivons l'homme sur son chemin où chaque caillou le déroute inlassablement et il continue à avoir inlassablement des fulgurances de mémoire que l'auteur traite par saccades aussi riches en vocabulaire que violentes dans l'action. Staccato livre bien nommé et qui nous électrise autant qu'il nous fait suivre, en paix, Simon vers ses "lieux incertains de l'oubli". Un hymne staccato à la gloire de toute trace de vie »

Jean Lasaires, Charente Libre lire l'article en entier

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Fini en à peine 2 heures intenses, ce livre est juste magnifique.
Il va pour moi crescendo dans les abîmes inexplorées de la déchéance mentale de Simon en transposant ses flashs sur la vie de l'auteur.
Dans sa construction, dans son style, dans son intensité, dans son humanité et dans sa sensibilité, ce roman est une pure merveille dans laquelle chacun peut se projeter par bribes.
J'ajoute qu'il ne manque pas d'un certain engagement sur les idéaux, d'amour, d'humour aussi, bref j'ai adoré.
Merci Michel.

Laurent Garlin (copie d'un commentaire ci-dessous)

°°°

Dans Staccato j’y suis. Dedans, tout de suite. Il y a un état d’écriture, une humeur, un rythme dans votre Staccato. Une simplicité aussi. Je trouve que l’érudition souvent tue l’émotion. Et puis, c’est toujours désagréable d’être pris en flag de bêtise ou d’inculture.

Dans Staccato la forme épouse le fond. On ne me dit pas, on me fait vivre. Je suis dans la mémoire chaotique de Simon. L’écriture ne raconte pas, elle fait ressentir. J’ai eu froid de solitude dans ce canapé et chaud d’enfance auprès de la forge de l’arrière-grand-père.

Quand vous écrivez « Simon a faim », j’ai senti tous les Simon dans cette faim, l’enfant, l’adolescent, le vieillard.

J’ai BEAUCOUP aimé l’alternance des styles. Avec les Traces de mémoire, vous donnez à ressentir ce que fut la pensée de Simon quand il était dans la force et l’intelligence de l’âge. Tout comme vous dressez avec humour parfois (agréable contrepoint à la dérive du Simon en fin vie) les portraits de ses ancêtres.

J’aime bien cette mémoire accrochée toujours à cette même image qui revient, lancinante, inlassablement « Elle est seule posée sur la plage… »
Il y a des choses superbes de poésie et de simplicité :
« Son horizon, courbé, esquisse la rondeur du monde. »
« C’est l’heure du calme. Des pensées fuyantes, inutiles. Impossibles à retenir. »
« Du temps en vrac. Du temps qui détruit la mémoire. Qui fatigue Simon. Du temps étranger. »
« Simon ouvre les yeux qui regardent son rêve » et tant d’autres !

Staccato est maîtrisé et bouleversant.

Chantal Malignon écrivain.

°°°

"Se souvenir des belles choses", le film de Zabou Breitman nous donnait à voir le lent déclin de la mémoire chez Claire, une femme encore jeune. Et sur ce fond pessimiste elle tissait les beaux moments d'un amour naissant avec un parti pris d'optimisme malgré la gravité du sujet.

Dans Staccato, le roman de Michel Gros Dumaine, Simon, lui, est au quatrième tempo de sa vie, la vieillesse. Bientôt il aura effacé de sa mémoire, les belles choses comme les moins belles qui ont jalonné son existence, les souvenirs profondément enracinés dans le terroir de ses ancêtres. Le drame est bien là, dans ces absences qui le plongent peu à peu dans l'oubli de ce qu'a été sa vie. Le lecteur accompagne alors Simon dans les derniers jaillissements de sa mémoire. Il l'accompagne enfant, adolescent, homme mûr avant que ne se referme définitivement avec la vieillesse le livre de ses souvenirs. Le lecteur suit avec passion le cheminement de cette vie qui, petit à petit,comme la bougie vacillante, va s'éteindre. Le lecteur a de la compassion pour Simon. En même temps il n'est pas triste, puisque Simon, quoiqu'il advienne, sera toujours riche de toutes les choses de sa vie qui nous sont données à lire.

Et c'est là le tour de force de l'auteur. Par son style, par ses mots, par la poésie qui se dégage de ce livre, nul apitoiement mais une bienveillante empathie à l'égard de son héros déclinant.

Martine Playe

°°°

Cher Michel, Je suis là, enfin ! Simon, votre héros et vos phrases ressemblent a un voilier. Quand il ne peut plus lutter contre le vent, la mer, la vie pour poursuivre encore un peu sa route, il lui reste deux allures pour ne pas s'enfoncer de l'avant : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous )le soumet à la dérive du vent, de la mer, de la mémoire, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l'arrière avec un minimum de toile.

J'ai pris délibérément ces expressions nautiques pour résumer la vie de Simon, car la fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau, de se sauver. Elle permet aussi,' (comme dans votre roman) de découvrir des rivages inconnus qui surgiront du tréfonds des souvenirs. Rivages inconnus qu'ignoreront ceux qui ont la chance apparente de posséder un cerveau qui nous donne un sens ou plutôt aucun.

Le tragique de la destinée humaine ne vient-il pas de ce que l'homme comprend qu'il en a assez pour savoir qu'il n'en connîtra jamais suffisamment.

Staccato ! Vos mots sonnent, claquent, résonnent puis viennent rouler à nos pieds portés par le ressac de la vie antérieure de Simon. Quel beau livre inspiré ! Quelle force littéraire quasi présente dans ce texte. C'est un jardin intérieur dans lequel on peut inviter ses amis sans leur demander ni titre, ni passeport.

Je m'incline respectueusement devant cette oeuvre oraculaire, alors je vous dis tout simplement merci, merci, et surtout longue, très longue vie littéraire.

Robert Bruce

°°°

Une première lecture rapide me laisse sans voix : belle écriture efficace, style court et rythmé (d'où le titre), quelques passages magnifiques qui m'ont rappelé mes vacances d'été chez mes grands-parents, et de beaux moments d'émotion.

Je laisse un peu retomber l'affaire et je le reprendrai avec une lecture plus attentive et plus lente, pour mieux m'imprégner de cette écriture sobre mais ô combien efficace.

Bruno (voir aussi le commentaire de Bruno sur La Cave de Bobosse)

°°°

Staccato.Saccadé.Secoué.Déchiré. La mémoire en puzzle. Les pièces perdues, mélangées, éparpillées. Ls pensées en pointillés. Comment ne pas être ému, bouleversé par Simon.Sa vie en lambeaux. Les contours qui s'estompent dans une mémoire embrumée. Je suis rentrée dans l'univers de Simon et je n'en sors pas indemne...

Merci à Michel Gros de m'avoir offert ce moment d'émotin intense, de retour sur soi-même, de réflexion sur le sens même de la vie.

Danielle Garlin

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Que dire - écrire - après tous ces commentaires ? Quand j'ai refermé Staccato, j'ai eu une étrange sensation. Beaucoup de tristesse et de désarroi. Car si Michel Gros Dumaine a su se mettre dans la tête de Simon, il n'a pas manqué d'y entraîner le lecteur. A ma lecture j'étais Simon avec ses sursauts de mémoire. J'avais des blancs aussi et j'avais peur. Car si on aspire à faire le ménage avant de partir et n'emporter que ce qu'il y a de bon, il ne faut pas que ce soit à notre insu. Simon ne peut choisir ce qui est à garder ou non. Sa mémoire est devenue "un être à part entière" qui refuse d'être enfermée dans une boite osseuse. Elle s'en va laissant un corps, juste un corps.

Merci à Michel, à ses mots et même à ces silences.

Yasmina Hasnaoui

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« L’auteur, psychanalyste de profession, a voulu non pas décrire la maladie en tant que telle mais faire apparaître des moments de lucidité chez son personnage principal. Et les raconter dans un style, précis, concis, saccadé (d’où le titre de l’ouvrage), à travers les quatre périodes de la vie humaine correspondant aux quatre saisons : printemps, été, automne et hiver. Ce qui lui permet de retrouver son enfance à Neuvicq, les personnages qu’il a rencontrés ou dont il a entendu parler : le maréchal-ferrant, son arrière-grand-père, Oscar, et son « arpète » Clotaire, sa femme Maria, et bien d’autres qui accompagnent ses souvenirs. Il s’agit bien d’un « concerto des quatre saisons » qui laisse au lecteur une double impression : celui du temps passé avec la vie d’un village, vibrante et variée, dont les habitants étaient les acteurs d’un film en noir et blanc sans le savoir ; et les éclairs de lucidité de Simon, qui s’enfonce peu à peu dans un éternel oubli, mais dont la vie transparaît à travers ces vagues successives d’images d’un temps à jamais révolu.

extrait d'un article de Pierre Girard-Augry dans l'Hebdo 17

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« Michel Gros Dumaine a écrit avec « Staccato » un roman remarquable sur la mémoire et l’oubli, le souvenir et le temps, l’identité et la perte.

(...) l’auteur a une plume toute personnelle, légère et précise à la fois. Sa description de l'ambiguïté des relations familiales sonne très juste et son évocation des paysages charentais est poétique et nostalgique.

Un roman émouvant et intense, écrit dans un style élégant et subtil.

Extrait d'un billet de Marianne Desroziers sur son Pandémonium littéraire.

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Suivre les souvenirs de Simon, ces fragments dispersés et perdus dans sa mémoire brisée m’a beaucoup émue – pourquoi et comment certaines images, certains mots sont restés gravés ? Quel mystère se cache derrière ce front ? Enigme qui nous renvoie tous à notre incompréhension et aussi à une sourde angoisse face à notre propre fragilité – mais ce livre n’est pas triste ; de ses pages s’égrènent lentement les notes de tout ce qui a fait la vie de Simon, de ce qui fait toute vie et l’on sent une certaine tendresse de l’auteur pour ce personnage, qui pourrait être nous. Michel a su trouver le ton juste pour en parler, comme on dit d’une voix qu’elle chante juste.

Wanda Celestra, Petra – Lesvos (Grèce)

°°°

mardi 13 mars 2012

Café blanc - Yasmina Hasnaoui

Scryf, aujourd'hui, donne à voir un peu mieux ce qu'il fait. Nul besoin d'être inscrit pour découvrir de très bons textes ou des relations de lecture. Vous y retrouverez À l'autre bout du rêve de Nat Renard ou l'un des manuscrits de Staccato de Michel Gros Dumaine, mais aussi des textes plus courts dont cette pièce délicieuse de Dimitra : Scène de la vie athénienne. Les « retours détaillés » de lecture ne sont pas à négliger ni l'initiative Coup de bar, loin de là. Je vous invite à y picorer avant de vous y plonger. C'est ici : http://www.scryf.fr/.

Si Yasmina me le permet (je corrigerai presto si ce n'était le cas), je reproduis ici le plus court texte présenté, à vous de le savourer.

Café blanc

Il ne reste que nos silences dans la tasse

Tes doigts accrochés à son anse

Pâlissent au bord de ce vide

Oubliées sur le fauteuil

Tes années ont chiffonné le corps de tes souvenirs

Désarticulés,

Ils s’éparpillent

Écoute

Même si tes yeux ont pris le voile

Je reviendrai

Le bras long de l’absence

Me mènera à toi

Le temps d’un café blanc

 

Yasmina Hasnaoui (Teterel), 2011.

mercredi 15 février 2012

Peaux & Cie

Personne ne parle
N’entends-tu pas ?
Les ventres restent muets depuis que les têtes, nues,
Ont été parquées sur les aires de silence,
L’œil tourné vers un horizon qui n’existe plus.

Crois-tu que nos peaux se souviennent encore
Des étreintes murmurées ?
Elles buvaient à grande bouche la sueur de notre histoire
Pour ne rien dévoiler

Mon corps affaibli par tes absences
S’usait sur les toits du monde
Cherchant en vain le ciel de tes yeux
Dans le regard des autres

Les mots étaient devenus blancs
Leur mémoire semblait effacée
Ne rien dire. Se taire.
Pourtant…

Il reste des traces
Les cœurs portent toujours une laisse
Et leur sang ne sèche pas
Il nourrit l’épiderme du papier

Peaux en absence in Peaux de papier de Yasmina Teterel (Hasnaoui)

lundi 16 janvier 2012

Il y aura de la tarte aux pommes ? Entretien avec Yasmina Hasnaoui

Yasmina H.

Christian : Yasmina, si j'avais à caractériser votre écriture - ce que vous écrivez et publiez dans divers lieux, principalement sur internet, et dans Peaux de papier -, deux mots me viendraient à l'esprit : nette et écorchée. Comme si vous utilisiez la précision d'un scalpel et la sûreté d'une main pour détacher la peau du corps de votre propos. Et cette présence, celle de la peau - comme dans votre dernier texte, Chute : « Avide de corps neufs, elle l’avait rongé et dérobé ses rêves, ne laissant plus qu’une peau usée sur le point de tomber, elle aussi. », sauriez-vous me dire pourquoi ?

Yasmina : Vers l’âge de 9/10 ans, je me rendais seule à la bibliothèque municipale et empruntais régulièrement des ouvrages sur l’histoire de la médecine, surtout un ancien livre – je me souviens très bien – avec des illustrations sur les amputations et les autopsies. Je ne voulais pas « être docteur » mais j’étais fascinée par le corps humain et surtout par ce qui se cachait sous la peau. Je voulais comprendre de quoi nous étions faits à « l’intérieur ». La peau protège le corps, elle est son enveloppe mais il arrive qu’à la surface du derme, il y remonte les blessures de l’âme. Il faut alors les décoller. J’aime les armes blanches pour leur silence et l’écriture est une parole silencieuse. Quand j’écris, j’autopsie ce qu’il y a à l’intérieur de moi. Je tranche alors dans le vif pour libérer l’émotion, avant qu’elle ne souille. Je l’extrais. Oui, on peut dire que la plume se fait scalpel. Écrire c’est faire peau neuve à chaque fois.

C : Faire peau neuve... Et me reviens en mémoire la chute de votre Sur mes traces : « Je veux aller là-bas Là où le futur est passé Là, au centre. Percer l'œuf. Écrire. », cet œuf qui concentre en son centre ce liant cher aux peintres où le passé est promesse d'à venir. Ce jaune qui est souvent sombre dans vos écrits est-il l'encre, votre encre, celle où le passé se délie sur la page blanche ?

Y : Oui tout à fait et le nier serait absurde. Le passé est mon présent de l’écrit, ma nourriture, celle qui permet de construire cet à venir. Le temps, dans l’écriture, perd ses repères naturels. Passé, présent, avenir, rien n’est distinct franchement, tout est lié. Du moins, c’est ainsi que je le conçois et le ressens. L’intemporalité de l’écrit, de la chose dite. Aussi, pour reprendre les termes de l’art pictural, cet œuf, outre son rôle de liant, a un pouvoir fixatif.

Cela dit, il n’y a aucun apitoiement sur ce passé au jaune sombre. Il est, c’est tout et il a droit à sa place puisque sans lui, il n’y aurait ni présent, ni d’à venir. Et silencieusement, je l’étale au couteau sur la page blanche pour en respecter le relief.

C : Cette page blanche - à vous lire depuis quatre ans maintenant - à peine maculée, et vous la déchirez facilement ; comme si le temps de sa publication - sur internet - devait être confidentiel et court. J'ai cru comprendre que vos poèmes, ceux de Peaux de papier, ont été sauvés d'une disparition imminente. Est-ce vrai ?

Y : S’il n’y avait pas eu un roseau pour s’y pencher, Peaux de papier n’existerait pas. Aucune trace. D’ailleurs je n’ai aucun de ces textes sur un carnet ou cahier, ni feuille volante et encore moins dans la mémoire de mon ordinateur.

J’avais tendance – beaucoup moins à présent – de détruire ce que j’écrivais. Vous savez, j’ai beaucoup écrit à mon adolescence (inutile de vous préciser qu’il ne reste rien de ces textes) et je suis restée silencieuse une bonne partie de ma vie d’adulte. Aussi, ce sursaut ne pouvait que s’accompagner d’un besoin d’effacer aussitôt.

La publication de Peaux de papier est en quelque sorte le remède à cette manie (sourire). Les mots sont figés, là une bonne fois pour toutes, et je ne peux et ne veux plus les ignorer. Ce que j’avais écrit pour moi est maintenant partagé. À moi de l’assumer. C’est une belle leçon n’est-ce pas ?

C : Je ne sais pas... Une très longue période sans écrire, des déchirures depuis ; vous excellez dans des textes très courts - poétiques souvent - qui se réduisent parfois à une phrase, comme si vous vouliez concentrer tout ce que vous aviez omis d'exprimer, ce qui fut sevré de bonne heure. Pensez-vous écrire un jour un texte plus long ? Vous essayer au roman... Remplir l'espace qu'il offre et ses replis inattendus ?

Y : J'aime le texte court et m'exercer à en écrire long dans un format réduit. En quelques mots, quelques phrases, il est possible de frapper très fort et de faire exploser l'émotion. Sur le net, ce genre s'y prête bien et la poésie est un beau concentré.

Oui, l'écriture d'un roman est envisagée. J'ai quelques idées, une ébauche sur un cahier, des bouts de textes sur plusieurs carnets mais je prends mon temps. J'ai l'écriture laborieuse, je peux passer quinze jours et même plus pour écrire une phrase. Je ne veux pas d'un roman où j'aurais le sentiment de me répéter sans cesse. Je veux surprendre, dérouter, émouvoir et par conséquent, chaque mot doit être choisi avec soin.

Pour l'instant, j'ai deux projets en cours, auxquels je tiens. Attentes, un recueil poétique en réponse aux Mémoires du cargo de Padrig Moazon et un recueil de portraits : Pourtant, ils ont demandé à la poussière (des textes plus ou moins courts/longs) dont on pourra lire des extraits sur le blog du même nom.

C : Pourtant, ils ont demandé à la poussière : quel titre ! À propos de poussière, j'ai ouï dire que vous monteriez une petite semaine en terre gallèse ce printemps, je sais que plusieurs lecteurs (lectrices surtout) vous y attendent et parlent déjà de comment vous recevoir. Qu'aimeriez-vous leur dire ?

Y : Et bien qu'il ne faut surtout pas s'inquiéter, je suis simple. Je suis très touchée par cet enthousiasme et me languis de rencontrer mon lectorat. Je n'ignore pas qu'il est essentiellement féminin. Peaux de papier est une histoire de femme.

Je ne cache pas que je suis aussi un peu anxieuse car je n'ai jamais vécu ce genre de situation. Mais je pense que tout viendra naturellement dès que j'aurai mis le pied en Gallésie.

Ah oui une chose. Il y aura de la tarte aux pommes ?

C : Oui ! avec des biscuits pour tremper dedans.

°°°

Réf. :

samedi 14 janvier 2012

Un jour de grosse lune, Bankster & Peaux de papier

C'était il y a un an, déjà. Trois livres, fins & délicats, dont le papier cristal les enveloppant allait protéger leurs styles si différents. Des petits penchants partagés, ceux que l'on ne tait pas, car on aime les faire découvrir. Trois rencontres et leurs frictions, ces étincelles qui nous rassurent au point du jour. Celle de Robert, de Cécile & de Yasmina. Merci.

Bankster

Un jour de grosse lune

Peaux de papier

lundi 9 janvier 2012

Chut !

Chute de Yasmina Hasnaoui.