Journal des penchants du roseau

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samedi 20 juillet 2013

Tout le monde se mêle d'écrire !

prélude à la Flexion II *

« Aujourd'hui la production littéraire est énorme. Tout le monde se mêle d'écrire. Où que vous alliez, vous ne rencontrez que des gens gros de romans, de nouvelles ou de pièces de théâtres. Les journaux sont encombrés par des personnages singuliers, de tout poil et de tout sexe, qui se croient une mission et qui vous arrivent, les bras chargés de papiers, la tête pleine de chef-d'œuvre. Les éditeurs sont affolés par la lecture des manuscrits qui, chaque jour, s'entassent et débordent des cases bondées. Les minutes se comptent par l'apparition d'un volume nouveau. Il faut vraiment n'avoir pas été à l'école (...) pour ne se point payer cette fantaisie et ce luxe, devenus presque un besoin, de faire un livre. Chez les libraires, vous voyez des couvertures à vignettes sur lesquelles s'étalent des noms inconnus et baroques. (...) On croirait que, devant cette levée formidable et confuse d'auteurs, d'écrivains, de poètes et de bas-bleus, les lecteurs aient disparu, pris aussi par cette maladie de notre époque. Pas du tout. On lit davantage ; des couches nouvelles de gogos de lettres se révèlent. Les élucubrations les plus stupéfiantes trouvent une clientèle que rien ne lasse ni n'écœure. Il y a des débouchés qu'on ne soupçonnait pas, pour tout ce que produisent la bêtise et la corruption humaines unies étroitement par ce lien commun : la littérature. Et c'est à peine si le public, abruti par les lectures stupides et malsaines, parvient à distinguer entre l'œuvre puissante, toute parfumée d'art, de Guy de Maupassant, et une œuvre immonde, tout empuantie d'ordures (…) »

Cette citation est tirée d’un article dont je vous laisse deviner l’auteur. Ou, puisque la modernité est impatiente, vous livre — tout au bas de ce billet — un lien vers l’article entier (1).

Il est assez aisé de qualifier cette longue citation de condensé d’idées reçues. Sauf qu’ici, la verve de son auteur y apporte une couleur particulière, assez délectable à observer : à lire. Je m’en suis rappelé lorsque j’ai pris connaissance, ces derniers jours, des quelques données mises à la disposition du public par l’Observatoire du dépôt légal de la Bnf. De celui-ci, nous en avons parlé ici plusieurs fois : son service soigne – j’ai eu l’occasion de le constater à plusieurs reprises – le catalogage des documents qu’il reçoit. Il ne s’agit pas d’une analyse critique d’une œuvre, ni même de sa lecture – lorsqu’il s’agit d’un livre –, mais de décrire brièvement l’objet reçu (exemple), de trouver le lieu où l’insérer et le mettre à disposition. En outre, ce service regroupe par volumes – tous les quinze jours - les parutions déposées. Ils sont, depuis une dizaine d’années, accessibles en ligne (lien concernant les livres). Travail considérable. Qu’on en juge. En 2012 : 72 139 livres, 40 718 titres de périodiques, 14 639 phonogrammes, 13 277 vidéogrammes, 5 098 documents multimédia, 1 767 partitions et méthodes de musique, 2 906 documents cartographiques, 10 594 estampes et photographies ont été déposés et catalogués. Pour compléter leur tâche, la collecte des données issues du web (texte, image, application, audio et vidéo) se chiffre en plus d’un milliard d’objets pour cette même année. Bande de fainéants et fonctionnaires de surcroît !

Concernant les livres, un bref coup d'œil vers ce billet permettra de voir l’évolution du nombre de dépôt depuis 1970 : Ah ça, c’est sûr, j’vous l’dis, Internet va tuer le livre !. Pour résumer : plus internet se développe plus le nombre de livres publiés est important. D’autant que les chiffres du dépôt ne tiennent pas compte de ceux qui s’en affranchissent, l’impression à distance et à la demande offrant une belle fenêtre pour passer outre.

De tous ces chiffres, je vous en extrait quelques-uns – ceux qui me permettront dans les flexions suivantes de ne pas trop parler en l’air. Je ne les commente pas aujourd’hui.

72 139 livres déposés – donc – par 7 288 déposants dont 3 314 éditeurs en France, 1 238 associassions et 1600 auteurs auto-édités. 3 481 déposants n’ont présenté qu’un seul livre.

Lorsque le tirage initial est précisé : 7 783 titres le sont à moins de 100 exemplaires. 16 790 à moins de 300... 156 à plus de 100 000.

Un tiers des livres sont imprimés à l’étranger. Déjà 3 372 titres imprimés en Chine. Tiens, tiens...

Les quatre plus gros déposants sont : L'Harmattan (2 680 titres), Aparis-Edilivre-Edifree (2 651), éditions Gallimard (1 292) et Hachette (1 275).

Enfin, puisque cela nous concerne plus particulièrement : environ 17 000 titres concernent la littérature (hors dédiée à la jeunesse).

17 000 en 2012. Eh bien oui ! alors lorsque j’entends cet autre lieu commun : « la littérature aujourd’hui n’est qu’un pâle reflet de ce qu’elle fut naguère », je me dis que celui qui l’émet doit être un fameux lecteur pour pouvoir apprécier ne serait-ce qu’un centième des livres parus dans l’année. Lecteur au long cours s’il poursuit l’aventure en piochant dans le catalogue des années précédentes et se livre à quelques comparaisons. Bref, il est urgent qu’il hume un peu d’air frais. Et nous aussi !

(1) Lien vers l’article d’où est tiré l’extrait : L’Ordure.

* Flexions

Brises cuisantes assèchent le marigot. Rechercher des sources pour que le roseau de ses penchants ne se rompe. Et des flexions aussi. Première série jusqu'en octobre 2013.

°°°

(image : Inauguration de la nouvelle salle de lecture en juin 1868. Le Monde illustré)

dimanche 28 mars 2010

Dépôt légal

Il est d'usage de désigner François Ier comme le père du dépôt légal avec pour louable intention de conserver les œuvres imprimées. Si l'ordonnance de Montpellier du 28 décembre 1537 est bien l'acte constitutif de ce dépôt en librairie royale, celle publiée au Châtelet le 20 mars 1537 (1) précise bien celui de contrôle de la chose imprimée. Les deux faces d'une même médaille tout au long de l'histoire du livre.

Retrouvez, ci-dessous, le texte intégral de l'ordonnance de Montpellier et un extrait de celle du Châtelet (2).

Ordonnance de Montpellier

« François, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Comme depuis notre avènement à la couronne, nous ayons singulièrement sur toutes autres choses désiré la restauration des bonnes lettres, qui par longue intervalle de tems ont été absentes, ou bien la connaissance d´icelles si empeschée et couverte de ténèbres qu´elle ne se pouvait avoir ni recouvrer pour l´édification, nourriture et contentement des bons et sains esprits, qui par ce moyen sont durant ce temps demeurés inutiles, abâtardis et éloignés de leur bonne et naturelle inclination prenant vice pour vertu; mais grâce à notre Seigneur nous avons tant fait et si bien et soigneusement travaillé que la pristine force, lumière et clarté des bonnes lettres a été en son entier restituée et réduite en nostre dit royaume, lequel se peut aujourd'huy dire sur tous les autres, de quelque règne qu´ils ayent été, le plus décoré et fleurissant en toutes sciences et vertueuses disciplines, dont nouveaux livres et monuments sont chacun jour mis et rédigés par écrit, et les anciens illustrés, lesquelles œuvres étant vues après nous, feront véritable preuve de cette tant digne et louable restitution des lettres advenue de notre temps par les diligences, cure et labœurs que nous y avons mis et mettons.

Pour quoi, et à ce que nos successeurs roys de France en sentent et preignent le fruit, profit et utilité si bon leur semble, ou bien que, à cette occasion il soient induits et persuadés d´entretenir et continuer durant leur règne la nourriture des bonnes lettres et les professeurs d´icelles, nous avons délibéré de faire retirer, mettre et assembler en notre librairie toutes les œuvres dignes d´être vues qui ont été et seront faites, compilées, amplifiées, corrigées et amendées de notre temps, pour avoir recours auxdits livres si de fortune ils étaient cy après perdus de la mémoire des hommes ou aucunement immués ou variés de leur vraye et première publication.

A ces causes et autres bonnes et justes considérations à ce nous mouvant, avons par ces présentes, de notre pleine puissance et autorité royale, très expressément défendu à tous les imprimeurs et libraires des villes, universités, lieux et endroits de notre royaume et pays de notre obéissance, que nul d´entre eux ne soit si osé ni hardi de mettre et exposer en vente en notre royaume, soit en public, ni en secret, ni envoyer ailleurs pour ce faire, aucun livre nouvellement imprimé par-deçà, soit en langue latine, grecque, hébraïque, chaldée, italienne, espagnole, française, allemande ou autres, soit de ancien ou de moderne auteur de nouveau imprimé en quelque caractère que ce soit, illustré d´annotations, corrections ou autres choses prouffitables à voir, en grand ou petit volume, que premièrement, il n´ait baillé un des-dits livres, volumes ou cahiers, de quelque science ou profession qu´il soit, ès mains de notre amé et féal conseiller et aumosnier ordinaire l´abbé Melin de Saint Gelais, ayant la charge et garde de notre dite librairie étant en notre château de Blois, ou autre personnage qui parcy après pourra avoir en son lieu les dites charges et garde, ou de son commis et député qu'il aura pour cet effet en chacune des bonnes villes et université de notre royaume, dont et de la certification du-dit garde ou de son commis pour justifier quand et où besoin sera, le tout sur peine de confiscation de tous et chacun des livres, et d´amende arbitraire à nous à appliquer...

Semblablement voulons, ordonnons et nous plaît que nul des dits libraires ou imprimeurs de ce royaume ou d'ailleurs puissent doresnavant vendre aucuns livres imprimés hors de notre dit royaume, de quelque qualité ou discipline qu'il soit, que premièrement il n'en baille la communication à iceluy garde de notre dite librairie, ou à son commis si, pour besoin est, en faire son rapport à nostre conseil et aux gens de la justice de dessus les lieux pour sçavoir s´il sera tolérable d'estre vu, afin d'obvier aux méchancetes Òuvres et erreurs qui se sont par ci devant imprimées ès pays étranges et apportées de par deçà, et si les dits livres sont trouvés dignes d'estre mis en notre librairie et publiés par nostre dit royaume, les dits vendeurs d'iceux seront tenus de prendre certification de notre garde ou de son commis qui, si bon lui semble, en achètera pour nous au prix des autres.

Si donnons en mandement au prévôt de Paris, sénéchaux de Lyon, Toulouse, Guienne et Poitou, baillis de Rouen, Orléans, Berry, et à tous nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, que nos présentes défenses, ordonnances et vouloir, ils fassent entretenir, garder et observer, lire et publier à son de trompe et cri public par tous les lieux et endroits de leurs pouvoirs, detroit et juridictions accoutumés, et à faire cri et publications, en punissant les transgresseurs par les peines devant dites et autrement, ainsi qu'ils verront estre à faire selon l'exigence des cas. Car tel est notre plaisir, nonobstant quelconques ordonnances, restrictions, mandements ou défenses à ce contraires.

Et pour ce que de ces présentes l'on pourra avoir à besogner en plusieurs et divers lieux, nous voulons que au vidimus d'icelles fait sous sceau royal, foi soit ajoutée comme au présent original, auquel en témoin de ce, nous avons fait mettre notre sceau.

Donné à Montpellier, le vingt-huitième jour de décembre, l'an de grâce mil cinq cens trente-sept, et de nostre règne le vingt-troisième. »

Ordonnance du Châtelet (extrait)

« Comme, par tous les moyens que possible a été, nous avons obvié et empêché que les erreurs et infidèles interprétations déviant de notre sainte foi et religion chrétienne ne aient été reçues en notre royaume, ayons, entres autres choses, outre les exemplaires punitions que avons fait faire, interdit et défendu à tous imprimeurs, libraires et autres quelconques, de imprimer, vendre, acheter, avoir et tenir livres et œuvres quelconques, sans que premier aient été vues et qu'ils aient permission de nous ou de justice de les imprimer, exposer en vente, les avoir et tenir, soit en public ou en privé, et, pour mieux faire entretenir nosdites ordonnances, inhibitions et défenses, ayons naguère ordonné et défendu à tous imprimeurs et libraires de notre royaume et obéissance de exposer en vente, en public ne secret, en aucune manière, livres nouvellement imprimés, que premièrement baillé n'aient un desdits livres ès-mains de notre amé et féal conseiller et aumônier ordinaire, Mellin de Saint-Gelais, abbé du Reclus, pour être mis en notre librairie, étant en notre chastel de Blois ; ayons aussi défendu à tous libraires, imprimeurs et autres de exposer en vente aucuns livres imprimés hors notre royaume, sans premièrement bailler audit de Saint-Gelais ou son commis un volume desdits livres pour savoir et entendre si ils sont dignes d'être mis en notredite librairie(...) »

Pour poursuivre cet aperçu du dépôt légal, consulter les recommandations prodiguées par les bibliothèques ou archives nationales, royales, provinciales ou cantonales de France, Sénégal, Belgique, Québec, Genève, n'est pas un luxe.

(1) donnée à Varennes le 17 mars, et lue et publiée trois jours plus tard. L'année commençant, alors en France, à Pâques, le mois de mars est postérieur à celui de décembre de la même année.

(2) Augustin-Charles Renouard, Traité des droits d'auteurs, dans la littérature, les sciences et les beaux-arts, 1838.

samedi 5 décembre 2009

Ah ça, c’est sûr, j’vous l’dis, Internet va tuer le livre !

Je me suis amusé à faire correspondre à des dates, des notes et des chiffres. Aucune conclusion à tirer, bien sûr, juste sourire un peu.

  • 1970 : un petit réseau de super-ordinateurs pour promouvoir la recherche sont connectés (ARPANET). Le premier livre numérisé apparaîtra l'année suivante.

22 000 titres déposés à la BNF.

  • 1981 : naissance du PC sept ans après l'Apple I, apparition du Minitel en France.

39 000 titres déposés à la BNF.

  • 1987 : plus de 10 000 ordinateurs hôtes sont connectés à Internet. Le web va balbutier deux ans plus tard.

42 000 titres déposés à la BNF.

  • 1996 : plus de dix millions d'ordinateurs connectés à Internet. Amazon, librairie en ligne, a un an, Editel de Pierre François Gagnon, premier site d'auto-édition collective de langue française, aussi. Le format PDF est vieux de trois ans. Apparition des premiers blog.

49 000 titres déposés à la BNF.

  • 2005 : un milliard d'utilisateurs internet dans le monde. Les reader tel Microsoft Reader ou Mobipocket Reader ont déjà cinq ans. Le tout jeune Google Print prendra le nom de Google Book.

62 000 titres déposés à la BNF.

  • 2008 : on estime à plus de 2 milliards les utilisateurs d'internet dans le monde. Mobipocket propose 70 000 ebook.

69 000 titres déposés à la BNF.

(je regrette de ne pouvoir disposer d'indications fiables sur la lecture, hors les nombreux sondages qui ont la faiblesse de ne pouvoir détailler assez. Grosso-modo : augmentation du nombre de lecteurs, baisse de celui des gros lecteurs)

Sources : Centre national du livre, Bibliothèque nationale de France, Le Net des études françaises, Wikipedia. Les chiffres sont arrondis.

Un apprenti libraire qui rigole.