Journal des penchants du roseau

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 9 mars 2010

Non, Orwell n'est pas une rivière marocaine !

Dans le courant de cette année 2010, j'avais pour projet de publier la partie marocaine du Journal d'Eric Blair. Je disposais d'une traduction d'Arthur Morneplaine, restait à en demander les droits en expliquant que mes capacités de publication tournaient autour d'une centaine d'exemplaires. Depuis Noël dernier, j'ai contacté Gavin Freeguard, administrateur du Orwell Prize, Bill Hamilton et Jennifer Custer de l'A.M.Heath & Company et Mary Kling de la Nouvelle agence. Par cette dernière, j'ai appris une bonne nouvelle : ils sont à la recherche d'un éditeur pour entreprendre la publication de ce Journal dans son entièreté en France ; une moins bonne, ils ne m'autorisent pas à publier des extraits de ce Journal même en faible quantité.

J'en fais donc mon deuil et souhaite réussite à l'éditeur qui s'attellera à cet ouvrage.

Je donne ici un avant goût de ce qu'il pourrait être en recopiant la présentation qu'en faisait Arthur Morneplaine.

Journal d’Eric Blair

Orwell Maroc

« Les tortues ne semblent pas longtemps rester sous l ’eau
sans remonter à la surface aspirer un peu d ’air frais.»
Eric Blair

(Image réalisée d'après Eric Blair au Maroc, Orwell Archive, ULC Library Services.)

Journal d'Eric Blair - Esquisse

Depuis le 9 août 2008, The Orwell Prize, publie, sous la forme d'un blog, le journal personnel d'Eric Blair. Cette publication, soixante-dix ans après sa rédaction manuscrite, au jour le jour, est soignée et documentée. Elle devrait durer quatre années. Gageure moderne où — trop souvent — tout doit couver, flamboyer et s'éteindre vite. Sur le web, de nombreuses traductions circulent déjà en diverses langues, mais, à y regarder un peu, il s'agit, le plus souvent, du résultat d'un traitement automatisé régurgitant un galimatias digne de la célèbre novlangue de 1984.

Ce m@nuscrit est l'esquisse de ce que pourrait être l'édition de ce journal en français.Il s'appuie sur une initiative de traduction participative du blog des éditions Léo Scheer : celle de Zoé Balthus, d'Aloïs Hiller et de Christian Domec*. Notre seul loisir fut de relier ces jours, en estomper les coutures. Ce faisant, nous avons gardé à l'esprit la recommandation d'Aloïs : « un traducteur est, par définition, a pain in the ass » et la volonté de poursuivre notre ouvrage, dans la pénombre, les mois à venir.

Arthur Morneplaine.

N.B. Les coquilles qui émaillent ce journal sont de notre seule responsabilité.

Nous réjouir

Le 19 septembre 1938, sur les papiers réalisés en prévision de son séjour au Maroc, nous pouvons lire ce signalement : Blair Eric Arthur, taille : 1 m 82, front : moyen, nez : rectiligne, bouche : moyenne, menton : rond, visage : ovale, cheveux : châtains, barbe : rasée, corpulence : moyenne, yeux : châtains, teint : clair, femme : Ellen Maud O'Shanghnessy. Nous pourrions nous en contenter si, dans le Suffolk, ne coulait une rivière, autrefois poissonneuse, vers la mer du Nord répondant au nom d'Orwell.

George Orwell, connu dans nos contrées pour être l'auteur de 1984 et de La Ferme des animaux, est, en 1938, cet homme singulier qui se dresse plume à la main contre ce « monde vers lequel nous glissons, monde de la haine, monde des slogans. Chemises de couleur uniforme, fer barbelé, matraques. Cellules où l'ampoule électrique se consume jour et nuit, policiers guettant votre sommeil. Et les défilés et les affiches montrant des visages gigantesques, et les foules, millions de gens, acclamant le Chef, s'assourdissant jusqu'à croire qu'elles le vénèrent, et tout ce temps, au fond d'elles-mêmes, le haïssant à en vomir. Tout cela va arriver. À moins que... ? Certains jours je pense que c'est impossible, d'autres, que c'est inévitable. (1) » De cette plume il ne se contente pas et s'engage dans les combats de son siècle, âge des extrêmes (2), en tentant de nouer ces fils invisibles — se mettre en situation — entre les êtres contre leur massification.

Si, certainement, il fredonna l'Internationale, il devait écorcher le passage : « du passé faisons table rase » ; tant le passé ainsi que la langue qui le véhiculait avaient pour lui de l'importance : étudier, connaître, transmettre. Qu'ils ne s'accordent jamais avec l'orthodoxie du moment était un des moyens de combattre les tentations totalitaires : « le contrôle du passé dépend surtout de la discipline de la mémoire. S'assurer que tous les documents s'accordent avec l'orthodoxie du moment n'est qu'un acte mécanique. Il est aussi nécessaire de se rappeler que les événements se sont déroulés de la manière désirée. Et s'il faut rajuster ses souvenirs ou altérer des documents, il est alors nécessaire d'oublier que l'on a agi ainsi. (3) »

Le 9 août 1938, Eric Blair, âgé de 35 ans, se remet d'une longue maladie pulmonaire qui l'emportera douze ans plus tard. Son Hommage à la Catalogne vient de paraître, le siècle vacille : « Ce fichu Hitler, c'est autre chose. Et pareil pour Staline. Ils ne sont pas comme les types d'autrefois qui crucifiaient les gens, les décapitaient et ainsi de suite, juste pour s'amuser. Ils ont en tête quelque chose de nouveau... quelque chose qui ne s'est encore jamais vu. (4) » Pour raison de santé, il va rejoindre un pays chaud, accessible : ce sera le Maroc. Au fil de la lecture de ce journal que nous découvrons sur le site internet de The Orwell Prize, apparaît un Eric Blair que nous connaissons peu, mais que nous reconnaissons bien : attentif aux êtres, curieux du vivant, pessimiste, mais sachant s'extasier de l'apparition d'un œuf, du vol de canards sauvages, d'une technique de tournage particulière. Usant d'une langue simple, répétitive parfois — ces carnets n'étaient pas destinés à être publiés —, il revient sur un propos, sur une idée colportée, sur une observation hâtive : pour les amender, en rendre la culture plus riche. En cela, nous aimons le lire et nous réjouir d'un peu d'air frais.

Arthur Morneplaine, novembre 2008.

1— Un peu d'air frais, 1939. Roman écrit pendant son séjour au Maroc.
2— Cf. L'Âge des extrêmes, histoire courte du XXe siècle, Eric Hobsbawm, 1994.
3— Mil neuf cent quatre-vingt-quatre, 1949.
4— Un peu d'air frais, 1939.

Esquisse II

À Virginie, silhouette fugitive
À Véra, serpentin coloré

Esquisse II

Nous retrouvons Eric Blair à Villa Simont — location paysanne non loin de Marrakech — le 1er novembre 1938, là où son journal nous avait laissés. Au cours de ce séjour où sa maladie pulmonaire ne cesse de le guetter, nous le voyons attentif à créer les conditions de sa vie et porter loin son regard : il y cultive son jardin non, tel Candide, pour se détourner du monde, mais pour aspirer un peu d'air frais et y replonger.
Ce m@nuscrit poursuit l'esquisse de ce que pourrait être l'édition de ce journal en français. La traduction tente de s'approcher le plus précisément du texte original — un journal non destiné à être publié — à ne gommer ni les lourdeurs ni les répétitions, à éviter les anachronismes langagiers.

Arthur Morneplaine.

N. B. Les coquilles qui émaillent ce journal sont de notre seule responsabilité.

mercredi 3 mars 2010

Propriété intellectuelle : mon iphone m’a tuer

Non, ne vous inquiétez pas, je n’ai pas cédé au caprice fatal de l’avant avant dernier bidule technologique. Non, non, Mon iPhone m’a tuer est une personne juchée sur le massif numérique et, du haut de mon paté de sable analogique et branlant, j’observe ses propos. Observer ? Pas précisément, il me plaît souvent de converser avec elle par blog interposés. J’ai apprécié ses notes relatives à la propriété intellectuelle, elles rejoignent mon cheminement, même si mes sentes sont plus frustres. Comme il nous y invite, je la reproduis ici, émasculée de ses liens et des commentaires qui l’ont suivie, vous les retrouverez sur son blog et pourrez ainsi y intervenir.

Notes sur la propriété intellectuelle et ses mutations à l'âge numérique

Comme je vous l’avais annoncé, voici quelques réflexions provisoires issues d’une semaine de lecture sur le thème de la propriété intellectuelle. Ce sont des notes, au déroulé suffisamment linéaire pour les considérer comme un ensemble cohérent, mais pouvant être analysées indépendamment les unes des autres. Je suis toujours ouvert à vos critiques, elles sont même très nécessaires pour moi. Bonne lecture.

Le droit d’auteur ou copyright, c’est-à-dire la propriété intellectuelle appliquée au domaine scientifique, artistique et littéraire, est né à la suite du développement de l’imprimerie. On le décompose classiquement en droit moral (principalement : être reconnu comme auteur de l’œuvre, en maîtriser le contenu) et droit patrimonial (principalement : jouir des fruits de l’exploitation de l’œuvre).

Le droit d’auteur n’a rien de spontané, il a été ignoré pendant la majeure partie de l’histoire humaine. Du paléolithique à la Renaissance, écrivains, artistes et scientifiques ont nourri le corpus commun de nos connaissances sans en retirer d’argent. Il est vrai que la création demandait souvent l’oisiveté, donc une certaine fortune personnelle due à sa position sociale de naissance. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Ce qu’un auteur retirait de sa création, outre le plaisir propre à cet acte, c’était avant tout un effet de réputation, d’influence et de séduction, ainsi qu’une reconnaissance par ses pairs. Les choses n’ont pas tant changé que cela : je doute que l’appât du gain matériel (richesse) soit le véritable moteur d’une création littéraire, artistique, scientifique. Ou je doute que cette création envisagée consciemment et exclusivement sous ce prisme-là possède la moindre valeur dans la plupart des cas.

La propriété intellectuelle est une création de l’État monarchique, puis républicain, sous forme de monopole artificiel garanti en dernier ressort par la puissance publique. Aujourd’hui perçu comme un synonyme de liberté pour le créateur, ce droit d’auteur fut en fait dès l’origine un contrôle sur sa création. Contrôle de l’autorité politique, sous forme de censure. Contrôle des intermédiaires commerciaux, sous forme d’exclusivité dans la diffusion de l’œuvre vers le public.

Les premiers législateurs anglais (1709, Statute of Ann) et américain (1790, copyright) ont accordé un droit d’auteur de 14 ans, renouvelable une fois. Trois siècles plus tard, la moyenne observée dans le monde est de… 70 ans après la mort de l’auteur. Cette extension progressive vers une limite indéfinie est étrange : l’indépendance et la créativité d’un cadavre ne demandent sans doute pas tant de protections. En fait, cela rappelle plutôt l’origine du droit d’auteur : un monopole commercial du diffuseur, qui entend tirer profit de son investissement (cession de droits sur la création), et donc aujourd’hui poursuivre ce profit bien au-delà de la mort du créateur.

La propriété intellectuelle concerne des « œuvres de l’esprit », c’est-à-dire des biens que l’on qualifie d’immatériels. Son régime est donc spécial – par exemple, l’inventeur du feu ou de la roue n’a pu empêcher (s’il l’a voulu) son initiative de se répandre, car les hommes procèdent naturellement par imitation les uns des autres. L’œuvre de l’esprit n’est pas rivale (son usage par une personne n’en prive pas les autres), elle n’est pas captive (on la retrouve sur toutes sortes de supports physiques ou biologiques), elle n’est pas aisément excluable (il est difficile de l’interdire à certaines catégories de personnes). Ainsi, le théorème de Pythagore ou l’ouverture de la cinquième symphonie de Beethoven ne sont pas assimilables à la voiture garée au coin de la rue, ou à tout autre bien matériel rival, captif et excluable. Au lieu de généralités un peu creuses sur la marchandisation de la culture, on devrait rappeler cela : que la propriété est d’abord ce qui est propre à une chose (ou un être), que l’œuvre de l’esprit a des propriétés intrinsèques lui permettant d’échapper à toute tentative de les contrarier durablement, que les efforts des censeurs politiques ou des exploiteurs marchands sont vains et ne servent tout au mieux qu’à retarder l’inéluctable liberté de la création de se répandre dans les esprits. Une liberté bien plus fondamentale que les autres pour l’animal conscient qu’est Homo sapiens.

Le droit d’auteur dans sa forme actuelle est né d’une technologie, l’imprimerie. Et le droit d’auteur dans sa forme actuelle va mourir d’une technologie, l’Internet.

L’Internet bouleverse de fond en comble les conditions de la création comme celles de la diffusion, c’est-à-dire l’équilibre initial où s’est construite la propriété intellectuelle moderne. Les éditeurs de contenu (presse, édition, radio, télévision, musique, cinéma, logiciels) ont pour beaucoup d’entre eux refusé d’admettre cet état de fait, ou même d’y réfléchir. La position majoritairement adoptée consiste à remettre en cause les fondements d’Internet comme réseau ouvert, libre et neutre, afin d’y imposer les normes obsolètes de l’ancien monde physique. La numérisation dans la couche logique et la couche contenu du réseau est analysée de manière simpliste, réductionniste et court-termiste, comme une menace à des marges commerciales. Main dans la main, le marché et l'Etat répondent à l'Internet par des mesures toujours plus liberticides et sécuritaires.

Imaginons une fable. Dans les temps très anciens, une puissante corporation d’orateurs s’aperçoit qu’une cité a inventé l’écriture, que les cités voisines l’ont adoptée, que l’étrange invention se répand partout et soulève l’enthousiasme pour les usages qu’elle permet. Les orateurs sont furieux car les textes qu’ils déclamaient en public ou en privé sont désormais diffusés par écrits, ils reçoivent bien moins de monde et d’offrandes à leurs représentations. Mais les orateurs sont influents, ils ont l’oreille des puissants. Et ces dignitaires sont eux-mêmes inquiets, car l’écriture en plein développement représente une menace pour leur pouvoir que les orateurs confortaient. Qu’à cela ne tienne, se disent les dignitaires et les orateurs : après tout, cette écriture n’est pas une invention si redoutable que nous ne puissions précisément en guider les usages. On se demande d’ailleurs ce que les humains peuvent en faire à l’avenir de très utile ou de très ingénieux, sinon détruire notre propre utilité et notre propre ingéniosité, admises depuis si longtemps. Il nous suffit de prendre quelques lois, et cette écriture deviendra ce qu’elle doit être.

L’attitude des producteurs et diffuseurs de contenus face au numérique aujourd’hui est à peu près aussi clairvoyante que celle d’hypothétiques détracteurs de l’écriture hier. Ils ne comprennent pas les changements d’échelle dans la créativité et l’inventivité que permet l’accès immédiat, universel et collectif à toutes les informations, toutes les créations, tous les savoirs antérieurs. Ils ne comprennent pas les changements d’échelle entre la rareté propre au monde physique et l’abondance propre au monde numérique et notamment, pour l’objet principal de leur crainte, cette fonction assez simple : quand la duplication numérique d’un support tend aisément vers l’infini, la valeur marchande du support ainsi dupliqué tend vers zéro. Ils ne comprennent pas que les divisions sociales, économiques, culturelles et intellectuelles nées d’un certain mode de production et reproduction des contenus seront automatiquement balayées par un autre mode de production et de reproduction. Les propriétaires de contenus ne comprennent pas tout cela… ou font semblant de ne pas le comprendre. Leurs modèles sont déjà morts, certains le savent, d’autres pas encore.

La « tragédie des biens communs » est une conjecture proposée par Garrett Hardin en 1968. Des paysans utilisent un pâturage, bien commun. Mais individuellement, chaque paysan a intérêt à emmener une bête de plus, ou à laisser ses bêtes paître plus longtemps. Comme les autres ne l’entendent pas ainsi, ils font de même. Et au bout du compte, le pâturage disparaît. La conclusion est qu’en l’absence de règle publique ou de contrat privé, les ressources rares du bien commun sont condamnées à disparaître.

Dans le monde numérique ne connaissant pas la rareté du monde physique, nous en sommes en situation inverse. Ce qui menace, ce serait plutôt une « tragédie des biens privés ». Situation initiale : une masse d’être humains vient nourrir ou détendre son esprit dans un domaine commun, accessible à tous. Ce domaine est en extension permanente : chacun peut y ajouter, mais rien retrancher, le flux est exactement contraire à celui du pâturage de la tragédie des biens communs. Cependant, certains décident qu’il est plus intéressant pour eux de limiter ces pratiques, soit pour les contenus soit pour les accès. Ils peuvent en tirer un petit profit. Ces free riders sont très vite imités par d’autres, qui voient à leur tour l’intérêt de créer de la rareté et n’ont pas envie d’être exclu du pactole, avec l’exploitation possible de tant de gens rassemblés dans le bien commun. Peu à peu, l’ancien bien commun se divise, son utilisation se morcelle, son accès s’éparpille en biens plus petits ne communiquant plus entre eux, les échanges inattendus et imprévisibles qui faisaient sa richesse se raréfient, les membres se persuadent qu’il vaut mieux garder ses créations pour soi et ne pas chercher ailleurs, ce qui est de toute façon devenu difficile. Au bout du compte, la somme des biens privés ne parvient pas à égaler la valeur de l’ancien bien commun quand il s’agit de nourrir la curiosité, l’imagination et l’intelligence humaines. La ressource se trouve sous-utilisée.

En multipliant copyrights et brevets, l’économie fondée sur la connaissance rend de plus en plus lourd, coûteux, complexe et dangereux l’accès à la connaissance. Cette contradiction cognitive du capitalisme n’est pas la seule à menacer son existence, mais on en mesure déjà les effets.

Laisser à l’auteur la liberté de décider son régime de propriété intellectuelle paraît la moindre des choses. Si vous devez contracter avec un diffuseur – par exemple un éditeur de livres –, vous observerez que celui-ci n’est pas très enthousiaste à cette idée : il vous propose plutôt un contrat standard, éventuellement agrémenté des inventions de son choix, par lequel vous êtes fortement incité à céder tous vos droits sur tous les supports possibles et imaginables (sauf si des extraterrestres arrivaient demain, un marché encore imprévu pour l’éditeur-diffuseur). Auteurs et créateurs gagneraient à faire cesser cette pression, en inversant le rapport de force. Quant aux auteurs numériques, les initiatives comme Creative Commons respectent mieux leur possibilité de choisir l’étendue et la nature des protections sur l’œuvre. C’est en ce sens qu’il faut travailler, inventer et formaliser d’autres modes de propriété ou de biens communs non propriétaires.

Même si l’on tient l’éditeur, producteur ou diffuseur pour un parasite potentiel de la seule chose importante, à savoir la création elle-même, on se pose naturellement la question de la survie du créateur : est-il donc condamné à ne jamais jouir des fruits de son travail ? Pour un auteur, un artiste ou un inventeur, il existe au moins une dizaine de méthodes pour concilier l’existence d’un produit gratuit avec des revenus : fremium, dons, mécénat, publicité, investissements croisés, produits dérivés, etc. Chris Anderson les a longuement exposées dans Free, je n’y reviens pas, ce ne sont que des pistes parmi bien d’autres pour repenser l’économie des œuvres de l’esprit. Dans Les netocrates, Alexander Bard et Jan Soderqvist donnent une vision bien plus ample de ce qui se reconstruit sous nos yeux. Ce que chacun apporte au contenu culturel et savant produit sa valeur de notoriété, de réputation, de renommée. Cette économie de l’information et de l’attention ronge les fondements de la valeur du capitalisme à base industrielle, comme celui-ci avait peu à peu détruit ceux du féodalisme à base paysanne. La numérisation du monde succède lentement à son industrialisation en même temps qu’elle transforme celle-ci. C’est un nouveau rapport à autrui, à la vie et à la matière qui s’invente.

En revenant à l’esprit de ses origines, admettons que la propriété intellectuelle (en dehors du droit moral à la paternité) est un monopole commercial entre un auteur et un diffuseur. Il semble finalement assez simple d’admettre à titre provisoire qu’elle est cela, et cela seulement : un monopole dans le domaine du commerce. Ce qui signifie : tout échange de l’œuvre en dehors du commerce ne remet pas en cause la propriété intellectuelle. La loi l’admet d’ailleurs puisque la copie ou la représentation de l’œuvre est libre dans le cadre privé (familial, amical), celui-ci ayant pour principale caractéristique d’être non-marchand. En vertu de la loi des six degrés de séparation, mon cercle privé de proches peut sans doute diffuser une œuvre au monde entier en l’espace de quelques jours, et cela en ne passant que dans le cadre légal des intersections de cercles de proches adjacents – je reçois l’œuvre d’un ami d’un ami, etc. (Des hackers plus doués que moi ont sans doute réfléchi à la mise en œuvre possible de ce cadre privé légal, où le peer-to-peer serait pris au sens propre, quoique formellement, et non comme un échange anonyme.)

Sans aller à ces complications, on pourrait finalement poser que l’échange non-commercial de toute œuvre de l’esprit est libre entre les êtres humains, alors que l’échange commercial ne l’est pas, car il dépend du régime spécifique de la propriété intellectuelle et des contrats. Cela revient au fond à poser que le commerce ne doit pas imposer son cadre réglementaire à tous les aspects de notre existence et que l’esprit ne doit être affamé d’aucune nourriture. Si une requête aussi simple est devenue impossible, nos libertés fondamentales sont niées. Et toute résistance de l’individu à cette oppression est pour moi légitime.

La reproduction et la modification de ce texte sont entièrement libres, en partie ou totalité, sans mention obligatoire d’auteur ou de source. (C’est d’ailleurs le cas pour tout le contenu de ce blog).

Mon iPhone m'a tuer

lundi 1 mars 2010

Bleu Terre - périphérie

Avant la sortie officielle de Bleu Terre de Jean-François Joubert, le 17 mars 2010, nous allons feuilleter ce livre. Pour commencer, nous allons regarder les pages qui sont souvent ignorées – car à la périphérie du corps réel de l’ouvrage – et en dire quelques mots.

Il n’y a bien évidemment aucune règle pour nommer ces pages ni pour imposer leur contenu, mais des usages, des histoires et quelques éléments règlementaires. Si l’Afnor dit ce qu’est un livre, le livre vivait bien avant l’existence de cet organisme, si les règles du dépôt légal s’imposent, elles offrent plus de souplesse que l’on croit et mieux, il est aisément possible – en toute légalité – de s’en affranchir. Si les techniques de reliures et de typographies se sont diversifiées, il n’est pas désagréable d’emprunter des mots qui datent un peu, juste pour le toucher de leur patine.

La garde, donc, cette page qui suit immédiatement la couverture portera le numéro de l’exemplaire que vous aurez entre les mains et, à votre convenance, une dédicace sera apposée en haut à droite de celle-ci. Si façonner un livre à l’unité a pour inconvénient de prendre beaucoup de temps, il permet d’en voler des moments pour penser à la personne qui vous l’a commandé et, discrètement, en dessiner la trace. C’est, pour Bleu Terre, la seule page qui sera volontairement différente d’un exemplaire à l’autre.

La page des droits (copyright est cucu avec son petit © et ne correspond pas au droit en France, c’est une commodité d’usage, dit-on) :

ISBN 978-2-916965-02-4

L’ISBN, nous en reparlerons dans la rubrique papiers, est le numéro d’immatriculation unique d’un titre, il est apparu avec les bases de données informatisées, il est la clef primaire d’un livre ou d’une revue, rien de musical, vous vous en doutez. Il dit : « je suis un livre, je suis francophone, je suis édité par Christian Domec, je suis son troisième titre, je suis cohérent. »

« les penchants du roseau », vous connaissez.

Christian Domec, apprenti libraire
Rouen – France
http://domec.net/
roseau.penchant @ orange.fr

L’éditeur, ici sa qualité particulière, et son adresse complète.

à contacter pour connaître les droits de reproduction

Précision utile pour les distraits qui pourraient penser que l’on peut tout copier sans égards. À ce propos, j’ai remarqué que plus l’œuvre était confidentielle, plus cette mention prenait des proportions considérables avec rappel d’articles de lois et de peines encourues. Une simple mention me semble suffire et, en cas de doute, tout lecteur peut contacter l’éditeur – ici l’apprenti libraire.

Concernant Bleu Terre, il n’y a pas de cession exclusive des droits. C’est bien Jean-François Joubert qui peut accepter une reproduction partielle ou totale et, pourquoi pas, un autre contrat d’édition. Les illustrations, elles, appartiennent à Georges Briot et ses ayants droit.

Je passe la page de faux-titre et de titre pour arriver à celle de l’auteur :

De Jean-François Joubert :
Désirs d'îles, roman, Nautile éditions, 2008,
Le Temps d'une révolution, roman, Nautile éditions, 2009,
Le Mage du Rumorvan, roman, Éditions du polar, 2010.

Un aperçu des oeuvres de Georges Briot, Le Peintre du bout du monde,
est visible sur les sites internet suivant :
http:// users.skynet.be/pascale58/ de Pascale Hubert,

http:// colorsanddreams.over-blog.com/
Merci à David Briot.

Pour la bibliographie de Jean-François Joubert je me suis borné à celle éditée en plein volume.

Pour Georges Briot il m’a paru judicieux de signaler les deux sites internet qui présentent le mieux ses œuvres. Attention ! Sur le papier ne tentez pas de cliquer, une nouvelle page n’apparaîtra pas, si cela arrivait, prévenez-moi de toute urgence.

Le faux colophon ou achevé d’imprimé achevé d’imprimer :

Dépôt légal : février 2010
Achevé d’imprimé, 1er trimestre 2010
par Christian Domec, apprenti libraire
Rouen – France

Date du dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France (éditeur), à la Bibliothèque municipale de Rouen (imprimeur). La date de l’impression. Nom et adresse complète de l’imprimeur.

Oui, je sais, c’est un peu rébarbatif tout ça. Eh bien ! Tant pis.