Journal des penchants du roseau

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Tag - dame Conardie

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mardi 12 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards VI

Ceste criée de convocation faite, la lecture des requestes et expe­ditions de la court de parlement, leuës ainsi qu’ils sont cy devant escrites :

Le mardi, xxij. jour du mois de fevrier le sieur abbé et son conseil assemblerent, pour ce qu’il n’y avoit aucune apparence de compagnies, fist derechef publier par tous les carefours de la ville, avec falots, phiffres, tabours et bon nombre de Conards masquez et habillez assez galentement et montez sur bons coursiers, lesquels faisoyent compagnie au lecteur du couvent, qui feit lecture de la ballade qui ensuit.

Ballade.

Puisque la Court royale et souveraine,
Soubs qui l’abbé sans rompre doit ployer,
Garde le droit et grâce primeraine,
De Conardie et se veut employer,
Doibt pas l’abbé son guidon desployer
Son auriflamme en tabours et alarmes,
Pour ennemis tous provocquer à larmes,
Lesquels jadis songerent nous troubler :
Mais tant y a que leur chair peu hardie
Feit aux haults jours en honneur redoubler
Triomphe et bruit en dame Conardie.

Masque endormie en ce jour est certaine
Qu’il marchera sans en rien desvoyer,
Dimenche gras jusqu’au pont Taritaine.
Par le patent qu’il a pleu envoyer.
L’arrest donné, plus n’y faut renvoyer,
Sinon qu’aux jours limitez et aux termes
Viennent Conards et cornus en bons termes.
Au vieil palais cedit jour assembler.
Et fussent-ils d’Espaigne ou Lombardie,
Pour à plusieurs le faire bon sembler
Triomphe et bruit en dame Conardie.

Soyent exilez en region loingtaine
Ceux qu’on devroit pendre, non pas noyer,
Soyent tous suppots en puissance hautaine
De leur merite attendans le loyer.
Soyent mesdisans jusques au larmoyer,
Vains et confus, debiles et enfermes,
Soyent vrays Conards asseurez et tous fermes
Soyent malveillans remis jusqu’au trembler,
Et leur puissance, en tout abastardie,
Soit en tous lieux pour nos plaisirs combler
Triomphe et bruit en dame Conardie.

Envoy.

Nostre prelat qu’on ne peut denigrer,
Ne son conseil par farce ou comedie,
Ce jour vous veut en tout reintegrer
Triomphe et bruit en dame Conardie.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

mercredi 30 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous VI.2

En 1540, à l’occasion de la demande faite par les Conards au parlement de Rouen, la cour, moins favorable à la confrérie que les années précédentes, refusa d’autoriser la grande mascarade nocturne. Désappointement très-vif parmi les intéressés, qui ne voulaient rien moins qu’établir la procession annuelle à Fécamp, ou à Saint-Gervais, paroisse tout à fait indépendante de la juridiction épiscopale de Rouen, et ne relevant que de l’abbaye de Fécamp.

Au milieu de l’effervescence générale, l’huissier Sireulde « bel esprit et bon conard », eut l’idée d’adresser un dizain au parlement, qui établit un soudain revirement en faveur de la société. Sur cette nouvelle requête, la cour, mise en gaieté, rendit cet arrêt en vers, le 21 février 1540 :

Permis vous est, souffert et toléré,
Gros Père abbé, vos barons et marquis,
Aller masqué, triomphant, phaléré.
Les jours et nuicts en triomphes exquis.

Telles sont les origines des fameuses exhibitions dont le récit fait sous la rubrique : Les Triomphes de l’abbaye des Conards, constitue la substance du livre, édité plus tard, en 1587, chez Nicolas Dugord. Ajoutons cependant que le libraire fut poursuivi pour avoir imprimé la description de ces montres, et les pamphlets, dizains, ballades, rimés en l’honneur de dame Conardie.

C’est qu’en effet ces montres, ou ces cortéges, accomplis à diverses époques, furent de terribles allusions. On eût dit que, comme Asmodé, le génie railleur de la société conarde décoiffait toutes les maisons pour en surprendre les secrets. Ce qui s’était fait dans le silence de l’alcôve, ce qu’on n’avait raconté qu’à l’oreille de son voisin, était dévoilé, pendant ces jours de représailles, à la grande confusion de ceux qui se trouvaient ainsi mis en scène.

La politique y possédait ses acteurs. Henri VIII, au lendemain du jour où il avait pillé les abbayes d’Angleterre, fut désigné par le personnage qui dans la procession faisait le prophète Daniel, sous le nom de Balthasar, roi des Babyloniens. Ce prince, d’après l’Écriture, s’était fait servir les vases sacrés, ce dont il avait reçu le châtiment immédiat :

Cela nous peut beaucoup signifier,

ajoutait malignement le dernier vers, dont il n’était guère besoin de souligner l’allusion à propos d’Henri Tudor. Ce même Henri VIII, Charles-Quint, un fou, et le pape Paul III, furent aussi représentés en train de se disputer la sphère, c’est-à-dire l’empire du monde, et se disant entre eux : « Tiens-cy, baille-ça, ris-t’en, mocque-t’en… et margoüilloyent ce pauvre monde assez rudement, de sorte qu’il eust beaucoup à souffrir entre leurs mains. » Lorsqu’enfin on voyait dans le cortége trois ou quatre individus habillés avec faste et cherchant à disputer un sceptre, comment ne pas reconnaître les Guises.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.